‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 2)Chapitre 4 sur 84 · II · texte numérisé non relu

II

82 CANTO SETTIMO.

* O gloria de 'Latin, disse, per cui Mostro ciù che potea la lingua nosira : O pregio eterno del loco ond'io fui,

7 Quai meritoo quai grazia mi timostra? S'io son d'udir le tue parole degno, Dimini se \ien d' Inferno , e di quai chiostnu

8 Per tutti i cerchi del dolente regno, Rispose lui, son io di qua venuto:

Virtii del ciel mi raosse, e con lei vegno :

* Non per far, ma per non fare, ho perduto Di veder V alto Sol che tu disiri,

E che fu tardi da me conosciuto.

*® Luogo è laggiii non tristo da martiri , Ma di ténèbre solo, ove i lamenti Non suonan come guai, ma son sospiri.

** Quivi sto io co' parvoli innocenti, Da' denti morsi dalla morte, avante Che fosser dall'umana colpa esenti.

** Quivi sto io con quei che le tre santé Virtii non si vestiro , e senza vizio Conobber Taltre, e seguir tutte quante.

** Ma se tu sai e puoi, alcuno indizio Dà noi, perché venir possiam più tosto Là dove il Purgatorio ha dritto inizio.

«0 gloire des Latins, dit-il, par qui notre langue montra ce qu'elle pouvait, honneur étemel du lieu d'où je fus ,

A quel mérite ou à quelle grâce dois-je de te voir? Si je suis digne d'entendre tes paroles , dis-moi si tu viens de l'Enfer, ou de quelle demeure. »

— A travers tous les cercles du royaume douloureux , répondit Virgile , je suis ici venu : une vertu du Ciel me mut , et avec elle je vais.

Non pour ce que j'ai fait, mais pour ce que je n'ai pas fait, suis-je privé de voir le haut Soleil que tu désires , et qui trop tard de moi fut connu.

Là , en bas, est un lieu qu'attristent non les tourments , mais les ténèbres seules , où les lamentations ne résonnent point comme des hurlements , mais sont des soupirs.

Là suis-je avec les petits innocents, que de ses dents mordit la mort, avant qu'ils fussent délivrés de la coulpe humaine * ;

Là suis-je avec ceux qui ne se revêtirent point des trois saintes vertus ^, et qui , exempts de vice , connurent les autres et les pratiquèrent toutes.

Mais, si tu le sais et le peux , indique-nous par où nous pourrons le plus tôt venir là où commence vraiment le Purgatoire.

84 CANTO SETTIMO.

*^ Rispose : I^uogo certo non c' è posto : Licito m' è andar suso ed intorno :

Per quanto ir posso, a guida mi t* accoste.

*^ Ma vedi già come dichina il giorno, Ë andar su di notte non si puote ; Perô è buon pensar di bel soggiorno.

*^ Anime sono a destra qua remote :

Se M mi consenti , menerotti ad esse, E non senza diletto ti fien note.

^^ Com'è ciô? fu risposto : chi volesse Salir di notte , fora egli impedito D'altrui? ovver saria che non potesse?

^^ E il buon Sordello in terra freg6 '1 dito Dicendo : Vedi, sola questa riga Non varcheresti dopo M Sol partito :

*^ Non pcro che altra cosa desse briga, Che la notturna tenebra , ad ir suso : Quella col non poter la voglia intriga.

20 Ben si poria con lei tomare in giuso, E passeggiar la costa intorno errando, Mentre che l'orizzonte il di' tien chiuso.

2^ Allora il niio Signor, quasi ammirando : Menane, disse, dunque là 've dici Ch'avor si puf) diletto dimorando.

Il répondit : t Nul lieu particulier ne nous est assigné ; il m'est pennis d'aller là -haut et alentour; aussi loin que je le pourrai , je serai ton guide.

t Mais vois déjà comme le jour décline , et monter de nuit ne se peut ; ainsi il est bon de penser à un gîte coimnode.

« A droite sont des âmes là retirées : si tu y consens je te conduirai vers elles, et non sans plaisir les connaîtras-tu. »

— Comment cela? fut-il répondu. Qui voudrait monter de nuit , l'en empêcherait- on? ou ne le pourrait-il?

Le bon Sordello traça du doigt une ligne à terre , disant : t Vois, seulement cette ligne, tu ne la franchirais pas, après le départ du soleil :

« Non qu'autre chose t'empêchât de monter que les ténèbres de la nuit : avec la puissance elles ôtent le vouloir.

« Elles pennettraient cependant de redescendre et de parcourir la côte , en errant çà et là , pendant que l'horizon est fermé au jour. »

Alors mon Seigneur, comme étonné : — Condui&nous donc, dit -il, là où tu dis qu'avec plaisir on peut séjourner.

86 CANTO SETTIMO.

22 Poco allungati c'eravam di lici.

Quand' io m'accorsi che M monte era scemo, A guisa che i valloni sceman quici.

** Cola, disse quell' ombra, n'anderemo Dove la costa face di se grembo , E quivi '1 nuovo giorno attenderemo.

*^ Tra erto e piano era un sentiero sghembo, Che ne condusse in fianco délia lacca , Là dove più ch' a mezzo muore il lembo.

*5 Oro ed argento fino e cocco e biacca. Indice legno lucido e sereno, Fresco smeraldo in Tora che si fiacca,

*® Dall'erba e dalli fior dentro a quel seno Posti , ciascun saria di color vinto, Corne dal suo maggiore è vinto il meno.

27 Non avea pur natura ivi dipinto.

Ma di soavità di mille odori Vi faceva un incognito indistinto.

