CHAPITRE V
La veuve.
La perte de son mari et de sa fortune, le passage presque subit de l'opulence à la misère, eût été pour bien des femmes une de ces rudes épreuves auxquelles elles n'auraient pu résister. Ce que nous connaissons de Mme Bouchard suffira pour nous faire comprendre qu'elle supporta cette suite de catastrophes imprévues avec une fermeté non pas sfoïque, mais toute chrétienne. Ses larmes furent amères, sa douleur fut immense; mais elle fut adoucie par là prière et par la consolante pensée que son mari était mort au moment même où il venait de se réconcilier avec Dieu.
Elle avait à peine rendu les derniers devoirs à son mari, qu'elle reçut la visite de quelques-uns de ses principaux créanciers. Ils commencèrent par lui
adresser leurs compliments de condoléance; puis, tout en faisant de grandes excuses de venir la troubler dans un pareil moment, ils déclarèrent que le désir seul de lui épargner les désagréments qu'entraîneraient les formalités judiciaires pour assurer leurs créances, les avait forcés à faire cette démarche aussi pénible pour eux qu'elle pouvait l'être pour elle-même .
c< Messieurs, répondit-elle, expliquez-vous, mais d'avance je vous préviens que j'entends fort peu de chose aux affaires, et si vous voulez que je vous comprenne, tâchez de mettre cette explication à ma portée •
— Mon Dieu, Madame, reprit celui qui avait déjà parlé au nom des autres , notre proposition est fort simple, et il n'est pas nécessaire d'être initié aux affaires pour la comprendre. D'après la connaissance générale que nous avons de l'état des affaires de feu M. votre mari, nous savons que son passif dépasse son actif, c'est-à-dire que ses dettes dépassent son avoir; mais nous ignorons le chiffre exact ou même approximatif de cette différence. Pour le savoir, il faudrait connaître le montant d'une créance fort importante qui prime toutes les nôtres : cette créance, Madame, c'est votre dot, ce sont les reprises que vous avez à exercer sur la succession de votre mari.
— Et pourquoi, Messieurs, désireriez -vous connaître le montant de ma dot ?
— Parce qu'en le déduisant de l'actif de la succession, nous saurions 3 à très-peu de chose près, quelle somme il resterait pour faire face aux dettes , et par conséquent de combien pour cent chacune de nos créances serait réduite. D'après cela, nous pourrions nous entendre avec vous à l'amiable, et faire un arrangement qui éviterait une déclaration de faillite, ainsi que tous les frais et désagréments qui en résulteraient.
— Mais , Messieurs, s'écria la veuve avec une certaine dignité, que parlez-vous de faillite avant de savoir d'une manière certaine si vous êtes exposés réellement à perdre tout ou partie de vos créances? Si, par exemple, on vous garantissait le remboursement intégral de ce qui vous est dû , capital et intérêts, et qu'on ne vous demandât qu'un court délai pour remplir cet engagement, parleriez-vous encore de* faillite, et acquiesceriez vous à un pareil arrangement ?
— Oh! certainement, nous y acquiescerions, et nous accorderions même non pas un bref délai, mais tout le temps qu'on pourrait désirer. Du reste, ce n'est là qu'une condition éventuelle, une sup-
position que Madame fait, et elle De nous dit pas comment elle pourrait se réaliser.
— Ayez un peu de patience, Messieurs. Yos intérêts ne sont pas en souffrance pour quelques jours de retard. Les scellés ont été apposés hier dans le domicile et sur tous les papiers de mon mari ; on attend pour les lever l'arrivée de deux membres de notre famille et d'un homme de loi en qui j'ai toute confiance. Ils seront ici dans trois à quatre jours au plus tard ; alors on procédera à la levée des scellés ; vous serez convoqués à cette réunion, et vous verrez que la supposition dont je viens de vous parler se changera en réalité. »
Les créanciers se retirèrent à demi satisfaits. « Se moque-t-elle de nous? disait l'un, quand ils furent dans la rue; avec son air de ne rien entendre aux affaires, elle me fait l'effet de vouloir nous tendre un piège. — Àh! mais, moi, répondait un autre , je ne m'y laisserai pas prendre. Les belles paroles ne me touchent point. Il me faut quelque chose de plus solide. — Bah! disait un troisième, que sait-on? Elle appartient à une bonne famille, et ses parents ne voudront peut-être pas la laisser dans l'embarras. Avez-vous vu comme elle a pris feu rien qu'en entendant prononcer le mot de faillite? C'est pour ces gens-là un épouvantail
