‹ La diplomatie VénitienneChapitre 48 sur 246 · APPRÉCIATION DU CARACTÈRE DE C(3S-ME · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION DU CARACTÈRE DE C(3S-ME

a été une maison prédestinée {iina casa fatale)'^. Et le jjrand Cosme l'ancien, homme de tant de valeur et de pouvoir, ce .simple citoven qni obtint la première charge civile dans l'État et fit de si jjrandes choses autant par ses richesses que par sa prudence et son talent, no sei!il)]ait-il pas, ce sap,e vieillard [questo sapalo vecchio), avoir prévu que de sa famille devraient surgir tant de cardinaux, de papes, de ducs, de princes et de reines, lorsque avec tant de munificence il se fatiguait à élever (les palais et à préparer des résidences royales au prince ahsolu ([ui à la longue devait être l'issu de sa race, ne plus gouverner comme un citoyen mais comme un roi, et devenir ce que maintenant nous le voyons, c'est-à-dire Cosme, duc de Florence et de Sienne. »

Mais si Fedeii a commente la vie et les actes de Cosme d'abord par l'ëio^je })oiir la paix qu'il a rétablie, pour les factions dont il a apaisé les rumeurs, que dit-il après avoir exposé ses fautes?

« Mais il s'est trop promptement révélé, et chacun verra

de plus en plus à l'avenir comment au fond des choses la seide crainte qu'il a pour lui-même se cache et se dissimule. ?se voit-il pas et ne sait-il pas clairement que si sa bonne fortune tournait lui seul instant, il ne serait plus ce prince si sage, si prudent et habile, comme il s'est annoncé, mais qu'il deviendrait comme aucun des autres? Bien qu'en effet il soit homme doué de toutes les qualités et de tous les talents, il n'est pas moins, en fin de compte, tout bonnement un homme : l'engouement des peuples et les applaudissements, compagnons et serviteurs des succès, voilà ce qui des hommes fait des dieux. Aussi voit-on avec quelle industrie, avec quelle peine, avec quelle patience le duc de Florence procède pour se conserver sa puissance, et comme toutes les choses sentent la contrainte , et sont tellement exposées à des dangers manifestes, que c'est seulement par la rigueur et par la terreur, par l'épouvante, qu'il se tient sur pied; qu'au moindre petit trouble tontes les choses changeraient de forme, et nonseulement les peuples, mais les pierres se remueraient, et ses plus chers et ses plus intimes courtisans lui manquei-aient.

» Ces choses, ainsi que tant d'autres que j'ai dites, j'ai voulu

l/i2 DE LÀ DIPLOMATIE VÉNITIENNE.

les cxjioscr afin qu'on vole l)ien (jnelle est la piiissanrtî de ce prince, en <juoi elle consiste, coniinent elle peut s'arrêter et d'où peut venir le trouble, réserve faite cependant des dispositions de la Providence, le meilleur et le plus sage directeur de toutes choses, i»

L'ambassadeur Priuli a complété ce portrait ' par la relazionc qvi'il a prononcée en 1566, au retour de son ambassade extraordinaire à Florence, occasionnée par la cérémonie des noces du fils aîné de Cosnie avec Jeanne d'Autriche , ce mariage d'où plus tard nous est venue Marie de Médicis. Gosme n'attendit pas les revers : par un acte d'une prudence singulière et par une de ces inspirations qui, toutes désintéressées qu'elles soient à la surface, n'en couvrent pas moins des aml)itions vigoureuses au fond , Cosme renonça à son titre en faveur de François, son fils; mais s'il n'eut plus le pouvoir nominal, il conserva et retint celui de fait. Il mourut en 1576. La relazionc d'Andréa Gussoni, ambassadeur vénitien à cette époque , chargé du double office de condoléance et de compliment auprès du duc François, nous donne quelques détails sur les occupations de ce prince que je ne saurais négliger, se rapportant aux arts et à l'industrie qui ont caractérisé cette période des annales florentines. Les documents sur les arts n'offrent-ils pas toujours, si simples qu'ils soient, une sorte d'attrait particulier dont on ne saurait se défendre? Pour ma part, je me sens toujours disposé non-seulement à les recueillir, mais à aller à leur rencontre.

Le duc François, fils de Gosme, père de Marie de Médicis en premier lit, héros princier dans l'aventure roma-

' Cosine, devenu veuf, fut aussi dissolu qu'il avait été excinj)laire et réservé pendant la vie de sa femuie. Voyez la rc/azioiie d' Andréa Gussoni, 1576.

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