II. i
354 CANTO VENTESIMOSETTIMO.
* In SU le man commesse mi protesi , Guardando il fuoco, e immaginando forte Umani corpi già veduti accesi.
7 Volsersi verso me le buone scorte ; E Yirgilio mi disse : Figliuol nûo.
Qui puoto esser tormento, ma non morte.
® Ricordati, ricordati... e, se io Sovr esso Gerion ti guidai saivo, Che farô or che son pîù presse a Dio?
^ Credi per certo che , se dentro alF alvo l)i questa fiamma stessi ben mill'anni.
Non ti potrebbe far d'un capel calvo.
^^ E se tu credi forse ch'io t'inganni , Fntti ver loi, e fatti far credenza Con le tue mani al lembo de' tuoi panni.
^* Pon giù omai, pon giii ogni temenza: Volgiti in qua, e vieni oltre sicuro.
Ed io pur fenno, e contra coscienza.
*2 Quando mi vide star pur fermo e duro, Turbato un poco, disse : Or vedi, figlio, Tra Béatrice e te ^ qucsto muro.
^^ Corn' al nome di Tisbe aperse il ciglio Piramo in su la morte, e riguardolla .
Allor cho il gelso divento vermi^lio :
Je tendis en avant les mains jointes, et m'allongeai, regardant le feu, et vivement me représentant les corps humains que déjà j'avais vu brûler.
Vers moi se tournèrent mes bons Guides , et Virgile me dit : — Mon fils, souffrir ici l'on peut, mais non mourir.
Souviens-toi, souviens-toi! Si surGéryon même, sauf je te guidai , que ferai -je maintenant que je suis plus près di^ Dieu?
Tiens pour certain que, fusses-tu mille ans dans le sein de cette flamme, elle ne pourrait te dépouiller d'un cheveu.
Et si peut-être tu crois que. je te trompe , approchetoi d'elle , et que tes mains en fassent l'épreuve avec le bord de ta robe.
Dépose désormais, dépose toute crainte; avance, et vas avec confiance. Et moi cependant je m'arrête, contre ma conscience.
Lorsqu'il me vit obstinément demeurer inunobile , un peu troublé il dit : — Mon fils , entre Béatrice et toi est ce mur.
Comme, au nom de Thisbé, Pyrame, près de la mort , ouvrit les yeux et la regarda , alors que le mûr rier devint vermeiM;
356 CANTO VENTESIMOSETTIMO.
*^ Cosl, la inia durezza fatta soUa , Mi voisi al savio Duca, udendo il nome Che nella mente sempre mi rampolla.
** Ond'ei croll6 la testa , e disse : Corne ! Volemci star di qua? indi sorrise, Com'al fanciul si fa ch'è vinto al poine.
*® Poi dentro al fuoco innanzi mi si mise , Pregando Stazio che yenisse rétro, Che pria per lunga strada ci divise.
^^ Come fui dentro, in un bogliente vetro Gittato mi sarei per rinfrescarmi ; Tante er'ivi lo incendie senza métro.
*^ Lo dolce Padre mio, per confortarmi. Pur di Béatrice ragionando andava , Dicendo : Gli occhi suoi già veder parmi.
*^ Guidavaci una voce che cantava Di là ; e noi attenti pure a lei , Venimmo fuor là ove si montava.
20 Ve7ute, benedicti patris moi, Sonô dentro da un lume, che 11 era Tal , che mi vinse , e guardar noI tx>tei.
2^ Lo Sol sen va, soggiunse, e vîen la sera ; Non v'arrestate, ma studiate il passe , Vlentro che Toccidcnte non s'annera.
Ainsi, ma dureté s' étant amollie, je me tournai vers le sage Guide, lorsque j'ouïs le nom qui toujours germe en ma mémoire.
Sur quoi il secoua la tête , et dit : — Comment voulons-nous rester ici? Ensuite il sourit, comme on sourit à Tenfant que séduit une pomme.
Puis, devant moi il entra dans le feu, priant Stace , qui auparavant nous avait longtemps séparés', de venir derrière.
Quand je fus dedans , je me serais jeté dans du verre bouillant pour me rafraîchir, tant l'ardeur était là sans mesure.
