‹ La diplomatie VénitienneChapitre 85 sur 246 · CARACTÈRE DE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE PHILIPPE II

qu'il V avait de théologiens et de docteurs dans l'université de Louvain et en divers autres lieux, lesquels l'assurèrent unanimement qu'il ne commettait pas d'impiété et ne faisait rien de contraire à l'office de prince catholique, ainsi qu'il en porte le titre, puisqu'il ajjissait seulement pour la sûreté et la défense de ses Etats : « En pareil cas, disaient-ils, il est licite au fils comme » au vassal d'ôter les armes des mains de son père ou de son » suzerain qu'il voit se préparera lui faire offense. » Il v en eut même qui parlèrent plus librement, disant qu'il était permis d'ôter les armes des mains d'un prince furieux. Il lui a donc paru, selon ces avis, que sa conscience n'avait rien à lui reprocher. C'est là ce que j'avais à dire touchant la religfion '. »

Un détail fort particulier et bien rare dans sa vie est celui qui nous le montre comme se mêlant à des mascarades : l'ambassadeur de ce temps est le seul qui nous ait montré Philippe II sous l'aspect plaisant d'un masque courant les rues :

« Un de ses plaisirs est d'aller, masqué, la nuit, alors même que les affaires les plus graves sont de nature à le préoccuper. »

Son caractère ne fut réellement très-saisissable et trèsmarqué que vers 1563; jusqu'alors, ses conseillers avaient donné une direction aux affaires qui leur était plus personnelle qu'au Roi. Marc-Antonio Da Mula ne dissimule pas l'hésitation qu'il éprouve devant la tâche de former un jugement décisif sur Philippe : il estime que de son caractère il est difficile d'en juger avec certitude, et pour appuyer son dire, il a recours à cet éloquent argument :

« iSon-seulement , dit-il, parce que les rois ont dans le cœur mille antres et cavernes inaccessibles où le legard de Dieu seul peut pénétrer, mais encore parce que celui qui veut bien sonder le cœur des houuues doit observer leurs actions : par les œuvres

* Voyez Relations dea ambassadeurs vénitiens siii- Charles Vel Philippe IF, par M. Gachard, p. lv.

il connaîtra la volonté, comme on connaît l'arbre par le fruit. Or ce Roi est jeune, il n'y a que quatre ans qu'il est monté sur le trône, et le temps peut aisément changer ses dispositions : les événements heureux et les adversités ont presque toujours amené de pareils changements dans l'esprit des princes. »

Suriano, qui le connut mieux que Da Mula, pour avoir négocié plus fréquemment et plus longtemps avec lui, est moins hésitant, et clans un parallèle des plus habiles qu'il établit, selon le mode de Plutarque, entre l'Empereur Charles et le Roi son fils, il a fait ressortir un Philippe II d'autant plus frappant que, dans l'habile arrangement de ce portrait tout moral, Charles-Quint sert de vigoureux repoussoir. Suriano convient donc que tout en ressemblant h son père par la figure, le langage, l'accomplissement des devoirs religieux, le fils diffère de lui par telles de ces qualités qui font la grandeur des princes. Il montre l'Empereur se plaisant aux choses de la guerre et y étant fort entendu, le Roi s'y entendant mal et ne les aimant point; le premier s'engageant avec ardeur dans les grandes entreprises, le second les évitant; l'un aimant à projeter de grandes choses, desquelles avec le temps il venait à bout fort à son avantage et par son adresse ; l'autre , — et ce trait est des plus remarquables, — l'autre ayant moins en vue de travailler à sa grandeur que d'empêcher celle d'autrui.

Dans ses entretiens, Philippe ne manquait pas du reste d'une certaine allure courtoise qui surprenait d'autant plus qu'on s'y attendait d'autant moins : en 1563, Paolo Tiepolo, qui le représente petit de taille, le visage ovale, les yeux d'un bleu tendant vers le blanc , les lèvres grosses , roux de cheveux, assure que l'ensemble n'est pas disgracieux; mais tous s'accordent sur le flegmatique et la délicatesse de sa complexion : on ne lui eût jamais présagé la

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