terrible, et si nous savons bien nous en servir, nous pourrons la mener loin. — Il ne faut pas s'y fier, reprit le premier interlocuteur : cela aurait produit peut-être de l'effet si son mari était encore vivant, parce qu'il aurait pu craindre d'être poursuivi au criminel; mais maintenant qu'il est mort, toute poursuite de cette nature est éteinte , et nous n'avons plus que l'action civile sur sa succession; or sa femme et ses enfants , en renonçant à cette succession, comme ils le feront bien certainement, sont hors de toute atteinte, — C'est vrai, reprit celui qui avait porté la parole au nom de tous; mais alors quel motif aurait-elle eu de nous assurer que nos créances seraient intégralement soldées? — Penh ! fit un autre, est-ce que des paroles comme celles-là peuvent l'engager? Pour moi, je ne m'y fie pas , et je crois tout simplement qu'elle a voulu se débarrasser de nous par ces belles promesses; vous verrez que quand ses parents et son homme de loi seront ici, elle chantera une autre gamme. Dans tous les cas, tenons -nous bien, et jouons serré. »
Sur cette recommandation, à laquelle tous applaudirent, ils se séparèrent. ,
Enfin, au jour indiqué, arrivèrent les personnes annoncées par la veuve. C'était un cousin ger-
main du défunt , qui devait être nommé subrogétuteur; puis l'ancien tuteur de Mme Bouchard, qui n'avait cessé de lui porter le plus vif intérêt, et dont elle avait réclamé les bons offices dans cette circonstance ; enfin un homme de loi particulièrement connu de ce dernier, et renommé autant pour son exacte probité que pour ses lumières,
Oa forma immédiatement un conseil de famille, dont firent partie les trois nouveaux venus, et dans lequel on nomma le subrogé-tuteur, la mère étant tutrice légale de ses enfants. On procéda ensuite à la levée des scellés et à l'inventaire, en présence des parties intéressées. Dans ce dernier acte, la veuve déclara accepter purement et simplement la communauté de biens qui avait existé entre elle et son défunt mari.
À cette déclaration inattendue , ceux des créanciers qui se trouvaient présents se regardèrent avec surprise.
« Bon ! dit tout bas l'un d'eux à son voisin, nous voilà sauvés.
— Ne chantons pas victoire si vite, répondit celuici sur le même ton , elle n'a pas encore signé.Voyez son avocat de Paris qui lui parle à l'oreille ; il va peut-être la faire changer d'avis. »
En effet, l'homme de loi avait dit tout bas quel-
LA DIRECTRICE DE POSTE 9i
ques mots à Mme Bouchard > et celle-ci avait fait un signe approbatif , qui parut de mauvais augure à nos créanciers. Cependant, après la lecture de Pacte, Mm8 Bouchard signa la première. Un soupir de soulagement s'échappa de la poitrine de nos créanciers. Dès qu'elle eut fini de signer et de parapher la volumineuse minute, elle dit à ces derniers :
« Messieurs, il y a quelques jours je vous annonçais qu'il vous serait offert une garantie suffisante du remboursement intégral de vos créances; croyezvous qu'en acceptant la communauté, et en m'engageant personnellement à concourir de mes biens personnels au paiement des dettes de mon mari, j'aie tenu la parole que je vous avais donnée?
— Oui, Madame, dit celui qui déjà avait rempli auprès d'elle le rôle d'orateur, et à notre tour nous tiendrons la nôtre , relativement au délai que vous jugerez à propos de prendre pour vous libérer.
— Maintenant, Messieurs, que j'ai dégagé ma parole, permettez-moi de vous présenter M. Plouvier, mon fondé de pouvoir (et en même temps elle leur désignait l'homme de loi arrivé de Paris); je m'entends trop peu aux affaires pour régler directement celle-ci. Vous pourrez donc prendre avec Monsieur tous les arrangements que vous jugerez convenables, comme si c'était avec moi-même. Ma
présence étant désormais inutile ici, je vous demanderai, Messieurs, la permission de me retirer. » En disant ces mots, elle salue rassemblée, et rentre dans ses appartements.
M. Plouvier eut bientôt terminé avec tous les créanciers, qui, enchantés d'avoir désormais la certitude de ne rien perdre, accordèrent toutes les facilités possibles pour leur remboursâmes .
Dès que ses affaires furent terminées en p ovince, Mme Bouchard revint à Paris. Là elle se hâta de vendre l'hôtel qu'ils occupaient dans le faubourg Saint- Germain, et leur jolie maison de campagne de la Celle- Saint-Cloud, où elle avait passé de si heureux jours avec sa chère Aurélie. Puis elle vendit tout son riche mobilier, ne réservant que le strict nécessaire pour meubler un petit logement. Elle ne garda, en fait de meuble de luxe, qu'un beau piano d'Érard, dont son mari lui avait fait cadeau la première année de leur mariage.
Six mois à peine s'étaient écoulés depuis la mort de son mari, que toutes ses dettes étaient payées ; mais, cette pénible liquidation opérée, il ne restait plus à la veuve qu'une vingtaine de mille francs pour tout capital , c'est-à-dire une somme à peine égale au tiers de leur revenu annuel à l'époque de leur mariage.