2S Salve Regina in sul verde e in su' fiori Quindi sedcr cantando anime vidi , Che per la valle non parean di fuori.

29 Prima che M poco sole ornai s'annidi , Cominciô '1 Mantovan che ci avea volti , Tra color non vogliate ch' io vi guidi.

Peu loin de là nous étions, quand je m'aperçus que le mont était creusé, comme sont ici creusés les vallons.

tNous irons, dit l'ombre, là où la côte forme un enfoncement, et nous y attendrons le jour nouveau. »

Entre la montée et le terrain uni était un sentier tortueux , qui nous conduisit au flanc du vallon , là où plus d'à moitié le limbe meurt *.

L'or et l'argent fin, et la pourpre, et la céruse, le bois d'Inde poli et brillant, la fraîche émeraude, alors qu'elle se brise ^,

Près de l'herbe et des fleurs de cette enceinte seraient vaincues d'éclat , comme par une chose plus grande est vaincue une moindre.

La nature ici n'avait pas seulement peint, mais de mille odeurs suaves s'y formait un parfum vague et inconnu.

Salve Regina, je vis chantant, assises sur laverdure et sur les fleurs , des âmes que , d'en dehors de la vallée , on ne découvrait pas.

t Avant que se cache le peu de soleil qui reste, commença le Mantouan qui nous avait conduits, ne veuillez pas que parmi ceux-là je vous guide.

88 CANTO SETTIMO

^ Da questo baizo meglio gli atti e i volti Conoscerete voi di tutti quanti , Che nella lama giù U*a essi accolti.

*^ Colui che piîi sied' alto, ed ha sembianti D'aver negletto ciô che far dovea, E che non muove bocca agli altrui canti ,

** Ridolfo imperador fu , che potea Sanar le piaghe c'hanno Italia morta.

Si che tardi per altri si ricrea.

** L*altro, che nella vista lui conforta, Resse la terra dove l'acqua nasce, Che Molta in Aibia, ed Albia in mar ne porta :

^ Ottachèro ebbe nome, e nelle fasce Fu meglio assai che Yincislao suo figlio Barbuto, cui lussuria ed ozio pasce.

** E quel Nasetto, che stretto a consiglio Par con colui c'ha si benigno aspetto, Morl fuggendo e disfiorando il giglio :

*• Guardate là , corne si batte il petto. L*altro vedete c'ha fatto alla guancia Délia sua palma, sospirando, letto.

*^ Padre e suocero son del mal di Francia : Sanno la vita sua viziata e lorda , E quindi viene il duol che si li lancia.

« De ce tertre mieux discernerez-vous la contenance et le visage de tous ceux qui , en bas , dans le vallon sont rassemblés.

t Celui qui est assis le plus haut, et paraît avoir négligé ce qu'il devait faire, et dont la bouche est muette au chant dés autres ,

« Fut l'empereur Rodolphe ^, lequel pouvait guérir les plaies qui ont tué l'Italie, tellement que tard par d'autres sera- 1- elle ranimée.

t Celui qui du regard le conforte, régit la terre® d'où sortent les eaux qui se jettent dans l'Elbe, et l'Elbe les porte à la mer.

« Ottocar fut son nom , et dans les langes il valut mieux de beaucoup que, barbu, son fils Venceslas ^, qui s'engraisse dans la luxure et l'oisiveté.

« Et ce nez court, *^ en conseil étroit avec celui d'aspect si doux*^, mourut en fuyant et déflorant le lis.

t Regarde comme il se frappe la poitrine, et vois l'autre qui, en soupirant, a fait de sa main une couche à sa joue.

t Père et beau -père ils sont du mal de la Trancc ^2 ; ils connaissent leur vie corrompue et souillée , et de là vient la douleur qui les poind.

90 CANTO SETTIMO.

*^ Quel che par si membnito, e che s'accorda Cantando con colui dal maschîo naso, D'ogni valor porto cinta la corda.

*® E se re dopo lui fosse rimaso Lo giovinetto che rétro a lui siede, Bene andava il valor di vaso in vaso ;

^^ Che non si puote dir deiraltre rede. Jacomo e Fedcrigo hanno i reami :

Del retaggio miglior nessun possiede.

** Rade volte risurge per li rami L' umana probitate : e questo vuole Quei che la dà, perché da lui si chiamL

*2 Anco al Nasuto vanno mie parole

(Non men ch' ail' altro, Pier, che con lui canta) Onde Puglia e Proenza già si duole.

** Tant'è del semé suo minor la pianta, Quanto, più che Béatrice e Margherita, Costanza di marito ancor si vanta.

^ Vedete il re délia semplice vita Sederlà solo, Arrigo d'inghilterra; Questi ha ne' rami suoi migliore uscita.

^5 Quel che più basso tra costor s'atterra, Guardando in suso, 6 (luglielmo marchcse, Per cui e Alessandria c la sua guerra

Fa pianger Monferrato c il Canavese.

t Celui qui paraît si robuste de membres ^^, et qui en chantant*^ s'accorde avec l'autre au nez mâle ^5, fut ceint de toute valeur.

« Et si roi après lui fût demeuré l'adolescent assis derrière lui *^, la valeur se serait transmise de vase en vase :

t Ce qui ne peut se dire des autres héritiers. Jacques et Frédéric possèdent les royaumes: aucun de l'héritage n'a la meilleure part ^^.

« Rarement se reproduit dans les rameaux l'humaine vertu ; et ainsi le veut celui qui la donne , afin qu'à lui on la rapporte.