Cependant le doux Père, pour me conforter, en allant parlait de Béatrice, disant : — Il me semble déjà voir ses yeux.
Nous guidait une voix qui au delà chantait; et nous, attentifs à la voix, dehors nous vînmes, là où Ton montait.
« Venite, benedicti patris met • » résonna au dedans d'une lumière, qui était là d'un éclat tel qu'elle m' éblouit, et que je ne pus la regarder.
« Le Soleil descend, » ajouta-t-elle, « et le soir vient : ne vous arrêtez point , mais hâtez le pas , tandis que l'Occident ne se noircit pas encore. »
358 CANTO VENTESIMOSETTIMO.
22 Dritta salia la via per entro il sasso , Verso tal parte , ch*io toglieva i raggi Dinanzi a me del Sol ch'era gîà lasso.
2^ E di pochi scaglion Icvammo i saggi ; Chê il Sol corcar, per T ombra che si spense, Sentimmo dietro ed io e gli miei Saggi.
'* E pria che in tutte le sue parti immense Fusse orizzonte fatto d'un aspetto, E Notte avesse tutte sue dispense ,
** Ciascun di noi d'un grado fece letto ; Chè la natura del monte ci affranse La possa del salir più che il diletto.
26 Quali si fanno ruminando manse Le câpre , state rapide e proterve Sopra le cime , prima che sien pranse ,
27 Tacite air ombra, menti-e che'l Sol ferve, Ciuardate dal pastor che in su la vèrga Poggiato s' è , e lor di posa serve ;
^^ E quale il mandrian, che fuori alberga , Lungo il pecttlio suo queto pemotta , Guardando pefchè fiera non lo sperga ;
2® Tali eravamo tutti e tre allotta , !o corne capra , ed ei corne pastori , Fasciati quinci e quindi dalla grotta.
CHANT VINGT-SEPTIËME. 359
Le chemin montait droit à travers le rocher, se dirigeant de manière que par devant je recevais les rayons du Soleil déjà las.
Et peu de degrés nous avions monté , lorsque , par l'ombre qui derrière nous s'allongeait, moi et mes Sages nous nous aperçûmes que le Soleil se couchait.
Et avant qu'en toute son étendue immense, Thorizon eût pris une seule teinte , et que partout la nuit se fût épandue ,
Chacun de nous d'un degré se fit un lit , la nature du mont nous ôtant le pouvoir plutôt que le désir de monter.
Telles les chèvres, indociles et vagabondes sur les hauteurs avant d'être repues , paisibles deviennent en ruminant
Silencieuses à l'ombre , tandis que le Soleil darde ses feux, gardées par le pasteur qui, appuyé sur sa houlette , veille à leur sûreté ;
Et tel le berger qui loge dehors , tranquille passe la nuit près de son troupeau, attentif à ce que point ne le disperse la bête féroce :
Tels tous trois étions-nous alors, moi comme la chèvre, et eux comme les pasteurs, d'ici et de là serrés par les bords.
360 CÂNTO VENTESIMOSETTIUO.
^^ Poco potea parer II del di fuori ; Ma per quel poco, vedev'io le stelle Di lor solere e più chiare e maggiori.
** SI ruminando, e si mirando in quelle , Mi prese '1 sonno : il sonno che sovente , Anzi che '1 fatto sia , sa le novelle.
*2 Nell'ora credo, che delF oriente Prima raggiô nel monte Citerea , Che di fuoco d'amor par sempre ardente ,
*^ Giovane e bella in sogno mi parea Donna veder andar per una landa Cogliendô fiori ; e cantando dicea :
*^ Sappia, qualunque il mio nome dimanda, Ch' io mi son Lia , e vo movendo intorno Le belle mani a farmi una ghirlanda.
** Per piacermi allô specchio qui m'adorno ; Ma mia suora Bachel mai non si smaga Dal suo miraglio , e siede tutto giorno.
^ EH'è de' suoi begli occhi veder vaga , Com'io deiradomarmi colle mani ; Lei lo vedere, e me Tovrare appaga.
