‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 3)Chapitre 12 sur 86 · II · texte numérisé non relu

II

3?2 CANTO VENTESIMOQUARTO.

** Drizzai la testa per veder chi fossi ; E giammaî non si videro in fornace Vetri 0 metalli si lucenti e rossi ,

*7 ComMo vidi un che dicea : S'a voi piace Montare in su , qui si convien dar volta ; Quinci si va chi vuole andar per pace.

^® L'aspetto suo m'avea la vista tolta : Perch'io mi volsi indietro a' miéi dottori, Com'uom che va seconde ch'egU ascolta,

*^ E quale, annunziatrice degli albori, L'aura di maggio movesi ed olezza, Tutta impregnata dall' erba e da' fiori ;

*^ Tal mi senti' un vento dar per mezza La fronte , e ben senti' mover la piuma , Che fe sentir d' ambrosia l' orezza ;

** E senti' dir : Beati cui alluma

Tanto di grazia, che l'amor del gusto Nel petto lor troppo disir non fuma ,

Esuriendo sempre quanto è giusto.

Je levai la tête pour voir qui c'était; et jamais ne se vit, dans une fournaise, verre ou métal si luisant et si rouge ,

Que rétait un qui m' apparut, et qui disait : tSi vous voulez monter, il convient de tourner ; par ici va qui cherche la paix, »

Son aspect m'avait ôté la vue : ce pourquoi je me retirai derrière mes Maîtres, comme va un homme guidé par l'ouïe.

Et tel qu'annonçant l'aube, le doux vent de mai glisse, tout imprégné du parfum de l'herbe et des fleurs ;

Tel sentis-je sur mon front passer un souffle, et bien sentis-je s'agiter les plumes d'où s'exhale l'odeur d'ambroisie ;

Et dire j'entendis : « Heureux celui que tant éclaire la grâce, que l'attrait du goût point n'allume en son cœur un trop grand désir,

«Et qui contient toujours sa faim en de justes bornes. »

CANTO VENTESIMOQUINTO

* Ora era che M salir non volea storpio , Chè M Sole avea lo cerchio di merigge Lasciato al Tauro , e la Notte allô Scorpio.

* Per che , come fa Y uom che non s'aflBgge , Ma vassi alla via sua , checchè gli appaia , Se di bisogno stimolo il trafigge ;

Cosi entrammo noi per la callaia, Uno innanzi altro, prendendo la scala Che per artezza i salitor dispaia.

E quale il cicognin che leva Tala Per voglia di volare, e non s'attenta D'abbandonar lo nido, e giù la cala,

^ Tal era io, con voglia accesa e spenta Di dimandar, venendo infinoaU'atto Che fa colui ch'a dicer s'argomenta.

Il était Theure où le monter ne souffrait point de retard, le Soleil ayant laissé dans le Taureau le cercle du méridien, et celui de la nuit dans le Scorpion ^.

Par quoi, comme l'homme qui point ne s'arrête, mais suit son chemin , quoi qu'il lui apparaisse , si le besoin l'aiguillonne ;

Ainsi nous entrâmes dans le passage, l'un devant l'autçe , prenant l'escalier, si étroit qu'il déparie * ceux qui montent

Et telle que la jeune cigogne qui ouvre ses ailes par le désir de voler, puis les abaisse, et point ne se hasarde à quitter le nid ;

Tel étais-je, par un désir ardent de demander poussé jusqu'à l'acte de celui qui s'apprête à parler \

326 CANTO VENTESIMOQUINTO.

® Non lasciô , per Y andar che fosse ratto, Lo dolce Padre mio , ma disse : Scocca V arco del dir, che insiiio al ferro hai tratto.

AUor sicuramente aprii la bocca , E cominciai : Corne si puô far magro Là dove Tuopo di nutrir non tocca?

® Se t' ammentassi corne Meleagro Si consumô al consunrjar d' un tizzo , Non fora , disse, questo a te si agro :

* E, se pensassi come al vostro guizzo Guizza dentro allo specchîo vostra image , Ciô che par duro ti parebbe vizzo.

*^ Ma perché dentro a tuo voler t' adage, Ecco qui Stazio, ed io lui chiamo e prego , Che sia or sanator délie tue piage.

