SECONDE PÉRIODE DE PUBLICITÉ
tard. La troisième est de Pierre Mocenigo, et décrit la Rome politique et intime de 1671, sous le pontificat de Clément X.
De 1800 h 1830, le silence que le dix-huitième siècle avait tenu sur les relazioni ne lut, à vrai dire, rompu que deux fois, mais d'une manière trop modeste pour avoir pu faire éclat dans le monde des lettres; ce n'était point que la qualité et l'honorabilité des éditeurs ne fussent des plus recommandahles pour mériter la plus parfaite et la plus courtoise attention , mais cet éclat même était empêché par l'extrême réserve du nombre des exemplaires tirés. Le comte de Macartney, en 1804, à Londres, imprima à vingt-cinq ou vingt-huit exemplaires la relation de Daniele Barbaro sur l'Angleterre en 1551 ; et le marquis de Chàteaugiron fit tirer à Paris, en 1827, à trentedeux exemplaires la relation du chevalier Erizzo sur la France en 1G99 ' . Ces deux ouvrages, adressés à un public dépassant à peine les limites du coin du feu , peuvent donc être regardés coinme le résultat de deux heureux caprices aristocratiques; mais ils ont d'autant plus de droit à une place signalée dans cette période bibliographique , que jusqu'en 1830 ils sont les seuls qu'on rencontre.
Entre 1830 et 1840 se place l'ère de renaissance des re/a;:î'on2' vénitiennes (ces dix années constituent leur siècle de triomphe) ; et comme pour en parler avec le détail qu'exige l'examen des beaux ouvrages d'une telle période, il importe que notre attention n'ait pas à être détournée par l'embarras d'une chronologie souvent confuse, nous préférons en finir aussitôt avec l'énumération des publi-
* Le chevalior Erizzo, ambassailcnr de Venise près la cour de France à la fin du dix-septième siècle. Relation de la cour de France en 1699. Paris, inipr. de F. Didot , 1827, in-8" de seize pajjes. — Tiré à trente exemplaires pour la Société des bibliophiles.
cations partielles parues en dehors des (jrandes œuvres d'ensemble jusqu'en ces dernières années. Le petit nomljre de leur tirage, rarement supérieur à celui des retazioni mises au jour par le comte de Macartney et le marquis de Chàteaugiron , nous permet de ne les considérer que comme les petits événements de l'histoire de la publicité des relazioni; et à ce propos il importe que nous signalions l'originalité du but, qui, du reste, malgré la gravité du sujet, est tout afl'aire de galanterie, ainsi que nous le constaterons.
Dans les provinces de l'Italie du nord et dans la Vénétie proprement dite, il existe un usage, fort ancien du reste, mais florissant plus que jamais , dont le but est de consacrer par un hommage de littérature ou d'érudition le souvenir des noces d'un ami ou d'un ])arent. La poésie, terre si féconde en ce pays du solei! , n'a jamais fait défaut à la prospérité d'une telle tradition : aussi les noces vénitiennes ont-elles été chantées en vers des plus variés. Mais en ces derniers temps, depuis surtout que l'étude de l'histoire ou plutôt que la curiosité liistorique s'est réveillée avec une ardeur si générale, , il est remarquable que le succès constant de cette officieuse coutume a fait explorer d'une façon paiticulière la mine abondante des collections manuscrites. J'ai pu observer, pendant un long séjour, qu'un mariage ne se décidait pas dans une famille patricienne ou de haute bourgeoisie sans que la nouvelle, venant à se répandre par la ville, fût l'occasion d'une quantité souvent considérable de Uhretii (brochures) dédiés au nom des deux époux, avec la formule de rigueur : Per le nozze faustissime. . . (Pour les noces très-heureuses.)