*^ E già, per gli splendori antelucani , Che tanto ai peregrin surgon più grati , Quanto tornando albergan men lontani ,
CHANT VINGT-SEPTIÈMB. 361
Là peu du dehors était à découvert, mais par ce peu je voyais les étoiles plus brillantes et plus grandes que d'ordinaire elles ne le paraissent.
Ainsi ruminant, et ainsi les regardant, me prit le sommeil, le sommeil qui souvent, avant qu'il soit, sait ce qui sera.
A l'heure, je crois, où, sur le mont, commença à luire Cythérée, qui du feu d'amour toujours paraît ardente ,
Il me semblait en songe voir une Dame jeune et belle se promener dans une prairie, cueillant des fleurs; et chantant, elle disait :
«Sache quiconque demande mon nom, que je suis Lia, et je vais mouvant à l'entour mes belles mains pour me faire une guirlande.
« Pour me plaire au miroir, ici je me pare ; ma sœur Rachel, du miroir, elle, jamais ne s'éloigne, et tout le jour elle est assise.
« A voir ses beaux yeux elle se complaît , comme moi à m' orner avec les mains : le voir est sa joie , et l'agir, la mienne. »
Déjà, devant les lueurs de l'aube, d'autant plus douces aux voyageurs que moins loin ils sont de la patrie où ils reviennent ,
36« CANTO VENTESIMOSBTTIMO.
^ Le tenebre fuggian da tutti i latî , E il sonno mio con esse; ond'io leva*mi, Veggendo i gran Maestri già levati.
*^ Quel dolce pome, che per tanti rami Cercando va la cura de' mortali , Oggi porrà in pace le tue fami :
40 Virgilio inverso me queste cotali Parole us6, e mai non furo strenne Che fosser di piacere a queste iguali.
^* Tanto voler sovra voler mi venne Deiresser su, ch'ad ognî passe poi Al voie mi sentia crescer le penne.
^ Corne la scala tutta sotto noi
Fu corsa, e fummo in su M grade supemo, In me ficcô Virgilio gli occhî suoî,
^^ E disse : Il temporal fueco e Y etemo Veduto hai , figlio , e se' venuto in parte Ov' io per me più oltre non discerne.
^* Tratto t' ho qui con ingegno e con arte ; Lo tuo piacere omai prendi per duce ; Fuor se' dell'erte vie, fuor se' dell'arte.
^^ Vedi là il Sol , che in fronte ti riluce ; Vedi l'erbetta, i fiori e gli arboscelli, Che questa terra sol da se produce.
Fuyaient de tous côtés les ténèbres, et avec elles mon sommeil : par quoi je me levai, voyant les grands Maîtres déjà debout.
— Ce doux fruit que sur tant de rameaux va cherchant le souci des mortels, aujourd'hui apaisera ta faim.
Ces paroles m'adressa Virgile , et jamais don ne fit un plaisir égal.
Tant désir sur désir il me vint d'être en haut, qu'à chaque pas, ensuite, pour voler je me sentais croître les ailes.
Lorsque tout l'escalier, au-dessous de noas, eut été parcouru, et que nous fûmes sur la dernière marche, Virgile sur moi fixa ses yeux ,
Et dit : — Tu as vu , mon fils , le feu temporel et l'éternel, et tu es parvenu en un lieu où par moimême plus rien je ne discerne.
Par industrie et par art ici je t'ai amené ; prends maintenant ton bon plaisir pour guide : tu es hors des routes escarpées, hors des voies étroites.
Vois le Soleil qui reluit devant toi ; vois Therbe, les fleurs et les arbustes que cette terre produit d'ellemême.
.164 CANTO VENTESIMOSBTTllIO.
** Mentre che vegnon lieti gli occhi beili , Che lagrimando a te venir mi fenno , Seder ti puoi , e puoi andar tra elli.
*7 Non aspettar mia dir più , ne mio cenno - — Libero, dritto , sano è tuo arbitrio , E falio fora non fare a suo senno ;
Perch'io te sopra te corono e mitrio.
Tandis que pleins de joie viennent les beaux yeux dont les larmes me firent venir à toi , tu peux f asseoir, et ensuite aller à travers ces campagnes.