Quelques lecteurs me diront peut-être : « Mais elle n'était pas entièrement ruinée, puisqu'il lui restait encore vingt mille francs. Il y a une foule de gens, d'honnêtes ouvriers, de petits marchands qui se croiraient riches s'ils avaient vingt mille francs de capital.
— Cela est vrai, répondrai-je, mais seulement d'une manière relative. Sans doute l'homme qui n'a rien, qui n'a jamais rien possédé, ou qui ne possède qu'un petit avoir, regardera vingt mille francs comme une fortune, et c'en sera une en effet pour lui, s'il sait faire valoir ce petit capital par le travail, Tordre et l'économie. Mais pour celui qui a possédé des millions , qui a été habitué dès ses plus tendres années à vivre dans l'opulence, se voir réduit à vingt mille francs de capital, c'est-àdire à peine à un revenu de mille francs, c'est la ruine, c'est la misère. Permettez-moi une comparaison pour mieux faire comprendre ma pensée. Un aveugle se croirait heureux s'il obtenait la faculté de voir d'un œil seulement; tandis qu'un homme dont les deux yeux auraient toujours joui d'une vue excellente, serait malheureux s'il devenait borgne. Ainsi on ne peut pas dire d'une manière absolue que telle ou telle situation doit rendre heureux ou malheureux; il faut nécessairement tenir
compte de la condition et des habitudes antérieures; car ce qui pour l'un sera regardé comme un grand bienfait, deviendra pour un autre un cruel désastre. »
Certes, un grand nombre de femmes réduites à la position de Mme Bouchard seraient peut-être tombées dans le désespoir et le découragement; car, après avoir joui toute sa vie de l'aisance et du superflu que donne l'opulence, comment vivre avec un revenu de mille francs , lorsqu'il s'agit de pourvoir dans Paris aux choses les plus indispensables de la vie, au logement, à la nourriture, à l'entretien de trois personnes? Nous ne parlons pas de la pension du fils, qui était de douze cents francs, et qui seule dépassait par conséquent de deux cents francs le revenu entier de la famille.
Mme Bouchard avait compris et mesuré toute l'étendue de son sacrifice dès qu'elle l'avait résolu ; elle avait demandé à Dieu la grâce de l'accomplir avec fermeté ; et de même que la religion lui avait appris auparavant à ne pas se laisser éblouir par l'éclat d'une grande fortune, de même aujourd'hui elle lui apprenait à supporter avec courage les coups de l'adversité.
Ce qui lui donna d'abord le plus d'inquiétude, ce fut la pensée d'être obligée de retirer son fils du
lycée, ne pouvant plus payer sa pension. C'était quelque chose de poignant pour le cœur d'une mère, de se voir forcée de faire abandonner ses études à un jeune homme de dix-sept ans, qui s'était toujours distingué d'une manière si brillante, et qui n'avait plus que deux ans de travail pour avoir terminé son éducation.
Enfin, après avoir longtemps réfléchi, longtemps prié Dieu et sa sainte mère de l'éclairer, de la diriger, elle s'arrêta à la résolution suivante. Elle prendrait un logement, de deux cents à deux cent cinquante francs au plus, dans le quartier du Luxembourg, à proximité du lycée où avait été élevé son fils. Ses deux enfants resteraient avec elle; son fils poursuivrait ses études au même lycée comme externe; de son côté, tout en continuant l'éducation de sa fille, elle trouverait moyen d'utiliser les connaissances qu'elle avait acquises, soit en donnant des leçons de musique, de dessin ou de grammaire à de jeunes personnes, soit en travaillant à des broderies fines , et elle pourrait ainsi augmenter un peu son modeste revenu.