« Au grand nez *®, aussi bien qu'à Pierre qui avec lui chante , s'appliquent mes paroles : de lui déjà se plaignent la Fouille et la Provence ^^

« La plante née de sa semence est autant inférieure à lui , que plus que Béatrice et Marguerite , de son époux se glorifie Constance ^o.

« Voyez le roi de la vie simple, Henri d'Angleterre 2^, assis là seul : celui-ci a dans ses rameaux une meilleure issue 22,

«L'autre qui plus bas, entre ceux-là, gît à terre, regardant en haut, est Guillaume le marquis 2*, pour qui Alexandrie et sa guerre

€ Font pleurer Montferrat et le Canavcse,

CANTO OTTAVO

^ Era già l'ora che volge il disio Ai navigant] e intenerisce il core,- Lo di'c'han detto a'dolci amici addio ;

E che lo novo peregrin d' amore

Piinge, se ode squilla di lontano,

Che paia il giorno pianger che si muore :

^ (^land'io incominciai a render vano L'udire, ed a mirare una delPalme Surta, che l'ascoltar chiedea con mano.

Ella giiinse e Icvo ambo le palme, Ficcando gli occhi verso l'oriente, Corne dicesse a Dio : D'altro non calme.

^ Te lucis aîite si divotiimente

Le usci di borca , e con si dolci note, Che fece me a me uscir di mente.

11 était déjà l'heure qui des navigants attendrit le cœur, et tourne le désir vers le jour où ils dirent à leurs doux amis adieu ,

Et d'amour aiguillonne le voyageur nouveau, si dans le lointain il entend la cloche qui semble pleurer le jour mourant,

Lorsque je commençai à tendre vainement l'ouïe , et je vis une des âmes qui , debout , de la main demandait qu'on l'écoutât.

Elle vint et leva les deux mains, fixant les yeux vers rOrient, comme si elle eût dit à Dieu : «De toi seul j'ai souci. »

a Te lucis anfe ^, » si dévotement proféra sa bouche, et avec une si douce mélodie , que j'en fus hors de moi.

94 CANTO OTTAVO.

^ E l'altre poi dolcemente e divote Seguitar Ici per tutto l'inno intero, Avendo gli occhi aile superne niote.

^ Aguzza qui, lettor, ben gli occhi al vero, Chè il vélo è ora ben tanto sottile, Certo, che M trapassar dentro è leggiero.

^ Fvidi quello esercitogentile Tacito poscia riguardar in sue, Quasi aspettando pallido ed umile :

^ E vidi uscir dell'alto, e scender giue Due angeli con duo spade affocate, Tronche e private délie punte sue.

*^ Verdi, corne fogliette pur rao nate, Erano in veste, che da verdi penne Percosse traén dietro e ventilate.

** L' un poco sovr'a noi a star si venne, E l'altro scese nell'opposta sponda , SI che la gente in mezzo si contenue.

*2 Ben discerneva in lor la testa bionda ; Ma nelle facce V occhio si smarria , Corae virtù ch'a troppo si confonda.

** Ambo vegnon del grembo di Maria, Disse Sordello, a guardia délia valle, Per lo serpente che verra via via.

Et d'autres ensuite , avec la même douceur et la même dévotion, la suivirent durant l'hymne entière, les yeux élevés vers les sphères célestes.

Ici , lecteur, arrête bien ta vue sur le vrai ; si mince est le voile, qu'aisé certes est-il de pénétrer au dedans 2.

Je vis cette noble troupe , silencieuse regarder en haut, comme en attente , pâle et humble ;

Et d'en haut je vis sortir et descendre deux Anges, avec deux épées de feu , tronqiiées et sans pointe.

Comme des feuilles tendres qui viennent de naître, verts étaient leurs vêtements, qui, frappés par de veites pennes , derrière eux se déroulaient et flottaient au vent.

L'un vint se poser un peu au-dessus de nous, et l'autre descendit sur le bord opposé ; de sorte qu'entre eux étaient les ombres.

Bien. distinguait-on leur tête blonde, mais les faces éblouissaient l'œil , comme le trouble un trop vif éclat.

tTous deux, dit Sordello, viennent du sein de Marie, pour garder la vallée, à cause du serpent qui bientôt va venir. »

96 CANTO OTTAVO.

*^ Ond'io che non sapeva per quai calle, Mi volsi intorno , e stretto m' accostai Tiitto gelato aile fidate spalle.

*s E Sordeilo anche : Ora awallianio omai Tra le grandi ombre, e parleremo ad esse : Grazioso fia lorvedervi assai.

*^ Solo tre passi credo ch'io scendesse, E fui di sotto , e vidi un che mirava Pur me , corne conoscer mi volesse.

*^ Tempo era gifi che Taer s'annerava, Ma non si , che tra gli occhi suoi e'mieî ]\on dichiarasse ci6 che pria serrava :

*^ Ver me si foce , ed io ver lui rai fei : Giudice Nin gentil, quanto mi piacque, Quando ti vidi non esser tra' rei !

*^ Nulle bel salutar tra noi si tacque : Poi dimando : Quant' è che tu venisti Appiè del monte per le lontane acque?

20 Oh ! dissi lui, per entre i luoghi tristi Venni stamane, e sono in prima vita, Ancor che l'altra si andando acquisti.

2* E comc fu la mia risposta udita , Sordeilo ed egli indietro si raccolse , Come gente di subito smarrita.

Sur quoi , moi qui ne savais par quel sentier, je regardai autour, et tout glacé me serrai contre le Guide fidèle.