N'attends plus mon dire, ni mon signe : droit et sain est ton libre arbitre , et ce serait une faute que de ne pas agir suivant son jugement;
Ce pourquoi, souverain de toi-même, je te couronne et te mitre.
CANTO VENTESIMOTTAVO
^ Vago già di cercar dentro e dintorno La divina foresta spessa e viva, Ch'agli occhi temperava il nuovo giorno.
Senza più aspettar iasciai la riva , Preiidendo la campagna lento lento Su per lo suol che d' ogni parte oliva.
Un' aura dolce , senza mutamento Avère in se , mi feria per la fronte Non di più colpo che soave vento ;
Per cui le fronde , tremolando pronte , Tutte quante piegavano alla parte U' la prim' ombra gitta il santo monte ;
^ Non perô dal lor esser dritto sparte Tanto che gli augelletti per le cime I.asciasser d'operare ogni lor arte ;
Désireux de reconnaître, au dedans et autour, la divine forêt épaisse et verdoyante qui , aux yeux , tempérait le jour nouveau ,
Sans plus attendre je laissai le sentier, et lentement, lentement je pris par la campagne qui allait s'élevant, et d'où s'exhalait une suave senteur.
Un léger souffle , toujours le même, me frappait le front , pas plus qu'un doux vent ;
Par lequel les rameaux agités se courbaient tous du côté où le saint mont projette sa première ombre :
Tant néanmoins ne s'inclinaient-ils , que les petits oiseaux cessassent d'exercer tous leurs arts sur les rim(»s;
U% CANTO VBNTESIMOTTAVO.
^ Ma con piena letizia l'ôre prime, Cantando, ricevieno intra le foglie, Che tenevan bordone aile sue rime,
7 Tal , quai di ramo in ramo si raccoglie Per la pineta , in sul lito di Chiassî , Quand' Eolo Scirocco fuor discioglie.
® Già m'avean trasportato i lenti passi Dentro aU'antica selva tanto, ch'io Non potea rivedere ond'i m'entrassi :
® Ed ecco piii andar mi toise un rio , Che in ver sinistra con sue piccioronde Piegava Y erba che in sua ripa uscio.
I *^ Tutte Tacque che son di qua più monde, ! Parrieno avère in se mistura alcuna , Verso di quella che nulla nasconde ;
I *^ Avvegna che si muova bruna bruna i Sotto r ombra perpétua, che mai Raggiar non lascia sole ivi, ne luna*
^2 Co' piè ristetti , e con gli occhi passai Di là dal fjumicello, per mirare La gran variazion de' freschi mai :
** E là m'apparve, si com'egli appare Subitamente cosa che disvia Per maravigHa tutt'altro i>ensare.
CHANT VINGT-HDITIÈME. 369
Mais , avec des chants de joie , ils recueillaient les premiers souffles entre les feuilles, qui tenaient le bourdon dans leurs concerts,
Tel que celui qui se forme de rameau en rameau , dans la forêt de pins sur le rivage de Chiassi ^, quand le scirocco se déchaîne au dehors.
Déjà mes pas lents m'avaient porté si avant dans l'antique forêt, que je ne pouvais plus voir par où j'étais entré.
Quand voilà que d'aller plus loin m'empêcha un ruisseau dont, vers la gauche, les petites ondes ployaient l'herbe croissant sur ses bords.
Toutes les eaux ici les plus pures paraîtraient altérées par quelque mélange , près de celle-là , qui ne cache rien^
Quoiqu'un peu brune , elle coule sous l'ombre perpétuelle, qui jamais ne laisse pénétrer un rayon de Soleil ou de Lune.
J'arrêtai mes pieds, et des yeux je passai au delà du ruisseau , pour admirer la grande variété des frais mais *.
Là, comme apparaît subitement une chose qui, émei-veillant , détourne de toute autre pensée , m'appanit
370 CANTO VENÏBSIMOTTAVO.
^^ Una Donna soietta, chesigia
Cantando, ed iscegliendo fior da fiore , Ond' era pinta tutta la sua via.
