II
890 CANTO VENTESIMOSECONDO.
22 Ed egli a lui : Tu prima m' inviasti Verso Parnaso a ber nelle sue grotte, E poi appresso Dio m'alluminasti.
25 Facesti corne quei che va di notte, Che porta il lume dietro, e se non giova, Ma dopo se fa le persone dotte,
2^ Quando dicesti: Secol si rinnova; Torna giustizia e primo tempo umano; E progenie discende dal ciel nuova.
25 Per te poeta fui, per te cristiano : Ma perché veggi me' ciô ch' io disegno , A colorar distenderô la mano.
2ô Già era il mondo tutto quanto pregno Délia vera credenza, seminata Per li messaggi dell'eterno regno;
27 E la parola tua.sopra toccata
Si consonava a' nuovi predicanti ; Ond' io a visitarli presi usata.
28 Vennermi poi parendo tanto santi, Che, quando Domizian li perseguette, Senza mio lagrimar non fur lor pianti.
29 E mentre che di là per me si stette , Io gli sovvenni, e lor dritti costumi Fer dispregiare a me tutt'altre sette;
Et lui : « Toi le premier tu me conduisis au Parnasse pour me désaltérer dans ses grottes; toi le premier, après Dieu , tu m' éclairas.
« Tu as fait comme celui qui va de nuit , projetant derrière soi la lumière, et à lui elle ne sert, mais il instruit ceux qui le suivent :
t Quand tu as dit : he siècle se renouvelle; la justice revient, et le premier âge de r homme; du ciel descend une race nouvelle ^®,
tPar toi je fus poète, par toi chrétien. Mais pour que mieux tu discernes ce que je dessine, ma main y apposera les couleurs.
t Déjà tout le monde était plein de la vraie croyance, semée par les messagers du royaume éternel.
« Et ta parole, que je viens de rappeler, s'accordait avec celle des nouveaux prédicateurs; d'où je pris l'habitude de les visiter.
t Ensuite ils me parurent si saints, que quand Domitien les, persécuta, à leurs pleurs je mêlai mes larmes ;
t Et tant que je fus de là, je les secourus, et leurs mœurs pures me firent mépriser toutes les autres sectes.
292 CANTO VENTESIMOSECONDO.
*^ E pria ch'io conducessi i Greci a' fiumi Di Tebe poetando , ebb' io battesmo ; Ma per paura chiuso cristian fu'mi,
** Lungamente mostrando paganesmo :
E questa tiepidezza il quarto cerchio Cerchiar mi fe più che '1 quarto centesmo.
*2 Tu dunqu6, che levato hai '1 coperchio Che m'ascondeva quanto bene io dico, Mentre che del salire avem soverchio ,
** Dimmi dov'è Terenzio, nostro antico, Cecilio, Plauto e Varro, se Io sai :
Dimmi se son dannati, ed in quai vico.
** Costoro, e Persio, ed io, ed altri assai, Rispose il Duca mio, siam con quel Greco, Che le Muse lattar più ch'altro mai,
*5 Nel primo cinghio del carcere cieco, Spesse fiate ragioniam del monte, C ha le nutrici nostre sempre seco.
*• Euripide v'è nosco, e Anacreonte, Simonide, Agatone, ed altri piue - Greci, che già di lauro ornar la fronte.
*7 Quivi si veggion délie genti tue Antigone , Deifile ed Argia , Ed Ismene si trista come fue.
CHANT VINGT-DEUXIÈME. t93
• Et avant qu'en mes vers je conduisisse les Grecs aux fleuves de Thèbes , je reçus le baptême ; mais par peur je me cachai d'être chrétien ,
• Et restai longtemps païen en apparence. Cette tiédeur m'a, plus de quatre cents ans, retenu dans le quatrième cercle.
• Toi donc qui as levé le voile qui me cachait le grand bien dont je parle, tandis que nous avons encore à monter beaucoup ,
• Dis- moi où est notre cher Térence^^, Cécilius, Plante et.Varron, si tu le sais; dis-moi s'ils sont condamnés , et à quelle demeure. »
— Ceux-là, et Perse, et moi, et beaucoup d'autres, répondit mon Guide, nous sommes, avec ce Grec que les Muses allaitèrent plus abondamment qu'aucun autre *2,
Dans le premier cercle de l'obscure prison. Bien, souvent nous parlons du mont que ne quittent point celles qui nous ont nourris**.