Et Sordello reprit : « Descendons maintenant parmi les grandes ombres, et nous leur parlerons : trèsagréable il leur sera de vous voir. »

Lorsque j'eus descendu trois pas seulement, je crois, je fus en bas, et j'en vis un qui me regardait, comme cherchant à me reconnaître.

C'était le temps où l'air déjà s'obscurcissait, mais non tant qu'il ne me laissât voir ce qu'il cachait auparavant *.

Vers moi il s'avança, et je m'avançai vers lui : Noble juge Nino^, quelle joie ce me fut quand je vis que point tu n'étais parmi les criminels !

Nul salut honorable entre nous ne fut omis ; puis il me dit: «Depuis combien de temps es-tu venu au pied du mont , par les lointaines eaux ?

— Oh I lui dis-je , à travers les lieux tristes ce matin je suis venu, et je suis dans la première vie, encore que l'autre ainsi allant j'acquière. »

A peine ma réponse fut- elle ouïe, que Sordello et lui se murent en arrière, comme celui qui subitement se trouble.

98 CANTO OTTAVO.

" L'uno a Virgilio, e Taltro ad un si volse Clie sedca 11, gridando : Su, Currado; Vieni a veder che Dio per grazia volse.

2* Poi volto a me : Per quel singular grado, Che tu dèi a colui , che si nasconde.

Lo suo primo perché, che non gli è guado,

** Quando sarai di là dalle larghe onde, l)i a Giovanna mia, che per me chiami Là dovo agrinnocenti si risponde.

2* Non credo che la sua madré più m' ami, Poscia che trasmutô le bianche bende, Le quai convien che misera ancor brami.

26 p(»r Ici assai di lieve si comprende, Quanto in femmina fuoco d' amor dura , Se r occhio o il tatto spesso noi racxîende.

2" Non le farà si bella sepoltura La vipera che il Milanese accampa, Com'avria fatto il gallo di Gallura.-

-^ Cosl dicea, segnato délia stampa Nel suo aspetto di quel dritto zelo, Che misura ta mente in core avvampa,

2^ Gli occhi miei ghiotti andavan pure al cielo, Pur là dove le stello son più tarde.

Si como ruota iMii prosso allô sfolo.

L'un vers Virgile, et l'autre vers une ombre assise là, se tourna, criant : «Debout, Conrad^! viens voir ce que Dieu par sa grâce a voulu. »

Puis vers moi se tournant : «Par cette gratitude singulière que tu dois à celui qui tellement cache son motif premier, qu'on ne le saurait atteindre,

«Quand tu seras de l'autre côté des larges ondes, dis à ma Giovanna ^ qu'elle demande pour moi là où aux innocents on répond.

«Je crois que plus ne m'aime sa mère, depuis qu'elle a quitté le blanc bandeau ' qu'elle devra , malheureuse , désirer encore.

« Par elle, on comprend aisément combien peu dans la femme dure le feu d'amour, si l'œil ou le tact souvent ne le rallume.

« Ne lui fera si belle sépulture la vipère en champ ^ des Milanais, que la lui aurait faite le coq de (Jallura ^. »

Ainsi disait-il , portant sur son visage l'empreinte de cette pure flamme qui dans le cœur brûle avec mesure.

Mes yeux avides parcouraient le ciel, là où plus lentes sont les étoiles, comme une roue plus près de l'axe.

400 CANTO OTTAVO.

^ E il Duca mio : FigliuoI , che lassii guarde? Ed io a lui : A quelle tre facelle, Di che il polo di qua tutto quanto arde.

** Ed egli a me : Le quattro chiare stelle Che vedevi staman, son di là basse, E queste son salite ov'eran quelle.

*2 Com'ei parla va, e Sordello a se M trasse Dicendo : Vedi là '1 nostro avversaro ; E drizzô M dito, perché in là guatasse.

^^ Da quella parte, onde non ha riparo ■ La picciola vallea, era una biscia, Forse quai diede ad Eva il cibo amaro.

*^ Tra l'erba e i fior venia la mala striscia, Volgendo ad or ad or la testa, e il dosso Leccando come bestia che si liscia.

^^ Io nol vidi , e perft dicer nol posso, Corne mosser gli astor celestiali.

Ma vidi bene e l'uno e l'altro mosso.

5^ Scntendo fender l'aere aile verdi ali, Fuggio'l serpente, e gli Angeli dier volta Suso allô poste rivolando iguali.

*^ L'ombra che s' era al giudice raccolta, Quando chiamô, per tutto qucU'assalto Punto non fu da me guardare scioUa.

CHANT HUITIÈME. m

Et le Guide : — Mon fils, que regardes-tu là-haut? Et moi à lui : — Ces trois flambeaux , par lesquels le pôle est tout en feu.

Et lui à moi : — Les quatre brillantes étoiles que tu voyais ce matin sont là en bas, et où elles étaient celles-ci ont monté.

Comme il parlait , Sordello à soi le lira , distint : t Vois là notre adversaire. » Et il leva le doigt pour diriger son regard.

Du côté où n'a point de rempart la petite vallée était une couleuvre , celle peut-être qui oflrit à Eve la nourriture amère.

Entre Therbe et les fleurs venait le méchant reptile , ramenant de fois à autre la tête sur le dos, comme une bête qui se lisse.

Je ne vis point , et partant ne puis dire comment se murent les autours célestes *® ; mais bien vis-je l'un et l'autre en mouvement.

Oyant les vertes ailes fendre l'air, le serpent prit la fuite, et, d'un vol égal, en haut à leur poste, les Anges revinrent.