** Deh, bella Donna, ch'a' raggi d'amore Ti scaldi , s' i' vo' credere a' sembianti , Che soglion esser testimon del cuore ,
*« Vegnati yoglia di tranreti avanti , Diss' io a lei , verso questa riviera , Tanlo chMo possa intender che tu cantjL
*^ Tu mi fai rimembrar dove e quai era Proserpina nei tempo che perdette I.a madré lei , ed ella primavera. .
*^ Come si volge , con le piante strette A terra ed intra se , donna che balli , E piede innanzi piede appena mette ;
^^ Volsesi in su' vermigli ed in su' gialli Fiorelti verso me, non altriipenti Che vergine che gli occhi onesti avvalli ;
2^ E fece i prieghi miei esser contenti. Si appressando se, che '1 dolce suono Veniva a me co' suoi intendimenti.
21 Tosto che fu là dove l'erbe sono Bagnate già dall'oude del bel fiume.
T)i W\i\r ^\i occhi suoi mi fece dono.
Une Dame ^ qui t seuleite, allait chantant et cueillant çà et là les fleurs dont était diapré tout son chemin.
— 0 belle Dame qu'enflamment les rayons d'amour, si j'en crois la semblance qui d'ordinaire rend témoignage du cœur»
Qu'il te plaise, lui dis-je, l'approcher assez de ce ruisseau pour que j'entende ce que tu chantes.
Tu me rappelles où et quelle était Proserpine, quand sa mère la perdit, et qu'elle perdit, elle, le printemps \
Comme, sans s'élever de terre et toute en soi, glisse une Dame qui danse , mettant à peine un pied devant l'autre;
Ainsi, sur les fleurs vermeilles et jaunes, vers moi glissa-t-elle, comme une vierge qui baisse ses yeux modestes ;
Et elle satisfit mes prières , s'approchant assez pour que le doux son vînt à moi , avec le sens qu'il contenait.
Dès qu'elle fut là où de ses ondes le beau fleuve baigne l'herbe, de lever les yeux elle me fit la faveur.
372 CANTO VENTESIMOTTAVO.
22 Non credo che splendesse tanto lume Sotte le ciglia a Venere trafitta Dal figlio , fuor di tutto suo costume.
2* Ella ridea dalFaltra riva dritta, Trattando piii color con le sue mani , Che l'alta terra senza semé gitta.
2* Tre passi ci facea M fiume lontani ; Ma Ellesponto, là 've passô Serse , Ancora freno a tutto orgogli umani ,
2* Più odio da Leandro non sofferse , Per mareggiare intra Sesto ed Abido, Che quel da me, perché allornon s*aperse.
2« Voi siete nuovi, e forse perchMo rido • Coniincift ella , in questo luogo eletto AU'unjana natiira per suo nido,
27 Maravigliando tienvi alcun sospetto ; Ma luce rende il salmo Delectasti Che puote disnebbiar vostro intelletto.
2^ E tu che se' dinanzi , e mi pregasti , Di s' altro vuoi udir, ch' io venni presta Ad ogni tua question, tanto che basti.
2^ L'acqua, dissMo, e il suon délia foresta, Impugnan dentro a me novella fede Di cosa , ch' io udi' contraria a questa.
CHANT VINGTHUITIÈME. 373
Je ne crois pas que tant de lumière brillftt sous les cils de Vénus blessée par son fils, hors de toute sienne coutume^.
Sur l'autre rive, à droite, elle souriait, cueillant de ses mains les fleurs que la profonde terre produit sans semence.
De trois pas nous séparait le fleuve ; mais THellespont, là o\x passa Xercès, qui refrène ,encore tout orgueil humain ,
Ne fut pas plus en haine à Léandre , à cause de ses flots épandus entre Sestos et Abydos^, que ne me rétait celui-là , pour ne point s'être ouvert alors.
«Vous êtes nouveaux ici,» commença- 1- elle; ict peut-être parce que je ris en ce lieu choisi pour nid à la race humaine ®,
« Quelque doute vous tient-il en étonnement; mais le psaume Delectasti ^ répand une lumière qui peut éclairer votre intelligence.
