‹ La diplomatie VénitienneChapitre 211 sur 246 · PORTRAIT DE FRA^ÇOIS D'ALENÇON · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE FRA^ÇOIS D'ALENÇON

Cette tentative de la Reine iiii réussit mai : Montmorency lui enleva d'Alençon et i'excita à des séditions, périlleuses autant pour lui-même que pour la Reine mère. D'Alençon était l'homme des foctions, cherchant partout quelque chose, mais peu apte à le trouver ou à l'ohtenir. Il eut cependant la part belle : s'il avait eu la demi-tête de l'un des grands Guise, s'il eût su profiter des leçons politiques et prudentes que lui donnait Catherine, il serait devenu, les circonstances l'ayant aidé comme elles l'ont fait , un fort grand prince. Un moment il faillit faire recommencer les grandes guerres de la France avec l'Espagne. La négociation de son mariage avec la Reine Elisabeth dura longtemps; mais le résultat fit croire et fait croire que ce ne fut qu'un jeu. D'Alençon prétendait à tout et ne se rendait digne de rien. Quelle plus triste campagne que celle qu'il entama dans les Pays-Bas? N'était-ce pas une protection honorable que celle de Guillaume le Taciturne? Où aurait-il trouvé un drapeau plus national? Il en fut indigne. Rien n'est plus précis ni plus concluant que le rapport de l'ambassadeur vénitien à cet égard.

Sa vie fut inutile h ses duchés d'Anjou et d'Alençon : il mécontenta tout le monde, batailla contre sa famille, l'insidta au besoin , pour se montrer d'autant plus petit et humble ensuite, toujours comme Gaston d'Orléans auprès de Louis XIII et de Richelieu. Il eut de l'imagination , mais il manqua de suite dans l'action : la plus belle de ses qualités était d'être en droit de si qu er Jils et Jrère de Roi. D'Alençon ne sut pas être homme, il n'aurait jamais su être roi. Il se fâche, demande pardon d'autant plus vite, et se fâche de nouveau. Dans les affaires du royaume, tout son rôle consiste à n'être qu'un embarras : il veut avoir des volontés, mais il n'a pas la force de les exécuter : en politique, c'est le pire des défauts.

Je disais, d'après l'ambassadeur de Venise, que d'Alençon, jiolitiquement, n'eut que des aventures : la plus curieuse et la plus intime est assurément celle de ses tentatives d'union avec la fameuse Reine d'Anfjleterre , cette grande Elisabeth dont, pour l'importance, la figure politique, en Angleterre, est le pendant si prononcé de la figure de Catherine de Médicis en France. La question pour lui était d'être le Prince époux : c'était une grave question , grave surtout aux veux de l'Espajfne et de Philippe II, si jaloux de l'influence française. L'épisode du départ d'Alençon, en 1579, pour courir cette aventure d'Angleterre, tient du roman, et rapj>elle par ses détails ce début de quelques belles pages de M. Guizot : « Vous voulez du roman? que ne vous adressez-vous à l'histoire? » L'ambassadeur vénitien, dans ses dépêches, a fait toute une chronique sur cette affaire politique intime. Un jour il rend compte au Sénat d'une conversation qu'il a eue avec le Roi le 28 juillet 1579 :

« Sa ^lajcsté, écrit-il, en vint à me dire que M. d'Alençon était plus que jamais résolu de passer en Angleterre, et qu'il avait annoncé à la Reine son arrivée aupiès d'elle avant la fui de septembre; que pour ces motifs Monsieur et lui projetaient de se rendre à Lyon vers la mi-août, pour en traiter avec la Reine mère. »

Peu de jours après cet accord, qui de la part du Roi était plutôt une feinte, d'Alençon crut être persuadé que Sa Majesté était au fond peu favorable à ce mariage. Il risqua son départ, et, se voyant déjà l'époux d'Elisabeth, il annonça au Roi sa résolution. L'ambassadeur écrit à ce sujet la dépêche suivante en date du 1 3 août :

«Sérénissime Prince, » Monsieur, frère du Roi, après avoir traité fort longuement d'affaires, et en secret, avec l'ambassadeur d'Angleterre, samedi

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