L'ombre qui s'était approchée du juge lorsqu'il l'appela, pendant tout cet assaut ne cessa point de me regarder.

lOi CANTO OTTAVO.

^^ Se la lucerna che ti mena in alto Trovi nel tuo arbitrio tanta cera, Quant' è mestiero infino al sommo smalto,

^'•^ Comincio ella, se novella vera Di Valdimagra, o di parte viciua Sai, dilla a me, ehe già grande là era.

^^ Chiamato fui Currado Malaspina :

Non son Tantico, ma di lui discesi :

A'miei portai Famor che qui raffina.

^^ O ! dissi lui, per li vostri paesi Giammai non fui ; ma dove si dimora Per tutta Europa, ch'ei non sien palesi?

^2 La fama che la vostra casa onora, Grida i signori, e grida la contrada, Si che ne sa chi non vi fu ancora.

^^ Ed io vi giuro, s' io di sopra vada, Che vostra gente onrata non si sfregia Del pregio délia borsa e délia spada.

^^ l so e natura si la privilégia ,

Che, perché il capo reo Io mondo torca , Sola va dritta, e il mal cammin dispregia.

^^ Ed egli : Or va , chè il Sol non si ricorca/ Sette volte nel letto che il Montone f Con tutti quattro i piè copre ed inforca •

« Que la lampe qui te conduit en haut trouve en ton libre arbitre autant de cire qu'il en est besoin ^*, pour que tu parviennes jusqu'au sommet du céleste émail **, »

Commenra-t-elle. « Si de Valdimagra^* ou des lieux voisins tu sais quelque nouvelle vraie, dis-la-moi ; car jadis là je fus grand.

« On m'appelait Conrad Malaspina ; je ne suis pas l'ancien , mais de lui je descendais : j'eus pour les miens l'amour qui s'épure ici. »

— Oh ! lui dis -je , dans votre pays je n'allai jamais ; mais de qui , en Europe, n'est-il point connu?

l^a renommée qui célèbre votre maison , a porté le nom des seigneurs et le nom de la contrée à ceux mêmes qui n'y furent jamais.

Et, par le désir que j'ai d'aller là-haut, je vous jure qu'en votre race honorée se perpétue le lustre de la bourse *^ et de l'épée.

De coutume et de nature tellement est-elle privilégiée, que, lorsque le monde vers le mal tourne la tête, seule elle va droit , et méprise le mauvais chemin.

Et lui : «Le soleil ne se couchera pas sept fois dans le lit que de ses quatre pieds le Bélier couvre et enserre ^*,

104 CANTO OTTAVO.

^^ Che cotesta cortese opinione Ti fia chiavata in mezzo délia testa Con maggior chiodi che d'altrui sermone;

Se corso di giudicio non s'arresta.

«Qu'en ton chef cette courtoise opinion ne soit clouée avec un plus fort clou que les discours d' autrui *^,

« Si ne s'arrête point le cours du jugement. »

A La concubiim di Titone antico Già s' imbiancava al balzo d'orienté, Fuor délie braccia del suo dolce amico :

2 Di gemme la sua fronte era lucente, Poste in figura del freddo animale, Che con la coda pcrcuote la gente :

^ E la notte de'passi , con che sale, Fatti avea duo nel loco ov'eravamo, E il terzo già chinava in giuso V aie ;

^ Quand' io che meco avea di quel d'Adamo, Vinto dal sonno, in su l'erba inchinai Là 've già tutti e cinque sedevamo.

^ Neir ora che comincia i tristi lai La rondinella presso alla mattina , h'orse a niemoria de' suoi primi guai ,

La concubine de l'antique Titon ^, sortant des bras de son doux ami 2, blanchissait déjà le faîte de rOrient.

Son front resplendissait de gemmes* disposées selon la forme du froid animal qui avec sa queue frappe l'homme ,

Et la nuit en montant avait , au lieu où nous étions, déjà fait deux pas, et, pour achever le troisième, elle abaissait ses ailes ^,

Lorsque moi, qui avais encore ce que je tenais d'Adam^, vaincu par le sommeil, je m'inclinai sur l'herbe où tous cinq nous étions assis.

A l'heure où, près du matin, l'hirondelle commence ses tristes lais, peut-être au souvenir de ses premières plaintes*^.

« E che la mente nostra pellegrina

Più dalla carne, e men da'pensier presa, Aile sue vision quasi è divina ;

^ In sogno mi parea veder sospesa Un'aquila nei ciel con penne d'oro, Con r aie aperte , ed a calare intesa :

^ Ed esscr mi parea là dove foro Abbandonati i suoi da Ganimede, Quando fu ratto al somme concistoro.

Fra me pensava : forse questa fiede Pur qui per uso, e forse d'altro loco Disdegna di portarne suso in piede.

*^ Poi mi parea che , più rotata un poco , Terribil corne folgor discendesse, E me rapisse suso infino al foco.

** Ivi pareva ch'ella ed io ardesse, E si r incendie immaginato cosse , Che convenue che il sonno si rompesse.

^2 Non altrimente Achille si riscosse, Gli occhi svegliati rivolgendo in giro, E non sapendo là dove si fosse ,

^^ (Juando la madré da Chirone a Schiro Trafugo lui dormendo in le sue braccia. Là onde poi gli Greci il diparliro;

Et OÙ l'âme plus loin de la chair voyage, et moins entravée par le penser, dans ses visions est presque divine ,

En songe il me semblait voir un aigle suspendu dans le ciel avec des pennes d'or, les ailes déployées , et se préparant à descendre ;

Et il me paraissait être là où Ganymède abandonna les siens 7, quand il fut ravi au suprême consistoire.

