AUTRE PORTRAIT DE SIXTE -OUEST
à dire que si Elisabeth devenait catholique, elle deviendrait aussi sa fille de prédilection. »
Giovanni Gritti s'étend sur l'administration des finances par le Pontife même et sur sa conduite dans les affaires. Je ne crois pas que jamais Rome ait vu un pape plus homme d'Etat et phis administrateur. Que n'a-t-il fait pour Rome ! Yoyagfeant dans cette ville aux souvenirs {Grandioses et aux impressions profondes, n'avez-vous pas vu son nom et ses armes consacrer les grands et nobles ouvrages du pontife?
Le portrait qu'a laissé Giovanni Gritti, second ambassadeur de Venise à Sa Sainteté, complète bien par quelques traits celui que nous a donné son prédécesseur Priuli.
« Le pape Sixte a maintenant soixante-sept ans; il a la peau brune, est d'une stature médiocre, sa barbe est châtain, et sa taille (ainsi qu'on l'affirme) est toute couverte de poil. Il a le regard sûr, et discerne si bien sans lunettes, qu'à peine entré au consistoire, d'un seul coup d'œil jeté rapidement, il sait distinguer qui s'v trouve et observer qui v manque. Sa nature est des plus robustes, et il en accroît la vigueur en s'abstenant de toutes irrégularités ou d'aliments peu sains; il est d'un naturel emporté et sanguin, aussi arrive-t-il souvent, par des mouvements soudains, à toutes les hauteurs de l'indignation : mais il est vrai de dire qu'il s'apaise et s'adoucit aisément. Sa mémoire est des plus faciles, à ce point qu'il ne lit ou n'entend aucune chose qu'il ne la retienne fort aisément. »
Tel était l'homme qui a rendu au Saint-Siège la grande tournure politique dont il lui restait si peu de traces, et qui, par les magnificences extérieures qu'il a restituées à Rome, en a refait une seconde fois la ville éternelle. « L'heureux Félix, puissant, admiré et redouté comme pape et monarque, mourut le 27 août 1590, à l'âge de soixante-neuf ans. On j)ourrait presque l'appeler le der-
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nier pape. » Il y a dans ces paroles de M. Gregorovins un grand et solennel éloge.
Je vois deux relazioni d'ambassadeurs vénitiens — l'une de 1595, l'autre de 1598 — sur le pontificat au temps de Clément VIII. La première est due à la plume habile et à l'esprit philosophique de Paolo Paruta, dont le nom est célèbre dans l'histoire des lettres italiennes : on peut dire que, pour la belle forme du style et pour le noble tour des pensées, Paolo Paruta est de cette école remarquable inaugurée par Pietro Bembo. Ainsi que Bembo, Paruta fut un des historiographes de la République Sérénissime. La relazione de cet ambassadeur émérite est plus qu'un rapport, elle est un ouvrage, pensé et écrit avec un soin particulier, et les considérations sur la vraie puissance du Saint-Siège, au noble et légitime point de vue de l'autorité morale, sont des plus élevées et mériteront toujours d'être lues et méditées tant par les écrivains philosophes que par les historiens. Pour ce qui concerne la France dans ce bel écrit sur la papauté en général et sur le rôle politique et personnel du pontife Clément, qu'il me suffise de dire que ce diplomate de Venise à Rome, Paolo Paruta, fut un de ceux dont l'influence fut la plus directe et la mieux signalée sur l'esprit et la volonté du Pape dans l'acte de l'absolution de Henri IV et dans le fait de la reprise des rapports diplomatiques entre la France et Rome.
Giovanni Dolfin est le dernier qui ait parlé de la cour romaine sous Clément VIII; je renvoie à ses pages de même qu'à celles de Paruta : Dolfin termine son œuvre par une série de petits portraits qu'on pourrait appeler la galerie du Sacré Collège à cette époque • il prend à part chacun des cardinaux et analyse sa personne, ses opinions et son influence, de telle sorte que, pour le très-célèbre pontificat suivant, celui de Borghèse (Paul V), lorsqu'on