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DÉCLIN DE L'AUTORITÉ DE CATHERINE

chambre, mais à paît, dans un coin de la pièce : la Reine mère et le Roi étaient là, un secrétaire intime s'approchait de temps en temps, recevait des ordres, et se retirait. Pour les grands conseillers qui n'avaient de leur qualité que l'habit et le nom, ils n'étaient initiés que sous le bon plaisir de la Reine mère et du Roi , et cela arrivait rarement — il che succède rare volte. Ainsi Catherine encore et toujours était la volonté suprême. Henri avait eu pour elle les déférences d'un être passif; en lui, rien de l'homme qui agit, rien du Roi qui pense. Par un retour singulier des choses, par une sorte de réveil lent du reste, mais réel néanmoins, vers l'année 1583, Henri, soit qu'il fût poussé par ses mignons, soit qu'il fût pris du désir d'être un peu maître et homme de volonté, commença à rompre quelques lances avec la suprématie de Catherine. Certaines fois on le vit revenir sur des questions résolues d'abord en présence de la Reine mère, puis en décider tout autrement dans son Conseil :

« Et la Reine, dit l'ambassadeur, qui s'en est plainte amèrement sans succès, s'apercevant que le Roi persiste ainsi dans cette humeur depuis quelque temps, procède maintenant par façons dissimulées, et va se ménageant avec la plus grande réserve et les plus grands égards en présence du Roi, pour ne lui point donner ombrage ou lui causer du mécontcnfenK'nt. n

Elle dissimula, mais elle souffrit. Sa politique, du reste, vers ces temps, a certains atermoiements singuliers. Elle a des causes de chagrins profonds. En 1584, d'Alençon meurt après son honteux échec aux Pays-Bas, à Château- Thierry, où la Reine mère venait d'avoir avec lui une troisième entrevue pour le concilier une troisième fois. Elle ne voit donc plus de toute sa lignée mâle que Henri, lequel, malgré tous ses pèlerinages, tous ses vœux à la Madone et aux Madones, toutes ses processions qui sont autant de

boiifïbnneries dont la religion sincère devait rougir, n'a pas d'héritiers. A quoi aura servi à la Reine mère cette lignée nombreuse qui lui avait d'abord apparu comme une pépinière de couronnes dont la perspective flattait son hiuneur si royale? Ses dernières actions politiques furent de grandes fautes, des fautes d'enfant : je crois que le contre -coup de l'autorité qu'elle perdait peu à peu gênait l'exercice de ses facultés d'Etat. Elle revint aux Guise au lieu d'aller tout droit à Henri de Navarre, comme elle l'avait si bien compris huit ans auparavant. La paix de Rouen, son œuvre, est malheureuse : les événements qui ont rempli les dernières années de sa vie ont été le rude châtiment des fautes d'Etat qu'elle a commises. Fallait-il encore négocier et dissimuler? ce n'était plus l'heure. Aurait- elle dû laisser se faire cette triple guerre civile appelée la guerre des trois Henri? Politiquement, à tout prix, puisqu'il fallait une guerre alors, Henri III et Henri de Navarre n'auraient-ils pas dû ne former qu'un camp contre Henri de Guise? C'est là qu'elle aurait dû porter ses facultés diplomatiques, au lieu d'être si vacillante en ses desseins, plus vacillante encore en ses résolutions. Je ne saisis pas le poirit sérieux qui a pu la faire revenir à Guise : peut-être le voulait-elle capter, le dompter et le diriger; mais devait-elle ignorer que Henri de Guise avait été élevé et dressé à la bien connaître? Néanmoins, elle vit les choses arriver à un point de tel désordre politique, qu'avec sa pénétration, pendant ses derniers jours, à Blois, elle dut reconnaître l'heure prochaine du naufrage de sa maison.

Le 5 décembre, l'ambassadeur de Venise, un Mocenigo, eut avec elle une conversation qui fut une des dernières qu'elle ait tenues : physiquement, la Reine n'a rien perdu de cette vivacité qui lui est habituelle ; elle est aussi tou-

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