PORTRAIT DE COS.ME I
panciatki , les canccllieri , les piagnoni, les arrdhhiati, les palleschi, les higi et les adiraii ' . Gosme était homme d'Etat, organisateur, sachant administrer, apte à tout. Regardons son portrait par le résident vénitien, dont la sagacité lui a consacré plus d'une page :
« Ce prince est à la fleur de l'âge, il a quarante-deux ans, il est d'une complexion très-robuste {niolto gagUarda). A le voir, il paraît fort gracieux , mais lorscpi'il le veut, il se rend terrible; aux travaux et aux exercices il est infatigable, et se divertit surtout aux choses cpii exigent l'agiHté, la force et l'adresse, tellement, cpie pour enlever les poids, pour manœuvrer les armes, pour triompher aux tournois, pour jouer à la paume, pour sa dextérité à la chasse, il n'a point de vainqueur, et dans le cours de ces divertissements où il se plaît tant, à la pêche, à la nage, il se dépouille de toute autorité et de toutes les marques de sa dignité, plaisantant avec sa suite et son entourage très-familièrement, et il veut que tous les siens prennent aussi cette assurance sans lui réserver le moindre égard.... Mais en dehors de ces exercices et de ces divertissements, il ne reconnaît personne, non plus que s'il ne l'avait jaiiiais vu ou connu, et il n'en est pas un qui oserait lui faire le moindre signe de familiarité, et il reti'ouve aussitôt sa sévérité ordinaire ^
" Ce prince possède un esprit très-vivace, très-prompt et fort approprié à toutes choses. Il est doué 9'une mémoire des plus profondes, car (bien qu'il ait des rapports sur les revenus, les dépenses, les munitions et les compagnies) il se rappelle de tout et raisonne de ses intérêts intimement et promptement avec
ses ministres Il connaît tout le monde et appelle chacun par
son nom, et s'il voit ime figure nouvelle, il veut savoir qui elle est, et il ne l'oublie plus
^ Tous ces noms sin{;uIiors désijjuaieiit les factions trop variées, les partis trop nombreux qui ajoutaient Florence depuis loujjteuips. Voyez la irlazione si précise d'Antonio Suriauo, à son retour de Florence en 1529; Surlano les définit toutes. Raccolta Alberi, série S"", t. V, p. 412.
2 Le Vénitien ajoute à ce propos un proverbe qu'on disait à Florence et qui, en raison du jeu de mots qu'il renferme, n'est pas traduisible : « Talmente clie è fatto un proverbio nella città, clie il ditca si disduca e s'iiiduca (luando vuol, e peixiiè se fa privato e principe a sua posta.
» Dans les choses du gouvernement, il a un jugement solide, et ne change jamais; dans les affaires d'État, il est résolu; dans celles de la guerre, plein de bon conseil et de valeur; dans les entreprises qu'il a conçues lui-même, il s'est fait connaître pour osé et courageux; si ce prince eût été soldat par nature comme l'était Jean de Médicis, son père, ce grand et fameux capitaine, il en serait résulté les plus grandes choses; mais il a tant réussi et tant obtenu avec la paix, qu'il ne pense qu'à la maintenir.
» Ce prince aime et estime les hommes d'art et d'habileté (i virtuosi) dans toutes les professions, et se plait à toutes les branches des études; il aime la sculpture et la peinture, et dans l'une et l'autre il fait continuellement travailler des artistes excellents — Il recherche les bijoux, les statues, les médailles anciennes, et il a un si grand nombre de ces objets d'antiquité, que c'est à vous surprendre : de toutes ces choses, il en fait le plus grand cas, dépense beaucoup pour elles, et il en laissera un souvenir impérissable. Il fait écrire en langue toscane et latine l'histoire de son temps, et ordonne aussi que les commentaiz'es de sa vie soient écrits dans l'une et l'autre langue par des hommes supérieurs; de manière que par la peinture, par la sculpture, par la gravure et par les écrits, qui sont si durables, il laissera de lui, mort, une gloire éternelle, après avoir eu, vivant, le bonheur et la fortune. Le Seigneur Dieu le voudra sans doute conduire au terme de soii existence avec la même somme de bonheur, puisque ce prince a, comme on le dit, la même étoile qu'Octave-Auguste et que Charles-Quint, Empereur *.
» De même que Cosme de Médicis est grand dans le mode de gouverner et de conduire l'État, ainsi l'était-il dans celui de manifester sa grandeur eu toutes choses; mais depuis quelque temps il s'est transformé, et fait preuve de vivre plus retiré. Dans son intérieur, il ne vit vraiment pas en prince, avec ces marques exquises de grandeur dont usent d'autres princes, mais il vit comjne un père de famille tout-puissant, il mange en compagnie de sa femme et de ses fds; sa table est modestement servie, ses enfants n'ont ni table ni dépenses à part, comme cela a lieu dans les autres cours; ainsi, dans l'aller et le promener, soit par
* Singulière preuve «lu crédit qu'avaient alors les croyances astrologiques.