** Se la veduta elerna gli dispiego , Rispose Stazio , laddove tu sie , Discolpi me non potert' io far niego,

^' Poi cominciô : se le parole mie, Figlio, la mente tua guarda e riceve, Lume ti fieno al come che tu die.

** Sangue perfetto, che mai non si beve Dall'assetate vene, e si rimane Quasi alimento che di mensa levé ,

Quelque Tite qpe f^a r^Z/er, moo d:»ux Pèn^ ne laissa pas de dire : — Decc^ciïe b flèche da dine« qiie ta as tirée jusqu'au fer.

Lors, rassuré, Jouvrîs la bouche, et aMumençai : — Comiueut peut-on maigrir là où ne âe sent pas le besoin de nourriture ?

— Si tu te rappelais, dit-il, comment Méléagre* se consuma à mesure que se consumait un tison, cela ne serait pas pour toi si abstrus.

Et si tu pensais comment , vous mouvant , se meut dans le miroir votre image , ce qui te parait difficile te paraîtrait aisé K

Mais pour qu'en repos tu sois jusqu'au fond de ton vouloir, voici Stace : je lui demande et le prie d'être maintenant le médecin de tes plaies.

< Si je dévoile à sa vue les choses éternelles là où tu es, répondit Stace, que m'excuse l'impuissance de te refuser, i

Puis il commença : « Si ton esprit, mon filsi reçoit et garde mes paroles, elles te seront une lumière qui éclairera le comment dont tu t'enquiers.

tLe sang parfait^, qui jamais n*est bu par les veines altérées , et reste comme l'aliment qu'on enlève de table ,

398 CANTO VENTESIMOQUÏNTO.

** Prende nel cuore a tutte inembra uroane Virtute informativa, corne quello Ch*a farsi quelle per le vene vane.

** Ancor digesto scende ov'è più bello Tacer che dire ; e quindi poscîa geme Sov'altrui sangue in natural vasello.

^^ Ivi s'accoglie Tuno e l'altro insieme. L'un disposto a patire e l'altro a fare, Per lo perfetto luogo onde si preme ;

*^ E giunto lui , comincia ad operare , Coagulando prima , e poi avviva Ciô che per sua materia fe constare.

*® Anima fatta la virtute attiva ,

Quai d'una pianta, in tanto différente, Che quest' è in via , e quella è già a riva ,

** Tanto ovra poi, che già si muove e sente , Come fungo marino ; ed ivi imprende Ad organar le posse bnd'è semente.

^^ Or si spiega, figliuolo, or si distende La Virtù ch'è dal cuor del générante, Dove natura a tutte membra intende.

** Ma, come d'animal divegna faute, Non vedi tu ancor : quest' è tal punto Che più savio di te già fece errance

CHANT TINGT-CIXQUIÈMR. 3»

c Prend dans le cœur one vertu infonnative de tous les membres humains, qu*0 doit produire en courant dans les veines.

c Plus épuré encore, il descend en un lieu qu^il est mieux de taire que de nommer; et de là ensuite il dégoutte sur un autre sang ^, dans un vase naturel.

< Ensemble ils s*y mêlent , l'un passif, Tautre actif, à cause de la perfection du lieu d^où il est exprimé ;

< Et uni à celui-là , il commence à agir, le coagulant d'abord, puis vivifiant ce qui, par sa matière , a pris de la consistance.

« La vertu active devient une âme semblable à celle d'une plante, différente seulement en ce qu'elle est en voie, et l'autre déjà au rivage ®.

«Tant opère-t-elle ensuite, que déjà elle se meut et sent , comme une anémone marine ; puis elle se prend à organiser les puissances dont elle est la semence,

« Tantôt se replie ^, tantôt se dilate , mon fils , la vertu qui provient du cœur du générateur, où la nature veille au soin de tous les membres,

« Mais comment d'animal on devient enfant, tu ne le vois pas encore : c'est là le point sur lequel a erré un plus savant que toi *^;

330 CANTO VENTESIMOQUINTO.

22 Si che, per sua dottrina, fe disgiunto Dair anima il possibile intelletto , Perché da lui non vide organo assunto,

2* Apri alla verità che viene il petto , E sappi che, si tosto com'al feto L' articolar del cerebro è perfetto ,

2^ Lo Motor primo a lui si volge lieto , Sovratant'arte di natura, e spira Spirito nuovo di virtù repleto,

2* Che ciô che truova attivo quivi tira In sua sustanzia , e fassi un' aima sola , Che vive e sente , e se in se rigira.

