CHAPITRE DOUZIEME
Catherine de MÉdicis et ses nouvelles néjjociations. — Elle est le génie de l'activité politique. — Son quatrième fils, Monsieur, tluc d'Alençon, est une antre figure dans ce règne agité. — Caractère et portrait du Duc d'Alençon. - — ■ Détails singuliers sur l'aventure politique de ce prince, son projet de mariage avec la Reine d'Angleterre Elisabeth. — Lettres de l'ambassadeur Lippomano à ce sujet. — Entretien du Roi et de Monsieur sur ce mariage. — D'Alençon quitte la Cour et va en Angleterre.
— Lettre indiscrète et intime de la Reine Elisabeth à Monsieur, en lui envoyant une montre et un autre présent. — L\ Reine mÈre et les partis. — Ses procédés. — Sospetosissinia e gelosissinia net reqnure. — Sa finesse et sa pénétration caractérisées par l'ambassadeur vénitien. — Catherine évite l'intervention espagiKjle. — Sa dignité dans les audiences. — Derniers jugements sur elle. — Ses portraits par les peintres et les dessinateurs sont nombreux. — Les médailles. — Les émaux,
— Les portraits gravés. — Catherine est moins écoutée vers 1580. — Détail du Vénitien sur les affaires qui se traitent au Conseil. — Tristesse et déception de la Reine. — Son talent politique semble décroître.
— Un mot de sa dernière conversation avec l'ambassadeur de Venise , le 5 décembre 1588. — La Reine tombe malade le 15 décembre. — Le 24, elle est atterrée par la nouvelle de l'assassinat de Guise par le Roi. — Sa réponse au Roi. — Taciturnité de la Reine. — Sa clairvoyance sur le danger du Roi au lendemain d un tel meurtre. — Mort de la Reine mère. — L'ambassadeur décrit l'étiquette funèbre dont on usa au château de Blois. — Conclusion sur Catherine de Médicis, Reine et Régente. — Son rôle général dans la politique de la France.
La j3ersévérante volonté de Catherine a tenu du prodige ! Jamais on ne pourra la déci'ire au point de pouvoir l'accuser de n'avoir pas dépensé lumières, esprit, intelligence, génie physique et génie moral, pour la conservation de la couronne et la sauvegarde du trône. Sous le règne de l'un de ses fils, elle dut lutter contre les huguenots; sous le règne de l'autre de ses fils , elle dut lutter contre les catholiques. Ce sont là les deux grands faits d'ensemble, les faits généraux : mais si vous entrez dans les épisodes de ces luttes, dans les détails qui forcément s'y
rattachent, alors la Intto vous apparaît à toute heure, à tous instants. Catherine, en trente années de gouvernement, n'a pas joui de deux heures de quiétude. Son quatrième fils, d'Alencon , hii aussi, exerça, par ses ambitions, la vi(}ilance de la Reine mère. Selon l'expression pittorescpie de la Reine, il faisait toujoias le fol. Un moment, il se déclara l'ami et l'allié du parti guerroyant, quitta la cour avec Navarre , et ouvrit ii la Reine mère un horizon nouveau de vicissitudes dont la fin ne se pouvait prévoir. C'est encore une fij^ure dans ce rèjjne agité. D'Alencon fut plus d'une fois un rebelle: mais l'habile Catherine se mettait en vovajje, allait vers Monsieur, avait avec lui des entrevues, et lorsf|u'elle avait triomphé et qu'elle reparaissait à la cour, il lui semblait avoir fait un fort bel ouvrage. Du leste, il n'v eut personne au monde qui trouvât un bonheur et une satisfaction plus grands que Catherine au terme d'une négociation réussie. De ces seules démarches on ferait un journal considérable.
Fiançois d'Alencon était de nature taciturne, on ne ])Ouvait j)as trop savoir ce qui lui passait par la tète. Dans ses actions, ses })rocédés étaient doubles. Ambitieux sans mesure, à l'idée du succès j)Our dominer, il aurait tout osé, mais devant l'insuccès ou la trahison de ses desseins, il avait des faiblesses impardonnables; il fut du même caractère et du même tempérament que plus tard Gaston d'Orléans, qui commençait toutes les entreprises les plus osées, ne les terzuinait pas, prenait peur et compromettait ses confidents. Néanmoins, d'Alencon causa à la Reine mère la plus grande besogne. Elle voulut d'abord se servir de lui pour éprouver le parti Montmorency contre le parti des Guise, car elle avait un oeil sur les uns, comme trop affectionnés à rEs])agne, et un œil sur les autres, les soupçonnant d'intelligences avec l'Angleterre et l'Allemagne.