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CITlîZ LES CIIALDÉENS
adversaires, afin de voir laquelle sortira, et, par suite, quelle ville il doit d’abord attaquer. » L’usage de cette Lôloruaucie avait passé chez les Arabes, et il était parti culièremeut florissant à la Mecque jusqidà l’époque de Mahomet. Les écrivains musulmans ont conservé des détails trés-précis sur la manière dont opéraient dans cette occasion leurs ancêtres païens. Les flèches, sans pointes ni pennes, et portant chacune écrit un mot significatif, étaient an nombre de sept, conservées dans la Kâahah sous la garde d’un ministre spécial. On les mêlait dans un sac au pied de la statue de Llohal, le dieu principal du sanctuaire, et on en faisait le tirage après avoir adressé au dieu cette prière : « O divinité, le désir de savoir telle ou telle chose nous amène devant toi. Fais-nous connaître la vérité (1). » Un oracle du même genre existait aussi dans le temple du dieu Dhou-l-Kholoçah, situé à quatre journées de la Mecque, à l’entrée du Yémen 5 on y consultait le sort au moyen de trois flèches, appelées Vordre^ la défense^ Y attente. On raconte que, lorsqu’ Amrou-l-Qais se mit en marche pour venger la mort de son père sur les Beni-Asad,
(-1). Pococke, Spécimen historiae Arahum^ p.31G et suiv.; Gaussiri de Percevul , Histoire des Arabes avant l'islamisme^ t, I, p. 2G5.
il S arrêta dans le temple de Dhou-l-Koloçah pour interroger les flèches man tiques. Ayant tiré \d.défense, il recommença, et trois fois de suite il la vit ressortir. Brisant alors les flèches et en jetant les morceaux à la tête de l’idole : « Misérable ! s’écria-t-il, si c’était ton père qui eût été tué, tu ne défendrais pas d’aller le venger (1). »
La divination chaldéenne par les flèches marquées et extraites d’un récipient où on les mêlait, divination dont le procédé s’était, comme on le voit, trèsfidèlement conservé chez les Arabes, était tout à fait pareille à l’usage italiote des sorts de Préneste, de Gæré (2) et d’autres villes (3). Cicéron (4) nous renseigne avec détail sur les sorts de Préneste. C’étaient des bâtonnets de chêne portant des lettres d’une forme très-antique, qu’on racontait avoir été trouvés à l’intérieur d’une pierre par un certain Numerius Suffucius, instruit par un songe que les dieux lui avaient envoyé. On les conservait dans le temple de la Fortune, et pour les consulter on les
(1) Dozy, Histoire des musulmans d'Espagne^ t. I, p. 22.
(2) Tit.-Liv. XXI, 62.
(3) Voy. Marquardt, llandb. d. Rœm. Altcrlh. l. IV, p. 103 üt suiv.
(4) De divinalione^ II, 41, 85; cf. I, 18, 34.
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mêlait dans un vase, d’où ils étaient extraits par un enfant (1).
Les textes cunéiformes jusqu’à présent connus n’ont, du reste, encore rien offert qui confirmât le passage d’Ézéchiel et parlât dé cette divination clialdéenne par le moyen des flèches. Mais les monuments figurés comblent ici la lacune des documents écrits. Les cylindres babyloniens et assyriens nous montrent à plusieurs reprises les flèches du sort, presque toujours au nombre de huit et figurées tout à fait de la manière dont les auteurs musulmans les décrivent dans le rite de la Kâabah païenne; nous montrent, dis-je, ces flèches tenues à la main de Mardouk (2) et d’Istar (3), les divinités des planètes Jupiter et Vénus, c’est-à-dire des deux corps sidéraux que les astrologues arabes appellent encore grande et fortune (4). Lfldole de Hobal à la
(1) Voy. Preller, Rœmische Mythologie, p. 561.
(2) Lajard, Culte de Mithra, pl. XXXII, n“2; LIV, A, n°5.
(3) Lajard, Culte de Mithra, pl. XXXVII, n“ 1 .