Et moi je pensais : Peut-être d'habitude giboie-t-il ici , et d'un autre lieu dédaigne-t-il d'enlever sa proie dans ses serres.

Puis il me semblait qu'après avoir décrit quelques cercles , terrible comme le foudre il descendait , et me ravissait en haut jusqu'au feu.

Là je me figurais que lui et moi brûlions , et si cuisante était l'ardeur imaginée , qu'il fallut que le sommeil se rompît.

Comme Achille à soi revint , portant tout autour ses yeux réveillés • et ne sachant où il était ,

Lorsque, endormi dans les bras deChiron, sa mère le fit transporter à Scyros, d'où ensuite les Grecs l'emmenèrent ;

^* Che mi scoss'îo, si come dalla faccia Mi fuggl '1 sonno, e diventai smorto, Come fa Tuorn che spaventato agghiaccia.

^^ Da lato m'era solo il mio Conforto, E il Sole er'alto già più di due ore, E il viso m'era alla marina torto.

*^ Non aver tema, disse il mio Signore : Fatti sieur, chè noi siamo a buon punto : Non stringer ma rallarga ogni vigoro.

*' Tu se'omai al Purgatorio giunto:

Vedi là M baizo che il chiude d'intorno; Vedi l'entrata là 've per disgiunto.

*^ Dianzi, nell'alba che précède al giorno, Quando l'anima tua dentro donnia Sopra li fiori , onde laggiù è adomo,

** Venue una donna, e disse : F son Lucia; Lasciatemi pigliar costui che dorme.

Si Tagevolero por la sua via.

2^ Sordel rimasc, e Paître gentil forme: Ella ti toise, e come il di'fu chiaro, Sen venue suso . od io per le sue orme.

2* Qui ti posô : e pria mi dhnostraro Gli occhi suoi M\i quelTentrata aperta ; Poi ella e il sonno ad una se n'andaro.

Ainsi revins-je à moi , lorsque de ma face s'enfuit le sommeil , et je devins pâle comme l'homme glacé de peur.

Seul , près de moi était mon Confort , et déjà le soleil avait monté plus de deux heures, et j'avais le visage tourné vers la mer.

— Ne crains point , dit mon Seigneur : sois sûr que pour nous tout va bien ; ne resserre pas en toi , mais dilate toute ta force.

Te voici arrivé maintenant au Purgatoire ; vois là le rempart qui le clôt tout autour, et vois l'entrée là où il parait disjoint.

Avant l'aube qui précède le jour, quand ton âme au dedans dormait sur les fleurs dont la vallée d'en bas est ornée ,

Une dame vint, et dit : t Je suis Lucia ; laissez-moi prendre celui-là qui dort, ainsi je lui rendrai sa route facile. »

Sordello demeura , et les autres gentilles formes : elle te prit , et quand le jour fut clair, vint en haut , et moi sur ses traces.

Ici elle te posa , et ses beaux yeux me montrèrent cette entrée ouverte: puis elle et le sommeil s'évanouirent.

2* A guisa d'uom che in dubbio si raccerta, E che muti in conforto sua paura, Poi che la verità gli è discoverta,

** Mi cambia'io : e corne senza cura Videmi il Duca mio, su per lo baizo Si mosse, ed io diretro in ver Taltura.

2^ Lettor, tu vedi ben corn' io innalzo La mia materia , e perô con piii arte Non ti maravigliar s'io la rincalzo.

2^ Noi ci appressammo , ed eravamo in parte, Che là, dove pareami in prima un rotto, Pur com'un fesso che muro diparte,

26 Vidi una porta, e tre gradi di sotto, Per gire ad essa, di color diversi,

Ed un portier che ancor non facea motto.

27 E corne Pocchio più e più v'apersî, Vidil seder sopra M grado soprano, Tal nella faccia, ch'io non lo soffersi :

28 Ed una spada nuda aveva in mano Che rifletteva i raggi si ver noi, Ch'io dirizzava spesso il viso invano.

29 Ditel costinci : che voleté voi ?

Comincio egli a dire : ov'è la scorta? (îuardate che 'I venir su non vi noi.

Comme un homme qui doutait et se rassure , . et dont la peur se change en confiance, quand il découvre la vérité ,

Ainsi je changeai ; et mon (îuide , me voyant sans crainte, monta par le rempart, et moi derrière lui, vers la hauteur.

Lecteur, tu vois bien comme j'élève mon sujet , et partant ne t'étonne point si avec plus d'art je le rehausse ^.

Nous nous approchâmes, et déjà nous étions en un li(»u où d'abord il m'avait paru qu'était une brèche, comme la fente d'un mur.

]À je vis une porte, et au-desvsous, pour y monter, trois degrés de couleurs diverses, et un portier qui ne disait rien encore.

A mesure que l'œil davantage j'ouvris, je le vis assis sur le plus haut degré , tel de visage que je ne le pouvais supporter.

Il avait à la main une épée nue , qui tellement réfléchissait vers nous les rayons, qu'en vain souvent j'y dirigeais mes regards.

«D'où vous êtes, dites, que voulez-vous? commença-t-il : où est l'escorte? Prenez garde que monter ne vous nuise. »

4li CANTO NONO.

^ Donna del Ciel , di queste cose accorta , Ri^)ose il mio Maestro a lui. pur dianzi Ne disse : Andate là , quivi è la porta.

^ Ed ella i passi vostri in bene avanzî, Ricomincio il cortese portinaio :

Venite dunque a' nostri gradi innanzi.