Une fois qu'elle eut pris cette résolution, elle en fit part à ses enfants en leur disant : « Mon bon Louis , ma chère Àurélie , votre père et moi nous espérions vous laisser une grande fortune, qui vous
eût exemptés non pas de travailler, car le travail est une loi à laquelle nous sommes tous assujettis dans quelque condition que nous soyons placés, mais du moins de travailler pour gagner votre vie. Des événements malheureux, indépendants de notre volonté, en ont décidé autrement, et cette fortune que nous regardions comme inébranlable, et sur laquelle nous fondions tant d'espérances chimériques, s'est évanouie comme une fumée. Hélas ! mes enfants, rien n'est plus instable et plus fragile que les biens de ce monde. Soumettonsnous donc avec résignation aux décrets de la Providence, ou plutôt pénétrons-nous de cette vérité que rien n'arrive que par la permission de Dieu , et que le plus souvent ce que nous regardons comme un malheur irréparable est une épreuve salutaire qu'il nous envoie, et qui, si nous savons en profiter, doit tourner à notre avantage. Tenez, mes enfants, par exemple, si vous eussiez été riches comme nous l'espérions, qui sait si vous n'auriez pas, comme tant d'autres, abusé de votre fortune? si vous ne vous seriez pas livrés à l'oisiveté, à l'oubli de Dieu et à tant d'autres contraventions à sa loi, auxquelles entraîne trop souvent la possession des avantages temporels? car vous avez lu dans l'Évangile combien il est difficile à un riche d'en-
trer clans le ciel. Envisageons donc sans regret la perte de ces biens périssables, trop souvent dangereux, et qui vous auraient peut-être empêchés d'amasser pour le ciel ces trésors dont parle encore l'Évangile, et qui ne craignent ni la rouille ni les voleurs. D'ailleurs, mes enfants, notre situation est loin d'être aussi à plaindre que je l'ai craint un instant; car il aurait pu arriver qu'après avoir payé toutes nos dettes, il ne nous restât absolument rien, ou, ce qui eût été pire, que le sacrifice de tout notre avoir n'eût pas suffi pour nous acquitter: oh! c'est alors, dans ce dernier cas surtout, que notre malheur eût été réellement accablant, et je frissonne rien que d'y penser. Mais Dieu n'a pas voulu nous soumettre à une aussi cruelle épreuve : grâces lui en soient rendues ! Toutes nos dettes sont payées, et s'il ne nous reste qu'une parcelle bien minime de notre fortune, au moins elle nous appartient bien légitimement, et personne n'a plus aucun droit sur elle. Cette parcelle, il est vrai, serait insuffisante pour nous faire vivre sans travailler : eh bien, mes enfants, nous travaillerons^ chacun selon nos forces, et avec une bonne conduite, de la persévérance, une entière confiance en Dieu , et une fermeté inébranlable dans notre foi et dans l'accomplissement de nos devoirs religieux,
nous parviendrons à retrouver, je ne dis pas une fortune comme celle que nous avons perdue, je suis loin de le désirer, mais une position honorable dans la société et convenable au rang dans lequel nous sommes nés. »
Elle entra ensuite dans des détails sur ses projets, sur les moyens économiques qu'elle emploierait pour diminuer les dépenses et augmenter leurs faibles ressources.
Àurélie ne comprenait pas toujours très- bien, quoique son intelligence fût déjà développée plus qu'elle ne Test ordinairement chez les enfants de son âge; mais, pleine de confiance dans la sagesse et la prudence de sa mère, elle ne songeait pas à lui demander des éclaircissements sur ce qui lui paraissait obscur. Louis, au contraire, avait tout compris et tout approuvé ; il était cependant un point qui l'embarrassait, et il en demanda l'explication à sa mère :
a Tout à l'heure, lui dit- il, vous nous avez fait observer avec justesse que nous devions suppléer par notre travail à l'insuffisance de nos ressources; vous nous avez expliqué quels moyens vous vous proposiez d'employer vous-même pour gagner quelque chose; mais vous ne nous avez pas dit
comment le travail de ma sœur et de moi viendrait en aide au vôtre.
— Mon ami, ton travail à toi est de finir tes études le plus tôt et le mieux que tu pourras, afin d'obtenir un emploi ou d'exercer un état qui te mette à même de gagner ta vie. Le travail d'Aurélie consistera pour le moment à suivre avec attention les leçons que je lui donne, et à se préparer à faire sa première communion à Pâques prochain , s'il est possible.
— Très-bien, bonne mère, je comprends cela; mais ce travail est tout à fait improductif. Ce n'est que dans plusieurs années que nous pourrons vous seconder d'une manière efficace; et jusque-là vous seule, bonne mère, vous travaillerez pour vos enfants, qui, loin de vous rapporter quelque profit, ne feront que vous occasionner un surcroît de dépenses. Cela ne me paraît pas juste, du moins en ce qui me concerne; quant à ma sœur, elle est trop jeune et trop faible pour se livrer à une occupation quelque fpeu productive; mais moi, je suis assez grand et assez fort pour m'occuper d'une manière utile; j'ai une assez bonne écriture; je pourrais faire des copies ou entrer comme clerc chez un notaire...