« Et toi qui vas devant, et qui m'as priée, parle, si plus tu veux entendre ; car je suis venue pour répondre à toutes tes questions , autant qu'il suffit. >
— L'eau, dis- je, et le bruit de la forêt combattent en moi la foi récente en une chose qu'on m'a dite contraire à celle-ci.
374 CANTO VENTKSIMOTTAVO.
^ Ond'ella : V dicerô oome procède Per sua cagion , cià cii'anunirar ti face ;
E purgherô la nebbia che ti fiede.
^ Lo sommo Bene , che solo a se place , Fece I* uom buono ; e il ben di qnesto toco Diede per arra a lui d' eterna pace.
^ Per sua diffalta qui dimorè pooo ; Per sua diffalta in pianto e in affanno Gambie onesto riso e dolce giuDCO.
** Perché il turbar, chesotto da se fanno L' esalazion delF acqua e délia terra , Che, quanto posson , dietro al cakur vanne «
** Airuomo non facesse alcuna gûerra»
Questo monte salio ver lo ciel tanto » E libero è da indi , ove si serra.
** Or, perché in circuito tutto quanto L'aer si volge con la prima Tolta , Se non gli è rotto il cerchio d'alcun canto ;
M In questa altezza , che tutta è disciolta Nell'aer vivo, tal moto percuote, E fa sonar k selva perch'è folta ;
^^ E la percossB pianta tanto puote, Che délia sua virtute V aura imprégna , E quella poi girando intorno scuate :
CHANT VINGT-HUITÎÈME. 375
D'où elle : • Je dirai de quelle cause procède ce qui t' étonne, et je dissiperai le brouillard qui t'offusque.
i Le souverain Bien, qui se complaît en soi seul , créa l'homme apte au bien , et il lui donna ce lieu pour arrhes d'éternelle paix.
« Par sa faute , peu il demeura ici ; par sa faute , en pleurs et labeurs il changea un vertueux rire et un doux jeu.
«Afin que le trouble qu'engendrent au-dessous de ce lieu les exhalaisons de l'eau et de la terre, qui suivent autant qu'elles peuvent la chaleur ^^^
*Ne nuisît point à l'homme, ce mont vers le ciel s'est tant élevé , et de ce trouble est exempt depuis l'endroit où il se ferme *^.
tOr, parce que tout Tair se meut circulairement avec le premier mobile, si d*aucuû côté ce cercle n'est rompu,
€ Sur cette hauteur que de toute part environne l'air pur, ce mouvement frappe et fait résonner l'épaisse forêt ;
« Et tel est lô pouvoir de la plante frappée , que de sa vertu elle imprègne le souffle, lequel ensuite en circulant la répand autour :
376 CANTO VKNTESIMOTTAVO.
^^ E Taltra terra, seconde ch'è degna Per se 0 per suc ciel, concepe e figlia Di diverse virtù diverse legna.
^® Non parebbe di là poî maraviglia , Udito questo , quando alcuna pianta Senza semé palese vi s' appiglia,
^^ E saper dèi clie la campagna santa , Ove tu se', d'ogni semenza è piena, E frutto ha in se che di là non si schianta.
^* V acqua che vedi non surge di vena Che ristori vapor che giel converta , Corne fiuine ch'acquista o perde lena ;
^2 Ma cscc di fontana salda e certa , Che tanto dal voler di Dio riprende , Quant' ella versa da duo parti aperta.
^^ Da questa parte con virtù discende , Che toglie altrui racmoria del peccato ; Dairaltra, d'ogni ben fatto la rende.
^^ Quinci Letè, cosl daU'altro lato Eunoè si chiama , e non adopra , Se quinci e quindi pria non è gustato,
^^ A tutt' altri sapori esto è di sopra. Ed avvcgna ch'assai possa essor sazia La sete tua , perche più non ti scopra ,
CHANT VINGT-HUItiÈMB. 377
« Et l'autre terre ^*, selon qu'elle y est apte par ellemême ou par son climat, conçoit et produit de diverses vertus des arbres divers.
«Cela entendu, on cesserait de s'étonner quand quelque plante y pousse sans semence apparente.
« Et tu dois savoir que la campagne sainte où tu es, est pleine de toutes semences , et qu'elle a en elle un fruit qui là ne se cueille point ^*.
