PORTRAIT DE PIE Y
Pie Y ' vint ensuite, et Piome vit encore des jours sombres. Paul IV, le fanatique, a trouvé presque son égal clans Pie Y, sinon pour la brillante intelligence dont il était doué et pour la puissante érudition qu'il avait acquise, du moins pour l'ardeur fébrile qu'il mit au redoutable exercice de l'inquisition. Paul lY avait été à la fois un inquisiteur et presque un homme d'Etat; Pie Y fut imiquement un grand inquisiteur. « Il n'a aucune expérience des choses d'État, dit de lui Soriano, pour ne les avoir jamais pratiquées » Aussi, comme tous les papes qui n'ont pas eu
les capacités temporelles de leur dignité, avait-il des prétentions outrées pour sa puissance spirituelle
(1 II voudrait qu'au spirituel comme au temporel , dit Paolo Tiepolo, ambassadeur auprès du pontife en 15(59, les princes tirassent de lui toutes choses ; il m'a dit phisieurs fois qu'il crovait feniiement à l'étendue de sou autorité sur tous les États et de pouvoir commander eu toutes choses comme maître absolu, n
a Sa Sainteté, dit un autre, est d'un aspect grave, d'une stature au-dessous de l'ordinaire, maigre, mais nerveuse et robuste. Ses yeux sont petits, mais sa vue est pénétrante; elle a le nez aquilin, signe d'un esprit fier et apte à gouverner; son teint est vif, et sa chevelure blanche inspire la vénération. Elle marche admirablement, ne redoute pas l'air, mange peu et boit trèspeu^ Sa Sainteté est d'une nature colérique et soudaine, et
le feu lui monte tout d'un trait au visage au moindre mécontentement : elle est cependant facile aux audiences et écoute tout le monde; elle parle peu et lentement, et hésite souvent à trouver le mot propre et significatif comme elle le voudrait. Ce pape est d'une vie exemplaire et de mœurs irréprochables, et son zèle religieux est des plus grands; il voudrait trouver tout cela chez les autres; aussi réprime-t-il les ecclésiastiques avec des
* Élu le 7 janvier 1566. Voyez le curieux parallèle entre Pie IV et Pie V, prononcé par l'auibassaclcur Paolo Tiepolo dans sa relazione (12 mais 1569).
- L'ambassadeur ajoute : « Patisce alcunc volte dell' orina e vi rimedia
con usar spesso la cassia e a certi tenipi il laUe d'asina >
lOi DE LA DIPLOMATIE VÉNITIENNE.
réformes et des bulles, et les laïques avec des décrets et des avertissements * —
Grégoire XIII ^, qui succéda à Pie \, ne fut ipi'un juriste de Bologne, saint homme, mais peu aimable et nullement sociable. Giovanni Corraro disait eu 1581 :
« Ce pontificat parait aussi bien long à la cour, en raison de la nature si peu séduisante de Sa Sainteté, qui, à l'endroit des demandes qu'on lui adresse, est toujours plutôt inclinée au ?i07i qu'au ouï; ce qui faisait dire au cardinal de Trente : Nous avons un pape négatif, habemus papam negativum. Gela vient de ce que Sa Sainteté étant docteur en lois, elle voit et porte toutes choses ad punctuin juris; aussi ses refus sont-ils d'autant plus désagréables, qu'ils sont faits avec la plus grande séchei'esse et sans la moindre consolation de paroles courtoises...
» Ce pa])e n'a aucune inclination aux affaires, aussi n'a-t-il aucun plaisir à les traiter et à les examiner, et il abandonne les soucis qu'elles donnent et les travaux qu'elles exigent à qui est chargé d'en avoir soin. Il paraît être si ami de la paix et du repos, que même pour de graves motifs il ne ferait rupture avec qui que ce soit... Il répartit le gouvernement des choses ainsi : celles de l'Église sont aux mains de deux cardinaux ses neveux, celles du temporel et des rapports de la cour avec les princes sont au cardinal de Côme. »
Son pontificat fut long, mais malheureux. Saint homme, mais sans initiative, capable de sévérité, mais non d'action, Grégoire XIII vit Rome et ses Etats en proie aux chefs de bandes qui ont laissé, dans l'histoire de Rome, sous son règhe, des marques si énergiques de leurs mauvais instincts. Léôpold Ranke, dans son Histoire de la papauté, s'étend longuement sur les désordres de Ronle à cette époque, et personne n'a mieux révélé la faiblesse du pontife ni dépeint le malheur de ses derniers jours que
1 Ritratlo cli Pio V, de Michèle Soriano.
- Élu le 1.3 mai 1572. Ugo Boncouipaguo, originaire de Bologne, était cardinal de Saint-Sixte.