PORTRAIT DE SIXTE -QUOT
quérir Faniitié du Pontife, d'un autre côté il ne faut jamais manquer aux soins et à l'attention de se la conserver. Celui en effet qui ne procède pas par la voie du plus profond respect et de la modestie, celui qui ne manifeste pas l'estimer en toutes choses, ainsi qu'il convient à la dignité d'un pontife romain; celui qui ne fait pas profession de tenir grand compte de ses bonnes grâces et de ses faveurs, bien facilement s'aliène son esprit...
?) Le Pontife sait et fait profession de tant savoir, qu'il n'est pas facile à accepter les conseils des autres; il lui semble, en effet, ne pas pouvoir se tromper, vu la sagacité de son esprit, la longue pratique qu'il a des affaires et la profondeur de sa science. Avec les princes de cette qualité, si on les loue, on est exposé à passer pour flatteur, ou pour dédaigneux si on n'approuve pas leurs actions; aussi est-il nécessaire de tenir un juste milieu dans les affaires et dans les discours, ne penchant pas plus d'une part que d'une autre...
)) Sans les continuelles préoccupations, et surtout sans la colère qui l'agitent souvent, on pourrait espérer qu'il devrait vivre de plus longues années que le pape Grégoire, son prédécesseur; mais il apporte aux affaires une telle passion, s'y dévouant ou s'affligeant, et la colère est chez lui si bouillante, que quelquefois, en de certains accès, les mains lui tremblent : il faut dire cependant qu'elle lui passe très-vite. Comme sa vie est des plus régulières, on pense généralement qu'il vivra longtemps, bien qu'il affirme lui-même ne pas avoir de longues années à parcourir. ))
Sixte-Quint s'ouvrait volontiers aux Vénitiens : il aimait leur ville, pour y avoir longtemps résidé comme simple moine. J'ai vu surtout, par les dépêches de ces mêmes ambassadeurs dont j'étudie les relazioni, par quels paternels entretiens il les initiait à ses désirs comme à ses tourments. Il leur a beaucoup accordé : rarement la République vSérénissime a plus sincèrement et religieusement révéré un pontife : un jour vint, h propos de la France, en raison de la sagace et intelligente confiance qu'eut Venise pour
Henri IV, au temps de la ligue, que l'amertume divisa Venise et Sixte; mais la chose fut éphémère, et rien n'est plus noblement touchant et émouvant comme le dialogue de réconciliation entre le Pontife et les quatre envovés vénitiens. Ranke en a Jjeaucoup parlé. Du reste, il n'était pas diplomate : sanguin et bouillant, il était aisément expansif. Le Vénitien le savait, et Priuli eu avisa le sénat, dans sa relation , en ces termes curieux :
<( Bien des fois Sa Sainteté communique les choses qui ont été traitées avec elle, soit que cela lui tourne à propos, soit pour faire une excuse ou pour témoigner sa confiance et son amitié : il arrive même parfois qu'il amplifie les choses qu'on lui a dites ou qu'il a dites à d'autres : il a surtout usé de ce moyen dans des occasions de bravades ou de répréhensions, aimant à passer pour terrible en certaines occasions, espérant peut-être par ce nioven se faire d'autant plus obéir. »
Il avait le coup d'œil et l'instinct des grandes natures. S'il était emporté dans ses haines, il n'était pas injuste. Son grand ennemi religieux était Elisabeth : au commencemeirt de son avènement au trône de Rome, il promettait, à son besoin de vengeance contre l'hérésie, d'entreprendre luie sorte de croisade et de ligue contre elle et contre Genève ; mais il abandonna ensuite de tels projets , ayant compris la nature des obstacles qui les entouraient.
Le Vénitien Gritti , dans ses détails circonstanciés sur les dispositions d'esprit et de cœur du Pontife à l'égard des princes de la chrétienté, rapporte ainsi l'humeur de Sixte pour son ennemie :
« Sa Béatitude tient en haine la Reine d'Angleterre comme contraire à la vraie religion, mais il ne peut s'enqîêcher de la louer extrêmement et d'élever jusqu'aux étoiles sa valeur et son courage : aussi a-t-il tenté bien des moyens (mais en vain) pour la ramener à la vérité, l'assurant de lui abandonner librement tous les revenus ecclésiastiques. En somme. Sa Sainteté se plaît
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