‹ La diplomatie VénitienneChapitre 45 sur 246 · RELATIONS SUR LA TOSCANE · texte numérisé non relu

RELATIONS SUR LA TOSCANE

moins politique et moins lettré, mais il énumère comme un statisticien , et par lui vous avez sous les yeux l'administration avec toutes ses branches ; aussi est-ce dans son rapport que les finances de l'époque sont le mieux exposées. Capello est un chroniqueur; il écrit au jour le jour les faits et les choses; sa dernière lettre, en date du 13 août 1530, précéda de peu la crise républicaine, le 5 juillet de l'année suivante ayant été le jour où Alexandre de Médicis, prince odieux s'il en fut, revit s'ouvrir les portes de Florence et celles du palais où sa famille avait établi son pouvoir. Nous n'avons pas de relazione spéciale à ce règne mauvais, mais une des plus intéressantes sur la Florence du temps de Cosme P*", tardive il est vrai , puisqu'elle est de 1561 et que ce Cosme avait été élevé à la puissance en 1537, est la relazione du secrétaire Vincenzo Fedeli.

Fedeli n'était pas un ambassadeur, il n'était qu'un résident, par conséquent de l'ordre des secrétaires et non des patriciens; mais cette classe de citoyens de Venise, qui avait aussi accès aux affaires, compta des esprits et des caractères où la capacité, le sentiment du devoir, la qualité pratique se rencontraient souvent. Fedeli fut envoyé à Florence à l'occasion de la cession de Sienne au gouvernement de Cosme P'' par le traité de Cateau-Cambrésis, conclu entre l'Espagne et la France en 1559.

Cosme « fut la tige de cette seconde famille des Médicis dont le gouvernement, tantôt médiocre, tantôt détestable, pesa sur la Toscane pendant deux siècles ' » . Il se rapprochait le plus, par ses goûts et ses instincts, de ce grand Cosme auquel l'histoire a donné le grand titre de Pater patriœ ; l'assassinat de son prédécesseur par son con-

^ Cesare'fialbo. Ti;ul. Ainijjues, p. .33, t. H.

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fidciit Lorenzino, dont l'action est si connue, le mit sur le trône d'une manière et dans des circonstances inattendues. Éloigné du pouvoir, peu en faveur auprès du duc Alexandre, son parent, ne fréquentant pas la cour, mais se tenant sans cesse dans sa villa, livré aux divertissements do la chasse à l'oiseau ou de la pêche, ne pensant à nulle grandeur, demeurant sous la tutelle de sa mère, Marie, fille de Jacopo Salviati , nièce de Léon X et veuve du grand condottiere Jean de Médicis des Bandes noires; il fut, par un soubresaut de la fortune, apjîelé au principat : « Et si Alexandre, son prédécesseur, dit Fedeli, fut fait duc par la guerre et par la force , tout au contraire Cosmc fut fait prince par inspiration, pacifiquement et tranquillement, et comme David, qui du milieu de ses troupeaux, par la volonté de Dieu, fut appelé à régner, ainsi Gosme, du milieu des campagnes où il chassait à l'oiseau et péchait, fut appelé au trône, et aujourd'hui on dit à Florence que ce jeune homme assurément chassait alors des aigles et des gerfauts, et qu'il péchait des baleines et des monstres marins, puisque maintenant on voit qu'il a en son pouvoir des oiseaux si grands et des poissons si gros ' . »

Gosme a eu le mérite d'avoir dispersé les factions; son long règne et son immuable force de volonté lui facilitèrent cette œuvre âpre et dure. Il gouvernait avec rigueur mais avec justice. « Il veut la paix et l'union parmi les citoyens, dit le Vénitien; on ne voit plus d'agitations à Florence. Il ne veut pas qu'il soit question de haines, d'injuies, d'hostilités et de vengeances, non plus qu'il y ait des guelfes et des gibelins et des partis acharnés , » comme au temps de la République, où on avait à entendre les

' Allusion populaire à sa puissance si Lien établie par cette récente acfpiisilion de l'Etat de Sienne.

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