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LA POLITIQUE DE PAUL IV EST POUR LA FRANGE

V ou des valets d'écurie en Italie prétendaient maintenant com- )) mander » , de nombreux outrages de la part de cette maison ont encore aigri son humeur : aussi se montrait-il tout incliné aux choses de France, voyant dans cette seule voie le moyen d'abaisser la grandeur de la maison d'Autriche. Le hasard des temps (l'occasione dei lempi) fait donc que les Français lui sont chers ou qu'au moins il laisse croire qu'ils le lui sont. Je ne crois pas, du reste, qu'il aura jamais de la haine pour le Roi de France, non pas seulement parce qu'il n'est pas d^ l'intérêt des pontifes de se mettre mal avec cette couronne, mais parce que les services particuliers que ce pape a reçus du Roi, en hommes et en argent, font qu'il y aura toujours égard : ne peut-on d'ailleurs pas dire que le Roi, par complaisance pour le Pape, a jeté tout son royaume dans les mains de la fortune et de l'aventure"? »

Paul IV mourut en 1559, et dans Rome, son dernier soupir fut le signal du tumulte et de la vengeance. Depuis 1555, en effet, date de l'avënement du Caraffa à la pourpre, la ville, sous la terrible pression où l'avait tenue ce dur vieillard, n'avait pas respiré. Elle employa mal la liberté qu'elle en eut; mais que faire avec un peuple qui a tous les instincts d'un enfant sans avoir plus de puissance? Ce peuple, dans ses fureurs démonstratives, fit beaucoup de gestes, cria bien haut, arracha les armes et les emblèmes des Caraffa partout où il les vit, dispersa les cendres du pape inquisiteur, mutila sa statue et incendia le tribunal où Paul IV, dans une sorte de majesté redoutable, avait dit à la torture, au supplice et à la malédiction : « Vous êtes les armes saintes de la sainte Église '. »

* Voyez pour tous ces détails l'importante relazione de l'ambassadeur Luigi ^Ioceni{;o, 1560. Sur le pontificat de Pie IV il v a quatre de ces documents à consulter : Relazioni de Luigi Mocenigo, 1560; — de Girolamo Soranzo, 1563; — de Giacomo Soranzo, 1565; — de Paolo Tiepolo, 1569.

Son successeur fut Pie IV, et, ainsi que cela s'est rencontré souvent sur le trône de saint Pierre, ce pontife fut absolument l'opposé de son prédécesseur : mais, bien qu'il prit plutôt plaisir aux choses du monde qu'à celles du ciel, Rome n'en eut pas moins, autant que sous les papes les plus austères , les apparences de la tristesse , de la solitude et de l'ascétisme, en raison de l'exemple admirable de sagesse et de réserve que donna le cardinal ministre et neveu du pontife, saint Charles Borromée. Le Vénitien Giacomo Soranzo fait une curieuse peinture de la Rome de ce temps :

(i On vit fort petitement à la cour, dlt-il, en partie par pauvreté, en partie par suite du bon exemple que donne le cardinal Borromeo, car pour ce qui est des choses extérieures, tel prince, tel peuple. Le cardinal, dans les mains de qui sont toutes les affaires, menant une vie aussi rell{jleuse et aussi retirée que je l'ai dit et ne se montrant bienfaisant et libéral que pour ceux qui lui ressemblent, II n'y a point de cardinal ou de courtisan qui puisse espérer aucune grâce s'il ne vit, en réalité ou au moins en apparence, selon l'exemple que donne le ministre. De là vient la privation de tous plaisirs, du moins en public : on ne volt plus de cardinaux masqués, ou à clieval, ou en voiture, se promenant dans Rome avec les dames (ainsi que c'était la coutume il n'v a pas encore si lon^jtemps); aujourd'hui, c'est à grand'peine si on en volt en voiture, même seuls. Partout ont cessé les festins, les jeux, les chasses et tout le faste apparent, d'autant plus qu'aucuns laïques de qualité, tels que parents ou subordonnés des papes , ne vivent plus à la cour, ainsi que cela se faisait. Les prêtres vont tous en habit; ainsi d'un seul reg^ard jeté sur la foule, on reconnaît quelle réforme il y a dans la vie à Rome. De toutes manières, les artisans et les marchands se peuvent tous regarder comme déclarés en faillile, car 11 ne court plus le moindre argent. Et comme presque toutes les charges et les offices sont remis entre les mains de Milanais avides et rien moins que libéraux, 11 résulte que bien peu de monde se dit satisfait de ce pontificat et de son gouvernement »

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