‹ La diplomatie VénitienneChapitre 61 sur 246 · CLÉMENT VII. — PAUL III · texte numérisé non relu

CLÉMENT VII. — PAUL III

préoccupations diverses. Il discourt bien, il voit tout; mais il n'a point d'initiative. En matière d'Etat, personne ne peut rien sur lui; il les écoute tous, puis n'en fait qu'à son sens : il est juste et il est en Dieu. Il n'a point cet esprit de libéralité particulier à Léon X, bien que faisant beaucoup d'aumônes; il est d'une grande continence. Il vit économiquement; il ne veut ni bouffons ni musiciens, et n'est point chasseur. Depuis qu'il est pontife, on ne l'a vu sortir de Rome que deux fois pour aller à la Magnana, villa de Léon X. »

A ce dernier éjjard il n'en fut pas toujours ainsi , témoin le congrès de Bologne en 1529 et l'entrevue de Marseille en 1533. Cinq i-elazioni sont connues sur son pontificat, dont une admirable , et toute de controverse politique due à la haute intelligence du doge Niccolô da Ponte, concernant la paix de Bologne ' . Les trois autres se rapportent aux années 1530, 1531 et 1533 : à cette dernière se rattachent l'examen et l'appréciation de toutes les circonstances qui ont conduit le Pape à l'entrevue de Marseille et au consentement du mariage de Catherine de Médicis avec le second fils du roi de France : c'est une page persuasive et qui est toute de notre histoire^.

Paul III succéda à Clément Vil , — un Farnèse à un Médicis. Le contraste est singulier. Dans le second, l'irrésolution, la froideur, l'abattement; dans le premier, la véhémence, l'emportement, la volonté rapide. Avez- vous vu le portrait que le mâle pinceau du Titien a fait de la figure de ce Farnèse? Qui l'a vue ne la peut oublier. Son pontificat fut long, ayant duré quinze années; un grand fait s'y rattache, le concile. C'était un grand point.

i Maneggio dcHa pnce di Bologna tra Clémente VII, Carlo V, la RepuLblica di Venezia e Francesco Sforza. Scrittura originale del doge INiccolo da Ponte. De la pa{;e 141 à la page 247. Ce mémoire est de toute importance, c'est une des Lelles écritures politiques du seizième siècle.

2 Relaz. Antonio Suriano (1535), p. 306. T. VII.

Clément YII n'avait voulu de concile à aucun })rix, il le redoutait pour lui-même, mais il l'évita par ses procédés habituels, la temporisation, l'hésitation. Paul III le voulut aussitôt. A peine eut-il coiffé la tiare, que ce mot sortit de sa bouche : Le concile! D'aucuns disaient que de sa part cet empressement n'était qu'une feinte; d'autres, que son instinct pénétrant lui ayant fait redouter une impulsion souveraine étrangère, principalement celle de l'Empereur, il l'avait voulu devancer, libre à lui ensuite de déterminer et le lieu et l'époque. Le Vénitien s'étend avec une rare habileté sur les motifs qui avaient empêché Clément VII de vouloir le concile, et il expose avec l'esprit de la plus fine analyse les raisons déterminantes de l'initiative de Paul III. Ce ne sont point là des écrits vulgaires, mais des pages qui, à mon sens, sont autant de leçons et d'enseignements à qui entre par inclination et se maintient par le talent plutôt que par la faveur ou le caprice dans la carrière diplomatique ' .

Marco Foscari-, ambassadeur en 1526 auprès de Clément VII, augurait bien des grandeurs futures du cardinal Farnèse, lorsque, au sujet de Clément, il disait au commencement de sa relation :

« Le Pape ne parle et ne s'entretient de choses d'Etat avec aucun cardinal, si ce n'est quelquefois avec le révérendissime Farnèse, lequel est assurément le premier cardinal qui soit, et on estime que le Saint-Père venant à mourir, Farnèse serait pape. »

Il le fut, en effet, huit ans plus tard; et, sous le nom de Paul III, prit la triple couronne. Physionomie d'une bien grande et bien profonde originalité, nature emportée, mais colère plutôt que bouillante —

' Rclaz. Antonio Suriano, de la page 313 à la pajje 321. T. VIT.

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