MORT DE CATHERINE DE IMEDICIS
meurtre de Guise, que ferait Henri III? La royauté de Catherine de Mëdicis était dans l'isolement et l'abandon, la Reine mère n'avait plus qu'à mourir.
Elle mourut quatorze jours après le Guise, le G janvier, dans le même château, quelques mois avant l'assassinat du Roi son fils à Saint- Cloud par un moine fanatique. Catherine avait alors soixante-neuf ans et sept mois. La veille, le 5 du mois, avant midi, elle avait prononcé son testament, déclarant ne le pouvoir signer pour cause de défaillance, par-devant ses notaires Pierre Favyn et Jehan Chesneau, « Gisante au lit, malade, toutteffois saine de sens, mémoire, raison et entendement, laquelle considérant que briefs sont les jours de toute humaine créature, ne voulant décéder de ce monde en l'autre sans faire son testament, comme appartient à très-chrestienne Princesse '. »
u On a ouvert le corps de la Sérénissime Reine mère (écrit l'ambassadeur vénitien) : refermé et embaumé, on l'a placé dans une chambre tendue de noir, où de deux heures en deux heures on changeait l'assistance, qui se composait d'un certain nombre de dames et fdles d'honneur à sou service et de moines de l'ordre de Saint-François disant l'office des morts et autres oraisons. Dans une autre chambre tendue de tapisserie, de soie et d'or, on a préparé un dais foit somptueux sous lequel sera placé le buste de la Reine mère; et pendant quarante jours, matin et soir, la table de la Reine sera dressée et servie, puis distribuée aux indigents, selon l'antique coutume de la maison royale de France. »
Catherine de Médicis mérite-t-elle les grands opprobres que , dans un camp de l'histoire dont le général est le
* Voyez le livre : Archives royales de Chenonceau. Debtes et créanciers de la Royne inère Catlierine de Médii'is (1589-1606), documents publiés pour la première fois, d'après les archives de Chenonceau, avec une introduction, par M. l'abbé C. Chevalier, secrétaire de la Société archéologique de Touraine. Paris, Techener, 1862.
savant M. Michelet, on jette sur sa mémoire personnelle et sur son œuvre politique? Ne lut-elle, selon l'expression de ceux de ce parti, c^u utie fetn elle qui avait l'amour de ses petits? C'est avec les ambassadeurs vénitiens, intellijjences très -intègres, que nous ne voulons pas voir Catherine de Médicis sous ce seul aspect. Soyez juste, d'autant plus juste que vous avez j)our vous, à votre gloire et honneur, la vigueur de l'esprit et l'amour profond de la science. Voulant être trop vrai, vous êtes d'autant plus faux : les infiniment petits que vous cherchez pour appuver vos jugements vous jettent dans l'infini des contradictions. A vous entendre, Catherine de Médicis n'a même pas su le premier mot de la politique : elle n'a su ni négocier ni réussir. La concession que vous lui faites, c'est d'avoir aimé les arts, et encore ajoutez-vous « dans le petit. Elle était restée juste à la mesure des principautés italiennes . » Vous oubliez que cette mesure est celle de Raphaël A'Uj^hin, de Donatello, de Michel-Ange et de Cellini àe Florence, du Titien et de Paul Véronèse de ÏÉtat de Venise ! Mais ce n'est encore rien ici. La dureté de vos négations jirouve la violence de vos passions. Où trouver alors une garantie à la sûreté de vos jugements? Vous écrivez l'histoire en partisan. Les ardeurs que vous apportez au service de votre drapeau vous aveuglent, et, loin de servir l'histoire, vous desservez sa cause. Que de regrets à ce ppopos! Ce serait cependant à vous à donner la lumière, vous qui en de si beaux termes avez dit : « L'histoire ne lâche point son homme. Qui a bu une seule fois à ce vin fort et amer, y boira jusqu'à la mort. " Devant être sévère, que n'êtesvous âpre comme Tacite, ce grand modèle? Ayez donc la justice de Bossuet, ce grand juge, si beau et si élevé, si droit, surtout en regard du camp ennemi, car s'il sert la foi il ne sert pas moins la raison ; en lui , la seconde a ce