2^ E perché meno ammiri la parola , Guarda il calor del Sol che si fa vino, Giunto air umor che dalla vite cola.

27 E quando Lachesis non ha più lino, Solvesi dalla carne , ed in virtute Seco ne porta e l'umano e il divino.

28 L'altre potenzie tutte quante mute ; Memoria, intelligenzia , e volontade, In atto , molto più'che prima , acute.

29 Senza ristarsi , per se stessa cade Mirabilmente all'una délie rive ; Quivi conosce prima le sue strade.

CHANT VINGT-CINQUIEMB. 334

« Lequel, par sa doctrine, sépare de Tâme l'intellect possible, parce qu'il ne voit pas qu'il prenne aucun organe.

« Ouvre ton cœur à la vérité que tu vas entendre, et sache qu'aussitôt que du cerveau la structure est parfaite dans le fœtus ,

« Le premier moteur vers lui se tourne, et, joyeux d'un si grand art de nature , y souffle un esprit nouveau plein de vertu ,

« Qui , attirant dans sa substance ce qu'il y trouve d'actif, devient une seule âme qui vit , et sent , et se réfléchit sur elle-même.

« Et pour que moins t' étonne ce que je dis , considère la chaleur du Soleil, qui, jointe à l'humeur qui coule de la vigne, se fait vin.

«Quand Lachésis n'a plus de lin, cette àme se dégage de la chair, et emporte avec elle en vertu et l'humain et le divin ^^ :

* Les autres puissances ^2 toutes comme muettes ; la mémoire, l'intelligence et la volonté, plus actives de beaucoup qu'auparavant,

« Merveilleusement, sans s'arrêter, elle tombe d'ellemême sur l'unç des rives ^^ ; là aussitôt elle connaît ses sentiers ^^.

382 CANTO VENTESIMOQUINTO.

*® Tosto che luogo li la circonscrive , La virtù formativa raggia intorno , Cosl e quanto nelle membra vive.

*^ E come Y aère , quand' è ben piorno , Per r altrui raggio che in se si riflette , Di diversi color si mostra adorno ;

*2 Cosi r aer vicin quivi si mette In quella forma, che in lui suggella Virtualmente Y aima che ristette ;

*^ E siraigliante poi alla fiammella Che segue il fuoco là 'vunque si muta , Segue allô spirto sua forma novella.

^^ Perocchè quindi ha poscia sua paruta , È chiamat' ombra ; e quindi organa poi Ciascun sentire insino alla veduta.

** Quindi parliamo , e quindi ridiam noi , Quindi facciam le lagrime e i sospiri Che per lo monte aver sentiti puoi.

*^ Secondo che ci affligon li disiri E gli altri affetti, l'ombra si figura ; E questa è la cagion di che tu miri.

^7 E già venuto all'ultima tortura

S'era per noi, e volto alla man destra , Ed eravamo attenti ad altra cura.

CHANT YINGT-CINQUIÈMB. 333

«Dès qu'en un lieu eUe est circonscrite, la vertu informative rayonne autour, comme et autant que dans les membres vivants.

«Et comme Fair chargé de pluie, par les rayons qui s'y réfractent se teint de couleurs diverses ,

« Ainsi Tair voisin prend la forme qu'y imprime virtuellement rftme qu'il enveloppe ;

« Et, semblable à la flamme qui suit le feu, partout où va l'esprit, le suit sa forme nouvelle.

« De là est appelée ombre l'apparence qu'il revêt ; puis de cette sorte il organise chaque sens jusqu'à la vue :

« De cette sorte nous parlons , et de cette sorte nous rions ; de cette sorte se produisent en nous les larmes et les soupirs que tu peux avoir entendus sur le mont,

« Selon que nous affligent les désirs , ou les autres affections, l'âme se figure^* ; et ceci est la cause de ce qui t' étonne. »

Déjà nous étions arrivés là où le mont s'infléchit une dernière fois^®, et nous avions tourné à main droite, et un autre souci nous préoccupait.

