‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 2)Chapitre 13 sur 84 · II. te · texte numérisé non relu

II. te

40» CANTO TRENTESIttfÔ.

^ Poi liquefatta in se stessa trapela ,

Pur che la terra, che perde ombra ♦ spiri , SI che par fuoco fonder la caiidela ;

' •** Gosl foi senza lagrime e sospiri

Ânzi il cantardi que' che notan sempte Dietro aile note degli eterni giri.

** Ma poichè intesi nelle doici tempre Lor compatire a me, più ehe se dette Avesser : Donna, perché si lo stempre?

** 1.0 giel che m' era intorno al cuor ristretto, Spiri to ed acqua fe^^si , e con angoscia Per la bocca e per gli occhi uscl del petto.

'^ Ella , pur ferma in su la delta coscia Del carro stando, allé sustanzie pie Volse le sue parole cosi poscia :

5> Voi vigilate nell' etcrno die ,

S) che notte ne sonno a voi non fura Passo, che faccia il sccol per sue vie;

w Onde la mia risposta è con più cura , Che m*intenda colui che di là piagne.

Perché sia colpa e duol d' una misura.

*^ Non pur per ovra délie rote magne , Che drizzan ciascun semé ad alcun fine , Srcondo chp le stclle son compagne :

CUANT TRENTIËME. 403:

Puis, liquéfiée, coule à travers d'elle- roême, au souffle de la terre où Tombre se perd *®, comme on voit le feu fondre la chandelle ;

Ainsi fus -je sans larmes ni soupirs, avant le chant de ceux dont Tharmonie accompagne toujours celle des sphères éternelles ;

Mais après qu'en leurs doux accords j'entendis qu'à moi ils compatissaient plus que s'ils eussent dit : t O Dame , pourquoi l'affliges- tu? i

La glace qui s'était an^assée autour de mon cœur, se fit eau et souffle, et avec angoisse par la bouche et par les yeux sortit de la poitrine.

Elle , cependant , debout du même côté du char, se tournant vers les pieuses substances, leur parla en cette sorte :

«Vous veillez dans l'étemel jour tellement, que ni la nuit, ni le sommeil ne vous dérobe un seul des pas que le temps fait en ses voies ^®.

« Plus étendue est donc ma réponse , afin que celui qui pleure là m'entende , et que la coulpe et le repentir soient d'une même mesure.

« Non par l'influence des grands orbes qui dirigent chacun vers une certaine fin, selon que l'accompagnent les étoiles.

404 CANTO TRENTESIMO.

^ Ma per larghezza di grazie divine , Che s) alti vapori hanno a lor plova , Che nostre viste là non van vicîne ;

•^ Questi fu tal ncHa sua vita nuova Virtualmente, ch'ogni abito destro Patto averebbe in lui mirabil pruova.

*® Ma tanto piû malîgno e pîii silvestro Si fa il terren col mal scme, e non colto. Quant' egli ha più di buon vigor terrestro.

^* Alcun tempo il sostenni col mio volto ; Mostrando gli occhi giovinélti a lui , Meco il menava in dritta parte volto.

*2 SI tosto come in su la soglîa fui Di mia seconda etade e mutai vita , Questi si toise a me, e diessi altrui.

^^ Quando di carne a spirto era salîta , E bellezza e virtù cresciuta m' era , FuMo a lui men cara e men gradita ;

** E volse i passi suoi per via non vera , Immagini di bon scguendo false, Che nulla promission rendono intera.

^^ Ne rimpetrare spirazion mi va!se, Con le quali e in sogno ed allrimonti Lo rivocai ; si poco a lui ne calse.

CIUKT TRENTIEMB. 405

« Mais par le don des grâces divines, dont la pluie a sa source dans des vapeurs si élevées que notre vue n'en approche point,

• Celui-ci dans sa vie nouvelle ^^ fut virtue'.bment 2* tel , que de toute bonne habitude il eût été uxi modèle admirable :

■ Mais en plantes malignes et sauvages d'autant plus est fertile le sol non cultivé , que la terre a plus de vigueur.

