RESULTATS HEUREUX D'U.\E RELAZIONE
plutôt que la faveur dirigeait l'élection, n'était-ce point une grande et heureuse chose qu'une occasion si manifeste ;de se signaler comme un vaillant appréciateur en des matières aussi délicates que difficiles? Dès les premiers jours mêmes du seizième siècle, une relazione était un événement. Marin Sanuto, dans ses Diarii, où il consigne tout ce qu'il voit et ce qu'il entend d'important ou de curieux dans les conseils ou dans la ville, ne manque pas à constater l'impression cpie causait la qualité d'une relazione bien prononcée par tel ou tel ambassadeur à son retour. J'ai sous les yeux cette note, extraite du manuscrit de ses Diaini : « Matteo Dandolo, ambassadeur en France, est monté h la tribune et il a fait sa relation ; tout le monde lui en a fait l'éloge, et le prince tout particulièrement. " Ce Matteo Dandolo , cavaliet^ e dottor, revenait d'auprès de Louis XII. Je parlerai de lui et de ses missions aux chapitres de France.
Les avantages de cette admirable coutume toute vénitienne {legge nostra laudatissinm , comme le disait Daniele Barbaro en 1552) se révèlent aisément. La notion parfaite de tous les États politiques du globe et de l'humeur particulière des chefs de ces États, était ainsi donnée dans une forme précise. Le séuat tout entier, entre les votes duquel résidait la gestion des affaires étrangères, était ainsi renseigné, tous les trois ans, sur les forces, les qualités, les ressources, les faiblesses ou les misères de chacune des nations auprès desquelles il était représenté. Ce sénat, par la bouche éloquente de ses ministres, voyait ainsi naître et grandir les princes étrangers; il apprenait à les connaître, comme s'il eut été chargé de les élever et de les instruire : dans la salle magnifique de ses séances, cette solennelle réunion de porporati assistait ainsi au spectacle des cours et des gouvernements les plus lointains; car, à
vrai (lire, ces relazioni continuelles n'étaient autres qu'une brillante exposition de tableaux politiques, où l'art de bien dire prêtait ses charmes au savoir, à l'habileté et à la finesse, ])0tu' rendre plus saisissants leur attrait et leur intérêt. Nicolo Tiepolo venait de remplir, en 1535, le temps de sa mission auj)rès de l'empereur Charles-Quint; il avait eu de nombreoc prédécesseurs, car, depuis 1515, cet empereur Charles avait activement occupé les affaires de ce monde, et Venise n'aurait pas voulu être la dernière à en être instruite. Tiepolo, dès le commencement de sa relazione d'office, fait allusion à l'avantage qu'il peut y avoir à l'écouter, malgré le nombre des sénateurs présents qui sans doute, dans ce même sénat, sont venus, ambassadeurs comme lui, parler de ce même empereur Charles- Quint.
«< Avant moi, dit-il, et non sans grande gloire, beaucoup de sénateurs, les uns morts déjà, les autres présents, parmi lesquels il en est qui furent envoyés auprès du prince que je viens de quitter, ont amplement et brillamment parlé de sa personne, des siens et de ses affaires, si bien même qu'il semblerait devoir me rester bien peu de chose à dire. Cependant, non que je prétende à les valoir ou à les surpasser, mais par cette raison que les affaires des princes et des Etats de la terre vont se transformant de jour en jour en diverses manières, et par cela même que je n'ai pas eu à négocier avec l'Empereur seul, mais encore avec le sérénissime roi son frère et avec presque tous les princes et les États de l'Allemagne, et qu'ainsi je puis m'étre rendu compte de choses nouvelles tout à fait dignes de vous être rapportées, je suis venu aujourd'hui accomplir ce devoir, qui m'oblige à faire à Vos Excellentissimes Seigneuries le récit de ce que, ])endant les vingt mois que je suis resté à leur service, j'ai pu apprendre de la nature et du caractère