334 CANTO VENTESIMOQUÏNTO.

^^ Quivi la ripa fiamma in fuor balestra , E la comice spira fiato in suso , Che la reflette , e via da lei séquestra,

*® Ond'ir ne convenia dal lato schiuso - Ad uno ad uno, ed io temeva il fuoco Quinci, e quindi temeva il cader giuso,

*^ Lo Duca mio dicea : per questo loco Si vuol tenere agli occhi stretto il freno , Perocch' errar potrebbesi per poco.

** Summœ Deus clemcntiœ , nel seno Del grand' ardore allora udi' cantando , Che di volger mi fe caler non meno,

** E vidi spirti per la fiamma andando ; Perch' io guardava ai loro ed a' miei passi , Compartendo la vista a quando a quando.

'^ Appressoil fine ch'a quell'inno fassi, Gridavan alto : \irum non cognosco; Indi ricominciavan Tinno bassi,

^^ Finitolo, anche gridavano : Al bosco Si tenne Diana , ed Elice caccionne , Che di Venere avea sentito il tosco.

** Indi al cantar tomavano ; indi donne Gridavano, e mariti che fur casti, Come virtute e matrimonio imponne.

Là le bord ^7 lance des flammes, et de la corniche s'élève un vent qui les repousse, et les éloigne d'elle.

Par quoi , il nous fallait aller le long du côté ouvert, un à un ; et d'ici je craignais le feu, de là je craignais de tomber.

Mon Guide disait : — En cet endroit il faut tenir aux yeux le frein serré , car Terreur serait facile.

itSummœ Deus clementiœ *^, » au sein de cette grande ardeur j'ouïs alors chanter ; ce qui me donna un désir non moindre de me tourner.

Et je vis dans la flamme des esprits qui allaient ; et je regardais à leurs pas et aux miens , partageant la vue tour à tour entre l'un et l'autre.

Cette hymne finie , à haute voix ils criaient : « Vtrum non cognosco^^ ;* puis à voix basse ils recommençaient l'hymne.

Et de nouveau l'ayant finie , ils criaient : « Diane se tint dans le bois, et elle en chassa Élice, qui avait senti le poison de Vénus 20. »

Puis ils reprenaient le chant ; puis ils célébraient les femmes et les époux qui furent chastes , comme le commandent la vertu et le mariage.

336 CANTO VENTESIMOQUINTO.

*• E questo modo credo che lor basti Per tutto il tempo che '1 fuoco gli abbrucia Con tal cura conviene e con tai pasti

Che la piaga dassezzo si ricucia.

CHANT VINGT-CINQUIÈMB. 337

£t je crois qu'ainsi faire leur suffit, pendant tout le temps que le feu les brûle. Par un tel soin et par une telle p&ture il convient

Que la dernière plaie se ferme.

CANTO VENTESIMOSESTO

* Mentre che si per l'orlo, uno innanzi altro, Ce tf andavamo, spesso il buon Maestro Diceva : Guarda; giovi ch'io ti scallro.

* Feriami il Sole in su V omero destro, Che già, raggiando, tutto Toccidente Mutava in bianco aspetto di cilestro :

Ed io facea con T ombra più revente Parer la fiamma, e pur a tanto indizio Vidi molV ombre, andando , poner mente.

Questa fu la cagion che diede inizio Loro a parlar di me ; e cominciarsi A dir : Celui non par corpo fittizio.

• Poi verso me , quanto potevan farsi , Certi si feron, sempre con riguardo Di non uscir dove non fosser arsi.

Tandis qu'ainsi le long du bord, l'un devant l'autre, nous allions , souvent le bon Maître disait : — Prends garde , profite de mes avertissements.

Le Soleil , qui déjà de ses rayons remplissant l'Occident, répandait sur l'azur du ciel une teinte blanche, me frappait l'épaule droite ;

Et mon ombre faisait paraître la flamme plus rouge ; et en allant je vis plusieurs ombres attentives à cet indice.

Ce fut la cause pourquoi elles commencèrent à parler de moi, et à dire : « Celui-là. ne paraît pas avoir un corps fictif, »

Puis vers moi quelques-uns, autant qu'ils pouvaient, s'avancèrent, ayant soin toujours de ne pas sortir des flammes.