• Avec mon visage quelque temps je le soutins ; lui montrant ses jeunes yeux , avec moi il le conduisait dans la voie droite.

cMais, dès qu'au seuil de mon second âge j'eus changé de vie 2-, il me quitta pour se donner 5 d'autres.

• Lorsque de la chair à l'esprit j'eus monté , et que ma vertu et ma beauté se furent accrues 2*, je lui plus moins et lui fus moins chère :

cil engagea ses pas dans une route trompeuse, poursuivant de fausses images du bien, qui ne tiennent pas ce qu'elles promettent ;

« Et point ne me servit d'obtenir les inspirations par lesquelles, et en songe et autrement, je le rcppeloi; tant il en eut peu de souci.

196 CANTO TRENTESIHO.

** Tanto giù cadde, che tutti argomenti Alla salute saa cran già corti , Fuor che inostrargli le perdale genti.

*^ Per questo visitai Y uscio de' morli , B a colui che V ha quassù condolto, Li prieghi miei, piangendo , furon porlL

^ L'alto fato dî Dio sarebbe rotto , Se Lete si passasse , e tal vivanda Fosse gustata senz' alcuno scotto

Dr pentimento che lagrîme spandâ.

«Si bas il tomba, que, pour le sauver, nul autre moyen ne restait que de lui montrer la race perdus.

« Pour cela , je visitai la demeure des morts , et à celui qui ici-haut Ta conduit, pleurant je fis porter mes prières.

«De Dieu serait rompu le suprême décret, si l'on passait le Lcthé, et que Ton goutàt d'une telle nourriture 2^, sans avoir, en paiement,

« Versé des larmes de repentance. »

CANTO TRENTESIMOPRIMO

^ O tu , che se' di là dal fiume sacro ( Volgendo suo par lare a me per punta, Che pur per laglio m'era parut' acro),

* Ricominciô , seguendo senza cunta,

Dl , dl , se quest' è vero : a tanta accusa Tua confession conviene esser congiunta.

* Era la mia virtù tanto confusa ,

Che la voce si mosse , e pria si spense Che dagli organi suoi fosse dischiusa.

* Poco sofferse ; poi disse : Che pense? Rispondi a me ; chè le memorie triste In te non sono ancor dall'acqua offense.

* Confusione e paura insieme miste

Mi pinssro un tal s) fuor délia bocca , Al quale intender fur mestier le viste.

Tournant vers moi la pointe de son parler, dont le tranchant même m* avait paru poignant ^ : t O toi qui es au del^ du fleuve sacré , >

Poursuivit-elle sans retard, cdis, dis, si cela est vrai; à une si grave accusation, il convient que ta confession se joigne. >

Tellement confus étais-je en moi-même, qu* essayant de parler, ma voix s'éteignit avant de passer mes lèvres.

Elle attendit un peu, puis elle dit : « Que penses- tu? Réponds-moi. Les eaux^ n'ont pas encore effacé en toi les tristes souvenirs. >

La honte et la peur, ensemble mêlées, poussèrent hors de ma bouche un • oui ■ tel , que, pour l'entendre, il fut besoin do la vue ^.

410 CANTO TRENTESIMOPRIMO.

* Coine balestro frange , quando scocca Da troppa tesa la sua corda e l'arco, E con men foga l'asta il scgno tocca;

^ SI scoppia' io sott'esso grave carco , Fuori sgorgando lagrime e sospiri , E la voce allenio per lo suo varco.

® Ond'clla a m2 : Per entro i miei disiri, Che ti menavano ad amar lo bene Di li dal quai non è a che s' aspiri ,

^ Quai fosse attraversate , o quai cateiie Trovasti, perché dA passare innanzl Dovessiti cosl spogliar la spene ?

^® E quali agevolezze, o quali avanzi Nella fronte degîi altri si niostraro.

Perché dovessi lor passeggiare anziî

^^ Dopo la tratta d' un sospiro amaro, A pena ebbi la voce che rispose , E le labbra a fatica la forinaro.

^^ Piangendo dissî : Le présent! cose Col falso lor placer volser miei passi « Tosto che M vostro viso si nascosa.

