LES PYTHONS ET LA NÉCYOMANCIE
La demîèré tablette de l'épopée d'Izdhubar jette
<le précieuses lumières sur les idées chaldéo-babylo-
î' nieimes relativement à l'autre vie. Nous ne la con-
^ïâissons encore que par l'analyse fort abrégée qu'en
a donnée M. Smith (1) ; mais on peut se fier à Texac-
%de de ce savant et à la manière dont il a saisi le
sens général du texte. Quand celui-ci sera publié^
l'on y relèvera encore bien des détails importants,
^û nous aurons beaucoup à apprendre, mais dès à
présent on peut tenir pour acquise la donnée géné-
^^le du récit et la croyance qui en ressort.
Eabani, le voyant d'Izdhubar et le compagnon de
(1) Assyrian discoveines^ p. 219,
la plupart de ses exploits, est mort, tué par le Tamboukkou, avant le voyage où le héros va demander à Khasisatra (Xièuthrus) la guérison de sa naaladie et le secret de l'immortalité qu'il a su acquérir. Revenu de ce voyage lointain dans Erech, Izdhubar adresse aux dieux des lamentations sur la perte de son ami, et les implore pour obtenir qu'au lieu de rester dans THadès, dans la sombre demeure des morts, il soit transporté dans le ciel, au milieu de la béatitude divine. Mais un seul dieu a le pouvoir de le faire, c'est Ea. Il écoute les prières du héros et charge son fils Mardouk, l'exécuteur de ses volontés, de faire passer le démon [vtukku) d'Eabam de la région inférieure à celle du ciel ; Mardouk a ici, comme on le voit, le rôle médiateur du SiUk-nw)ulou-khi accadien, auquel on Ta assimilé ; il est le ce miséricordieux parmi les dieux, miséricordieux qui relève les morts à la vie, » comme l'appelle un des hymnes de la collection magique (1). Avant
de monter au ciel, Vutukku d'Eabani revient sur la terre et adresse à son propre cadavre un discours dans lequel il ordonne qu'on lui fasse les funérailles d'un héros.
(1) W. A. I.iv, 29, 1.
CHEZ LES CHALDIÉENS' 153
De ce récit, combiné avec les indications d'autres locuments dont j'ai déjà fait usage dans mon voume sur la magie chaldéenne, on peut tirer les conclusions suivantes :
Les Chaldéo-Babylonîens admettaient que dans 'homme un élément immatériel s'unissait au corps, »ous les auspices du dieu spécial attaché à lui, son )rotecteur, son type spirituel, vivant en lui et cons^ ituant en réalité une partie de son âme comme le xavaschi des conceptions mazdéennes (1). C'est cet élément immatériel qui survit à la mort et devient in démon, utukku (de l'accadien utuq) (2). Son destin après le trépas peut être de deux sortes. Quelques âmes privilégiées atteignent, par la faveur des iieux, à une véritable apothéose; elles *sont admises ians le ciel en compagnie des dieux, dans t la région du ciel d'argent, des autels éclatants, où les biens de l'état de bénédiction sont la nourriture^ les fêtes heureuses, l'illumination, où l'on atteint la cessa-^ tion des soucis et des misères (3). » C'est le sort que Khasisatra a obtenu sans passer par la mort^ celui
(\) La magie chez les Chaldéens^ p. 182.
(2) Sur le sens de ce mot, voy. La magie ^ p. 23.
(3) W. A. I. m, 66, verso, col. 3, 1. 29-36.
auqilel les prières d'Izdhubar ont fait élever Eabani après son trépas, celui que Ton implore pour les rois pieux.
Mais cette apothéose n'est réservée qu'à un petit nombre de héros et de rois ; pour le commun des hommes, le sort d'outre-tombe est d'une nature beaucoup plus sombre : séparé du corps, leur démon ou utukku descend sous la terre dans le Pays sans retour (1), en àccadien kur nude^ en assyrien mai la-tayartiy le « lieu où n'existe plus de sentiment..., où il n'y a pas de bénédiction..., où l'on ne voit pas (2). > Le fragment épique de la Descente d'Istar aux Enfers décrit cette demeure de ténèbres dans des termes saisissants, qui rappellent ceux que la poésie hébraïque emploie pour dépeindre le «cAed/ ;
La fille de Sin (Istar) a tourné son esprit — vers demeure de la décomposition, le siège du Dieu Irkalla^
— vers la demeure où Ton entre sans sortir, — vers le chemin par où Ton va sans revenir, — vers la demeure où pour celui qui entre la cécité (remplace) la lumière,
— où la foule n'a que la poussière pour sa faim, la boue
(1) Et non le « Pays immuable », comme je traduisais 'S d'abord. Au reste, sur les autres noms de cette demeuBr^e des morts, voy. La magie, ip, 133.