340 CANTO VENTËSIMOSESTO.

• O tu , che vai , non per esser più tardo , Ma forse reverente, agli altri dopo, Rispondi a me, che in sete e in fuoco ardo :

^ Ne solo a me la tua risposta è uopo; Chè tutti questi n' hanno raaggior sete Che d'acqua fredda Indo o Etiopo.

• Dinne com'è che fai di te pareîe

Al Sol , come se tu non fossi ancora Di morte entrato dentro dalla rete.

® SI mi parîava un d' essi , ed io mi fora Già manifesto , s' i' non fossi atteso Ad altra novità ch'apparse allora;

*o Chè per lo mezzo del cammino acceso Venia gente col viso incontro a questa, La quai mi fece a rimirar sospeso.

*^ Ll veggio d'ogni parte farsi presta Ciascun' ombra, e baciarsi una con una, Senza ristar, contente a brève festa.

*2 Cosi per entro loro schiera bruna S'ammusa Tuna con T altra fonnica, Forse a spiar lor via e lor forluna.

*^ Tosto che parton l'accoglienza arnica, . Prima che '1 prîmo passa 11 trascorra, Sopraggridar ciascuna s'affalica :

« 0 toi qui , non par paresse, mais par respect peutêtre , vas derrière les autres , réponds à moi qui brûle dans le feu et la soif.

« Non pas à moi seulement est de besoin ta réponse ; tous ceux-ci en ont plus soif, que d'eau froide l'Indien ou rÉthiopien.

• « Dis-nous d'où vient que tu fais de toi un mur devant le Soleil, comme si tu n'étais pas encore entré dans les rets de la mort ? »

Ainsi me parlait l'un d'eux ; et je me serais déjà fait connaître , si je n'eusse été attentif à une autre chose nouvelle qui m'apparut alors.

Par le milieu du chemin embrasé venait, à rencontre de celle-ci, une troupe qui attira mes regards.

Là je vis des deux parts les ombres se hâter, et se baiser l'une l'autre sans s'arrêter, contentes d'une brève caresse.

Ainsi dans leur brune file, les fourmis museau à museau s'approchent l'une de l'autre, peut-être pour s'enquérir de leur route et de leur fortune.

Sitôt qu'après l'accueil amical elles se séparent, avant d'avoir achevé le premier pas, chacune, à l'envi, se fatigue à crier;

343 CANTO VENTESIMOSESTO.

** La nuova gente : Soddoma et Gomorrâ : E Tallra : Nella vacca entra Pasife, Perché il torello a sua lussuria corf a.

** Poi corne gni, ch'alle montagne Rife Volasser parte, e parte in ver T arène , Queste del giel , quelle del Sole schifc ;

*<^ Uuna gente sen va, Y altra sen viene , Ë tornan lagrimando a' primi cantî , E al gridar che più lor si convi^ne :

*7 É raccostarsi a me, corne dàvanti , Essi medesmi che m' avean pregatô , Attenti ad ascoltar ne' lor sembianti.

^^ là , ôhe due volte avea visto lor grato , încôtninciai : 0 anime sîcure D'à ver, quando che sia, di pace stato,

** Nôft son rimase acerbe ne riiaturé Lé fnèmbra ftiie di là , ma son qui meôo Col sangue suo e con le sue giuntùrë.

** Quhcî au V6 per noh ësèef pîù ciecô : Donna è di èopra chs n*acquista graiîa , Perché M ïïlôrtal pél voslf ô tifiondo rèdo.

^ Ma Se la tôstfà ttâggiôf vôgliâ sàzia Tôètô dlvègnà , si che '1 ciel v*albéfghi Ch'è pien d'amore e più ampio si spazia,

CHANT VINGT-SÎXIÈMB. Ua

La tfoupe nouvelle : «Sodome et Goraorrhel » Et l'autre : « Dans la vache entré Pasiphaé ^, pour que le taureau coure à sa liixure.*

Puis , comme des grues , dont les unes volent aux monts Riphées, les autres vers les sables, celles-ci fuyant le froid, celles-là le soleil ;

Une troupe s'en va, et l'autre vient, retournant avec larmes aux premiers chants , et au cri qui plus leur convient.

Et se rapprochèrent de moi, comme auparavant, ceux qui m'avaient prié, se montrant de visage attentifs à écouter.

Moi qui deux fois avais vu leur désir, je commençai : — 0 âmes sûres un jour de reposer en paix I

Ni verts ni mûrs mes membres ne sont restés là , mais avec moi ils sont ici, avec leur sang et leurs jointures.

