Tableau des dissolutions prononcées par Louis-Philippe
1831. — 31 mai... Convocation des collèges pour le 3 juillet.
Couvocation des Chambres pour le 9 août, rapprochée au 23 juillet par ordonnance du 22 juin.
1834. — 25 mai... Convocation des collèges pour le 21 juin.
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dissolutions se reproduisent à intervalles assez réguliers et ont, sauf la première, un même motif, le désir de constituer une majorité stable et vigoureuse, la difficulté de gouverner avec une Chambre émiettée en plusieurs partis. D'ailleurs, sauf celle de 1846, elles n*ont pas obtenu ce résultat : le gouvernement de Juillet a sans cesse souffert de cette instabilité dans les majorités, de cette politique des petits groupes, qui aboutit si facilement à la politique des séductions personnelles *.
La dissolution de 1831, ordonnée à la demande de Casimir Perier, trouvait sa justification naturelle dans la nécessité de renouveler la Chambre de 1830. Elue sous le régime de la Restauration, elle ne répondait plus au système électoral qui avait été modifié et quelque peu élargi depuis la Révolution. La Chambre nouvelle présentait, comme la précédente, et comme d'ailleurs toutes les Chambres de 1830 à 1848, d'excellents éléments, quelques parlementaires do premier ordre et qui ont honoré à jamais la tribune française; mais elle formait un tout disparate, sans cohésion, sans direction : « La Chambre, écrivait la duchesse de Broglie à cette époque, est bien singulière, il y a une absence absolue de discipline; chacun arrive non pas avec un système arrêté contre le gouvernement, — cela vaudrait peut-être mieux, — mais avec des vues personnelles, chimériques, sentimentales. L'idée qu'il faut marcher ensemble ne leur vient
Convocation des Chambres pour le 24 août, rapprochée au 31 juillet par ordonnance du 30 juin.
J837. — 3 octobre. Convocation des collèges pour le 4 novembre.
Convocation des Chambres pour le 18 septembre. 1839. — 2 février . Convocation des collèges pour le 2 mars.
Convocation des Chambres pour le 26 mars.
1842. — 12 juin... Convocation des collèges pour le 9 juillet.
Convocation des Chambres pour le 3 août, rapprochée au 26 juillet par ordonnance du 14 juillet.
1846. — 6 juillet.. Convocation des collèges pour le r*" août.
Convocation des Chambres pour le 17 août.
1. Voyez Hello, Le rérjime constitutionnel dans ses rapports avec Vélat actuel^ t. II, p. 436 : « Ce ne sont point des partis, ces restes de factions qui s'agitent autour de nous; ce ne sont point des partis, ces agrégations d'hommes dont l'ambition personnelle est la seule raison d'être. Vous ne parviendrez ni à les compter, ni à les caractériser, au moins par un principe gdnéral; elles ne se reconnaîtront dans notre histoire constitutionnelle qu'à des noms propres et à des dates. Le parti véritable se forme pour un intérêt réel; la coterie invente un intérêt pour se donner les airs d'un parti. •
pas. Celte Chambre, comme le pays, est un collier de grains de mille couleurs, dont on a coupé le fil *. »
De là ces incessants changements de ministères; une même Chambre, celle de 1834, soutenant et renversant quatre ministères en trois années. Vainement, en 1834, le cabinet Soult-Thiers-de Broglie- Guizot, en 1837 et 1839 M. Mole demandent-ils aux électeurs d*envoyerune majorité de gouvernement. Les deux premières dissolutions n'amènent que peu de modifications dans l'état des partis, et si, lors de la troisième, une majorité bien nette se forme contre le ministère Mole, ce n'est guère qu'une majorité négative, car c'est une majorité de combat. Elle use successivement le ministère provisoire du 31 mars, le ministère Soult du 12 mai, et si elle soutient avec quelque vigueur le cabinet de M. Thiers du 1*' mars 1840, elle le laisse retomber lourdement en octobre.
Reprendre l'histoire de ces dissolutions, ce serait retracer l'histoire même des dix premières années de la monarchie de Juillet, où la politique roulait presque exclusivement sur des questions de personnes, où une dépense prodigieuse de talent se fit à la tribune, mais combien souvent pour des rivalités personnelles et des ambitions de places. Sans doute quelques lois utiles furent votées, mais, pour un Parlement qui comprenait presque tous les grands esprits de la France, le résultat atteint était médiocre à côté de ce qu'on eût pu obtenir avec une autre organisation du travail et surtout en écartan^ toutes intrigues personnelles. Dans un même cabinet, combien de rivalités mesquines : M. Guizot et M. Thiers se tendant de fines embûches après la dissolution de 1834. Les partisans d'une même politique n'arrivaient point à s'entendre et se faisaient sourdement la guerre dans un fol espoir de succession ministérielle, M. Mole et le maréchal Soult en 1838. Et le roi, plein de bon sens et d'esprit mais aussi d'hésitations, louvoyait entre les partis, négociait quatre mois avec l'un, pour former à la fin un ministère avec l'autre*, et recourait à la dissolution dans l'espoir de voir une majorité se former en faveur d'un parti, quel qu'il fût, tous étaient alors dynastiques. Après
1. Cité par Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. I, p. 421.
2. En 1834, Louis-Philippe négocia quatre mois avec M. Dupin pour arriver la forinitioa du cabine t Soult-Thiers-Guizot-de Broglie.
chaque reDOuveliement, Louis-Philippe constatait avec mélancolie que rien n'était changé, que M. Guizot avait cinq amis de plus à la Chambre ou M. Mole dix partisans de moins, mais qu'il fallait encore recourir à une délicate combinaison pour trouver un ministère capable de durer — quelques mois.
Au début de son ministère de sept ans, M. Guizot n'a pas connu davantage la majorité fîdèle et serrée. Il s'est plaint à maintes reprises de la nécessité de louvoyer entre les groupes, de calculer le nombre de voix que telle mesure pourrait lui faire perdre ou gagner: et, pour obtenir les quelques boules blanches nécessaires, — il faut le reconnaître, — combien de bureaux de tabac ou de perceptions promises à des députés hésitants.
La dissolution de 1842. ne donne pas de meilleur résultat. Celle de 1846, enfin, apporte au ministère une majorité compacte et dévouée : « Jamais victoire ne, fut plus complète, écrivait le duc de Broglie. Depuis les trois cents de M. de Vilièle, aucun ministère ne s'était trouvé à pareille fête ^ » Les parlements ont de ces destins ironiques; c'était cette majorité qui, par son entêtement sur la réforme électorale, devait se mettre en désaccord profond avec le pays et entraîner la chute de la royauté.
En pleine insurrection, après la tentative du ministère Mole, Louis- Philippe s'était résigné à appeler les ohefs de l'opposition, MM. Thiers et Odilon Barrot, qui l'engagèrent vivement à dissoudre la Chambre des députés; le roi résiste, mais finit par céder; une proclamation est rédigée en ce sens. Quelques heures plus tard, la:dissolution est insuffisante, l'abdication devient nécessaire. Enfin tout est inutile, c'est la révolution.
Tel fut pendant dix-huit ans le rôle de la dissolution : un appel aa peuple, correct, loyal, mais toujours inutile.