MAINTIEN DE CET USAGE POLITIQUE
que la prudence de ses ministres ne rencontrât des limites; or, elle savait, au premier chef, cpi'en matière de mission et de négociation politiques, l'imprudence est aussi dangereuse que l'injidélité. Pendant le cours de ces deux ou trois ans de légation , l'ambassadeur devait tenir une correspondance incessante avec le sénat et préparer les matériaux de la relazione, qu'il était obligé d'écrire avant son retour, et de prononcer ensuite , en séance solennelle , devant ce même sénat, présidé par le doge et la Seigneurie ' ou Ministère. Cet usage de la relazione, dont nous avons retracé l'origine, ne tomba point en désuétude, et il fut en honneur pendant toute la durée de la République. Mes recherches, fort actives à cet égard, m'ont prouvé qu'il y a peu d'exemples de négligence à citer. La relazione constituait tellement un devoir d'Etat, le soin de la composer était si généralement tenu pour un article de loi essentiel au corps diplomatique vénitien , que même lorsqu'un ambassadeur recevait l'ordre de passer d'une légation dans une autre, ainsi de celle de France h celle d'Espagne ou d'Angleterre, sans avoir dans l'intervalle à faire acte de présence à Venise, il devait, avant d'entrer dans ses fonctions nouvelles , envoyer à son gouvernement le manuscrit de la relazione sur la cour et l'Etat dont il prenait congé. Dans l'examen que je fais plus loin des relazioni particulières à notre France , je donnerai plus d'une preuve de la fidélité et de l'exactitude de ces diplomates à remplir cette obligation essentielle de leur charge.
1 Quand on disait à Venise la Siijnoria, la Si'roiixsiina Sitjnoria, on désignait ainsi le Coiixirjlio minore : c'était en quelque sorte le ministère. Il préparait les questions pour les assemblées soit du sénat, soit du grand conseil : il était alors composé de six membres, dont deux par quartier de la ville; ils ne devaient avoir aucun degré de parenté avec le doge. Plus tard, ce Conxifjllo minore fut augmenté et transformé sous le nom de Colle<jio.
Le jour même où un ambassadeur, de retour dans sa patrie , mettait le pied dans Venise , il avait pour instructions de se rendre à la chancellerie, au palais ducal, pour y consigner la nouvelle de son arrivée sur un registre spécial dont le grand chancelier de la République était détenteur. C'était dans les quinze jours qui suivaient la date de cet acte de présence, qu'en plein sénat l'ambassadeur devait faire relazione. Telle était l'expression consacrée.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que la plupart des ambassadeurs eux-mêmes ont approuvé en termes éloquents cet office , qui cependant constituait une des difficiles épreuves de leur mission. Mais cela couronnait si bien la suite de leurs travaux , de leurs fatigues et de leurs études! Il en est peu qui, au jour de la lecture, ne débutaient pas par l'éloge solennel d'une coutume si bien faite pour tenir une imposante assemblée dans l'enseignement continuel des affaires relatives aux pays étrangers, dont elle avait souvent à discuter la politique au point de vue de rapports internationaux et d'intérêts communs.
Disons plus : par une relazione bien faite, on acquérait un nom, une réputation. Ne parlait-on pas devant l'élite de la nation , devant les plus hauts et les plus méritants? Un discours politique devant une assemblée politique! Une bataille sous les regards mêmes du souverain! N'avons-nous pas vu, et ne voyons-nous pas encore, dans nos assemblées, ne voyons-nous pas en Angleterre, au Parlement, tels hommes devenir grands dans l'opinion du gouvernement et du peuple par le seul fait d'un discours où la politique extérieure était ou est éloquemment, dextrement et habilement représentée et jugée? Il en était de même à Venise, où la tribune, au sénat et au Grand Conseil, avait ses franchises. Dans un Etat où les charges se donnaient au vote, et où généralement le mérite