** Ed ella : Se tacessi, o se negassi Ciô che confessi, non fora men nota La colpa tua : da tal giiîdice sasau

CHANT TRENTE-UNTÈME. 44f

Comme l'arbalète trap tendue, quand part la détente, rompt la corde et Parc, et avec moins de force le trait touche le but ;

Ainsi éc!atai-je sous cette pesante charge, épanchant au dehors larmes et soupirs , et la voix s'arrêta au passage.

D'où elle à moi : t A mes désirs, qui te conduisaient à l'amour du bien ^^ au delà duquel il n'est rien à quoi l'on aspire ,

« Qu'as-tu trouvé qui s'opposât, quels fossés, quelles chaînes, pour quoi d'aller plus avant tu dusses ainsi renoncer à l'espérance?

c Et quels charmes ou quels avantages t'ont montrés les autres^, que, par eux, tu dusses être attiré? »

Après avoir poussé un soupir amer, à peine eus-je assez de voix pour répondre, et avec fatigue les lèvres la formèrent.

Pleurant, je dis : *^ Les choses présentes, avec leur faux plaisir^ attirèrent mes pas, sitôt que se cacha votre visage.

Et elle : c Si tu avais tu ou nié ce que tu confesses , ta coulpe n'en serait pas moins, connue : la sait le souverain Juge.

Alt CANTO TRENTESIMOPRIXO.

^ Ma quando scoppia dalia propria gota L* accusa del peccato, in nostra corte, Rivolge se contra il taglio la rota.

*5 Tuttavia , perché me' vei^ogna porte Del tuo errore, e perché altra voîta Udendo le sirène sie piii forte ,

^^ Pon giù il semé dcl piangere, ed ascolta ; SI udirai corne in contraria parte Huover doveati mia came sepolta.

*7 Mai non t'appresentô natura ed arte Placer, quanto le belle niembra in ch'io Rinchiusa fui , e che son terra sparte :

*8 E se il sommo piacer si ti fallio Par la mia morte, quai cosa mortale Dovea poi trarre te nel suo disio ?

*« Ben ti dovevi , per lo primo strale Délie cose fallaci, levarsuso Diretr* a me che non era più taie.

2<> Non ti dovea gravar le penne in giuso. Ad aspettar più colpi, o pargoletta»

O altra vanità con si brev' uso.

'^ Nuovo augeletto due o tre aspetta ; Ma dinanzi dagli occhi de' pennuti Rete si spiega indarno , o si saetta.

CHANT TRENTE-UNIËME. 413

«Mais quand, de sa propre bouche, le pécheur s'accuse , en notre cour la roue tourne contre le tranchant ^

«Mais pour que tu rougisses maintenant de ton erreur, et pour qu'une autre fois tu sois plus fort contre la voix de la Sirène,

« Mets bas la semence de tes pleurs^, et écoute : tu entendras comment, dars la voie contraire, devait te faire entrer ma chair ensevelie.

< Jamais la nature ou l'art ne t'offrit un plaisir égal à celui que te causait la vue des beaux membres dans lesquels je fus renfermée, et qui, dispersés, ne sont que terre,

« Et si, par ma mort, ce plaisir suprême te trompa, quelle cliose mortelle devait désormais t'inspircr du désir?

« Bien dcvais-tu , blessé une première fois par les choses trompeuses, t'élever plus haut derrière moi, qui n'étais plus telle :

« Point ne devais- tu abaisser tes ailes pour attendre d'autres coups, ou d'une jeune fille, ou de quelque autre vanité d'un si court usage.

t Le petit ois3au, nouvellement éclos, attend ^ doux ou trois fuis ; mais à ceux emplumés déjà , en vain tend -on des rets, et lance-t-on des flèches. •

iU CANTO TRENTEglMOPRlMO.

*2 (Juale i fanciulli vergognando muti , Con gli jocchi a terra, staono^ ascoUando , E se riconoscendo, c ripentuti ;

^* Tal mi stav'io. Ed ella disse : Quando Per udir se' dolente, alzâ la barba , E prenderai plu doglia riguardando.

2^ Con men di resistenza si dibarba Robusto cerro, ovvero a Bostral vente, Ovvero a quel dçlla terra di larba,

2^ Ch'io non levai al suo comando il mento : E quando per la barba il viso chiese , Ben conobbi il velen deir argomenlo.

