‹ La diplomatie VénitienneChapitre 78 sur 246 · SULTAN BAJAZET II · texte numérisé non relu

SULTAN BAJAZET II

fières encore, altérées de puissance, d'un Bajazet II, d'un Sélim r^ ou d'un Solimaii, se prêtaient bien au style énergique, concis et rapide des Vénitiens de la première moitié du seizième siècle. Je rapporterai ici quelques traits de ces figures impériales, dont le souvenir grandiose sera toujours émouvant dans l'histoire du Turc au temps où il était capable de quelque chose.

Andréa Gritti parle-t-il de Bajazet II en 1503? telles sont ses paroles :

«En 1481, Bajazet fut sakié empereur, et depuis qu'il est à cette hauteur jusqu'à présent qu'il est âgé de soixante-cinq ans, vin{jt-deux années se sont écoulées. 'Il est de stature plutôt grande que moyenne; il a le teint olivâtre, avec des regards qui révèlent un esprit assiégé de soucis et de préoccupations; il est

rattache au Sultan et au peintre pendant le séjour de ce dernier à Constantinople. J'ai cherché partout dans les Viarii et les Cronache de l'époque une trace quelconque de cette sauvage action. Je dois dire que je n'ai rien trouvé. Le comte Léon de Laborde raconte ainsi le fait dans son curieux ouvrage de la Renaissance des arts : « Mohammed, le chef des Ottomans et le représentant duTrophète, voulait qu'on lui amenât le meilleur j)eintre de la République, afin d'avoir le portrait fidèle de sa personne, de sa famille et de sa cour. La Répuldique prit ce désir très au sérieux, car elle choisit entre les deux fils de Jacob Bellini, non pas sans doute le plus grand artiste, mais le talent le plus consciencieux, le plus fidèle, le peintre enfin le plus capable de rendre au Sultan le Sultan lui-même. On sait comment Gentile Bellini s'acquitta de sa mission; je ne prendrai dans sa biographie qu'une anecdote. Il peignait la décollation de saint Jean-Baptiste à Constantinople, en 1480, sous les yeux du Sidtan. Mohammed admirait, mais il remarque que le peintre a imprimé aux chairs du cou le laisser-aller de la mort; il conteste l'exactitude de ce détail. Le j^eintre ne se rend pas à ses raisons et maintient qu'il a bien observé et fidèlement rendu. Le farouche Sultan s'impatiente ; il se croit artiste aussi en ce genre ; il tire son grand sabre. Vous croyez que c'en esl fait de Gentile Bellini, rassurez-vous : on amène un esclave, Mohammed lui coupe proprement la tète, et prouve au peintre de la République qu'il n'a pas remarqué cette vive et subite contraction qu'éprouvent les chairs au passa{;c de l'instrument tranchant. » (La Renaissance des arts à la cour de France, Etudes sur le seizième siècle, par le comte de Laborde, membre de l'Institut ; t. I'^'", p. 63. Paris, librairie de Potier, 1850.) Cet ouvrage est devenu rarissime, n'ayant été tiré qu'à cent trente-quatre exemplaires.

d'une nature taciturne. Un temps, on le crut hiunain; mais depuis qu'il a fait mourir Achmet-Pacha, on a pensé différemment. On n'a jamais vu qu'il ait manifesté un signe de joie, même en ce qu'il lui est arrivé d'heureux; jamais il ne boit de vin, et il mange avec la plus extrême sobriété. Il fait grand

exercice à cheval Il observe fidèlement ses rites religieux,

va souvent aux mosquées, dis|>ense de larges aumônes, fait profession d'avoir quelques notions de philosophie, mais par-dessus tout il s'adonne à la cosmogra|)hie, et dans cette science on le dit des plus instruits. Mais sur toutes ces études il fait prédominer la science militaire —

L'ambassadeur décrit alors toutes les re'formes introduites par Sultan Bajazet, ses dépenses pour l'artillerie, son ardeur à la discipline, sources de cette terrible victoire remportée le 9 septembre 1473 sur les Hongrois unis aux Croates

Sultan Sélim, à l'aube même de sa puissance, est indiqué de la sorte par Giustinian :

(( Le Grand Seigneur a quarante ans, petit, jambes courtes, le buste long, les yeux noirs; il paraît prudent et homme à faire de grandes choses; il est homme de guerre. Et lorsqu'il jura la paix avec nous, il dit qu'il maintiendrait cette paix autant que nous n'y manquerions en rien, ajoutant qu'il était Vami de ses amis »

L'histoire sait si ce glorieux pronostic était fondé. Quelques années plus tard , la République dut envoyer un ambassadeur pour le complimenter au Caire comme conquérant de l'Egypte, et cet ambassadeur dit de lui :

<i II lit la Vie d Alexandre le Grand ^ et le veut imiter; il

* Le chevalier Vincenzo Lazari a fait observer avec raison qu'il ne faut pas prendre ici cette histoire d'Alexandre le Grand pour celle des classiques {jrecs et latins, mais bien le livre d'Alexandre , composé en persan par îsizami et en turc par Ahnied-Dai , vr.ù roman de chevalerie qui était en {jrande vogue au moyen âge dans toute l'Europe. Soliman, successeur de Sélim, se plaisait beaucoup aussi à cette lecture; l'ambassadeur Antonio

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