‹ La divination et la science des présages chez les ChaldéensChapitre 25 sur 38 · V. èyyoc(jrptiJ.\jQot · texte numérisé non relu

V. èyyoc(jrptiJ.\jQot

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Bstation (1). A Athènes, on lesaj^elait desEuryclès )u des Euryclides (2), et leur art « lamanlique d'Euirydès » (3), d'après le personnage que la tradition locale désignait comme ayant eu le premier un dé- DQion ainsi glissé dans son ventre {dç txkhzpiovç yacrrépaç hSvç^ dit Aristophane) et parlant en lui. Mais le nom (|u'on leur donnait le plus généralendent était celui de Pythons [vBmeqj de myOdvtù), qui semble avoir passé par métonymie au ventriloque, de Tesprit Python ou « informateur » censé résider dans son corps (4).

, La. version des Septante et celle de saint Jérôme ont introduit dans notre langà^ge biblique ces termes de. pythons et d'esprits pythons (ou esprits de python), en s'en servant pour traduire les oboth du te;^te hébraïque, qui correspondent, en effet, trèsexactement à ce qu'étaient les pythons dans les idées des Grecs. L'ob, dont il est fréquemment question

(1) Philochor. op. Suid. v. èyyoctrzpliiuQoç. Voy. Eusèbe Salverte, Des sciences occultes^ t. I, p. 18S; A. Maury, La migie et tastrologie, p. 60.

(2) Schol. ac^Aristoph. /. c. ; lamblich. /. c.

(3) Aristoph. /. c.

(4) Plutarch. Dedefect, orac. 9; Euseb. Comment, inis. 45; Hesych. v. ttuQwv; cf. Act. Apost. xvi, 16.

dans la Bible, est un esprit immonde, un esprit des morts (1), que Ton consulte pour savoir l'avenir (2), et qui répond par le moyen d'un homme oii d'une femme dans le corps de qui il a établi sa demeure (3), exactement comme Vyidoni, autre esprit se manifestant d'une manière analogue, dont le nom signifie « celui qui sait » ou « qui fait savoir », et qui est presque toujours cité en même temps que Po6. Ensuite, par une métonymie très-facile^ les appellations à'oboth et d^yidonim passent des esprits mêmes aux devins qui les possèdent en eux et parlent en leur nom (4). Ces devins étaient des ventriloques; Joséphe, écho de la tradition juive, le dit formellement de la fameuse pythonîsse d'En-Dor (5), et les Septante l'admettent également, puisqu'ils traduisent à plusieurs reprises oboth par èyy(x(rrpi^Boi, C'est ce qui ressort aussi clairement des expressions significatives par lesquelles les prophètes décrivent la voix des oboth :

Et quand ils vous diront : « Interrogez les oboth et les

(1) Deuteron. xvm, 10; Is. xvm, 3.

(2) Deuteron. xvin, 10; I Sam. xxvin, 8.

(3) Levit. XX, 27 ; I Sam. xxvm, 7.

(4) Levit. XX, 6 ; I Sam. xxvm, 3 et 9; Is. xix, 3.

(5) Ant. Jud. VI, 14, 2.

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yidonim qui sifflent et chuchotent (1). Chaque peuple ne doit-il pas interroger son dieu, les vivants en faveur des morts (2) ? »

Et. ailleurs :

Tu seras abaissée, tu parleras de la terre, ta parole sera couchée dans la poussière ; ta voix viendra de la terre comme celle d^un ob, et de la poussière tu chuchoteras ton discours (3) .

L'histoire sî connue de Saûl et de la pythonisse d'En-Dor, racontée dans le chapitre XXVIII du premier livre de Samuel, montre que les oboth joignaient à la pratique de la ventriloquie celle d'évocations dans lesquelles ils faisaient apparaître les ombres des morts. Je n'ai pas, du reste, à examiner ici la question fhéologique, discutée par les Pères de rÉglise (4), delà part de faits démoniaques réels qui pouvaient, dans leurs opérations, se mêler à la pure jonglerie ; ceci nous ferait sortir du domaine de rérudilion.

(1) Cf. Homer. Iliad. W, v. 101.

(2) Is. xvm, 3.

(3) Is. XXIX, 4.

(4) S. Johan. Chrysost. ad I Corinth. xii; Tertullian. Adv. Marc. IV, 25 ; De anim. o7 ; S. Augustin. De doctr. Christ. 33.