(4) Les planètes Jupiter et Vénus étaient, après la lune, les objets favoris des observations des astrologues chaldéens. Pour Jupiter : W. A. I. m, 52, 1, qui se réfère aux observations do Nabucbodorossor l’Llaniite. Pour Vénus : W. A. I. m, 53, 2; 57, 4 ; 57, 7; 59, 11; et sur-
Mecque, presque aussi célèbre et aussi vénérée que la Pierre noire, jusqu’à l’établissement de Pislamisme, portait également dans la main les sept flèches mantiques (1).
Les flèches sans pointes ni pennes dont les Ghaldéens, et à leur imitation les Arabes, se servaient comme de sorts, sont identiques aux baguettes de tamarisque que les Mages de la Médie employaient pour le môme objet, au rapport de Binon (2). La divination dont nous parlons formait une partie si essentielle de l’office sacré de ces derniers, que le faisceau des baguettes au moyen desquelles ils consultaient le destin, appelé hareçma (le harsom des Parsis d’aujourd’hui) , était un de leurs insignes caractéristiques (3); ils l’introduisirent même dans le mazdéisme proprement dit (4), quand ils furent parvenus à s’y confondre, malgré la répulsion de
tout 63, table complète des mouvements de la planète et des augures de ses positions pendant une année. Voyez Sayce, dans les Transact. of the Soc. of Bibl. Archœol. t. III, p. 193-200.
(1) Pococke, Spec. hist. Arab. p. 8; et mes Lettres assyriologiques., t. II, p. 290.
(2) Ap. Schol. ad. Nicandr. Theriac. v. 613.
(3) Slrab. XV, 3, 14 et lu.
(4) Vendidad Sadé, XVIII, 1-6.
CHEZ LES CH ALLE ENS
l’esprit primitif de la doctrine de Zoroastre pour les pratiques divinatoires; et, chez les Guèbres qui restent maintenant fidèles à la religion de leurs pères, le harsom continue à être un des éléments essentiels du costume des ministres du culte, comme au temps des Sassanides et comme déjà probablement à la bn de l’empire des Achéménides ; les baguettes y sont au nombre de trois, cinq, sept, neuf, toujours un nombre impair (1). La divination par les baguettes ne provient certainement pas du vieux fonds mazdéen (2). Dans le magisme médique, elle était donc un héritage de la population touranienne, qui avait précédé les Iraniens et avait fini par leur faire adopter tant de choses de sa religion (3). Et, en effet, on nous atteste que c’était là un usage commun à toutes les tribus des Scythes de l’Asie (4), c’est-à-dire des Touraniens demeurés encore nomades. Il a passé en Chine, où l’on consulte encore
(1) Yaçna, LVII, G.
(2) Il n’cst question du bareçma, ou fait une allusion quelconque à un pareil usage ni dans les Gâthas, ni dans le Yaçna hapthanaiti, ni dans aucune des plus anciennes parties du Vendidad.
(3) Voy. G. Rawlinson, The fivc ffrcat monarchies^ 2‘‘ éd i.II, p.330.
(4) Schol, ad Nicandr. /. c.
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aiijoiircl hui le sort avec des flèches sans pointes ni pennes j comme celles des Arabes antéi^lamiques, et cette divination est ainsi dans le môme cas que l’antique cycle toüranien de soixante ans, que nous retrouvons également à la Chine et en Bahylonie, tandis qu’il est étranger aux Aryens et aux Sémites. En Ghaldée, de nombreux indices tendent à faire croire que ce devait être originairement le mode de divination des Accads, d’autant plus que ceux-ci employaient comme üloyen magique un jet des sorts qui devait avoir daiis sa forme de grands rapports (1). Remarquons cependant qu’un procédé de tirage des sorts aussi simple, aussi facile et aussi rudimentaire ne saurait être considéré comme caractéristique d’une race déterminée. Hérodote (2) le signale chez les Scythes d’Europe, qui n’avaient rien à voir, comme origine, avec les Scythes d’Asie ou Saces, et qui étaient certainement de sang aryen; Tacite (3) l’a retrouvé chez les Germains, et Ammien Marcellin (4)
(1) llerl est particulièrement question dans la tablette K 142 du Musée Britannique, comprise dans le n“ 96 de mon Choix de textes cunéiformes inédits.