II. t
3^ cànto ventesimonono.
2> Genti vid'io allor, coin' a lor duci» Venire appresso vestite di bianco ; E tal candor giammai di qiia non fud.
2^ L'acqua splendeva dal sinistro flanco , E rendea a me la mia sinistra costa , S' io riguardava in lei , corne specchio anco.
^ Quand' io dalla mia riva ebbi tal posta, Che solo il fiume mi facea distante , Per veder meglio a* passi diedi sosta;
*5 E vidi le fiammelle andare avante , Lasciando dieto a se Taer dipinto , E di tratti pennelli avean sembiante ;
*^ Si che di sopra rimanea distinto Di sotte liste , tutte in quei colori , Onde fa Y arco il Sole , e Délia il cinto.
27 Questi stendali dietro eran maggiori Che la mia vista ; e , quanto a mio avviso , Dieci passi distavan quei di fuori.
*® Sotto cosl bel ciel , com'io diviso , Ventiquattro seniori , a due a due , Coronati venian di fiordaliso.
2^ Tutti cantavan : Benedetta tue Nelle figlie d' Adamo , e benedette Sieno i» eterno le bellezze tue.
CHANT VINGT-NEUVIfeim. 3ft7
Alors, les suivant comme leurs guides, je vis venir des gens vêtus de blanc; et ici jamais ne fut de blancheur aussi éclatante.
L'eau brillait à gauche, et quand je la regardais, elle me renvoyait, comme un miroir, mon image senestre.
Lorsque je fus sur ma rive en un endroit où je n'étais plus distant que de la largeur du fleuve , je suspendis mes pas pour mieux voir :
Et je vis les petites flammes, semblables à des banderolles flottantes, aller devant, laissant, derrière, Tair coloré.
De sorte qu'au-dessus il présentait sept bandes distinctes , toutes de ces couleurs dont le Soleil fait son arc, et Délia, sa ceinture.
Ces étendards se prolongeaient en arrière, au delà de ma vue, et, à mon jugement, ceux d'en dehors étaient l'un de l'autre distants de dix pas.
Sous ce beau ciel que je décris, venaient, deux à deux , vingt- quatre vieillards couronnés de lis.
Tous chantaient : c Bénie sois-tu entre les filles d'Adam ! et que bénies éternellement soient tes beautés I»
388 CANTO VENTESIMOKONO.
^ Poscia che i fiori e Y altre fresche erbette , A rimpetto di me dalPaltra sponda.
Libère fur da quelle genli elette ,
* ** SI cbine luce luce in ciel seconda ,
Vennero appresso lor quattro animali , Coronato-ciascun di verde fronda.
*^ Ognuno era pennuto di sei ali ,
Le penne piene d' occhi ; e gli occhi d*Argo, Se fosser vivi , sarebber cotali.
*^ A descriver lor fonna piii non spargo Rime , lettor ; ch'altra spesa mi strigne Tanto , che in questa non posso esser largo.
** Ma leggi Ezechiel , che li dipigne Come 11 vide dalla fredda parte Venir con vento, con nube e con igné;
»* E quai li troverai nelle sue carte , Tali eran quivi, salvo ch'alle penne Giovanni ë meco, e da lui si diparte.
^ Lo spazio dentro a lor quattro contenne Un carro , in su duo rote , trionfale , Che al coUo d'un grifon tirato venne.
*^ Ed esso tendea su l'una e Taltr'ale Tra la mezzana e le tre e tre liste , Si ch'a nulla, fendcndo, facea maie.
CHANT VINGT-NEUVIËMB. aSA
Lorsque les fleurs et les autres fraîches herbes , qui devant moi ornaient l'autre rive , cessèrent d'être foulées par ces élus^
Comme dans le ciel une lumière suit une atitre lumière , vinrent après eux quatre animaux couronnés de vert feuillage.
Chacun d'eux avait six ailes, dont les plumes étaient pleines d'yeux ; et tels, s'il vivait, seraient les yeux d'Argus.
A décrire leurs formes, plus, lecteur, ne dépenserai-je de rimes; car tant me presse une autre dépense , qu'en celle-ci je ne puis être prodigue.