Parmi les pratiques de sorcellerie mauvaise et coupable qui sont énumérées dans quelques-uues des formules préservatrices du grand recueil magique, il en est une que désigne le signe qui porte le n"" 200 dans le répertoire des caractères cunéiformes dressé par M. Smith (1) et le n* 287 dans celui de mes Études accadiennes (t. I, fasc. 3). Les Syllabaires lui donnent pour lecture accadienne un mot ubi, qui est traduit en assyrien abutuv^ et ubur tuVy ce . qu'on est conduit naturellement à entendre comme « la consultation » ou « Révocation de l'ob», puisqu'il s'agit d'une opération magique. Le même idéogramme, pris avec un sens verbal, a pour correspondants assyriens, dans les tablettes lexîcographiques, m/kii^, « agir artificieusement, s'adonnera des pratiques coupables, » et mru (hébr. IID), ce errer, être pervers, agir perversement. » Enfin, dans les documents bilingues, ce signe sert assez fréquemment à représenter le radical verbal accadien Zî/, « s'élever, monter. » Je crois que c'est là sa significatioï^ primitive, qu'il ne s'est appliqué qu'ensuite à Topération du nécromancien ventriloque, parce qu'elL ^

(1) The phonetic values of the cuneiform tharacter Londres, 1871.

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était tine évocation, une suscîtation des esprits des morte, appelés des demeures souterraines; enfin, que c'est la réprobation attachée aux rites de ce genre qui a produit les deux derniers sens, cebx auxquels correspondent en assyrien les verbes nâklu et saru. Dans toutes les écritures où le principe dé l'idéographisme tient une place considérable, nous voyons les mêmes faits se produire. Les acceptions d'un idéogramme peuvent s'étendre autant que celles d'un mot de la langue parlée, et en vertu des mêrnes analogies. Mais, par suite de Tindépendancé originaire de la langue graphique par rapport à la langue parlée, il arrive souvent que Textension des sens d un même symbole a englobé des idées que des mots absoluiiient différente représentent dans l'idiome oral (1).

Les conclusions auxquelles • nous conduit Tétude dds acceptions diverses du caractère qui désigne l'opération magique appelée en accadien ubi et en assyrien uhutuv sont confirmées par le témoignage d'Iamblique (2), disant que «les Babyloniens prati-

(1) Voy. mon Essai sur la propagation de V aiphabet phénicien^ t. I. p. 62.

(2) Ap. Phot. Biblioth. cod. 94, p. 73, éd. Bekker.

quentla nécyomaricieet qu'ils appellent èraxxovpos le ventriloque possédé par l'esprit d'un mort^ que les Grecs qualifient d'Euriclés* » La forme originale du mot transcrit ici (xaxxoupaç n a pas encore été retrouvée, et nous né saurions préciser dans quelle ïHesute il a été altéré. Pourtant on peut remarquer déjà que, tel qu'il se présente, ce mot a la physionomie bien plus accadienne que sémitique et qu'il semblerait volontiers être un composé de la langue d'Accad, dans lequel le premier élément • serait le radical bien connu saky qui est aussi celui de sakbaj « talisman. »

Tout ceci permet de constater que la croyance aux oboth et les rites par lesquels on les interrogeait provenaient de la magie chaldéenne et avaient été introduits par son influence en Syrie et en Palestine* Lé nom même en découlait de l'accadien ubi, et n'était pa» d'origine sémitique. Ceci débarrasse des difficultés fort sérieuses que présentait Tétymologie du mot ob quand on la cherchait dans le vocabulaire des radicaux des langues de Sem. En vertu d'une assonance qu'il faut aujourd'hui considérer comme purement fortuite, on identifiait ce mot avec son homophone 06, qui a en hébreu le sens d'cc outre ». Le python ou ventriloque, disait-on, était ainsi appelé

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)arce qu'on le considérait comme aussi passif qu'une )utre dans laquelle Tesprît serait venu résider. Mais jette explication ingénieuse, à laquelle il fallait bien ^arrêter, faute de mieux, était démentie par ce fait jue le nom à'ob avait désigné d'abord, non le devin, nais l'esprit lui-même, auquel la qualification d'cc ouxe y> ne pouvait plus s'appliquer en aucune façon. Comme on le voit, la nécyomancie et la consultation des esprits pythons était, en Chaldée et 3n Babylonie, une chose considérée comme coupable et mauvaise ; bien plus magique que mantique, cette opération était classée parmi les œuvres réprouvées de la sorcellerie malfaisante, de la magie noire. Elle n'a jamais été admise dans le cadre de la divination légitime, régulière et scientifique. A ce point de vue, nous aurions pu l'exclure de la présente étude. Mais il m'a paru qu'il y avait intérêt de compléter par ce qui s'y rapportait le tableau de tous les moyens, sanctionnés religieusement ou condamnés, par lesquels les Chaldéens croyaient possible de pénétrer les secrets de l'avenir, et en même temps d'ajouter par là un chapitre supplémentaire au livre dans lequel j*ai antérieurement traité de leur magie.

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