— Merci, mon ami, de ta bonne volonté, inter-
rompit la mère en souriant. À Dieu ne plaise que je songe à interrompre tes études pour te faire gagner quelque ehétive somme à noircir du papier timbré ! Je sais trop bien calculer pour commettre une pareille imprudence. En travaillant comme tu vas le faire à terminer tes études, tu sèmes pour recueillir plus tard, et il faut bien se garder de manger son blé en herbe. Ce n'est que quand la moisson sera mûre, c'est-à-dire quand tu seras en état de tirer un parti sérieux et utile des connaissances que tu auras acquises, que tu pourras songer à venir en aide à ta sœur ou à moi. Tout cela, mes enfants, je l'avais prévu; j'avais calculé que ce ne serait qu'au bout d'un certain nombre d'années que vous pourriez l'un et l'autre obtenir de votre travail un bénéfice quelconque ; en attendant, je suis encore assez forte et assez jeune, si Dieu me conserve la santé, pour subvenir par monHravail à nos besoins d'une manière suffisante, jusqu'à ce que je puisse me reposer de ce soin sur vous deux. Ainsi, mes enfants, livrez-vous sans inquiétude, comme par le passé, aux travaux qui conviennent à votre âge, avec une pleine confiance en Dieu et en votre mère. »
Après cet entretien , Mme Bouchard s'occupa de l'exécution de son projet. Elle loua un petit loge-
ment de deux cents francs dans le haut de la rue de Monsieur -le -Prince, à peu de distance du lycée Louis-le-Grand, dont son fils devait fréquenter les classes, et à la portée du jardin du Luxembourg, où ses enfants pourraient jouir d'un air pur et d'une promenade salutaire.
Dès qu'elle se fut installée dans son nouvel appartement, elle fit une visite au proviseur du lycée pour lui annoncer la détermination qu'elle avait prise relativement à son fils > par suite de la mort de son mari , et de l'économie qu'elle était forcée d'apporter dans ses dépenses.
Le proviseur avait entendu parler de la ruine de M. Bouchard et de la noble conduite de sa veuve. Il avait prévu qu'elle ne serait plus en état de payer la pension de son fils; mais, comme il tenait à conserver cet élève, il avait, d'office et à Finsu de la mère, fait auprès du ministre de l'instruction publique les démarches nécessaires pour obtenir une bourse pour ce jeune homme. Il n'avait pas eu de peine à avoir une réponse favorable ; car le nom de Louis Bouchard figurait chaque année parmi les lauréats du concours général , et toutes les notes de ses maîtres le signalaient comme un élève modèle.
Lorsque Mœe Bouchard lui eut fait part de son projet, le proviseur, au lieu de lui répondre^ ouvrit
un carton qui se trouvait sur son bureau, en retira un papier qu'il présenta à Mme Bouchard , en disant : « Veuillez , Madame, avoir la complaisance de lire cette pièce; vous me direz ensuite si elle ne modifiera pas un peu le projet que vous venez de me communiquer.
— Oh! mon Dieu, s'écria la veuve au comble de Tétonnement , et après avoir lu deux fois le papier ; mais c'est un arrêté du. ministre qui accorde à mon fils une bourse entière dans votre lycée, jusqu'à ce qu'il ait terminé ses études! Veuillez me dire, Monsieur, à qui je suis redevable d'une si grande faveur, qui vient me trouver sans que j'aie songé à la solliciter.
— Madame, voits n'en êtes redevable qu'à votre fils lui-même. Dernièrement une bourse s'est trouvée vacante ; le ministre a demandé les noms des élèves qui par leur bonne conduite, leur capacité et leurs succès mériteraient le mieux de l'obtenir. Après avoir examiné les titres de chacun des candidats, il a jugé que votre fils devait l'emporter sur ses camarades ; il a , en conséquence, rendu l'arrêté dont vous tenez une ampliation, et dont vous recevrez aujourd'hui ou demain une copie semblable émanée directement du ministère.
— Oh! Monsieur, reprit la veuve d'un ton pé-
nétré, vous avez beau chercher à me faire prendre le change, je suis convaincue que c'est à vous seul que nous avons l'obligation d'un si grand bienfait, et je vous prie de recevoir ici la première expression de notre reconnaissance.
— Je ne me défends pas, Madame, répond en souriant le proviseur, d'avoir été pour quelque chose dans le résultat de cette affaire; mais comme je vous l'ai dit, c'est à votre fils surtout qu'il faut en attribuer le succès. Pour moi, si j'y ai contribué en quelque chose, c'est peut-être par un sentiment d'égoïsme qui doit diminuer le mérite de ce que j'ai fait. . . Je vois sur vos lèvres errer un sourire d'incrédulité : eh bien , Madame, rien pourtant n'est plus vrai. Nous autres chefs d'établissement, nous avons notre amour-propre, et je tenais à conserver pour le lycée que je dirige un sujet précieux , qui ne peut que lui faire honneur. Si , après ces explications , vous croyez encore me devoir quelque reconnaissance , la meilleure manière de me le prouver est d'engager votre fils à redoubler de zèle et d'ardeur, et à se montrer jusqu'à la fin de ses études digne de la faveur dont il est aujourd'hui l'objet. »
En rentrant chez elle, Mme Bouchard trouva la lettre du ministre, ainsi que le lui avait annoncé le proviseur. Nous n'avons pas besoin de dire avec
quels transports cette bonne nouvelle fut accueillie dans la famille; c'était la première joie qu'on y goûtait depuis la mort de son chef. La mère , après avoir rendu compte de sa visite au proviseur, tout en supprimant une partie des éloges qu'il avait faits de son fils, dans la crainte d'exciter la vanité de celui-ci , ajouta :
« Tu te plaignais l'autre jour de ce que ton travail était improductif : eh bien, mon enfant, tu vois que tu étais dans l'erreur, puisque dès à présent ton travail va te procurer le moyen de finir tes études sans être à charge à ta mère. Tu seras tranquille désormais sur notre sort; car notre modique revenu pourra presque nous suffire à ta sœur et à moi, pour tous nos besoins... Vous le voyez, mes enfants, que j'avais raison de vous dire qu'il fallait avant tout mettre notre confiance en Dieu, et qu'il ne nous abandonnerait pas. Commençons donc par le remercier de Finsigne faveur qu'il nous accorde aujourd'hui, et prions-le avec ferveur de nous soutenir dans la vie d'épreuves où nous sommes entrés. »
Elle se mit aussitôt à genoux au pied d'un crucifix; ses enfants l'imitèrent, et répétèrent après elle la prière d'action de grâces que leur mère adressa à haute voix à Dieu et à la sainte Vierge.
