‹ La diplomatie VénitienneChapitre 47 sur 246 · ROLE PERSONNEL DE COSME I · texte numérisé non relu

ROLE PERSONNEL DE COSME I

la ville, soit à la campajjne, où va le duc vont aussi la femme et les fils et toute la maison, avec une garde toujours aux côtés composée d'une compagnie d'Allemands, d'une de chevau-légers et de cent arquebusiers, et lui, il se tient toujours armé, avec ses gantelets, sa cotte de mailles, son épée et son poignard, au milieu de la nombreuse cour qui le suit; et où va sa personne vont ses capitaines pensionnés et stipendiés, qui ne sont jamais iTioins de six cents, et qui, à un seul son de trompe, se mettent en mouvement, et tout est disposé et prévu avec tant de commodité, que les mules et les chariots, qui sont sans nombre, sont instantanément prêts à suivre »

Fedeli n'oublie aucun des traits qui contribuent à animer la statue du Médicis; il nous montre ce prince dans toutes ses créations, dans ses institutions, dans ses ^oùts, jusque dans cette officine où il demandait aux herbes rares et aux simples leurs secrets, comme aux alambics leur secours pour tromper la nature en inventant des métaux. Il nous dit aussi l'emploi d'une journée de Cosme I", cet homme qui positivement s'était composé un rôle de souverain tout à fait personnel, ainsi que le doit faire tout prince qui veut être, par ses actes plutôt que par son droit, le soleil de son peuple, et ne connaît d'autre voidoir que le sien, ayant conscience de sa force. Cosme, issu des principes de Machiavel, savait le besoin d'im tel rôle, fait pour étoinier les masses , toujours si faciles à se laisser séduire par les dehors habiles d'un prestige qui, s'il est artificiel, n'en est pas moins puissant. Ne voyezvous point un rôle dans le jeu de cet homme, qui,- familier et privé dans ses plaisirs, ne connaît plus âme vivante dans ses travaux et ses études, n'a plus de sourires, procède par coups d'étonnement , marche le poignard au flanc, les mailles à la poitrine, étudie la chimie et l'alchimie, se montre constamment prince, homme et philosophe tour à tour ?

liO DE LA DIPLOMATIE VÉNITIENNE.

«Le matin, ou dit qu'après rcxpcklitiou <lc,s affaires criminelles, le secrétaire des choses d'Etat se présente; le duc ouvre lui-même les lettres, il les lit le premier et écrit beaucoup de sa propre main, surtout au roi Philippe et au pape. Ses communications ou lettres secrètes sont tenues dans une cassette couverte en velours vert; lui seul en a la clef, et toujours elle le suit dans ses déplacements. Après avoir expédié ses affaires, il donne audience aux ambassadeurs, aux nonces et autres personnes

importantes Il man(je tard, fort sobrement, se repose un peu,

et expédie ensuite les suppliques de {jrâce et de justice, et s'il lui arrive de rencontrer certaines matièx'es douteuses pour lesquelles il lui semble bon d'avoir le conseil des hommes de valeur et de science qui lui sont dévoués, il ne les fait pas apjieler, mais il envoie sous pli cacheté à qui bon lui semble la question sur laquelle il veut des avis; ceux-ci lui répondent sous pli cacheté aussi, et les résolutions sont ensuite à sa volonté. Aussi ne dit-on jamais : u te Conseil a résolu, mais le Duc a délibéré que telle chose »

Dans la relazione de ce seci'étaiie intelli[jent et fort habile négociateur, comme le prouvent ses dépêches et divei^s antres écrits , deux passages m'ont frappé qui , réunis, forment un contraste assez émouvant : l'un met bien haut la prédestination de la maison de Médicis; l'autre, tout en n'ôtant rien à la puissance de Cosme, montre que par ses procédés cette puissance toute personnelle n'avait d'autre base que le vouloir incertain de la fortune, et Fedeli, en fils d'un Etat qui, tout aristocratique qu'il fût, n'avait pas moins la forme d'une république, Fedeli représente curieusement cette chance de l'instabilité du Médicis. Je citerai donc ces deux passages frappants par leur contraste :

« Et maintenant, s'écrie-t-il après cette période où il a considéré l'état de prospérité dans lequel Florence est revenue depuis le commencement de ce long règne, que dire de plus, qu'ajouterai-je à ces grandes choses, sinon que cette maison des Médicis

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