ART ET INDUSTRIE DU EILS DE COSME I
nesque de cette fameuse Bianca Capello , Vénitienne qui avait fui ses lacunes et sa République pour cause de péché d'amour, ressembla bien peu à celui de qui il tenait et la vie et la puissance. Autant Cosme était homme d'État, autant il avait été capable d'appliquer à sa convenance des principes de Machiavel aussi vigoureux et osés que celui-ci : « Il est donc de nécessité absolue que le prince qui veut se maintenir apprenne à pouvoir n'être pas bon, pour en faire usage selon le besoin de ses affaires » , autant François consacrait peu son esprit à ces pratiques profondes; mais s'il n'était point un politique, il était un industrieux. Voici le dire du Vénitien :
« Il prend peu de plaisir aux chasses et aux autres fatigues, mais il donne tous ses soins à quelques métiei's, dans lesquels il fait profession de retrouver et d'inventer des procédés nouveaux, connue cela est en effet. Il a retrouvé le mode de fondre le cristal de roche, et il le fond en forme de verres à boire et autres sortes, les travaillant dans le fourneau de la même manière que le verre ordinaire; c'est à cette fin qu'il a salarié quelques-mis de nos maîtres de Murano fort capables. Ces vases, tant par la matière première que par l'art, sont du plus bel et du plus charmant aspect, et d'autant plus recherchés qu'ils sont faits par le duc seul....
» Il a en outre retrouvé le mode de faire la porcelaine de l'Inde, et réussit dans toutes ses épreuves à en égaler les qualités, c'est-à-dire la transparence, la cuisson, et il la fait aussi légère et aussi délicate; on m'a assuié qu'il avait mis plus de dix ans avant d'avoir pu découvrir le secret de cette industrie. Ce fut un Levantin qui le mit sur la voie; il fit alors travailler un homme qui chaque jour expérimentait; 11 gâta des milliers de pièces avant d'être arrivé à des ouvrages parfaits.
)» Il aime aussi à faire tailler les pierres précieuses, et maintenant, outre quelques tables qu'il a commandées en pierres du plus grand prix et de nuances diverses enchâssées l'une dans l'autre, il fait creuser des vases dans des pièces de lapis-lazuli.
» Il se divertit aussi à fabriquer de faux bijoux, et si sem-
blables à de vrais, que telles fois les joailliers eux-mêmes s'y trompent; il m'a montré ainsi un petit vase d'émeraude qu'il a réussi vraiment très-bien. Par-dessus tout, il a le plus {jrand plaisir à travailler les alandîics, composant des filtres, des eaux et des sublimés propres à la guérison de beaucoup d'infirmilés; entre autres, il a une huile d'une vertu supérieure, qui, en l'étendant sur le pouls, le cœur, l'estomac, la gorge, protège contre tout poison, guérit les empestés, préserve les gens sains et empêche toute fièvre maligne. 11 m'a dit lui-même l'avoir expérimentée contre le poison sur des personnes condamnées à mort judiciairement, leur faisant prendre du poison d'abord et les guérissant ensuite radicalement. Il a tenu à me donner une petite fiole de cette huile singulière.
» Il prépare aussi des feux d'artifice Il a découvert le
moyen de multiplier le salpêtre : étant données, comme il le dit, quatre-vingt-dix livres de sel et dix de salpêtre, et les accommodant par des movens qui lui sont propres, il les convertit en salpêtre pur. Ainsi, de neuf cents livres de sel et de cent de salpêtre, il en obtient mille de ce dernier produit.
» Il n'est pas médiocre connaisseur en peinture, en sculpture, en camées travaillés, en médailles, en tout genre d'antiquités. Il leur sacrifie presque tout son temps, et il a un endroit appelé le Casino, où, en guise dé petit aj'senal, il tient dans diverses cbambres différents maîtres ouvriers, et c'est là qu'il conserve ses alambics et ses artifices. Il y va le matin, v demeure jusqu'à l'heure du dîner, et après dîner y retourne jusqu'au soir : alors seulement on le voit un peu à la ville — »
La dernière relazione de Florence est en date de 1589; elle est de Francesco Contariiii, ambassadeur e'iu pour fiiliciter le ^rand-duc Ferdinand de son mariage avec Christine de Lorraine. Les renseignements les plus intéressants qu'on est à même de trouver dans ces pages roulent, h mon sens, sur l'état des rapports échangés entre la Toscane et les cours étrangères.
Telles des i-elazioni qui nous sont parvenues complètes sur tant d'Etats italiens au seizième siècle, ainsi la relation
FAC SIMILE D UNE LIGNE AUTOGRAPHE DE COSME I DE MEDICIS Preiiuor Cirain] l)iii' ilc Toscaiu- .
Signature de DON JUAN D'Autriche D'après une leUvc auloj^raplie à la DUCHF.SSE dk I.UHAIME (Dr, labl)aye cleTilIfimoul
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