Quelques jours après, Louis rentra au lycée, et
reprit sa place au milieu de ses camarades , qui ne se doutèrent pas qu'il avait failli n'être plus leur commensal. Il continua à se comporter de manière à s'attirer l'affection et l'estime de ses maîtres et de ses condisciples. La dernière année de ses études, il obtint le grand prix d'honneur au concours général. Comme depuis longtemps il avait manifesté sa vocation pour l'état militaire et dirigé ses études vers ce but , il passa bientôt ses examens pour l'école de Saint-Cyr, et il fut reçu l'un des premiers par ordre de mérite.
Pendant ce temps-là, la jeune Aurélie avait fait aussi de rapides progrès sous la direction intelligente de sa mère. Après sa première communion, qu'elle fit dans les plus heureuses dispositions à Téglise Saint- Sulpice, leur paroisse, elle suivit assidûment les catéchismes de persévérance. Elle acquit dans ces exercices une solide instruction religieuse qui, tout en éclairant sa foi, lui inspirait de plus en plus le désir de conformer sa vie aux divins préceptes de l'Évangile. En même temps elle avait cultivé avec non moins de succès les autres connaissances qui entrent dans l'éducation d'une jeune personne. À treize ans, elle parlait et écrivait sa langue avec pureté. L'histoire sainte et l'histoire de France lui étaient familières; elle
savait, des autres parties de l'histoire et de la géographie, plus que bien des élèves des meilleurs pensionnats n'en connaissent â seize et même à dixhuit ans. Son institutrice, c'est-à-dire sa mère, lui avait également enseigné la musique, le dessin et les travaux d'aiguille, et en tout elle avait montré, sinon un talent hors ligne, au moins une aptitude remarquable, et surtout une bonne volonté et une docilité parfaites. ,
Il ne faut pas croire que pour lui faire apprendre tant de choses sa mère l'eût fatiguée par un travail continuel. Elle avait divisé le temps de la journée de manière que la jeune fille passât d'une étude sérieuse à une occupation plus agréable ou qui demandait moins d'application. Chaque jour, quand le temps le permettait, la mère et la fille allaient faire une promenade au jardin du Luxembourg. C'était, comme le disait Aurélie, « la grande récréation; » puis il y avait les jours de fête : c'étaient les jours de sortie de son frère. Oh! alors, on faisait de grandes promenades dans les environs de Paris; ou bien, quand le mauvais temps ne permettait pas ces excursions, on passait délicieusement la journée en causeries intimes; et si c'était un dimanche ou un jour de fête religieuse, on assistait ensemble aux offices dans cette belle église
Saint -Sulpice, où lés cérémonies du culte revêtent un caractère si imposant et si majestueux.
En somme , le frère et la sœur paraissaient parfaitement heureux, et ils ne cessaient de le répéter à leur mère, Louis disait souvent :
« Que m'importe d'avoir perdu une fortune? J'espère bien en gagner une suffisante pour moimême, et pour aider notre bonne mère quand>elle ne pourra plus travailler. C'est là toute mon ambition,
— Moi, disait Àurélie, je ne regrette la fortune que parce que nous ne pouvons plus, comme autrefois, porter des secours aux pauvres, leur acheter des vêtements, payer leur loyer. Oh! que j'étais heureuse quand, à la campagne, j'accompagnais maman dans les chaumières, où nous portions, avec quelques pièces de monnaie, la joie et le bonheur, et où nous recevions en échange les bénédictions du pauvre !
