‹ La diplomatie VénitienneChapitre 40 sur 246 · MARIE TIDOR AU MORAL · texte numérisé non relu

MARIE TIDOR AU MORAL

ne point reculer devant les rigueurs du martyre. Mais, en réalité, femme peu heureuse, pensive, mélancolique et agitée tout ensemble. Michieli explique très-curieusement les intimes douleurs physiques et morales de cette femme, qui, après tout, fut luie reine de plus à ajouter sur la liste déjà si nombreuse des êtres à la vaine recherche de cet absolu, composé de bonheur et de joie réels. Expliquant le degré de confiance qu'elle a dans son premier ministre le cardinal Polo, pour le soin et le gouvernement du royaume, il dit :

« Elle pourrait tlonc vivre l'esprit en repos et tranquille sur toutes choses, si elle n'avait point à redouter les préoccupations publiques et les douleurs intimes qui la jettent souvent dans les mélancolies les plus {grandes, et cela d'autant plus qu'elle a beaucoup à souffrir d'un engorgement de l'organe utérin qui entraine après lui la suppression du flux mensuel, accident auquel elle est souvent sujette depuis de longues années et auquel il ne suffit point de remédier en en facilitant l'écoulement, mais qui nécessite encore des saignées fréquentes , tantôt à un pied , tantôt à un autre. De là cette pâleur et cet épuisement continuels. Un de ses plus vifs chagrins est de voir les vains résultats de son mariage et par conséquent le péril où seront de nouveau le rétablissement de la religion catholique et l'obéissance au saint-siége qu'elle avait relevés avec tant de zèle et d'ardeur... »

Mais le portrait de cette reine maladive, femme un jour emportée, un autre joiu' abattue, atteint à des réalités plus sombres encore, lorsque l'ambassadeur, mentionnant les factions politiques du royaume, représente la souveraine en proie aux tortures morales que lui cause la conscience de la haine qu'elle a inspirée à ses peuples par la dure persévérance de ses persécutions religieuses :

« Elle s'afflige encore des soulèvements , des conjurations et des embûches que chaque jour elle voit se former et se-tendre contre elle, au dedans et au dehors du royaume. Bien que jusqu'à pré-

sent il n'en soit point résulté de jjiand malheur pour elle, néanmoins, comme en de telles vicissitudes il faut infli^jer des châtiments, avec la faute et le soupçon pour {juides, tantôt à l'un, tantôt à l'autre, et qu'il faut sévir dans la propriété et dans l'existence, elle n'ignore pas que de semblables nécessités ne font qu'accroître et la haine et l'indignation, car elle sait que de toute part les causes qui ont déterminé les conjurés à agir étant des causes de religion ou avant pour but celui de chasser les étrangers qui, en leur qualité d'Espagnols, sont honnis de tous, non-seulement elles sont excusées, mais que même elles sont tacitement approuvées. »

Là ne s'arrête pas clans la bouche de l'ambassadeur cette anatomie des chagrins de la reine. Je ne puis citer toutes les pages qu'il y consacre; il révèle encore h ses auditeurs étonnés deux autres tourments d'àme provenant de sources plus intimes, telles que l'absence du roi Philippe , son mari , dont elle est amoureuse , et la présence de la j)rincesse Elisabeth, sa sœur d'un autre lit, fdie de la seconde femme de Henri, souvenir trop vivant de la favorite pour laquelle fut exigé le divorce de la vertueuse Catherine d'Aragon.

Ainsi amené, le nom d'Elisabeth (plus tard grande et puissante reine) sert de transition à l'orateur pour peindre sa personne; et le sénat vénitien dut prêter à ce passage du discours de l'ambassadeur une attention d'autant plus grande que, pour la première fois, le portrait de cette princesse lui était présenté :

«Elle naquit, dit-il, en 1533, au mois de septembre; elle vient donc d'atteindre à ses vingt-trois ans. Cette jeune fille est tenue pour être non moins belle d'esprit que de corps, bien que réellement on la puisse dire plus gracieuse que jolie, quant à la figure. Elle est grande et bien faite, d'une fort belle peau, bien qu'olivâtre; elle a de beaux veux, mais par-dessus tout une belle main; et, pour le dire en passant, elle fait profession de l'avoir belle. Elle est d'un esprit et d'une pénétration surprenants, et

S!Gr!ATUKE DELISABETH Reine D'ANGLETERRE

I)apri-s une IcMit Hiili>^;raphe à b KfJiie Mi'to CATHK.RINF DR MKDICiS I Sans daLr. ;

Signature de MARIE TUDOR Reine D ANGLETERRE naprè.s imf lettre atilojîiviphi- à rEmpcreur CHARLES piNT.( De Kichemnnl, Aoul- 1557.;

7'irfes a^u C'ctAttiet i/c .V. /^'£V//UéT //e CÛMWA'f.

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