D'ici en haut je vais pour cesser d'être aveugîe : là est une Dame qui m'en a obtenu la grâce ; ce pourquoi par votre moïKle je porte ce que j'ai de mortel.

Mais (et que bientôt soit rassasié votre plife |rand désir, de sorte que vous ouvre ses demeurée le ciel plein d'amour, qui sans fin se dilate dans l'espace ! ) ,

9U CAKTO YBKTSSIMOSBSra

^ IMteoû, accioccfaèaiicQr carte ne vergjhi» Chi siete vm, e chi è qoella turba Che d ne Ta diretro a* Tostri terghi?

^ Non aHrimenti stopido si tmiMi Lo montanaro, e riminmdo aroniata, Qaando nizzo e salvatico s' inorba ,

^ Che dascmi* ombra fece in sua pamta : Ma poichè furon di stupore scarcbe, Lo qoal negli alti cuor tosto s'aituta»

^ Beato te, die delle nostre marche, Ricomindô colei che pria ne chiese, Per viver meglio eq>erienza imbarche !

^ La gente, che non vien con noi , offese Di ciô , per che gîà César, trionfando, Regina contra se chiamar s'intese ;

^ Per5 si parton Soddoma gridando , Rimproverando a se , cora* liai udito , E aiutan Tarsora vergognando.

^ Nostro peccato fa erroafirodito; Ma perché non servammo umana le^e , Segoendo corne bestie Tappetito ,

^ In obbrobrio di noi per noi si legge , Qaando partiamci, il nome di colei Che s*imbestiù neirimbestlate schegge.

CHANT YINGT-SIXIÈME. Zt$

Dites-moi, afin que sur le papier je le retrace, qui vous êtes, et quelle est cette troupe qui s'en va derrière vous?

Comme le rustique et grossier montagnard stupéfait se trouble, et regardant reste muet, lorsqu'il entre dans une ville ;

Ainsi en sa contenance se montra chaque ombre : mais après qu'elles eurent secoué la stupeur, qui dans les grands cœurs promptement se ditôipe ;

c Heureux, > recommença celle qui la première nous avait parlé, «heureux toi qui, pour mieux vivre, de nos régions consultes Texpérience !

« La gent qui ne vient pas avec nous commit l'offense reprochée jadis à César triomphant, lorsqu'il 8' entendit appeler reine \

« Pour cela ils s'en vont criant : Sodome ! s'accusant eux-mêmes, comme tu l'as ouï, et la honte au feu vient en aide.

« Notre péché fut hermaphrodite * ; mais parce que, violant les lois humaines « nous obéîmes, comme les bêtes, à la convoitise,

«Pour notre opprobre par nous est rappelé, quand nous nous séparons, le nom de celle qui se fit bête, s'enfermant dans une bête de bois \

)«6 CANTO VENTESIMOSESTO.

*® Or sai nostri atti , e di che fummo reî : Se forse a nome vuoi saper chi semo » Tempo Tîon è da dire , e non saprei,

*^ Farotti ben di me volere scemo ; Son Guido Guinicelli , e già mi purge Per ben dolermi prima ch' allô stremo.

*^ Quali nella tristizia di Licurgo Si fer duo figli a riveder la madré , Tal mi fec'io, ma non a tanto insurge,

•* Quando î'udi' nomar se stesso il padre Mio e degli altri miei miglior, che mai Rime d' amore usar dolci e leggiadre :

'^ E senza udire e dir pensoso andaî Lunga fiata rimirando lui , Ne pèr lo fuoco in là più m'appressai*

** Poichè di riguardar pasciuto fui , Tùtto m* ofl'ersi pronto al suo servigîô, Con r affermar che fa credere altrui.

*• Ed egli a ine : Tu lasci tal vestîgîo , Per quel ch'i'odo, in me, e tanto chiaro, Che Lete nol puô torre ne far bigio,

•'^ Ma , se le tue parole or ver giùràro , Dimmi che è cagion perché dimostri Nel dire e nel guardar d'avermi caro?

«Maintenant tu sais nos actes, et de quoi nous fûmes coupables. Que si par notre nom tu ^voulais nous connaître, point n'est le temps de lé dire, et je ne saurais.