Mais lis Ézéchiel , qui les dépeint comme il les vit venir de la froide région, avec le vent, avec la nuée, et avec le feu :
Et tels que tu les trouveras dans son livre ^^ tels étaient-ils ici, hors qu'à l'égard des ailes, Jean est avec moi, et se sépare de lui ^^
L'espace entre eux contenait un char sur deux xoues triomphales, qu'avec le cou tirait un griffon ^\
Et celui-ci en haut étendait ses deux ailes entre la bande du milieu et les trois de chaque côté ; de sorte qu'en agitant l'air, il n'en touchait aucune f^,
390 GANTO YENTESIMONONO.
^ Tanto salivan , che non eran viste ;
Le membra d*oro avea tiuarito éra accello, E bianche Taltre di vermiglio miste.
*• Non che Roma di carro cod bello Rallegrasse Africano , owero Âugusto ; Ma quel del Sol saria pover con eHo ;
^ Quel del Sol che sviando fu combusto , Per Torazion délia Terra devota , Quando fu Giove arcanamente giusto.
^ Tre donne in giro dalla destra ruota , Tenian danzando ; Tuna tanto rossa , Ch* a pena fora detitto al fuoco nota :
** L*âltr*era, corne se le cami e Toâsa Fossero state di smeraldo fatte ; La terza parea neve testé mossa :
^ Ed or parevan dalla bianca tratte.
Or dalla rossa , e dal canto di questa L'ai tre toglién Fandare e tarde e ratte,
** Dalla sînistra quattro facean festa , In porpora vestite dietro al modo D'una di lor , ch'avea tre occhi in testa
^ Appresso tutto fl pertrattato tiodo , Vidi duo vecchi in abito dispari , Ma pari in atto ed onestato e sodo.
CHANT YINGT-NEUVIËMB. 394
Tant elles s'élevaient, qu'on les perdait de vue ; ses membres d'oiseau étaient de couleur d'or, les autres mélangés de blanc et de vermeil.
Non-seulement Rome ne réjouit point d'un aussi beau char l'Africain ou Auguste ; mais auprès serait pauvre celui du Soleil ,
Celui du Soleil, qui, s'égarant, fut brûlé, à la prière fervente de la Terre, quand Jupiter secrètement fut juste K
Trois Dames** venaient, dansant en rond du côté de la roue droite : l'une si rouge, que dans le feu à peine la discernerait- on;
L'autre, comme si lèis chairs et les os eussent été d'émeraude; la troisième , semblable à de la neige qui vient de tomber.
Elles paraissaient conduites tantôt par la blanche , tantôt par la rouge, et les autres sur son chant réglaient leur aller lent ou vif.
A gauche, quatre autres**, vêtues de pourpre, menaient leur danse à la suite de l'une d'elles *7, qui à la tête avait trois yeux.
Après ce groupe, je vis deux vieillards dissemblables de vêtement, mais de contenance pareille, tous deux modestes et graves.
3»1 CANTO VENTESIMONONO.
*• L'un si mostrava alcun de' famigtiari Di quel sommo Ippocràte , che niaUira Agli animali fe cb'eir ha più carL
*^ Mostrava Taltro la contraria cura Con una spada lucida ed acuta , Tal che di qua dal rio mi fe paura.
*® Poi vidi quattro in umile paruta , E diretro da tutti un veglio solo Venir, dormendo, con la faccia arguta.
*^ E questi sette col primaio stuolo Erano abituati ; ma di gigli Dintorno al capo non facevan brolo ;
^ Anzi di rose e d'altri fior vermigli : Giurato avria poco lontano aspetto , Che tutti ardesser di sopra da' cigli :
** E quando il carro a me fu a rimpetto , Un tuon s'udi ; e quelle genti degne Parvero aver l'andar plii interdetto,
Fermandos'ivi con le prime insegoe.
CHANT VINGT-NEDVIÈBfB. 393
L'un *^ paraissait des familiers de ce grand Hippocrate, que la nature fit pour le salut des animaux qui lui sont le plus chers;
L'autre ^^ paraissait avoir le soin contraire , portant une épée brillante et aiguë, telle qu'au delà du ruisseau j'en eus peur.
Puis j'en vis quatre 20 d'humble apparence, et, derrière tous, un vieillard seul venir dormant, le visage animé 2*.
Et ces sept étaient vêtus de la première robe^*, mais autour de la tête ils n'avaient point de couronne de lis ,
Mais de roses et d'autres fleurs vermeilles. D'un peu loin, on aurait juré qu'au-dessus des sourcils tous étaient en feu.
