‹ La diplomatie VénitienneChapitre 74 sur 246 · LES CARNETS DE LEONARDO DO^'ATO · texte numérisé non relu

LES CARNETS DE LEONARDO DO^'ATO

» Diego, serviteur, intime plus qu'aucun de ceux qui entourent le Pape, est accessible et tout à fait intelligent, il saisit les occasions de rendre des services. Il dort dans la chambre, et quelquefois se tient cinq à six heures continues avec le Pontife. Il dit l'office avec lui, il dort après dîner sur une chaise dans la chambre, pendant que le Pape repose. Jusqu'à présent, il a eu trois mille écus de revenu. Du consentement du Pape, il a reçu des ministres d'Espagne quelques belles et considéi-ables tentures de damas

)» Le Pape, aussitôt levé, se jetle aux pieds du crucifix, et il prie et pleure. Il dit ensuite matines, et souvent, dans la méditation qu'il fait de certains versets des psaumes, on le surprend pleurant. Il pleure aussi certaines fois pendant la célébration de la messe, et il s'essuie ensuite les yeux, qui sont comme obscurcis.

1) Par l'acerbe affaire des fiwrisciti (exilés), le Pape est arrivé à connaître la République et de quelle manière il faut traiter avec elle — »

Un autre feuillet du carnet de l'ambassadeur est plus curieux encore à l'é^jard du Pontife. Ce sont toujours des notes plus rapides, mais d'une remarquable sig^nification. Est-ce au sortir même d'une audience difficile avec le Pontife dans le cours de laquelle Sa Sainteté a essayé de tous les ressorts de la dissimulation , que l'ambassadeur écrit ces deux mots isolément, sur une page où ils font l'effet d'une inscription romaine qu'un lettré du temps des Césars aurait ironiquement placée au socle du buste de quelque grand et imposant perfide :

SIMULATOR MAXIMUS.

Gomment traduire ces deux mots, qui sont tout un discours? Le même jour, l'ambassadeur écrit et formule ce jugement sur son carnet :

210 DE LA DIPLOMATIE VÉMTIENrs'E.

1592. 31 juin à Rome.

" Mais dans ses opinions, le Pape est très-obstiné et inllexil)]e, et tel il était déjà, dit-on, dn temps qu'il remplissait les fondions d'auditeur de rote, au point que de lui-même il a dit quelquefois qu'il était un animal très-ohstind. On assure qu'il tient cela de son père, qui lui aussi était d'nne ténacité sinfpilièrc dans ses propos et emporté dans ses paroles. On le tient pour Espagnol *.

» Ambitieux par caractère.

)! Il désire l'équilibre du juonde. Il n'aime pas la guerre.

» Des pontifes n'ont pas voulu la guerre sans avoir leurs fins personnelles, de donner par exemple des possessions, des Etats

à leurs neveux Ici, on ne reconnaît point un tel but. « Ils

ne me connaissent pas. Ils me tiennent pour un homme de peu , ceux qui pensent ainsi de moi , " s'écria-t-il un jour.

1592. 31 {{iiigno in Roma.

1 Ma nclle sue opinion! è ostinatissimo et inflexibile, e taie si «lice anche clie era cssendo auditore di rota, in tanto clie egli ha alcuna volta detto di se stesso — che è una bestia ostinatissima. Dicesi che taie qualità si viene dal padre, che era anche lui ostinatissimo nelli suoi concetti e nclle parole furioso. E tenuto per Spagnuolo.

Anibitioso di lectituduie.

Simvdator niaxiuius.

Desidcra contrapeso al niondo. Non ama la <;uerra.

Pontifici non hanno voluto guerra senzo fini privati di dar stati a nepoti — qui pare che non cl sia tal mira.

Non mi conoscono. Mi hanno per da poco quelli che cos\ credono di nie.

Non s'ottiene con il farli il cavallier adosso. Più tosto con mostrar di temerlo.

Non è uomo di voglie. Non libérale, non prodigo.

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