** Là ne venimmo ; e lo scaglion primaio Bianco marmo era si pulito e terso , Ch' io mi specchiava in esso quale i'paio.

** Era il secondo, tinto più che perso, D'una petrina ruvida ed arsiccia, Crepata per lo lungo e per traverso.

*^ Lo terzo che di sopra s' ammassiccia , Porfido mi parea si fiammeggiante, Come sangue che fuor di vena spiccia.

*5 Sopra questo teneva ambo le piante L'Angel di Dio, sedendo in su la soglia, Che mi sembiava pietra di diamante.

^^ Per li tre gradi su di buona voglia Mi trasse il Duca mio, dicendo : Chiedi Umilemente cho 'I serrame scioglia.

^"^ Divoto mi gittiii a' santi piedi :

Misericordia chiesi, e chVi m'aprisse; Ma pria noi petto tre fiato mi diedi.

— Une Dame du ciel , qui de ces choses a l'expérience , lui répondit mon Maître , tout à l'heure nous a dit : « Allez , là est la porte. »

t Et qu'elle continue de guider vos pas vers le bien ! reprit le portier courtois. Venez donc h nos degrés. »

Là nous vînmes. La première marche était de marbre blanc si poli et si lisse , que je m'y voyais comme en un miroir.

La seconde, plus noire que pourpre, était d'une pierre raboteuse et grillée, brisée en long et en travers.

I^a troisième , qui au-dessus se durcit , me paraissait de porphyre aussi rouge que le sang qui jaillit de la veine.

Sur celle-ci tenait les deux pieds l'Ange de Dieu assis sur le seuil , qui me semblait de diamant.

Par les trois degrés , mon Guide, que volontiers je suivais , en haut me tira , disant : — Demande humblement qu'il ouvre la semire.

Dévotement à ses pieds je me jetai ; par miséricorde je demandai qu'il m'ouvrît; mais, auparavant, trois fois je me frappai la poitrine.

*s Sette P nella fronte mi descrisse

Col punton della spada, e : Fa che lavi, Quando se' dentro, queste piaghe, disse.

*^ Cenere o terra che secca si ca\i, D'un color fora col suo vestiraento , E di sotto da quel trasse duo chiavi.

^^ L'una era d'oro, e l'altra era d'argento : Pria con la bianca, e poscia con la gialla Fece alla porta si ch'io fui contento.

^* Quantunque l'una d'esté chiavi falla, Che non si volga dritta per la toppa , Diss'egli a noi, non s' âpre questa calla.

^2 Più cara è l'una; ma l'altra vuol troppa, D'arte e d'ingegno avanti che disserri, Perch'ell'è quella che il nodo disgroppa.

^^ Da Pier le tengo ; e dissemi , ch' io erri Anzi ad aprir, ch'a tenerlaserrata.

Pur che la génie a' piedi mi s' atterri.

^•* Poi pinse l'uscio alla porta sacrata, Dicendo : Intrate ; ma facciovi accorti Che di fuor torna chi indietro si guata,

^^ E quando fur nc'cardini distorti (ili spigoli di quella regge sacra, Che di métallo son sonanti e forti ,

CHANT NEUVIÈME. n?

Sept P^ sur mon front il traça avec la pointe de répée , et : t Quand tu seras au dedans , aie soin de laver ces plaies, » dit- il.

La cendre, ou la terre sèche qu'en creusant on retire , serait de même couleur que son vêtement : de dessous il tira deux clefs.

L'une était d'or, et l'autre d'argent*". La blanche d'abord, ensuite la jaune il approcha de la porte, de manière que je fus content **.

« Lorsqu'une de ces clefs s'embarrasse et ne tourne point dans la gâche , nous dit-il, ce sentier ne s'ouvre point.

« L'une est plus précieuse , mais l'autre exige beaucoup d'art et d'industrie pour ouvrir , parce que c'est elle qui délie le nœud.

« De Pierre je les tiens ; et il me dit d'errer plutôt en ouvrant la porte qu'en la tenant fermée , pourvu qu'à mes pieds on se prosternât *2. »

Puis il poussa l'huis vers la partie sacrée *^, disant : ■ Kntrez ; mais je vous avertis que dehors retourne qui regarde en arrière. »

Et lorsque, sur' les gonds de métal solide et sonore, eurent roulé les vantaux de cette porte sainte ,

^6 ^on ruggio si, ne si niostro si acra Tarpeia, corne tolto le fu il buono Metello, per chc poi rimase niacra.

^" lo mi rivolsi attcnio ai primo iuoiio, E, To Ucum taudamm^ mi parea l dir in voce mista al doice suono.

^^ Talo imagine appunto mi rendea Cio ch'i'udiva, quai prcnder si suole (Juando a cantar con organi si stea :

Cir or si or no s' intendon le parole.

Tant ne rugit, ni si aigre ne se montra Tarpeia, quand lui fut enlevé le bon Mélellus , d'où ensuite elle demeura maigre ^^.

Attentif au premier tonnerre , il me semblait ouïr Te Deutnr laudamus , chanté pai' des voix mêlées au doux son ^^.

Ce que j'entendais, tout à fait ressemblait à ce qui advient lorsqu'on chante avec l'orgue :

Tantôt oui , tantôt non , l'on distingue les paroles.

CAJNTO DECIMO

* Poi fummo deiitro al soglio délia porta Che il malo amor dell' anime disusa, Perché fa parer dritta la via torta,

- Sonando la senti' esser richiusa :

E s'io avessi gli occhi volti ad cssa, Quai foia stata al fallo degna scusa?