« L'eau que tu vois ne jaillit point d'une source que renouvellent des vapeurs que le froid condense, comme un fleuve qui perd et reprend haleine ^^ ;
« Mais elle sort d'une fontaine perpétuellement durable qui, ouverte de deux côtés par le vouloir de Dieu , recouvre autant qu'elle verse.
« De ce côté de son cours, elle possède une vertu qui ôte la mémoire du péché ; de l'autre , elle rend celle du bien qu'on a fait.
« Ici elle s'appelle Léthé , et là Eunoé ^^ : et point elle n'opère, si auparavant d'ici et de là on n'a goûté ^^.
« La saveur surpasse toute autre ; et , bien qu'il se se puisse qu'apaisée soit ta soif^^, sans que je te découvre rien de plus ,
378 CANTO VENTESIMOTTAVO.
^ Darolti un corollario ancor per ^aziâ ; Ne credo che il mio dir ti sia men caro , Se oltre promission teco ai spatia.
^^ Quelti ch'antieainente poetaro L' età detr oro e suo stato felica ,
Forse in Parnaso esto loco sognaro.
^ Qui fu innocente Tumana radioe :
Qui prinoaverâ sempre ed ogni firutto ; Nettare è questo di die eiaacun dioe.
^^ lo mi rivolsi addietro aHora tntto A' miei Poeti , e vidi che con riso Udito averan Kultinio costrutto :
Poi alla bella Donna tornai *l viao.
«Je te gratifierai encore d'un corollaire, et je ne crois pas que moins de prix ait pour toi mon dire , s'il s'étend au delà de ma promesse.
« Les antiques poètes qui chantèrent l'âge d'or et ses félicités, sur te Parnasse songèrent peat-être de ce lieu.
« Innocente ici fut l'humaine racine : ici un printemps perpétuel et toutes les sortes de fruits : ce fleuve est le nectar dont tous parlent. »
Je me retournai alors vers mes Poëtes, et je vis qu'ils avaient souri à ces dernières paroles :
Puis sur la belle Dame je ramenai mes yeux.
CANTO VENTESIMONONO
^ Cantando corne donna innamorata.
Continué col fin di sue parole :
Beaii, quorum tecta suntpeccaia.
2 E corne ninfe che si givan sole Par le selvatich' ombre» disiando Quai di fuggir, quai di veder lo sole ,
* Allor si mosse contra M fiuine , andando Su per la riva , ed io pari di lei , Picciol passo con picciol seguitando.
Non eran cento tra' suoi passi e i miei , Quando le ripe igualmente dier volta »
Per modo ch' a levante mi rendei.
^ Ne anche fu cosi nostra via molta , Quando la Donna tutta a me si torse , Dicendo : Frète mio , guarda ed ascolta.
Chantant comme une femme éprise d*amour, elle continua , après la fin de ses paroles * : t Beati quorum lecta sunt peccaia *.
Et comme, ft travers les ombres sauvages , s'en allaient seules des nymphes, désirant Tune de fuir, l'autre de voir le soleil.
Lors elle se mut, remontant le fleuve le long de la rive , et moi comme elle , à petite pas suivant ses petits pas;
Et entre les siens et les miens il n'en était pas cent , lorsque les bords également se courbèrent, de sorte que je marchai vers le Levant.
Longtemps ainsi nous n'avions pas cheminé , quand la Dame vers moi se tourna , disant : « Mon frère , regarde et écoute. »
388 CANTO VKNTESIMONONO-
« Ed ecco un lustro subito trascorse Da tutte parti per la gran foresta, Tal che di balenar rai mise in forse.
Ma perché M balenar, corne vien, resta ,
Ë quel durando piii e piu splendeva ,
Nel mio pensar dicça : Che cosa è questa?
s Ed una melodia dolce correva Per r aer luminoso ; onde buon zelo Mi fe riprender l' ardimento d' Eva ,
* Che , là dove ubbidia la terra e il cido , Feromina sola , e par testé formata , Non sofferse di star sotto alcun reU>\
^^ Sotto U quai , se divota fosse stata , Avrei quelle ineffabili detizie Sentite prima , e poi lunga ftata.
