PHILIPPE II AU DEBUT DE S0>' REGXE
une de ces figures qui auront l'éternel priviléfje d'exciter sinon l'admiration, du moins la surprise de l'histoire. Reproduire simultanément les nombreux exemplaires des portraits de Philippe n'est pas mon but; mais en former un seul avec les traits variés de tous , chercher dans l'un ce qui n'est pas dans l'autre, grouper tous les détails qui sont du ressort de sa personne, me paraît offrir un sûr et authentique moyen d'arriver à une ressemblance peu commune et bien entière. Tel est donc le Philippe II d'après tous les Vénitiens qui l'ont approché et suivi pendant une carrière infatigablement politique et laborieuse de près de quarante années.
Physiquement , le voici aux premières années même de son règne :
« Petit de taille, avec les membres grêles, ayant le front large et beau, les yeux bleus et grands, les souicils épais et peu séparés l'un de l'antre, le nez bien proportionné, la bouche grande et la lèvre inférieure grosse, ce qui lui messied un peu. Il porte la barbe courte et pointue. Il est blanc de peau et a la chevelure blonde, ce qui le fait ressembler à un Flamand; mais son air est altier, parce qu'il a les manières espagnoles. »
Moralement, il n'est pas eiicore entré dans cette allure sévère, haute et grave que peu d'années après nous trouverons immuable en lui jusqu'au terme de sa vie : cependant il est déjà plein de cette inclination au labeur et à la réflexion qui le distinguent de tous les souverains de son temps. Le voici donc à cette époque trop mémorable pour la France, où l'arme heureuse de ses généraux nous fit cette grande déroute de Saint-Quentin pour l'honneur de laquelle le roi Philippe vota l'Escurial à saint Laurent, patron de cette dure journée :
« Philippe, dit Badoer, est capable de traiter de grandes affaires ; n^ais il ne possède pas toute cette activité qu'exigeraient
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les mesures à prendre pour la réforination de tant de cités et de royaumes : néanmoins il travaille beaucoup, et trop mênxo quelquefois, eu éyard à la faiblesse de sa complexion. Il lit les mémoires et discouis qu'on lui remet aussi bien que les suppliques qu'il reçoit lui-même de tout le monde. Il est très-attentif à tout ce qu'on lui dit, mais ordinairement il ne regarde pas la personne qui lui parle et il tient les yeux baissés, ou, s'il les lèye, c'est pour les promener çà et là. Il répond brièyement et avec promptitude, sur chaque point, sans prendre toutefois de résolution par lui-même. Lorsqu'il s'entretient avec des honnnes de mérite, on désirerait qu'au lieu de leur parler de {généralités, il les intciTogeàt sur certaines choses spéciales, u
Extrêmement religieux, il faut cependant reconnaître qu'il n'a jamais fait au Pape l'honneur de confondre sa puissance temporelle et sa puissance spirituelle; ses idées politiques ont constamment séparé l'une de l'autre, et il n'était pas arrivé à penser ainsi sans avoir hésité et réfléchi comme en toutes ses actions. Je rappelle à ce propos ce passafje, qui se rapporte au temps ou il fit la [jnerre au paj)e Paul IV. L'ambassadeur Michieli apprécia remarquablement alors sa conduite et il la définit ainsi :
« A l'é^jard de la religion, point que l'on considère dans unprince avant tout autre, on ne sainait, d'après les signes extérieurs, porter de lui que le meilleur jugement, car il est assidu et attentif aux messes, aux vêpres, aux sermons, ainsi qu'un religieux, beaucoup plus mêine que, selon l'avis de bien des personnes, il ne conviendrait à son é(at et à son âge. Ses sentiments intimes correspondent à ces démonstrations, suivant le rapport non-seulement des théologiens, ses prédicateurs, hommes, certes, de considération, mais encore d'autres personnes qui chaque jour l'approchent : tous rendent hommage aux pieuses intentions qui le dirigent dans les choses de la conscience; si, présentement, la guerre qu'il fait au Pape semble avoir beaucoup modifié l'opinion qu'on s'était formée de lui à cet égard. Voire Sérénité doit savoir qu'il ne s'y est pas décidé de son chef ni sans avoir pris conseil , pour apaiser ses scrupules, de tout ce
Signature de L'Empereur CHARLES-QUINT D'après une lettre autographe au Roi très Chvétien (De Grenade le 7 Juin.
Signature du DUC D'ALBE D'après une lettre autojjraplie à DON miAÇlIEZ . ( D'Araujuez, sans date.
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Signature de PHILIPPE II.
D'après uue lettre autoffiaphe à la Relue Mère CATHERINE de MEniCIS.( Sans date.