2^ E cerne la mia faccia si distese , Posarsi quelle prime créature Da loro aspersion l'occhio comprese.

27 E le mie luci , ancor poco sicure.

Vider Béatrice volta in su la fiera , Ch'è sola una persona in duo nature.

2S Solto suo vélo, ed oltre la riviera Verde, pareami più se stessa antica Vincer, che Taltre qui quand' ella c'era.

2^ Di penter si mi punse ivi rortica, Che di tutt'altre cose , quai mi torse Più nel suo amor. più mi si fe nimica.

CHANT TRENTE-UNIÈME. i1&

Tels qu'écoutant, les enfants se tiennent, honteux et muets, les yeux à terre, se reconnaissant et se repentant ;

Tel nie tenais-je, et elle iii3 dit : « Puisque entendre seulement t'afflige, lève la barbe, et plus encore tu l'affligeras en regardant. »

Avec moins de résistance déracine® un chêiie robuste ou notre vent, ou celui de la terre d'Iarbe,

Qu'à son commandement je ne levai le msnton : et quand par la barbe elle désigna le visage, bien connus-je le venin *^ de l'argument.

Et lorsque ma face se releva, l'œil comprit** que ces premières créatures avaient suspendu leur asper-

sion

Et mes yeux, encore peu assurés, virent Béatrice tournée vers l'animal qui est une seule personne en deux natures**.

Au delà du vert ruisseau**, sous son voile, elle se vainquait elle-même, dans sa beauté présente, plus qu'autrefois ici les autres.

Là tellement me piqua l'ortie du repentir, que de toutes les autres choses, celle qui me détourna le plus dans sou amour, je l:i pris le plus en haine.

446 CÂNTO TRENTESmOPRIMO.

*^ Tanta riconoscenza il cuor mi morse , ChMo caddi vinto, e quale allora femmi , Saisi colei che la cagion mi porsc.

** Poi , quando il cor virtù di fuor rendemmi , La Donna ch'io avea trovata sola, Sopra me vidi, e dicea : Tiemmi, tiemmi.

*2 Tratto m' avea nel fmmc infino a gola , E, tirandosi me dietro, sen giva Sovresso Tacqua, lieve come spola.

** Quando fui prcsso alla beata riva , Asperges me si dolcemente udissi , Ch'io nol so rimembrar, non chMo lo scriva.

** La bella donna nelle braccia aprissi, Abbracciommi la lesta, e mi sommerse, Ove convenne ch'io Pacqua inghiottissi :

*^ Indi mi toise, e bagnato m'offerse Dentro alla danza délie quattro belle , E ciascuna col braccio mi coperse.

*® Noi sem qui ninfe, e nel ciel semo stelle; Pria che Béatrice discendesse al monde , Fummo ordinale a lei per sue ancelle.

*7 Menrenti agli occhi suoi ; ma nel giocondo Lume ch'è dentro, aguzzeran li tuoi Le Ire di là, che miran piii profondo.

Un remords si vif me déchira le cœur, que je tombai vaincu; et ce qu'alors je devins, le sait celle de qui en venait la cause.

Puis, lorsqu'une vertu du dehors m'eut ranimé le cœur, je vis au-dessus de moi la Dame que j'avais trouvée seule ^^ ; elle disait : « Tiens-moi, tiens-moi. »

Elle m'avait amené dans le fleuve jusqu'à la gorge, et me tirant après elle dessus l'eau, elle allait légère comme une navette.

Quand je fus près de l'heureuse rive. Asperges me^^ si doucement j'entendis chanter, que non-seulement le peindre ^ mais me le remémorer même je ne saurais.

La belle dame ouvrit les bras, et m' embrassant la la tête, me plongea où il convenait que je busse l'eau :

Ensuite elle me retira, et tout humide m'introduisit dans la danse des quatre belles^^; et chacune d'un bras m'enlaça.

« Nymphes ici nous sommes , et dans le ciel nous sommes étoiles; avant que Béatrice descendît du ciel, nous lui fûmes destinées pour servantes.

« Nous te mènerons devant ses yeux; mais aiguiseront les tiens, pour qu'ils pénètrent dans la lumière qui en eux brille, les trois de l'autre côté^®, qui voient plus avant. »

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