^ Mentr' io m' andava tra tante primizie Deiretemo placer, tutfo sospeso ,
• E disioso ancora a più letizie ,
^< Dinanzi a noi, tal quale un fuoco acceêo , Ci si fe r aer, sotto i verdi ramî , E il dolce suon per canto era già înteso.
*^ O sacrosante Vergini , se fan», Freddî , o vigilie mai per voi soffersi , Cagion mi sprona ch'io mereè M cbinm.
CHANT VINGT-NEUVIfiMB. 383
Et voilà que soudain traversa de toutes parts la grande forêt une lueur telle, que je doutai si ce n'était point un éclair.
Mais , comme l'éclair brille et s'étaint au même instant, et puisque cette lueur durait, resplendissant de plus en plus , en mon penser je disais : t Qu'est ceci? »
Et dans Pair lumineux s'épandait une douce mélodie , d'où , pris d'un juste zèle , je gounnandai la hardiesse d'Eve , pensant
Que là où obéissaient la terre et le ciel , une femmelette seule, et qui venait d'être créée, ne souffrit point d'être enveloppée d'un vmle^
Sous lequel si , pieuse, elle était reliée , je jouirais de ces ineffables délices , goûtées une première fois et bien d'autres Tois.
Tandis que ravi j'allais à travers tant de prémices du plaisir éternel , et désirant plus de joies encore ,
Devant nous Tair devint tel qu'un feu ardont, sous les verts rameaux ; et déjà , conuiie un chant » le doux son était entendu :
O Vierges sacro-sainte»^* si jamais pour vous je souffris la faim , le froid ^ les veilles , l'occasion me sollicite d'en demander la récompense.
38i CANTO VENTKSIMONONO.
** Or convien ch' Elicona per me versi , E Urania m'aiuli col sud coro , Forti cose a pensar, mettere in versi.
** Poco più oltre siette alberi d*oro Falsava nel parère il lungo tratto Del mezzo , ch' era ancor tra noi e loro j
^« Ma quando i* fui si presse di lor fatto , Che l'obbietto comun, che '1 senso inganna. Non perdea per distanza alcun suo atto;
*7 La virtù ch' a ragion discorso ammanna Siccom'egli eran candelabri apprese, E nelle voci del cantare , Osanna.
*8 Di sopra fiammeggiava il belle arnese Più chiaro assai , che luna per sereno Di mezza notte nel suo mezzo mese.
** lo mi rivoisi d'ammirazion pieno Al buon Virgilio , ed esso mi rispose Con vista carca di stupor non meno.
20 Indi rendei V aspetto air alte cose , Che si movieno incontro a noi si tardi , Che foran vinte da novelle spose.
*2 La Donna mi sgridô : Perché pur ardi SI neir affetto delle vive luci , E ciô che vien diretro a lor non guardi?
CHANT YINGT-NÉUVIËVB. 3S5
Que l'Hélicon pour moi maintenant verse ses eaux, et qu'avec son chœur Uranie m'aide à penser et à mettre en vers des choses grandes !
Un peu plus loin apparaissaient sept arbres d'or, selon le faux aspect que leur donnait le long espace qui était encore entre eux et nous ;
Maïs , lorsque j'en fus assez près pour que Tobjet, dégagé de la vague apparence qui trompe le sens, ne perdît par la distance aucun trait de sa forme ,
La vertu* qui à la raison prépare le discours*, reconnut que c'étaient des candélabres, et, dans les paroles du chant, distingua Hozannah.
En haut flamboyait le beau lustre ^, plus brillant de beaucoup que, dans un ciel serein, la Lune à minuit, au milieu de son mois^.
Je me tournai , plein d'admiration , vers le bon Virgile ; et il me répondit par un regard non moins plein de stupeur.
Puis je reportai mes yeux sur ces choses splendides, qui vers nous se mouvaient si lentement, que les eussent vaincues des épouses nouvelles •.
La Dame me gourmanda : t Pourquoi t'enflammestu ainsi à l'aspect d3s vives lumières, et ce qui vient derrière elles ne regardes- tu point?»