— Gomment! mon enfant, répondit la mère, est-ce que tu penses que les riches seuls peuvent exercer la charité? Non, ma fille, non; Dieu, en mettant la pitié dans le cœur de ses créatures, et en leur commandant la charité, n'a pas voulu que les riches eussent seuls le privilège d'être secourables à leur prochain; d'ailleurs, tu Tas vu dans l'Évangile, le denier de la veuve a souvent plus de mérite
aux yeux de Dieu que les dons fastueux de l'opulence. Puis il y a bien d'autres moyens d'accomplir le devoir de la charité et de goûter la joie qu'il procure , et ces moyens sont à la portée de tout le monde.
~~ Ah ! maman , et vous me l'avez laissé ignorer?
— - Mais, ma chère petite, je ne t'ai vue négliger aucune occasion de faire le bien.
— Maman, je ne vous comprends pas du tout. Quel bien ai-je donc fait sans le savoir?
— Souviens -toi de tes conseils à Joséphine, à qui ses parents m'avaient priée de donner des leçons, parce que sa paresse et son indocilité l'avaient fait renvoyer de toutes les pensions où on Favait placée : eh bien, l'ascendant de ton amitié, les prières que tu fis pour elle, le bon exemple que tu fus attentive à lui donner, changèrent son caractère; elle te doit en partie sa conversion, et ses parents voient en toi la cause de leur satisfaction actuelle. Rappelle -toi encore ton assiduité à visiter soir et matin notre vieille voisine Marguerite pendant sa maladie; les consolations que tu as portées aux orphelins Duménil , à qui tu promis l'affection d'une sœur, et qui essuyèrent leurs larmes en t'écoutant ; enfin un dimanche de cet été où nous avons été passer la journée dans h
campagne, l'aveugle dont tu guidas la marche pour le remettre dans son chemin , la petite paysanne si fatiguée que tu soulageas en portant quelque temps son panier, et la pomme dont tu te privas pour ce petit moissonneur qui avait une si grande soif; tout cela, ma fille, ce sont des œuvres de charité.
— Mais dans tout cela je ne voyais que du plaisir.
— Cette observation, toute juste qu'elle est, ne diminue en rien le mérite de tes actions, si, tout en faisant le bien avec plaisir et à la satisfaction de son propre cœur, on y joint la pensée d'être agréable à Dieu et d'accomplir sa volonté. Souviens-toi encore de la résolution que tu as prise d'enseigner la lecture et récriture à ces pauvres enfants du quatrième, que leurs parents ne peuvent pas envoyer à l'école : voilà encore une œuvre de charité. Ainsi, donner d'utiles conseils par ses paroles et par son exemple, visiter les malades, consoler les affligés, soulager les infirmes , instruire les ignorants , sont autant de bonnes œuvres qu'on peut accomplir sans être riche. Vois donc, ma bonne amie, que de ressources sont offertes aux âmes charitables, et remercie le bon Dieu d'avoir donné aux hommes tant de moyens de faire le bien.
— Oh! que je suis contente de tout ce que vous
me dites là, maman! Mais pourquoi ne m'en avezvous pas parlé plus tôt?
— Je viens, mon enfant, d'éloigner un regret de ton cœur; mais, avant de te l'avoir entendu exprimer, je me plaisais à te voir pratiquer des vertus sans savoir leur nom. Tu es éclairée maintenant; prends garde seulement que cette lumière n'éveille en toi des sentiments de vanité , et songe bien à ne jamais confondre la satisfaction d'une conscience qui s'avoue sans reproche avec les applaudissements que se donne l'amour-propre. Il n'y a pas de charité vraie et méritoire sans humilité. »
On peut juger par cet échantillon de la manière dont Mme Bouchard enseignait à ses enfants la morale et la pratique des vertus chrétiennes. Pour elle, ne vivant que pour ses enfants et pour Dieu, oubliant le monde qui l'avait oubliée, elle goûtait dans son modeste logement de la rue Monsieur-le- Prince une paix et des consolations qu'elle n'avait pas toujours connues dans son brillant hôtel du faubourg Saint -Honoré.
Mais cette tranquillité fut tout à coup troublée par une vive inquiétude. Sa chère Aurélie, qui jusque-là avait joui d'une santé parfaite, tomba malade. Les soins attentifs et intelligents de sa mère contribuèrent, plus que les prescriptions du mé-
decin, à écarter le danger qui Favait menacée dès les premiers jours de sa maladie. Elle guérit, mais imparfaitement. Elle avait grandi rapidement pendant sa maladie, et il lui restait une faiblesse qui menaçait de se prolonger indéfiniment.
Les médecins consultés déclarèrent unanimement qu'il fallait à cet enfant, pour reprendre ses forces et recouvrer complètement la santé , un changement d'air et le -séjour de la campagne au moins pendant un an ou deux, et jusqu'à ce que son tempérament fût formé.