Avec nous sont Euripide, Antiphon*^ Simonide, Agathon, et plusieurs autres Grecs qui ceignirent leur front de lauriers.
Là, de ceux que tu as chantés, se voient Antigone *5, Déiphile *^, et Argia *^, et Ismène *8 toujours aussi triste.
Î94 CANTO VENTESIMOSECONDO.
^s Vedesi quella che mostrô Langia ; Evvi la figlia di Tiresia, e Teti, E con le suore sue Deidamia.
*® Tacevansî ambedue già 11 poeti , Di nuovo attenti a rigardare intorno, Liberi dal salire e da' pareti;
**> E già le quattro ancelle eran del giorno Rimase addietro , e la quinta era al temo , Drizzando pur in su l'ardente como,
*^ Quando'l mio Duca : lo credo ch'allo stremo Le destre spalle volger si convegna, Girando il monte corne far solemo.
^2 Cosi Tusanza fu li nostra insegna, E prendemmo la via con men sospetto Per Tassentir di quell' anima degna.
^* EUi givan dinanzi, ed îo soletto Diretro, ed âscoltava i lor sermorti Ch'a poetar mi davano intelletto.
^ Ma tosto îuppe le dolci ragioni
Un alber che trovammo in mezza stradà, Con pomi ad odorar soavi e buoni.
^ E corne abete in alto si digréida Di TAmo in ramb , cosi qûelto ift gîuso ; CredMo perché persona su non vada.
On y voit celle qui montra Langia^®; là est la fille de Tirêsîas, et Thétis, et Déidainie*® avec ses sœurs.
Déjà les deux Poètes se taisaient, de nouveau attentifs à regarder autour, hors désormais de la montée et des parois;
Et déjà quatre des servantes du jbu!* étiaient demeurées en arrière, et la cinquième était au timon 2*, le dirigeant en haut vers la zone ardente ,
Quand mon Guide : — Je crois qu'en' suivant le contour du mont, nous devons touriîei* notre droite vers le horà extérieur, comme nous Tavdns fait jusqu'ici.
Ainsi l'accoutumance fut là notre enseignement, et nous prîmes ce chemin avec phis d'assurance, par l'assentiment de cette digne âme ^.
Et ils allaient devant, et rtioi seul derrière, écoutant leurs discours, qui me doimaient Tintelligence de la poésie.
Mais tôt rompit le doux diseourii*, tm ai'bre qu'au milieu du sentier nous trouvâmes , chargé de pommes, à l'odorat suaves et bonnes.
Et comme le sapin, de rameau en rameau, se rétrécit en s' élevant, ainsi cet arbre en descendant, afin, je crois, que dessus nul ne monte.
996 CANTO VBNTESIMOSECONDO.
** Dal lato, onde il camrain nostro era chiuso, Cadea dall' alta roccia un liquor chiaro , E si spandeva per le foglie suso.
*7 Li duo poeti air alber s' appressaro ; Ed ima voce per entro le fronde Gridô : Di questo cibo avrete caro.
^ Poi disse : Piii pensava Maria, onde Fosser le nozze orrevoli ed intere, Ch'alla sua bocca, ch'or per voi risponde.
^® E le Romane antiche per lor bere Contente furon d' acqua , e Daniello Dispregiô cibo, ed acquistô savere.
^ Lo secol primo quant' oro fu bello; Fe savorose con famé le ghiande, E nettare con sete ogni ruscello.
^ Mêle e locuste furon le vivande, Che nudriro il Batista nel diserto; Perch'egli è glorioso e tanto grande ,
Quanto per TEvangelio v'è aperto.
Du côté où le chemin était fermé, tombait du roc élevé une eau claire , qui se répandait d'en haut sur les feuilles.
Les deux Poètes s'approchèrent de l'arbre, et d'au dedans, à travers le feuillage, une voix cria : • De ce fruit vous aurez disette ^K »
Puis elle dit : « Plus pensait Marie à ce que les noces ^^ fussent honorables et complètes, qu'à sa bouche, qui maintenant pour vous répond.
tEt les antiques Romaines se contentèrent d'eau pour boisson, et Daniel méprisa le nianger^s, et acquit le savoir.
«Le premier âge fut beau comme l'or : il rendit par la faim les glands savoureux, et par la soif fit, de chaque ruisseau, du nectar.
