Voyez infra, pp. 157 el suiv
i52 DISSOLUTION DES ASSEMBLÉES PARLEMENTAIRES
des résistances d'un Reichstag récalcitrant, lui donnait le temps de lasser son opposition ou d'en venir à bout. Aqssi à chaque demande d'augmentation d'effectif, en a-l-il réclamé le vote pour ce laps de temps. Le Reichstag, de son côté, a rarement refusé hommes et argent; son patriotisme ne le lui permettait pas; mais il aurait voulu un contrôle plus effectif sur les crédits qu'il accordait, un vote du contingent sinon annuel, tout au moins triennal qui lui permette un examen régulier et fréquent des comptes de l'armée. De là des conflits et des dissolutions.
Lors des deux dernières, en 1887 et 1893, c'est au moment même (Je l'adoption d'un amendement qui modifie le projet gouvernemental, établit Je triennat et le quinquennat au lieu du septennat réclamé par l'administration impériale, c'est à peine le résultat du scrutin proclamé, que le chancelier, M. de Bismarck ou M. de Caprivi, se lève, et dit d'une voix forte : « J'ai à communiquer au Reichstag une ordonnance impériale. » Tous les députés sont debout, le chancelier monte à la tribune, ouvre son portefeuille rouge et lit le décret de dissolution. Sur l'invitation de son président, l'assemblée pousse trois hourrahs en l'honneur de l'Empereur et se sépare.
Ainsi un conflit entre le gouvernement et le Reichstag, conflit soulevé trois fois sur la question militaire, parce que c'est la question essentielle, vitale de l'Empire, telle est la cause toujours renouvelée de la dissolution. Dans toute autre monarchie représentative, on pourrait l'admettre comme un appel au pays parfaitement correct, une consultation loyale des électeurs. En Allemagne, les conditions dans lesquelles cette mesure a été employée, les circonstances dont elle a é.té entourée démontrent qu'il n'en est rien, et que la dissolution n'est qu'un instrument destiné à forger un bon Reichstag.
Nous n'avons pas pour objet d'étudier la loyauté dans les élections, mais la pratique des manœuvres électorales est en Allemagne si étroitement unie à l'usage du droit de dissolution, qu'il nous est impossible de les séparer, d'analyser l'un sans parler de l'autre : candidatures officielles, intervention personnelle de l'empereur, rappels de Sadowa jet de Sedan, pression directe par les autorités administratives, menaces aux fonctionnaires trop indépendants, discours comportant des allusions voilées à des événements européens qui mettent en danger
LES MONARCHIES REPRÉSENTATlT«^CALIFORt*\^-a^l S3
Tunité de rAUemagne, mais surtout nouvelles à sensation répandues parla presse allemande ou étrangère qu'entretient le fond des reptiles. « M. de Bismarck ouvre tous les registres de son grand orgue, surtout ceux qui imitent Forage; il fait hurler le vent, gronder le tonnerre, mugir la mer et soufûer la tempête dans les journaux à sa dévotion... La Post jette la note aiguë, tandis que la Gazette de Cologne chante en basson les péchés de la France et en petite flûte ou en harpe éolienne les vertus politiques de la Prusse ^ » Le chancelier a changé, le procédé s'est maintenu.
Il était nécessaire de rappeler l'emploi de ces manœuvres parce que le gouvernement allemand ne les a pas distinguées, ne les a pas séparées du droit de dissolution ; il a trouvé dans la Constitution la théorie, il a forgé par un triple usage la pratique. Il n'eût été ni juste ni logique de les séparer; en examinant le régime de TAngleterre nous admirerons la correction de ses hommes d'État; il était nécessaire de constater l'incorrection des dissolutions allemandes.
Cet examen d'une des institutions du régime allemand doit donner une idée exacte de l'ensemble. Par horreur du parlementarisme, on a abouti au gouvernement d'un seul, l'empereur ou le chancelier : faite à la stature d'un homme de génie, endossée aujourd'hui par un monarque de grande envergure, la Constitution de 1871 est une armure lourde, et qui peut être portée seulement par un homme robuste; si elle tombe en héritage à un monarque débile, qui ne puisse ou ne sache trouver un suppléant vigoureux, elle se faussera par son propre poids; peut-être alors le Reichstag passera-t-il du troisième rang qu'il tient aujourd'hui, au premier, et le régime personnel se transformera-t-il en régime parlementaire. Il en est loin aujourd'hui, et un professeur doublé d'un homme d'État a pu écrire à juste titre : « H n'est point de monument à la fois plus hypocrite et plus complet du gouvernement personnel *, »