Cette décision jeta la pauvre veuve dans une cruelle perplexité. La maladie de sa fille, et les frais que lui avait occasionnés Feutrée de son fils à FÉcole militaire, avaient épuisé toutes ses économies; elle avait même été obligée d'entamer son capital, auquel jusque-là elle n'avait pas touché. Elle serait encore forcée de prendre sur ce capital pour payer les frais de son déménagement et de son installation à la campagne ; mais alors ses revenus seraient diminués d'autant, et elle ne trouverait pas dans un village ou une petite ville de province les ressources que lui procuraient à Paris ses talents et son travail. Pour la première fois peut-être elle regretta amèrement sa maison de la Celle-Saint- Cloud. Mais bientôt, refoulant cette pensée comme
coupable, elle eut recours à Celui qui tant de fois déjà lui avait donné de si puissantes consolations et inspiré de si bons conseils; elle pria Dieu avec un redoublement de ferveur, de confiance et d'humilité. Puis, l'esprit plus calme, elle alla trouver M. Plouvier, cet homme de loi qui depuis la mort de son mari avait été chargé de ses intérêts. Elle lui exposa sa situation, et lui demanda quel parti il lui conseillait de prendre. L'homme de loi, après avoir réfléchi quelques instants, lui- répondit :
« Madame, j'irai après demain matin vous porter une réponse*; j'espère et je désire encore plus qu'elle soit favorable. »
Le surlendemain, à l'heure indiquée, M. Plouvier se présenta chez Mme Bouchard, et lui dit qu'il avait trouvé un moyen de l'établir avec sa fille à la campagne, pour tout le temps qu'il lui plairait d'y résider, et cela sans toucher à son petit capital.
« Et quel est ce moyen? demanda la veuve avec curiosité.
— Il est fort simple. J'ai au nombre de mes clients, je pourrais même dire de mes amis, un employé supérieur de l'administration des postes. Je lui ai demandé s'il ne pourrait pas vous donner la direction d'un bureau de poste dans une petite ville de province située en bon air, et où la
vie ne fût pas trop chère. Il m'a répondu que le bureau de Saint -Christophe -sur -Cher allait être vacant , et que , si vous désiriez en être la directrice , vous n'aviez qu'à adresser une demande au directeur général, lequel répondait de votre nomination,
— Mais je ne connais pas la personne dont vous me parlez.
— Oh! mais lui, il vous connaît, ou plutôt il a beaucoup connu M. votre mari, et de plus il a appris et justement apprécié la noble conduite que vous avez tenue après sa mort; et il m'a dit que si vous aviez manifesté plus tôt le désir d'entrer dans son administration , il y a longtemps que vous seriez placée.
— Mais je ne connais rien à la tenue d'un bureau de poste; je serais exposée à faire des bévues continuelles, et je ne saurais en conscience accepter un emploi que je serais incapable de remplir.
— Que cela ne vous inquiète pas ; vous avez dix fois plus de capacité qu'il n'en faut pour exercer cet emploi, et il suffira que pendant quelques jours un surnuméraire ou un employé vous explique ce que vous aurez à faire, pour que vous soyez au courant de cette besogne comme si vous l'aviez pratiquée pendant dix ans. Après cela, et ceci était la crainte de mon ami, peut-être trouverez -vous que ces
iU LA DIRECTRICE DE POSTE
fonctions sont trop au-dessous de vous; cependant je vous ferai observer que l'administration des postes est une des plus honorables, et que des personnes appartenant à de très -bonnes familles ne dédaignent pas d'y occuper des emplois.
— Oh ! Monsieur, vous pouviez vous dispenser de cette dernière considération; ma seule crainte est, au contraire, de rester moi-même au-dessous de cette place ; mais si vous pensez qu'il soit aussi facile que vous le dites de se mettre au courant, j'accepte avec reconnaissance votre proposition, et je vous remercie de tout mon cœur de votre bonne inspiration. »
Elle rédigea aussitôt sa demande, et quelques jours après elle reçut sa nomination. Huit jours plus tard, elle s'installait à Saint-Christophe.
Nous avons vu, dans un des précédents chapitres, les petites contrariétés qu'elle eut à éprouver dans les commencements , mais comment ensuite, par la régularité, la fermeté et la délicatesse qu'elle apporta dans l'exercice de ses fonctions, elle avait gagné l'estime des honnêtes gens, et comment , par sa conduite irréprochable, sa charité et ses autres vertus, elle avait obtenu l'affection d'un grand nombre et mérité le respect de tous.
Nous ajouterons que sa chère Aurélie avait re-
trouvé une santé florissante à Saint -Christophe, et qu'aujourd'hui, — c'est-à-dire au moment où se passent les événements qui nous restent à raconter, — la frêle et délicate enfant d'autrefois était une jeune personne de dix-huit ans 3 toute resplendissante de beauté, de fraîcheur et de jeunesse, mais cachant, pour ainsi dire, ses avantages extérieurs sous le voile de la modestie, qui y ajoutait un charme de plus.