‹ La diplomatie VénitienneChapitre 50 sur 246 · RELATION SCR DON' JUAN A NAPLES · texte numérisé non relu

RELATION SCR DON' JUAN A NAPLES

de Savoie en 1561, de Ferrare en 1575, d'Urbin en 1547, n'offrent pas seulement le tableau contemporain du ])ays et du gouvernement que l'ambassadeur a observé, mais encore une histoire rapide de son passé, et parfaite d'ailleurs pour remettre en mémoire l'origine et les vicissitudes de ces pays, chez lesquels, pour la plupart, les luttes du moyen âge, avec l'Empereur d'un côté, le Pape de l'autre, avaient produit de si amers bouleversements et de si fougueuses tempêtes. Au dix-septième siècle, plusieurs de ces relations sur les Etats italiens avaient acquis une renommée assez grande pour que Wicquefort pût mentionner justement certaines d'entre elles, en les honorant des mêmes éloges que pour les écrits fameux du chevalier Temple sur les Pays-Bas :

« La relation, dit-il, que Lazare Mocenigo a faite de la cour du duc d'Urbin , et celle que Hierôme Lippomano a faite de la cour du duc de Savoie, sont très-belles et fort particulières, aussi bien que celle que le chevalier Cornaro a faite de la cour de Rome telle qu'elle était du temps d'Alexandre VIL II serait à souhaiter que tous les ambassadeurs suivissent l'exemple de ceux de Venise , parce que ce serait un des meilleurs services qu'ils pourraient rendre h leurs princes aussi bien qu'à leurs successeurs. Les remarques que le chevalier Temple a faites des Provinces- Unies, etc.. »

Aux relazioni distinguées et signalées par Wicquefort, j'ajouterai celle de Federigo Badoer en 1547 sur le duché d'Urbin , au temps de ce duc Guidubaido II qui fut aussi grand prince dans la paix que grand capitaine dans la guerre; celle de Hieronimo Lippomano, envoyé spécialement à Naples, à Don Juan d'Autriche, en 1575, dans les circonstances si difficiles qui avaient suivi la bataille de Lépante, où les Vénitiens avaient rivalisé d'héroïsme, et

Don Juan d'habileté. « Lorsque tout autre monument de ce genre manquerait absolument, cette relazione suffirait pour déterminer la force du savoir politique de la Republique de Venise. La victoire de Lépante avait été remportée par la ligue chrétienne à cette date fameuse du 7 octobre 1571 contre la puissance déplorable du Turc. Les Vénitiens, poussés tant par des raisons de nécessité commerciale que par le peu d'union qui régnait entre les princes chrétiens pour opérer un nouvel effort plus efficace contre les Turcs, se décidèrent à signer la paix avec la Porte. Mais si ce fait les assurait contre la partie où le danger était le plus flagrant, il n'excitait pas moins contre eux l'animosité des anciens confédérés. Ce fut pour adoucir et pressentir l'esprit des diverses cours irritées que furent dépêchés en ambassade les plus experts politiques de cette très-expérimentée République. A Don Juan d'Autriche fut envoyé Jérôme Lippomano. La relation que nous lui devons est à la fois une preuve merveilleuse et de l'instinct politique de l'ambassadeur et de l'habileté suprême du gouvernement qui l'avait envoyé. Vous n'y trouverez pas seulement des raisonnements sur l'objet de cette mission, mais encore un tableau fidèle de l'administration du royaume à cette époque où l'Espagnol y gouvernait et dominait. J'ai consacré à ce précieux texte une attention scrupuleuse, le nom de Lippomano m'étant connu par les curieuses dépêches et les nombreux écrits diplomatiques que j'ai lus de lui dans les cartons relatifs à la France, aux archives de Venise. Don Juan d'Autriche, dans l'histoire espagnole, est une figure qu'il faut regarder. Il était généreux, bouillant, chevaleresque, plein des beaux instincts d'une grande nature. Que l'Espagne ne fùt-elle dans ses mains, au lieu d'avoir été à celles du légitime mais détestable Philippe II ! Pourrais-je faire un meilleur emploi

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