IIE^'RI III EN
Saint-Cloud en 1589, a justifié leur prédiction. A cette année 1580, date de la dernière relation ' des ambassadeurs vénitiens sur le royaume au temps des Valois, le Roi était au suprême degré de ses lolies pour les mignons :
« Sa Majesté éprouve des sentiments d'amitié extrême pour ses intimes, et quand elle commence à les aimer, elle en donne des marques d'une telle tendresse, qu'elle voudrait pouvoir leur mettre sa propre couronne sur la tête. Le Roi est fort mélancolique; il vit volontiers retiré des affaires, et ne peut supporter les moindres soucis. De leur coté, les médecins, un peu à cause de sa santé, un peu par adulation, lui ont conseillé de ne se point occuper des choses de l'Etat. Il le fait bien volontiers. Au temps où j'étais à la cour (ajoute Lorenzo Priuli), il voulait vivre dans la retraite et demeurait ainsi aux mains de ses plus intimes favoris. »
Voilà, en effet, le point le plus caractéristique de Henri III : c'est l'indinérence. De toutes parts, des troubles; mais le Roi s'amuse, c'est la Reine mère qui règne. Quelle figure lait-il aux f^tats, dans ces solennelles assemblées où le Roi peut tant faire pour le bien du royaume? Un jour il invente des confréries, et se fait à travers Paris le bouffon de la religion. Pour la première fois, aux yeux du peuple, de son peuple, le Roi de France se fait ridicule! Les dépêches de ces mêmes ambassadeurs plus encore que les mémoires de l'Estoile nous le montreront au vif, jour par jour, partout, aux Etats, aux processions, aux audiences, aux fêtes, dans les ballets et les bouffonneries. Dans leurs relazioni, ils ne savent qu'en dire après avoir peint ses traits
^ Sur le règne de Henri III, M. Tommaseo n'a connu que la Relazwne de Giovanni Michieli, 1575. La Raccolta Albèri renferme les suivantes, inédites jusqu'alors : Relazione (la quatrième) de Giovanni Michieli, envoyée au Duc d'Alençon, prononcée le 15 novembre 1578; Relazione de Lorenzo Priuli, prononcée le 5 juin 1582. Je possède la copie d'une autre relazione demeuiée inconnue à MM. ïommaseo et Albèri, celle de l'ambassadeur Morosini, 1577.
et dit SCS goûts. Il semble que par la description incessante qu'ils font des misères intérieures du royaume, ils savent qu'on devra conclure naturellement à l'insanie politique du Roi. Un jour il eut une volonté : tuer Guise pour porter plus librement le manteau royal. Il se trompa, car jamais il ne fut moins roi que le lendemain du jour de cette action. L'œuvre du poi(jnard empêcherait-elle l'œuvre politique? Celui qui portait un si rude coup serait-il en état de parer le contre-coup? Le malheureux roi n'y son^jea même j)as. Certes il n'était pas homme à pouvoir siqjporter les conséquences d'une j)ai'('ii!e eiitieprise. Politiquement et matériellement, Henri ne pouvait rien. Catherine de Médicis, qui, toute vieille qu'elle était, n'avait rien perdu de sa clairvoyance, s'en rendit bien compte. C'est à elle qu'il faut revenir, pour la voir une dernière fois pendant Je règne de ce fils où elle eut à exercer de façons si diverses les merveilleuses facultés de son esprit négociateur.
LA REINE IMÈRE ET FUANT.OIS D'ALErs'CON. 575