Peel, Mémoires, t. Il, pp. 44 et
P. Matter. 13
elle n'avait abouti qu'à sa défaite; en 1846 plutôt que de recommencer, il s'était sagement retiré devant un vote hostile.
Par suite des nombreuses dissolutions prononcées depuis deux siècles, il s'est établi des traditions sur la forme dont elles sont revêtues, et les ministères s*y soumettent scrupuleusement. Il ne manque pas d'intérêt de rechercher rapidement ces traditions.
Il appartient au premier ministre seul de décider s'il y a lieu de solliciter du roi de nouvelles élections, et le plus souvent il en garde soigneusement le secret; en 1880, la dissolution fut prononcée à la demande de lord Beaconsfield si subitement, que « l'opposition en demeura abasourdie; quelques jours après M. Gladstone n'en était pas revenu et dans un discours à Edimbourg se plaignait de ce coup soudain* ». Ce n'était d'ailleurs qu'un artifice oratoire : en 1874, M. Gladstone avait infligé la ipême surprise à ses adversaires et M. Disraeli avait exhalé les mêmes plaintes.
La raison de ce secret est double : la Chambre menacée de dissolution ne fournirait plus aucun travail, et elle pourrait adopter des décisions désagréables au ministère. Il est en effet admis que le Parlement a le droit de protester contre une dissolution dont il entrevoit la proximité; la Chambre des Communes n'a pas manqué d'user de ce droit, notamment en 1784 lors de la lettre de Pitt contre la coalition. En 1831, le projet de dissolution s'était répandu à la Chambre le jour même où le cabinet décida le roi Guillaume IV à la prononcer; une adresse était même en discussion pour demander au 'monarque de s'y refuser; le cabinet se hâta de faire prononcer la prorogation des Chambres, car une motion défavorable adoptée par le Parlement aurait rendu très difficile l'exercice de la prérogative royale. Cependant les hommes d'État les plus avisés déconseillent ces adresses destinées à s'opposer à la dissolution* : elles risquent de rendre l'opposition impopulaire, de faire croire à sa crainte de