CHAPITRE TROISIEME
La Coi'r de Rome et les Pontifes, d'après les ambassadeurs vénitiens. — Utilité et curiosité des Mémoires ou Diarii de Marin Sanuto, historiographe de la République de Venise. — Anciennes relazioni retrouvées.
— Caractères et distinctions des ambassadeurs élus pour la Cour de Rome. — Rome sous Alexandre VI (Roderigo Borgia). — Saisissant récit du meurtre du troisième mari de Lucrezia Borgia, par Don Michèle, bravo de César Borgia. — Esquisse au physique et au moral d'Alexandre VI. — Ambassades à Jules II. — Caractère énergique de ce pontife soldat. — Léo:* X. — L'ambassadeur apporte au Pape la nouvelle de la victoire de Marignan. — Conversation surprenante entre Sa Sainteté et l'ambassadeur. — Ambitions personnelles de Léon X. — Traits caractéristiques. — Emploi de son temps. — Ses goûts et ses instincts.
— Adrien VI. — Roma est locanda. — Portrait du pontife. — Les quatre ambassadeurs extraordinaires de Venise. — Attrait tout spécial de leur relazione. — Clément VII. — Paul III et le concile. — Nature emportée et véhémente du saint-père. — Sa mort, suite d'un accès de colère. — Paul IV et relazione de Bernardo Navagero sur lui. — Paul IV grand inquisiteur. — Dureté de son caractère et implacabilité de son humeur. — Portrait en pied. — Sa politique inclinait à la France par haine contre l'Espagne. — Pie IV. — Peinture de Rome sous l'impulsion austère de ce pape et de son neveu Borromée. — Pie V fait pendant à Paul IV au chapitre de l'inquisition. — Ardeur et violence de son ambition au temporel. — Son portrait. — Grégoire XIII. — Sixte-Quint.
— Son élection. — Portrait en pied. — Ses qualités.. — Sa passion pour les affaires. — Son intérêt pour la grandeur, l'embellissement et la restauration de Rome. — Clément VIII. — Importante ambassade remplie par le Vénitien Leonardo Donato. — jNotes, impressions et souvenirs de l'ambassadeur pour écrire sa relazione, juger la personne du Pape et connaître son entourage. — Ce document, fruit de mes recherches dans l'archive Doua délie Rose, est demeuré inédit. — Par la forme et le style, il rappelle les textes intimes appelés carnets.
Les relations sur Rome et les papes, pendant le seizième siècle, forment les deux volumes les mieux remplis et les plus complets de la collection de Florence. Ainsi que ces quartiers de certaines {jrandes cités qu'en raison de leur ensemble et de leur caractère à part on considère comme formant une ville dans la ville , on peut de même regarder
ces deux volumes réservés à Rome comme composant un recueil dans le recueil. Leur })ublication a été entourée des soins les plus choisis; elle a eu les faveurs d'une foule de notes et d'éclaircissements exceptionnels : des sommaires que n'ont pas les textes de la première série concourent à la facilité des recherches en indiquant les détails ; une bio(jraphie spéciale de l'ambassadeur, auteur de la relazione, précède chaque discours. Pleine de faits sur la vie politique de ces Vénitiens si occupés, si actifs, si ardents au service de leur patrie, ces biographies conviennent d'autant mieux au lecteur qu'il lui importe de bien connaître celui dont il lit les impressions personnelles sur d'aussi grands sujets, et il est regrettable que les mêmes procédés de publication n'aient pas été appliqués à toutes les séries. Le mérite et la bonté de ces soins tout spéciaux appartiennent à M. Tommaso Gar ' pour le premier volume , et au chevalier Emmanuele Gicogna pour le second ^ . Les relazioni annotées par ces deux savants et consacrées aux pontifes de ce grand seizième siècle sont
1 M. Tommaso Gar est un érutlit de premier ordre, un professeur émérite, un clierclieur heureux et fécond, bien connu de ceux qui ont lu ou consulté l'encyclopédie de la curiosité historique en Italie, je veux dire VAichivio storico. M. Eugenio Alhèri, en s'adressant à M. Tommaso Gar pour lui donner le soin de commenter les relazioni sur les papes, a fait preuve du meilleur tact : cet appliqué letteralo sait les conclaves et il connaît le livre d'or des princes de l'Eglise comme si, depuis Grégoire VII, le Vatican n'avait point eu d'autre notaire apostolique que lui.
- M. le chevalier Cicogna est le savant par excellence, le savant italien doué de ce parfum de modestie qui donne tant de charme à la science. Il me rappelle ces grands prêtres des recherches laborieuses dont Muratori fut le pontife. Etranger aux bruits qui ne sont point ceux de la science en Italie, il vit à Venise et pour Venise. Son œuvre si belle des Inscrizioni Veneziane , en sept volumes in-folio, est un monument, et il s'est acquis par elle une place d'élite dans le cœur de sa patrie. Ce vieillard, d'un si doux et affable accueil, n'a cessé de me donner le secours efficace de ses conseils, et comme sa bienveillance n'avait pas de limites, je voudrais qu'il me donnât lieu de lui témoigner que ma gratitude est à la hauteur de sa bienveillance.