SIXTE-QUINT
dans les deux lignes consacrées à exhumer le dernier soupir du malheureux souverain : « Le vieux pape, faible et dégoûté de la vie, leva les yeux au ciel et s'écria : Tii t'éveilleras, Seigneur, et tu auras pitié de Sion! « Exaucée fut la prière du vieux et saint pontife; car le Seigneur donna la marque de son réveil et de sa pitié pour Sion en voulant que l'énergie même et la grandeur succédassent à la faiblesse et à la mélancolie : et il en fut ainsi par l'avénement de Sixte-Ouint à la tiare.
Peu de pontifes, pendant une aussi courte durée de règne, ont rempli comme Sixte V le monde et l'histoire de leur nom. Sixte eut les qualités les plus contraires à son origine. De la plus petite et la plus obscure naissance, il fut grand homme et grand pontife. Sans marques d'ambition pendant sa carrière, il porta la pourpre sans intrigue : mais, pontife, il eut tous les grands vouloirs de la puissance qui a conscience de sa valeur. Son pontificat dura cinq ans : pendant la seconde moitié , il lui fut donné de participer aux violents orages de la politique européenne , qui éclatèrent alors de tant de manières diverses. Ce fut le temps où le Roi d'Espagne, tourmenté par les menées de la Reine d'Angleterre , décida , pour la défense de ses Etats, d'entreprendre cette lutte si sérieuse où, pour ainsi dire, en peu d'heures, il perdit la plus florissante et la plus imposante armée navale qui jusqu'alors ait jamais été formée par un des puissants de ce monde : ce fut le temps où le Roi de France fut chassé de Paris par ses sujets, où le duc de Savoie osa lui surprendre le marquisat de Saluées, auquel le Roi tenait si particulièrement, où ce même Roi , pour sauvegarder sa vie , son honneur et celui de son rovaume, crut devoir consentir à la mort du duc et du cardinal de Guise, source de tant de troubles dans ce royaume malheureux ; le temps enfin où la mort
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(l'Etienne, roi de Pologne, entraîna la discorde et la guerre entre le Roi de Suède et l'archiduc, guerre et discorde (jui ne furent apaisées qu'à grand'peine par l'autorité du Pontife. Ajoutez les hérésies triomphantes Avec
la plus vive ardeur, avec la passion la plus violente, Sixte- Quint fut mêlé à ces vicissitudes. Non-seulement pour les affaires mêmes de Rome, si troublées sous Grégoire XIII, mais pour celles du monde, un pontife à idées hautes et magnifi(|ues, inébranlable dans ses résolutions, homme d'action , fait pour la puissance sans la tyrannie , de nature
robuste, était devenu nécessaire à l'Eglise Tel fut
Sixte-Quint.
« Aussi, dit le Vénitien, après avoir montré tout ce qu'il y eut d'imprévu dans rélectioii de Sixte, qu'un instant on regarda comme faite à point par rEsj:)ril-Saint , il seudjje que la dominante ^lajesté du ciel ait parliculièrement élu ce pontife pour remédier à l'oppression des peuples déj^endants du Saint-Sié(je, que des bri{jands, des bandits de jjrand chemin et des sicaires tyrannisaient et imposaient au giand jour depuis de longues années; et lui, avec une surprenante célérité, remédia à ce vaste désordre, poursuivant, chassant de l'Etat les scélérats, les bandits et les criminels. Ainsi le Pontife rappela la justice de son long exil , cette justice qui, pour tant de motifs, pai-alssait n'avoir plus aucun abri dans ces contrées. »
Voici quel était cet homme qui non-seulement a refait glorieux le trône des pontifes par les effets d'une brillante énergie, mais a mis la ville même, sa Rome, en de nouvelles splendeurs par les monuments dont il la dota.
Il existe deux relations d'ambassadeurs vénitiens sur le temps de ce pontificat; l'une est en date de I58G, une année après l'avènement de Sixte; l'autre est en date de 1589, une année avant sa mort. De l'une et l'antre, les portraits, les opinions, les volontés, les actes politiques du Pape ressortent avec autant d'éclat que de vigueur.