‹ La divination et la science des preśages chez la ChaldéensChapitre 4 sur 40 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

CHEZ LES CHALDÉENS 25

cliez les Alains. Nous venons de le voir dans l’ancienne Italie.

On consultait le sort des flèches sur une question déterminée, ou pour choisir entre deux partis qui se présentaient également à la décision. C’est ce que montre très-hien le passage d’Ezéchiel. Ce n’est pas la divination par les flèches qui a promis la victoire à Nahuchodorossor ; ce n’est pas sur la foi de cet augure qu’il a mis son armée en mouvement et qu’il a déterminé le moment propice du départ. Pour cela, il a certainement fait comme tant de rois d^’Assyrie, qui le racontent dans leurs annales officielles : il a consulté, par le moyen de leurs interprètes autorisés, les astres et les présages. Ce qu’il demande seulement aux flèches fatidiques, c’est de fixer son choix pour la première attaque et de déterminer la ville sur laquelle il doit faire d’ahord tomber ses coups. L’emploi de la hélomancie avait donc un caractère spécial, ses oracles une signification restreinte. C’était un genre de divination secondaire, qui n’avait ni Limportance, ni la valeur réellement révélatrice des destinées futures qu’on attribuait à l’observation des présages naturels, interprétés d’après les règles de la science augurale.

Il importe, du reste, de ne pas confondre la divi-

nation dont nous venons de parler, par les flèches ou les baguettes tirées au sort, avec hemploi de la baguette divinatoire, dont les mouvements, censés spontanés, entre les mains du sorcier ou du devin, révèlent l’existence des trésors cachés ou servent à prédire l’avenir. Cette superstition, dontTorigine se lie bien plus aux idées magiques qu’à la divination proprement dite et à la prétendue science augurale, s’est maintenue très-tard dans notre Occident ; presque jusque dans ce siècle elle a eu des croyants, môme parmi les gens instruits et lettrés, et on la trouve encore vivante dans les campagnes d’une grande partie de l’Europe. On ferait une bibliothèque avec les écrits auxquels elle a donné lieu, pour et contre, depuis l’invention de l’imprimerie.

Nicandre (1) nous la montre en usage chez les Grecs-, Jamblique (2) y croit fermement. C’est sans doute cette baguette divinatoire qui est mentionnée dans un document lexicographique (3) sous le nom accadien de gi namneru^ «roseau du sort », traduit en assyrien par kilkilluv (de la racine

« roseau du sort », et qan pasari^ « ro-

(1) Theriac., v. 613.

(2) De Myster. Ægypt.^ III, 17.

(3) W. A. I. Il, 24, 1, recto, 1. 2-4.

CHEZ LES CIIALDEENS

seau d’explication, de révélation ». Elle devait, en effet, être connue et employée chez les Ghaldéens, puisque nous la trouvons chez les populations de la Palestine à une époque où toutes leurs superstitions magiques et augurales se rattachaient à la source chaldéo- babylonienne. Ainsi le prophète Osée (1), parlant au nom de Jéhovah, s’écrie :

Mon peuple consulte un morceau de bois, un bâton doit lui prophétiser; induits en erreur par l’esprit de fornication, ils se sont prostitués loin de leur dieu.

Une autre allusion au môme usage se trouve dans un verset d’Ezéchiel (2), qui nous fait connaître en môme temps le mouvement de la baguette divinatoire considéré comme du plus funeste présage ;

Et il me dit : « As-tu vu, fds de l’homme? Est-ce trop peu pour la maison de Juda de commettre les abominations qu’ils commettent ici? car ils ont rempli le pays de violences. Qu’ils m’irritent de nouveau; et voici qu’ils dirigent la baguette de sarment vers leur nez. »

La baguette divinatoire se confond d’ailleurs avec la baguette magique que l’Exode met aux mains

Page 1