Et quand le char fut vis-à-vis de moi, un tonnerre fut ouï : et il sembla qu'à ces dignes personnes d'aller outre il fût interdit ,
S' étant arrêtées là avec les premières enseignes **.
CANTO TRENTESIMO
^ Quando il settentrion del primo cielo , Che ne occaso mai seppe ne orto, Ne d'altra nebbia, che di colpa vélo,
^ E che faceva II ciascuno accorto Di SUD dover, corne il più basse face Quai timon gira per venire a porto ,
• Ferme si affisse , la gente verace , Venuta prima tra il grîfone ed esso , Al carro volse se , come a sua pace :
E un di loro , quasi dal ciel messo , Venij sponsa^ de Libano^ cantando, Gridô tre volte, e tutti gli altri appresso.
* Quale i beati al novissimo bando Surgeran presti ognun di sua cavema , La rivestita voce alleluiando ;
Lorsque le septentrion du premier ciel*, qui ne connut jamais ni coucher ni lever, que ne voilent aucuns nuages que ceux du péché ,
Et qui instruisait là chacun de son devoir, comme celui d'en bas dirige le timonier pour arriver au port,
Se fut arrêté, la gent vraie*, venue la première entre le Griffon et lui *, se tourna vers le char, conune vers sa paix :
Et l'un d'eux, comme envoyé du ciel, feni, sponsa, de Libano ^ chantant, cria trois fois, et tous les autres après.
Tels qu'au dernier appel , soudain se lèveront, chacun de sa tombe , leô bienheureux revêtus d'une chair plus légère • ;
396 CANTO TRENTESIlfO.
^ Cotali , in su la divina basterna , Si levar cento , ad vocem tanti senis , Ministri e inessaggier di vita eterna.
Tutti dicean : Benedicfus, qui venis; E , fior gittando di sopra e d'intorno « Manibus o dette liliaplenis.
8 lo vidi gîà nel cominciar del giorno La parte oriental tutta rosata , E r altro ciel di bel sereno adomo,
® E la faccia dal Sol nascere oinbrata, SI che per temperanza di vapori Uocchio lo sostenea lunga fiata :
^^ Cosi dentro una nuvola di fiori, Che dalle mani angeliche saliva , E ricadeva giù dentro e di fuori ,
** Sovra candïdo vel cinta d'oliva
Donna m'apparve, sotlo verde manto, Yestita di color di fiainma viva.
*2 E lo spirito mio, che già cotanto Tempo era stato, ch'alla sua presenza Non era di stupor tremando affranto ,
^^ Sanza degli occhi aver piii conoscenza , Per occulta virtii che da lei mosse , B'antico amor senti la gran potenza.
CHANT TRENTIËMB. 897
Tels au-dessus de la divine basterne *, ad vocem ianii senis ^, se levèrent cent ministres et messagers de vie éternelle.
Tous disaient : ^Benedictus, qui vents ^9; et d'en haut et d'autour, jetant des fleurs : Manibus 6 date liliu plenis ®.
J'ai vu, au point du jour, l'Orient tout rose, et le reste du ciel orné d'une douce sérénité ,
Et le Soleil naître voilé d'ombres, de sorte que l'œil pouvait longtemps en soutenir l'éclat tempéré par les vapeurs :
Ainsi , dans une nuée de fleurs qui s'épanchaient des mains angéliques, et retombaient en bas, dedans et dehors*^.
Sous un voile blanc, couronnée d'olivier, m'apparut une Dame , revêtue d'un vert manteau et d'une robe couleur de flamme vive.
Et mon esprit, qui depuis si longtemps déjà n'avait, tremblant , éprouvé la stupeur que me causait sa présence ^^,
Sans davantage la reconnaître des yeux , par une vertu occulte qui d'elle émana, de l'ancien amour sentit la grande puissance.
398 CANTO TRENTBSIMO.
^^ Tosto che nella vista mi percosse L' alta virtù , che già m' avea trafitto Prima ch'io fuor di puerizia fosse p
: ^^ Yolsimi alla sinistra col rispitto
Col quale il fantolin corre alla roamma, Quando ha paura , o quando egli è afflitto,
*fi Per dicere a Virgilio : Men che dramroa Di sangue m' è rimasa, che noD tremi : Conosco i segni delFantica fiamma.
