‹ La diplomatie VénitienneChapitre 79 sur 246 · SULTANS SÉLIM ET SOLIMAN · texte numérisé non relu

SULTANS SÉLIM ET SOLIMAN

prétend devenir le maître du monde, avec l'Afrique, l'Asie, l'Europe sous ses pieds ' »

Sultan Sélim , à cet égard , parlait du reste comme ce fougueux pape Jules II, son contemporain, lequel (nous l'avons vu plus haut) voulait être, lui aussi, le maître et seigneur du jeu du Dionde. Bartolomeo Gontarini, qui vit en même temps que Mocenigo Sultan Sélim au Caire, résume ainsi l'homme :

« Il tourne à l'endjonpoint; il est pâle et livide; sa fi^jure est très-dure, il est toujours dans ses pensées {sempre sta in pensar); il ne subit aucune influence, et les paclias présents n'osaient rien dire :. lui seul se gouverne et {gouverne à sa tête''^. »

Ce prestige de la puissance ottomane (prestige sitôt détruit) serahle être plutôt chose de légende que d'histoire, lorsqu'on voit cette série successive de princes énergiques marcher à grands pas de gloire et de succès , depuis Mahomet II, chassant les Paléologue de Constantinople , jusqu'à Soliman le Grand, régnant en de pleins triomphes autant à l'extérieur qu'à l'intérieur pendant un espace de vingt-six années et sous les regards de souverains tels que Charles-Quint et François P^ Soliman, à lui seul, eut à connaître dix-huit amhassadeurs vénitiens, et nous connaissons quatorze relations sur son seul rè^ne. Marco Minio révèle , dans une forme intime qui était particulière aux récits des ambassadeurs de son temps, les projets de puissance eviropéenne de Soliman et des pachas ses serviteurs. A l'entendre naïvement raconter, non sans quelque effroi , toutes les interrogations que lui avaient faites les

Barbarijjo dit de lui en 1558 : « Gli è sommamente grata l'istoria e continuamente le{;{i[e le istorie di Alessaudro Magno e quelle de Persiani. » Belaz., t. IX de la collection, p. 148.

1 Relazione d'Alvise Moceni^jo, t. IX de la collection et t. XIII de la 3" série.

2 Relazione de liait. Gontarini, t. IX, p. 58.

ministres turcs sur les forces des Etats voisins , sur la qualité des rapports entre le Roi de France et l'Empereur, sur la distance de Venise à Rome, sur les forces du Pape, on se croirait à une scène plaisante; et cependant ce procédé de naïveté peint à merveille et les intentions et les ambitions ' . Minio assista en effet aux premières impressions qui agitèrent Soliman au reçu de la puissance. Il y avait peu de temps qu'il avait pris Belgrade, place redoutable, et cette victoire l'avait mis dans l'espérance de j)Ouvoir mener à fin toute grande entreprise. Soliman avait alors vingt-neuf ans.

« Il est d'un naturel emporté, et autant que j'ai pu voir lorsque je suis allé lui baiser les mains, il est brun de couleur et a le teint pâle, les yeux enfoncés; il porte un tolopan cjui lui vient jusqu'aux veux et qui lui donne un air soudjre... '. »

Bragadin, qui le comuit trois ans plus tard, le dépeint :

(( Agé de trente-deux ans, pâle, bleuie, le nez aquilin, maigre, le cou allongé, d'une coni])lexiou faible, bien que la main forte, il passe pour n'avoir point d'égal au tir de l'arc. D'un naturel facile aux voluptés, libéral, superbe, un jour enqiorté, un jour tout buud)le. Sa mère vit dans le sérail, fennue très-belle, de quarante-liuit ans, à laquelle il porte le plus grand resj)ect; il a quatre fils jusqu'à présent; le premier est Mustafa, âgé de neuf ans, d'une mère monténégrine; elle se tient au sérail avec son fils, et c'est maintenant tout son plaisir, le Sidtan ne dormant plus avec elle (e il s'ujnor non s'impaccia pin cnn lei); trois autres fils sont de cette autre femme de nation russe, jeune, pas très-belle, mais des plus gracieuses et petite {nienuetta); c'est à elle qu'il donne tout son amour', et il lui a fait faire des vêtements ornés de jovaux pour une somme de plus de cent mille ducats ^. »

1 Voir Belaz. Marco Minio. 1522, t. IX de la collection, p. 75, 76, 77. - Dans le texte la tournure toute vénitienne de ce lanyajje est cliarluante : « Alla nualc vuol tuttn il xuo hen. »

^ \ohJielaz. Pietro Bragadin, 1526, p. 101, 102.

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