^ Noi salivam per una piotra fessa, Che si moveva d'una e d'allra parte, Si corne Fonda che fugge e s'appressa.

^ Qui si conviene usare un poco d'arte, ConiincicVI Duca niio, in accostarsi Or (juinci or (juindi al lato che si parte.

^ E cio fece li nostri passi scarsi Tanto, che pria lo scemo délia luna Uigiunse al letto suo per ricorcarsi,

Lorsque nous eûmes passé le seuil de la porte , dont le mauvais amour ferme aux âmes l'accès, parce que droite il fait paraître la voie tortueuse ,

Au son je m'aperçus cju'elle se refermait : et si j'avais eu les yeux tournés vers elle , quelle eût été de cette faute la suffisante excuse?

Nous montâmes par un rocher fendu , qui se mouvait de l'un et de l'autre côté , comme la mer qui fuit et revient.

— Ici, commença le (luide, il faut user de quelque art, en te rapprochant , ores d'ici , ores de \h , du côté qui s'éloigne.

Ceci rendit nos pas si rares, que la lune en décours rejoignit le lit où elle se couche ,

\fî CÂNTO DECIMO.

^ Che noi fossimo fuor di quella cruna. Ma quaudo fummo liberi ed aperti Su dove M monte indietro si rauiia,

7 lo stancato, ed ambedue incerti l)i nostra via , ristemmo su in un piano SoHngo più che strade per diserti.

^ Dalla sua sponda, ove confina ii vano, Appio deiraltn ripa, che pur sale, Misurrebbe in tre volte un corpo umano

^ E quanto i'occhio mio potea trar d'ale Or dal sinistro ed or dal destro fianco, (Juesta cornice mi parea cotale.

^^ Lassù non cran mossi i piè nosiri anco , Quand' io conobbi quella ripa intorno, Che dritto di salita aveva manco,

^* Esser di marmo candido e adorno D'intagli si, che non pur Policleto, Ma la nalura gli averebbe scorno.

*2 L'angel che venue in terra col decreto Delhi molt'anni lagrimata pace, Ciraperse il Ciel dal suo lungo divielo,

^^ Dinanzi a noi pareva si verace Quivi inlagliato in un attosoave, Ch(» non scMnbiava imagine che taco.

Avant que nous fussions hors de ce chas; mais c|uand nous fûmes libres et au large , là où le mont se resserre^.

Moi fatigué , et tous deux incertains de notre route, nous nous arrêtâmes sur un terrain plan plus solitaire que les sentiers à travers les déserts.

De ses bords qui confinent au vide , au pied de la haute rive qui monte, un corps humain mesurerait en trois fois la distance.

Kt aussi loin qu'î> gauche et h droite le regard pouvait voler, telle me paraissait cette corniche.

En haut nos pieds ne s'étaient pas mus encore, quand je reconnus que cette rampe , qu'on ne pouvait appeler une montée ,

Était de marbre blanc, et ornée de sculptures telles qu'à mépris là serait non -seulement Polyclète, mais la nature même.

L'Ange qui vint sur la terre, apportant le décret de la paix durant tant d'années implorée avec larmes , et qui ouvrit le ciel si longtemps fermé 2,

Était là devant nous si vrai, le ciseau si bien avait reproduit sa douce contenance , que point il ne semblait une image qui se tait.

I2i CÂNTO DECiMO.

^^ Giurato si saria ch'ei dicess'i4t?e; Perché quivi era immaginata Quella, Ch'ad aprir l'alto amor volse la chiave.

** Ed avea in atto impressa esta favella, , Ecce Ancilla Dei^ si propriamente, Corne figura in cera si suggella.

*^ Non tener pure ad un luogo la mente. Disse il dolce Maestro, che m' avea Da quella parle, onde il core ha la gente :

^^ Per ch' io mi volsi col viso , e vedea Diretro da Maria , per quella costa , Onde m' era colui che mi movea,

*^ lln'altra istoria nella roccia imposta : Per ch'io varcai Virgilio, e fe' mi presso, Acciocchè fosse agli occhi miei disposta.

*® Era intagliato li nel marmo stesso Lo carro e i buoi traendo Farca santa, Per che si teme ufficio non commesso.

2<> Dinanzi parea gente; e tutta quanta, Partita in sette cori , a duo miei sensi Facea dicer Y un No, Taltro Si canta.

2* Siniilemente al fumo degFincensi,

Che v'era immaginalo, e gli occhi e il naso Ed al si ed al no discordi fensi.

CHANT DIXIÈyE. 425

On eût juré qu'il disait Ave^ là étant représentée celle qui tourna la clef pour ouvrir au suprême Amour *.

En sa contenance était imprimée cette parole : Eece ancilla Dei ^, aussi parfaitement que d'une figure la cire reçoit l'empreinte.

— N'arrête pas ta pensée en un seul lieu, dit le doux Maître, près de qui j'étais de ce côté où l'homme a le cœur.

Lors, ailleurs je portai mes regards, et de l'autre côté, où était celui qui me conduisait, je vis, derrière Marie ,

Une autre histoire gravée dans le rocher; par quoi je passai à droite de Virgile, et m'approchai afin qu'elle fût bien à ma vue.

Là, dans le même marbre, étaient ciselés le char et les bœufs tirant l'arche sainte ^, d'où se craint un office non commise

Devant apparaissait une foule divisée en sept chœurs, laquelle, de deux de mes sens, à l'un faisait dire : elle chante, et à l'autre : non 7.

Pareillement, la fumée de l'encens, dont on voyait l'image, du oui ou non rendaient discords le nez et les yeux.

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