‹ La diplomatie VénitienneChapitre 37 sur 246 · RELATION DE DAMELE BARBARO · texte numérisé non relu

RELATION DE DAMELE BARBARO

dans les dernières années du seizième siècle, époque où le Tesoro politico la publia ; mais alors les lecteurs de ce recueil ne la connurent point dans son intégrité, par suite de la transformation qu'elle avait subie dans les mains ou malhabiles ou peu soigneuses de ses éditeurs. Au dix-huitième siècle, l'illustre critique Marco Foscarini lui décerna des éloges particuliers dans sa Letteratiira veneziana ' . Elu en 1548, Daniele Barbaro était arrivé à Londres lors de l'avènement au trône d'Edouard VI, prince trop jeune pour jouer encore un autre rôle que celui d'un élégant cavalier, bien lait de sa personne et tout à fait en dehors des préoccupations politiques des ambassadeurs. Le Vénitien , homme d'un esprit rompu aux sciences gouvernementales, avant donc peu à s'occuper du prince, avait tourné ses habitudes d'observation et étendu ses vues trèslarges sur le caractère des institutions du pays. Le début même de son discours annonce que cet orateur sait unir l'expérience d'un politique au raisonnement d'un philosophe :

« Il est certain, dit-il, que quiconque gouverne un Etat doit particulièrement avoir l'œil sur les trois choses capables d'assurer Je bonheur aux peuples, but que doit se proposer tout bon gouvernement. De ces trois choses, si une vient à manquer ou est mal ordonnée, il est impossible que ce ne soit pas au plus grand détriment du peuple. La première est la religion, qui foit être bien avec Dieu, dispensateur de tous biens; la seconde est la justice, qui retient les peuples unis et les maintient dans le respect des supérieurs; la troisième est la force armée (milizin) qui garantit au dedans et au tiehors contre les fraudes et Ja violence des ennemis. Je rendrai compte de chacune à Votre Sérénité, selon que je les ai trouvées et ainsi qu'elles ont été instituées dès l'origine dans le royaume d'Angleterre. Aussi , pour

1 « Ma per copia di fatti ragyuardevoll e rivestiti di preziose circostanze, niuna è clie vada innanzi alla relazione lasciataci dal fainoso Daniel Barbaro intorno ail' Inghiltcrra... » P. 465. Edit. de Padoue, 1752.

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être mieux eonipi'is, dirai-je brièvement ce qu'est le pavs qu'il faut gouverner et avec quelle autorité le gouverne le roi de la Grande-Bretagne. »

C'est ainsi que cet habile observateur en vient à expliquer théologiquement les transformations dans les croyances du pays; il rend compte des principes do^jmatiques adoptés, et, pour la première fois, le sénat de Venise est éclairé sur les bases de cette révolution religieuse qui a eu pour résultat Vanglicane.

L'administration de la justice, les détails sin- les jurys, la composition de l'armée, le tableau de la marine, la position des forteresses, l'ordre d'hérédité dans les familles, sont étudiés avec un soin qui me fait comprendre la justesse de ces paroles de Foscarini : « Très-remarquable est la relation que nous a laissée le fameux Daniele Barbaro sur l'Angleterre : dans le récit, en effet, des coutumes, des lois et des nouvelles affinités, conséquences de la révolution qui s'est opérée dans ce royaume, il a mêlé celui de nombreuses particularités qui nous expliquent les origines et les causes elles-mêmes d'un si grand événement. » Indépendante était la parole de Daniele Barbaro, affranchies de toute servilité étaient ses observations. Nous nous imaginons qu'il n'y avait à Venise aucune liberté de tribune, et que la peur des tourments et des prisons que le Conseil des Dix avait dans la main liait la langue des orateurs au point de la mettre au-dessous d'une allusion généreuse ou d'une remarque profitable ! Erreur fort grande, et que je relève ici par une seule phrase du discours de cet ambassadeur. Terminant l'énoncé minutieux des formes de la justice anglaise, Daniele Barbaro, comme s'il eut voulu porter atteinte aux moyens violents alors en usage auprès de tant de tribunaux , dit :

" Cette manière de rendre la justice en matière criminelle

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