‹ La diplomatie VénitienneChapitre 97 sur 246 · UN DERMER PORTRAIT DU ROI · texte numérisé non relu

UN DERMER PORTRAIT DU ROI

le Roi défunt (Philippe II) et le Roi régnant (Philippe III). Laissant de côté les traits du second , qui appartiennent d'ailleurs au dix-septième siècle, je ne reproduirai que les traits du premier, héros de cette étude :

« Le Roi était restreint et parcimonieux dans ses donations et ses récompenses, tardif et lent à résoudre les questions d'importance, étant de cette politique qui estime que le temps fait beaucoup.

» Il a eu pour but principal de tenir les grands abaissés, tant pour divertir leur esprit de toute Intention de nouveatitc, que pour réprimer cette certaine fierté, cette sorte de grandeur d'âme qui leur est naturelle. Il s'est toujours peu fié à eux, pas plus d'ailleurs qu'il ne s'est fié à personne. ?Se suspecta-t-ll même pas en Flandre la grande astuce et la grande audace du Duc d'Albe, la vivacité et l'amabilité de Don Juan d'Autriche, les artifices et la valeur du Duc de Parme, et finalement, ne fut-Il pas jaloux même de l'influence et de la bonne grâce que l'Archiduc Albert avait acquises?

)) Le Roi a toujours fait tendre ses efforts à la conservation de la paix et du repos en Italie, et il a tenu l'œil à empêcher les princes de ce pays d'acquérir ni trop de force ni trop de réputation, se disant que, par le maintien dans cette grande contrée de l'équilibre dans lequel elle est pour le présent, y occupant une aussi belle et aussi noble part que celle qu'il a, il en pourrait être toujours l'unique et vrai arbitre.

» Il avait en tête certaines maximes de ce genre, que, par exemple, dans la guerre, il ne fallait pas risquer le résultat des entreprises au hasard |de bataille^ décisives , bien qu'il connût par expérience l'énorme dépense et l'engloutissement d'or qu'il lui fallait pour entretenir longtemps la guerre; aussi, comme s'il en faisait peu de cas, il lui importait peu de d'employer et de dissiper cet or, espérant toujours retrouver un bénéfice assuré en fatiguant l'ennemi, qui ne se préoccupait pas de s'abandonner à l'incertaine issue des batailles; aussi a-t-on vu qu'il ne s'est jamais résolu à terminer complètement la guerre de Flandre, pour n'avoir jamais voulu y appliquer les efforts de sa puissance.

I) Même en France, n'avait-11 pas pour politique de tenir les provinces désunies, les forces divisées, les esprits en lutte, les

pensées en défiance, les princes en rébellion, les peuples en soulèvements, et, tirant ainsi les choses en longueur, de fatiguer et, pour ainsi parler, de réduire à rien les forces de celte couronne. Qui saurait dire que s'il eut voulu faire un grand effort et introduire de plusieurs côtés des armées puissantes et nombreuses, les soulèvenients de ce royaume n'eussent pas pris une autre forme? Mais le Dieu béni a voulu sauvegarder un membre si précieux au corps de la chrétienté, qui tant de fois a été le vrai bouclier de l'Église romaine, de la foi catholique et de la république chrétienne.

» Dans les choses ecclésiastiques, enfin, le Roi, par une grande persévérance et en se formant une conscience selon l'avis de ses théologiens, qui peut-être n'osaient pas toujours contrarier ses inclinations personnelles, semblait avoir pris des coudées un peu trop libres (pareva clie avcssc fatto wi abito un poco (rnppo iihero).

«Lorsqu'il eut foit la paix de 1559, et après la mort de l'Empereur, il s'est retiré en Espagne, où il a passé tout le reste de sa vie, aimant de son naturel le repos, la quiétude, la paix plus que le mouvement, le fracas, les turbulences, les guerres, et bien qu'il ait cependant tenté quelques entreprises, il les a plutôt accomplies avec l'or qu'avec le fer, plutôt avec la sagacité qu'avec les armes, et, comme je me souviens de Tayoir écrit à Votre Sérénité à l'époque où il mourut, il a plus gagné à rester tranquille avec son habileté dans les négociations et les artifices, que l'Empereur son père à se fatiguer par tant d'opérations militaires, avec tant d'armées, dans tant de batailles. Il a ajouté aux États héréditaires, plutôt en vertu de la fortune que par l'œuvre des armes, le très-important royaume de Portugal, ainsi que les États d'Afrique circonvoisins, les Indes orientales, tant d'îles de l'Océan, et il s'est fait maître absolu de la navigation sur cette iramense mer. Il a acquis en Afrique Penon de Valez, et il a eu sa part de gloire à la déroute de l'armée des Turcs par l'armée de la ligue (bataille de Lépante) : telle est la part des événements dans lesquels il a puisé ses plus grandes consolations. » n D'un autre côté, il a subi le double affront d'une bataille malheureuse et de la dispersion de son armée à l'attaque des Gerbes, près de Tripoli. Il a vu le désastre entier de celle qu'il avait expédiée contre l'Angleterre. Il a perdu la Colette, il a

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