‹ La diplomatie VénitienneChapitre 208 sur 246 · PORTRAIT DE HENRI, ROI DE POLOGNE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE HENRI, ROI DE POLOGNE

Seigneurie pour assister à sou couronnement. Le premier, par l'embarras qu'il éprouve à le dépeindre, manifeste à merveille la surprise que devait causer à un grave politique la vue de cet efféminé personnage dont la toilette étrange contrastait beaucoup avec le sérieux de la figure :

« Il a le port assez noble, une gracieuse prestance, les plus belles mains que personne, homme ou femme, ait en France; il a des manières plutôt sérieuses lorsque, par affabilité, il abandonne un je ne sais quoi de solennel et de grave*qu'il lient de la nature; tout se contredit en lui : les habitudes, la manière de se vêtir, les ornements dont il se jiare, le font paraître fort délicat. Outre les superbes habits enrichis d'oi', de jovaux et de perles qu'il porte, il met aussi le plus grand luxe à ses chemises et à ses toques; il porte au cou un double collier d'or et d'ambre qui laisse une odeur des plus suaves. Mais-ce qui, à mon sens, lui ôte bien de la gravité, c'est d'avoir les oreilles percées à la mode des femmes. Il ne se contente pas de porter nn seul anneau à chacune d'elles, 11 lui en faut jusqu'à deux, avec des pendants enrichis de pierieries et de perles fines'. »

* Le portrait de Henri, {yravé par Wierix avec tant de succès, donne une idée exacte de la manière dont le lîoi portait ces pendants d'oreille. Il avait trois anneanx, et dans le premier était passée une perle pendante en forme de poire. Pour les portraits de Henri III ])eints à l'huile, il faut signaler parmi les plus importants : '

Musée du Louvre : les n"* 656 et 657. — Bals ti la Cour de Henri III.

Musée de Versailles : tableau du seizième siècle, n" 3250.

Collection du Duc de Sutlieiland à Londres : un petit portrait, sans doute par Corneille.

Collection de Stafford-?Iouse à Londres : Henri III vu de face, ayant une enseif/ne à son bonnet noir; il porte des bondes d'oreilles garnies de perles. f'V^oyez la Renaissance des arts à la cour de France, t. I.)

Musée de Berlin : piu'trait de Henri, Duc d'Anjou : toque noire, costume noir avec manches rouges, brodé d'or et de perles.

Sculpture : Musée du Louvre, n" 130, buste en albâtre, ])ar Germain Pilon, liauteiu' 0"',770. La tète est luie, la moustache est fine, la cuirasse est ornée, le manteau fleurdelisé; le coUi(!r de Saint-Michel traverse la poitrine. (^Catal,, par Iletn-i Barbet de Jouy, p. 68.)

Portraits gravés : le buste très-paré avec la toque ornée d'un bijou :

Lorsqn'en 1574 Ja France le revit, il n'avait point changé. Son teint était peut-être moins blême et moins mélancolique, mais l'honneur de la couronne ne lui donna aucune de ces grandes idées qui ressortent souvent des circonstances exceptionnelles. Le discours qu'il prononça à l'ouverture des Etats de Blois en 1576, remarquable par le style et la forme et par la solennelle mélancolie du début, me paraît être plutôt l'œuvre de la mère que du fils, ^'est-ce pas Catherine qui, par la bouche du Roi , cherche à émouvoir les députés aux Etats en leur disant : « Quand je viens à considérer l'étrange changement qui se voit depuis le temps des rois mes père et aïeul, je connais combien heureuse était leur condition et la mienne dure et difficile. » Henri III nous a formé une Cour aussi étrange que sa personne. Si ce n'eût été la Reine mère qui luttait pour lui contre tout le monde et faisait grande figure politique, nous n'aurions de ce règne d'autre souvenir que celui de l'opprobre de la coiu'onne. La faiblesse du Roi a fait la force de Guise. L'âge semblait augmenter ses folies : l'ambassadeur Priuli, qui le vit après huit ans de règne, fait observer la passion qu'il a prise pour la danse. Chaque soir, après le souj)er, il s'y livrait pendant des heures. Ses médecins n'avaient du reste qu'une médiocre idée de la longueur de sa vie; les astrologues lui accordaient jusqu'à trentesept ans : le moine Jacques Clément, qui l'assassina à

ouvrage de Wierix : une petite gravure de Léonard Gautier repi'ésentant Henri à cheval , la tête ceinte de lauriers.

J'ai dans ma collection une copie très-exacte du portrait peint de Henri HI (costume de deuil, par l'un des maîtres de l'école vénitienne) lorsque ce roi passa à Venise à son retour de Pologne. Ce portrait, peu connu et peu vu par les étrangers, en raison de la situation qu'il occupe dans une salle ordinairement fermée dans le palais ducal, est intéressant pour la physiononue de Henri à cette époque.

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