^^ Ma Virgilio n'avea lasciati scemi Di se , Virgilio dolcissimo padre, Virgilio, a cui per mia salutedie'mi :
^^ Ne quantunque perdeo Tantica madré.
Valse aile guance nette di rugiada, Che lagrimando non tomassero kdn.
*• Dante , perché Virgilio se ne vada.
Non pianger anco , non pianger ancora ; Ghè pianger ti convien per altra spada.
^ Quasi anmiiragliot che in poppa ed in prora Viene a veder la gente che ministra Per gli altri legni, ed a ben far la incuora,
^^ In su la sponda del carro sinistra, Quando mi volsi al suon del nome mio , Che di nécessita qui si registra ,
CHANT TRENTIËMB. 399
Sitôt que frappa mon regard la haute vertu, qui déjà m'avait tranq>ercé avant que je fusse hors de l'enfance.
Je me tournai à gauche, de Tair suppliant avec lequel le petit enfant court à sa mère , lorsqu'il a peur ou qu'il est affligé ^
Pour dire à Virgile : — Il ne m- est pas resté une dragme de sang qui ne frémisse; de Tancienne flamme je reconnais les signes.
Mais Virgile nous avait laissés, Virgile, très-doux père, Virgile à qui, pour mon salut, elle me confia :
Et tout ce que perdit l'antique mère^ ne put empêcher que mes joues, qu'avant nulle rosée n'humectait , se mouillassent de larmes.
' « Dante , parce que Virgile s'en va» ne pleure pas , ne pleure pas encore ; il convient que tu pleures par une autre épée ^K »
Gomme un amiral qui, de la poupe à la proue, vient inspecter ceux qui manœuvrent les autres navires , et à bien faire les encourage ;
A la gauche du char, quand je me tournai au son de mon nom , qu'ici de nécessité je registre ,
400 CANtO TRBNtBSIHO.
^ Yidi la Donna, che pria m*appario Yetata sotto Tangeiica festa, Drizzar g'.i occhi ver me di qua dal rio.
** Tuttochè il vel che le scendea dî testa, Cerchiato dalla fronde di Minerva , Non la lasciasse parer manifesta ;
*^ Regalmente, neiratto ancor proterva.
Continu6 , come colui che dice , E il più caido pariar dietrô riserva :
*^ Guardami ben : ben son , ben son Béatrice: Come degnasti d'acc^ere ai monte?
Non sapei tu, che qui è Tuom feliceî
2® Gli occhi mi cadder giù nel chiaro fonte ; Ma veggendomi in esso io trassi all'erba: Tanta vergogna mi gravô la fronte.
*^ Cosi la madré al figlio par superba , Com'ella parve a me ; perché d'amaro Sente il sapor délia pietate acerba.
" Ella si tacque , e gli angeli cantaro Di subito : In te ^ Domine , spcravi; Ma oitre pedvs meos non passaro.
*^ Si come neve tra le vive travi Per Io dosso d' Italia si congela Soffiata e stretta dalli venti Schiavi,
CHANT TRENTifeMB. 404
Je vis la Dame qui m'était apparue voilée par les fleurs que répandaient les anges, diriger vers moi les yeux d'au delà du ruisseau.
Quoique le voile qui descendait de sa tête , ceinte du feuillage de Minerve , ne permît pas de la voir à découvert.
D'une contenance royalement altière elle continua , comme celui qui, disant, réserve pour la fin les paroles les plus vives :
• Regarde -moi ; bien suis- je, bien suis- je Béatrice. Comment as-tu daigné t'approcher du mont? Ne savais-tu point qu'ici l'homme est heureux **? »
Mes yeux baissés tombèrent sur la claire fontaine, et en m'y voyant, je les reportai sur l'herbe, tant de honte se chargea mon front
Comms envers son fils la mère se montre sévère, ainsi se montra -t-elle envers moi; parce qu'un peu amèrc est la saveur de la pitié acerbe ^^.
Elle se tut, et soudain les Anges chantèrent : cfn tCj Domine, $peravi^^. > Mais outre pedes meos ils ne passèrent point.
Comme la neige qu'ont poussée et entassée les vents
slaves, entre les poutres vivantes ^^ sur le dos de
r Italie se congèle,