• « Du miel et des sauterelles furent la nourriture de Baptiste dans le désert : pour cela glorieux est-il, et aussi grand
« Que le déclare l'Évangile 2®. »
CANTO VENTESIMOTERZO
* Mentre che gli occhi per la fronda verde Ficcava io cosà , corne far suole Chi dietro aU'uccellin sua vita perde;
2 Lo piii che padre rai dicea : Figlîuole, Vienne oraraai, chè'l tempo che c'è imposte Più utihnente compartir si vuole^
^ r voisi 'I viso e il passo non men teste Appresso a' savi , che parlavan sie, Che r andar mi facén di nuUo costo.
^ Ed ecco pianger e cantar s'iidie , Labia mea, Domine, per modo Tal , che diletto e doglia parturie.
^ 0 doice Padre, che è quel ch'i'odo? Comincia'io : ed egli : Ombre che vanno , Forse di lor dover solvendo il nodo.
CHANt VINGT-TROISIÈME
Pendant que je tenais mes yeux fixés sur le vert feuillage , comme par fois il arrive qu'à regarder un petit oiseau la vie se perd,
Celui qui m'était plus qu'un père me dit : — Cher fils, maintenant viens; plus utilement doit être employé le temps qui nous eât assigné.
Je tournai le visage, et non moins vite mes pas, vers les sages, qui parlaient de sorte que point ne me coûtait l'aller.
Et, tout à coup, voilà des voix gémissaftt^t chantant Labia mea , Dôfrnne ^, déf manière qu*à Toiffr on ressentait plaisir et dbuleiiîr.
— 0 doi*l l?èrè, qu'est-ce qUe f entends? dis-je. Et lui : — Des omsbres, qui pe'rit-êlrê Voïit se dégageant du lien de teur dette.
300 CANTO VBNTESIMOTERZO.
^ Si corne i peregrin pensosi fanno , Giugnendo per cammin gente non nota, Che si volgono ad essa e non ristanno ;'
7 Cosi diretro a noi , più tosto mota, Venendo e trapassando, ci ammirava D'animé turba tacita e devota.
® Negli occhi era ciascuna oscura e cava , Pallida nella faccia, e tanto scema, Che dall'ossa la pelle s'informava.
® Non credo che cosl a buccia strema Erisiton si fusse fatto secco, Per digiunar, quando più n'ebbe teraa.
*^ lo dicea, fra me stesso pensando : Ecco La gente che perde Gerusalemme, Quando Maria nel figlio diè di becco.
^^ Parean Tocchiaie anella senza gemme : Chi nel viso degli uomini legge omo , Ben avria quivi conosciuto l'emme.
*2 Chi crederebbe che Todor d'un pomo Si governasse, generando brama, E quel d'un' acqua, non sappiendo como?
^* Già era in ammirar che si gli affama, Per la cagione ancor non manifesta Di lor magrezza e di lor trista squaraa ,
CHANT VINGT-TROISIÈMB, 304
Comme des voyageurs pensifs, rencontrant en chemin des gens inconnus, vers eux se tournent sans s'arrêter;
Ainsi, derrière nous venant avec vitesse et nous dépassant, étonné je regardais une troupe d'âmes silencieuse et dévote.
Toutes avaient les yeux ténébreux et caves, la face pâle, et le corps si décharné, que sur les os la peau se collait.
Je ne crois pas que le jeûne eût desséché Érésichthon 2 jusqu'à une si mince pellicule , lorsqu'à sa faim il ne resta qu'elle.
Je disais, pensant en moi-même : Voilà la gent qui perdit Jérusalem , lorsque dans son fils Marie * mit la dent.
Les orbites ressemblaient à des anneaux sans gemmes. Qui sur le visage des hommes lit 0 M 0, aurait ici bien distingué le M\
Qui, ne sachant pas comment 5, croirait que l'odeur d'une pomme et celle d'une eau, engendrant le désir, pût réduire à un tel état ?
Je m'étonnais de ce qui tant les affame, ignorant encore la cause de leur maigreur et de leur triste écorce;
SOU' CANTO VENTESIMOTERZO.
^'^ Ed ecco del profonde délia testa
Volse a me gli occhi un' ombra, e guardô fisc; Poi gridô forte : Quai grazia m'è questa?
^5 Mai non Y avrei riconosciuto al viso ; Ma nella voce sua mi fu palese Ciô che Taspetto in se avea conquiso.