Il V a eu en de telles circonstances des publications d'un luxe singulier, et je ne saurais donner une idée ])lus juste de la quantité de ces hommages historico-iittéraires per le
ÉDITIONS POUR LES AOCES VÉNITIEXAES. fil
nozze fauslissinie, qu'en affirmant qu'ils sont aujourd'hui un des plus sûrs éléments d'activité pour les imprimeries de Venise. Si cet usage a ses ridicules, ses mauvais côtés, entre autres celui de fournir un prétexte trop facile à imprimer de fort mauvais vers, et celui de chanter avec toutes les exagérations de l'emphase et de l'éloge le bonheur de noces dont les suites répondent assez mal à de si brillants augures, il a aussi cet éminent avantage de mettre à même d'éditer des inédits d'une grande curiosité. L'un recherche ou fait rechercher dans le passé de telle famille le souvenir de tel événement d'honneur; il le commente et l'imprime per le nozze faustissime; l'autre, mis sur la voie d'un texte mainiscrit quelconque d'une valeur historique, tel qu'iuîe dépêche ou nn rapport diplomatique demeurés enfouis dans l'obscurité de cartons abandonnés à une poussière de plusieurs siècles, les tire d'un aussi profond oubli et les publie per le nozze faustissime. Que de fois, à Venise, les manuscrits de la bibliothèque Saint-Marc, ceux du séminaire de la Sainte et du Museo Correr, que de fois les archives générales, que de fois les collections patriciennes Donà dalle Rose, Leonardo Manin, Giustinian Recanati , Morosini del fu Domenico, Pietro Gradenigo, Pietro Zen, Sagredo et Rawdon-Brown, que de fois l'admirable collection du chevalier Emmanuele Gicogna, homme d'une science si sûre, souteiui par l'amour constant d'une patrie si glorieuse, n'ont-ils pas répondu aux questions de visiteurs à la recherche d'un argoniento à imprimer per le nozze faustissime! Si, dans cette charmante Italie, on croyait pouvoir abuser du titre d'homme de lettres en s'en attribuant les qualités, par le seul fait de l'impression de deux ou trois pages et demie, sous le premier prétexte qui s'est présenté, la société alors en son entier serait tout homme de lettres; car il n'est assurément personne
d'un peu social)Ie qui n'ait eu à imprimer quelques pages ver le nozze faustissime d'un parent ou d'un ami. Un travail d'érudition aussi attrayante que curieuse serait de rechercher toutes les pièces produites per le nozze faustissime depuis 1815 jusqu'en cette année 1859. On n'imagine pas la quantité de ces piquantes et intéressantes publications, parmi lesquelles plusieurs sont d'excellentes pages d'histoire! Les relazioni inédites (et il en existe encore un si grand nombre!) se comptent aussi parmi les fleurs du meilleur choix qui ont le plus brillamment aidé à la formation des bouquets littéraires per le ?iozze faustissime. Un bel exemple de ces hauts faits de courtoisie tout italienne se vit à Venise en 1844, et c'est d'autant plus mon devoir de le citer qu'il me fait rentrer dans l'énumération des relazioni publiées partiellement. Le conseiller extraordinaire Spiridione Papadopoli voulait consacrer le souvenir des noces du comte Jacopo Musconi avec la comtesse Christine Albertoni par l'hommage d'une publication distinguée. Au nombre de ses amis était le comte Agostlno Sagredo, patricien des plus lettrés, historien des mieux conims dans cette patrie qui fut servie par ses ancêtres, auprès de toutes les grandes cours , avec les marques d'un jugement aussi sain qu'avec celles d'une sagacité très-heureuse. Ce fut au comte Agostino Sagredo que le conseiller Spiridione Papadopoli confia le choix du sujet et le soin de l'édition. Au nombre des manuscrits inédits de l'archive des Sagredo conservée et classée dans leur vénérable palais à Santa-Sofia, se trouvait une relazione lue jadis, en 1656, au sénat par Giovanni Sagredo, revenu de son ambassade à Londres, pendant les temps orageux de la puissance de Gromwell. Tel fut le sujet choisi par le descendant, qui l'édita avec une excellente préface et des notes précieuses, sur l'invitation généreuse de son ami le conseiller, pour