‹ La diplomatie VénitienneChapitre 34 sur 246 · E. ALBÈRI ET LE RECUEIL DES JŒLJZIOM · texte numérisé non relu

E. ALBÈRI ET LE RECUEIL DES JŒLJZIOM

mort avait enlevé plus d'un des illustres patrons de la publication des Relazioni, les fonds avaient été épuisés par les sept volumes publiés , l'entreprise enfin était en péril : il faut dire à l'éternel honneur de M. Albèri qu'il eut la courageuse résolution de poursuivre et terminer seul une œuvre qui avait été commencée dans la prospérité. Depuis l'année 1853, le recueil des î-elazioiii vénitiennes s'est augmenté de six précieux volumes ; la collection en est à son quatorzième , elle forme donc déjà le répertoire qu'avait conçu le marquis Gino Capponi, et pour être complète, pour avoir parcouru dans toute son étendue la longue route du seizième siècle , il ne lui reste plus qu'une étape à faire. Des esprits éclairés, des historiens érudits , MM. Mignet, de Reumont et Gachard, ont, en diverses et solennelles occasions, signalé l'intéressante persévérance de ^I. Eugenio Albèri, en manifestant publiquement ses résultats heureux : à leurs vœux de succès et de prospérité croissants nous joignons les nôtres et ceux de tous les hommes qui mettent très-haut les labeurs de l'esprit et le dévouement à la science.

Nous avons dit quelle fut la société qui entreprit l'œuvre dirigée par M. Eugenio Albèri, nous avons dit le caractère et les travaux de ce personnage, il nous reste à dire ce qu'est l'œuvre elle-même, de quelles séries elle se compose et quelles richesses elle renferme.

Depuis les nobles efforts de MM. Tommaseo et Albèri, la célébrité des relations des Vénitiens est acquise et établie : les secours admirables fournis par elles aux historiens les ont mises dans le plus gr Ad honneur ; leur utilité est si bien reconnue, qu'aucun écrit touchant aux affaires des Etats et des Princes dont elles traitent ne pourra être bien fait si on ne les a pas interrogées. Là est leur plus glorieux titre. M, Gachard en a confirmé l'au-

torité par l'intéressant ouvrajje qu'il a composé avec le secours unique de ces documents pour peindre Charles- Quint et Philippe dans leur vie intime et dans leur vie politique. Les relazioni du dix-septième siècle ont trouvé des explorateurs, et le })endant du rotaieil d'Albèri est aujourd'hui en cours de publication à Venise. Je donne plus loin , dans un chapitre spécial , les détails qui concernent ces nouveaux travaux.

Pour des ouvrages qui sont des recueils de documents h consulter, l'ordre dans le classement des matériaux, la clarté et l'harmonie dans les divisions, l'exactitude et la sûreté dans la désignation des dates, sont les qualités premières. La publication que M. E. Albèri a dirigée apj)artient essentiellement aux ouvrages de cette conditioji ; aussi, avant de s'arrêter au plan qu'il a adopté, l'éditeur a-t-il dû s'en proposer et en examiner plusieurs. Le phis simple de tous eût été celui qui eût assigné le cadre d'un ou de plusieurs volumes à toutes les relazioni sur une niême cour, se conformant en cela à l'exemple d'un cabinet d'archives diplomatiques, où chaque correspondance occupe une place désignée spécialement par le nom du pays d'oii elle vient. Ici la France, là Piome, ici l'Angleterre, plus loin l'Espagne : ce plan si simple rencontra, parait-il, des obstacles dans la nature même des choses. Dès le principe même , M. Eugenio Albèri ignorait le nombre de re/rtr/o»?' existantes; son matériel n'était donc pas préparé, plusieurs de ces précieux textes n'ont été découverts que dans ces dernières années : ainsi la relazione de France de 14ÎÎ2, signalée seulement par M. Foucard en 1856 et annoncée à cette époque. Savait-on alors quels succès auraient les recherches des relazioni d'Espagne, qui, pour leur seule part, ont exigé deux volumes d'un format important? L'ne solution ingénieuse trancha

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les difficultés qui s'opposaient à l'adoption du plan par pays, et on s'arrêta au plan par séries, embrassant chacune un vaste ensemble. L'éditeur s'ouvrait ainsi le champ le plus étendu, avec la facilité de le remplir sinon avec cette distinction accomplie qui rendait le projet de la division par contrées le plus estimable et le plus commode, du moins avec la certitude de pouvoir faire face à l'abondance la plus imprévue même des matières. Voici les cadres qui furent adaptés à ces rares tableaux, voici les divisions précises qui comprennent ces péréj^rinations du regard et de la pensée des diplomates vénitiens à travers les cours principales de l'Europe pendant un siècle qiù a vu tant d'hommes à la hauteur de tant d'événements :

Epoque générale : le Seizième siècle.

Divisions : trois séries.

Première série : Relations sur les Etats Européens, l'Italie exceptée.

Deuxième série : Relations sur les États d'Italie.

Troisième série : Relations sur les Etats Ottomans.

Ce grand ensemble comprend aujourd'hui treize volumes; un quatorzième est en préparation, il est un supplément à toutes les séries. ^I. Eugenio Albèri couronnera l'œuvre par un tome quinzième formé de tables analytiques, dans le but très-louable de faciliter aux hommes d'étude les recherches qu'ils devront faire dans cette galerie unique.

Me voici à la limite naturelle de l'histoire proprement dite des relazioni; j'ai accompli le devoir le moins attrayant et le moins séduisant de mon étude. La seconde partie, dans hujuelle j'entre maintenant, révèle son intérêt par son sujet même : les preuves de l'avantage et de la curiosité de ces ouvrages de diplomates si spéciaux, c'est-à-dire le récit de telles impressions ressenties, le portrait des

princes et la situation des Etats. A qui me demantlera quel plan géographique d'examen j'ai suivi pour éviter la confusion des détails avant de n'avoir plus à traiter que de la France et de ses affaires, je répondrai que la collection de Florence est mon guide. On ne saurait trop lui faire honneur : elle est le pavs, je suis le voyageur.

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