*^ Questa favilla tutta mi raccese Mia conoscenza alla cambiata labbia , E rawisai la faccia di Forese.
*^ Deh non contendere aU'asciutta scabbia, Che mi scolora, pregava, la pelle, Ne a difetto di carne che io abbia ;•
*^ Ma dimmi il ver di te, e chi son quelle Due anime che là ti fanno scorta ; Non rimaner che tu non mi favelle.
*^ La faccia tua, ch'io lagrimai già morta, Mi dà di pi^nger xno non rainor doglia, Risposi lui, Veggendola si torta.
20 Pei.5 jni (ji pQY Dio, che si vi sfoglia; Non mi far dir meptr' io mi maraviglio , Chè mal puô dir chi è pien d'altra voglia.
21 Ed egli a me : DeU'eterno consigUo Cade virtù nelF acqua , e nella pianta Rimasa addietro, ond'io si mi sottiglio.
Quand tout à coup une ombre, du fond de la tête tourna vers moi les yeux , et me regarda fixement , et avec force cria : « Quelle grâce m'est celle-ci? »
Je ne l'aurais jamais reconnu au visage; maïs la voix m'a découvert ce que l'aspect en soi tenait enfermé.
Cette étincelle ralluma en moi le souvenir de ce visage changé, et je reconnus celui de Forésé^.
«Ne te rebute point,» ainsi priait-il, «la sèche écaille qui me décolore la peau, ni de ma chair aucune difformité ;
«Mais dis -moi le vrai sur toi, et sur ces deux âmes qui t'accompagnent, qui elles sont. Parle sans tarder. »
— Ta face que morte déjà je pleurai, lui répondis-je, ne m'est pas maintenant un moindre sujet de larmes, la voyant si défaite.
Dis- moi donc, au nom de Dieu, ce qui ainsi tous effeuille : ne me presse point de parler, tandis que je suis en étonnement, car mal s'explique qui est plein d'un autre souci.
Et lui à moi : « Par une étemelle loi, dans l'eau et dans l'arbre resté en arrière, descend une vertu qui ainsi m'exténue.
304 CANTO VENTESIMOTER20.
22 Tutta esta gente che piangendo canta, Per seguitar la gola oitre misura, In fame^e in sete qui si rifà santa.
^^ Di bere e di raangiar n' accende cura * L'odor ch'esce del porno, e dello sprazzo Che si distende su per la verdura.
2^ E non pur una volta , questo spazzo Girando , si rinfresca nostra pena ; lo dico pena , e dovre' dir sollazzo ;
25 Chè quella voglia ail' arbore ci mena, Che menô Cristo lieto a dire Eli Quando ne liberô con la sua vena.
26 Ed io a lui : Forese, da quel di'
JNel quai mutasti mondo a miglior vita, Cinqu'anni non son volti insino a qui.
27 Se prima fu la possa in te finita
Di peccar più, che sorvenisse l'ora Del buon doior ch'a Dio ne rimarita,
28 Come se' tu quassù venuto? Ancora Io ti credea trovar laggiù di sotto, Dove tempo per tempo si ristora.
29 Ed egli a me : Si tosto m' ha condotto A ber lo dolce assenzio de' martiri La Nella mia col suo pianger dirotto.
«Toute cette gent qui en pleurant chante, pour s'être outre mesure adonnée à la bouche , dans la faim et la soif ici se refait sainte.
t De t)oire et de manger rallume en nous le désir, Todeur qu'exhalent la pomme et la rosée qui se répand sur le vert feuillage.
tEt pas une seule fois, en parcourant ce cercle, n'a de rafraîchissement notre peine : je dis peine, et devrais dire joie ;
t Car ce désir qui nous conduit à l'arbre , est celui qui porte le Christ joyeux à dire « Éli », lorsqu'avec son sang il nous délivra. »
Et moi à lui : — Forésé, depuis le jour où tu quittas le monde pour une meilleure vie, cinq ans encore ne se sont pas écoulés.
Si en toi cessa le pouvoir de pécher, avant que survînt l'heure de la bonne douleur qui nous remarie à Dieu ,
Comment ici -haut es -tu venu? Je croyais te trouver encore là en bas^, oii par le temps se compense le temps.
Et lui à moi : « Sitôt m'a conduit à boire la douce absinthe des peines, ma Nella^ et ses larmes abondantes.