RELATIONS SUR LES ÉTATS ITALIENS
autre un trait piquant, une allusion qui n'est pas toujours calante, souvent même up.e observation dure, mais qu'est-ce à dire? Et d'ailleurs, quelle distance n'y a-t-il pas entre ces libertés d'élocution et les formules outrageantes et amères dont on a trop souvent cherché des preuves de peu de valeur?
Les deux volumes qui dans cette série sont faits pour mériter l'attention la plus élevée , sont incontestablement ceux qui sont consacrés aux relazioni de la cour de Rome. De l'avis des hommes qui dans l'histoire font autorité par la sagesse de leurs appréciations et par la hauteur de leur savoir, il n'est sorti d'aucune plume des contemporains de la papauté pendant le seizième siècle des pages plus capables de nous représenter avec une semblable exactitude les figures papales des successeurs de saint Pierre et celles de tous les princes de l'Eglise, au nombre desquels, s'il y eut peu de saints, il y eut du moins beaucoup de beaux esprits fort politiques : aussi ai-je cru devoir consacrer aux relations de Rome un chapitre spécial. Là encore et surtout les amateurs des portraits retracés magistralement les reconnaîtront pour avoir été faits ad vivnm, selon l'expression consacrée chez les anciens maîtres graveurs. Toutefois, sans entrer dans des détails qui, si nous devions suivre chaque ambassadeur ou résident aux cours d'Urbin, de Florence ou de Mantoue, et autres cours italiennes, nous entraîneraient au delà des limites que nous nous sommes imposées, il importe cependant qu'avant de monter au Vatican et d'y regarder le saint-père avec les yeux du Vénitien, nous signalions les textes qui, parmi ces relazioni des pays d'Italie, peuvent être considérés comme les sources les plus sûres et les plus intéressantes à connaître.
Dans mon choix, je mets l'Etat de Florence et celui
(l'Urbin avant les autres, tous les deux ayant donne lieu à l'envoi d'ambassadeurs ou de résidents d'un mérite et d'une considération exceptionnels.
L'Etat dont Florence était la brillante et séduisante capitale compte cinq relations; Marco Foscari et Antonio Suriano le décrivent pendant cette mouvante période qui suivit le troisième départ et précéda le troisième retour de la maison de Médicis; c'était le temps des factions plus nombreuses encore qu'au temps où le moine Savonarole enflammait les esprits par cette brûlante éloquence qui le rapprochait des anciens prophètes. Le but diplomatique de Marco Foscari avait été de soutenir à Florence la li^jue italienne qui s'était formée contre l'empereur Charles. Arrivé en 1527, il assista aux premiers troubles, vit la fuite des Médicis et assista aux assemblées populaires. Il décrit les divisions intestines, les ressources, les métiers et les mœurs politiques de ce peuple fameux dans les menées italiennes. Sur cette époque éphémère de la république florentine, le recueil des 7-elazioni nous fournit des textes qui ont ce rare avantajje de se bien coordonner et de se suivre de manière à ne pas laisser suspendus ou interrompus des récits importants. A Marco Foscari, si vigilant et si actif dans les affoires qui surgirent, succéda Antonio Suriano; il partit en 1529, laissant pour successeur Capello, de qui nous avons sinon la relation, du moins les dépêches ' . La relazione de Foscari est recommandable par le tableau de l'agitation de Florence dans ces grands instants (jui sont des mutations dans la vie des peuples; on y sent l'homme mêlé aux événements, l'acteur, l'observateur, l'esprit expérimenté. Suriano est
1 Lottere alla repuLblica di Vonezia dcl cav. (^arlo Capello, ambasciatore di fjuella presso la repubblica fiorentina, 1529-1530, cbe fu l'anno dell' assedio dl Firenze. Raccolta Alberi, série 2*', t. I''', p. 99 à 319.