« Bien , pour moi , satisferai -je ton vouloir : je suis Guido Guinicelli ^, et ici je me purifie , parce que je me suis repenti avant le terme extrême. »

Tels que, dans la tristesse de Lycurgue, devinrent deux fils eii revoyant leur mère^, td devihs^je, mais avec moins de fruit ^,

Quand j'entendis se nommer lui-même mon père et celui des autres meilleurs que moi , qui jamais chantèrent de douces et gracieuses rimes d'diliour :

Et sans écouter ni parler, pensif, longtemps j'allai le regardant, et à cause du feu je ne m'approchai pas plus.

Quand de regarder je fus rassasié, je m'offris à le servir, avec cette affirmation qui fait croire ^

Et lui à niôi : « Par ce que j'entends, tu laisses en moi un tel vestige et si éclatant, que le Léthé ne peut ni l'effacer, iH l'obscurcir. ^

« Maià si est vrai ce que viennent de jurer tes paroles, dis-moi quelle est la causé pourquoi, par ce que montrent ton dire et ton regard , je te suis cher. »

3iS CÂNTO VENTESIIIOSESTO.

^ Ed io a lui : Li dolci detti vostri Che, quanlo durera Tuso moderno , Faranno cari ancora i loro inchiostri.

•• O frate , disse , questi chMo ti scemo Col dito (e additô un spirto innanzi) Fu miglior fabbro del parlar matemo.

^ Versi d'amore e prose di romanzi Soverchiô tutti, e lascia dir gli slolti Che quel di Lemosl credon ch' avauzi.

*^ A voce più ch'al ver drizzan li volti, E cosi ferman sua opinione Prima ch'arte o raglon per lor s'ascolti.

*2 Cosi fer molti antichi di Guittone , Di grido in grido pur lui dando pregio , Fin che Y ha vinto il ver con più persone.

^ Or, se tu hai si ampio privilegio , Che licito ti sîa Tandare al chiootro » Nel quale è Cristo abate del coUegio ,

^* Fagii per me un dir di paternostro , Quanto bisogna a noi di questo mondo , Ove poter peccar non è più nostro.

^ Poi , forse per dar luogo altrui seconde , Che pres30 avea , disparve per lo fuoco , Corne per Tacqua il pesée andando al foudo.

CIIÂNT VINGT-SIXIÈME. 34f

Et moi à lui : — Vos doux vers, qui, autant que durera la langue moderne , rendront chers vos écrits.

« O frère , » dit-il , t celui que mon doigt t'indique®, » (et devant il montra un esprit,) « fut meilleur artisan du parler maternel :

^ t En vers d'amour et proses de romans, il a surpassé tous ; et laisse dire les sots, qui croient que remporte celui de Limoges *^ !

tAu bruit plus qu'au vrai ils prêtent roreille,et ainsi arrêtent leur jugement avant d'avoir écouté l'art ou la raison.

t Ainsi pour Guittone*^ firent beaucoup d'anciens, de voix en voix lui donnant le prix , jusqu'à ce que par plusieurs le vrai l'a vaincu ^\

t Maintenant, si t'est accordé un si grand privilège, qu'il te soit permis d'aller au cloître dans lequel du collège le Christ est abbé,

t Dis-lui pour moi des Pater, autant qu'en avons besoin , nous de ce monde où n'est plus nôtre le pou-» voir de pécher. »

Puis , peut-être pour faire place à un autre qui était près de lui , il disparut à travers le feu , comme à travers l'eau le poisson qui descend au fond.

HM CAKTO YENTESIlfOSESTO.

^^ lo mi feci al mostrato ini^nzi ua |K),co^ E dissi ch' al silo lïorae il mîo desin^ Apparecchiava grazioso loco.

^7 € Ei cominciô Uberaipçnte a dire :

Tan m'abt^ellis vosire cortois deman^ Clii eu no me puotis- ne vueil à vq^ cQbrirç;

^ Jeu suji Arnaulr, c^eplorf ç vai ccmtan, : Cpn si loU vei la spassada folor, E veijauzen lo joi^ che sper denan^

*^ Ara 0$ prcc per aqu£lla valor, Çhe os guida al som délia scalina^ Sovigna os a temps de ma dolor. »

Bpi s'ascose nel fuoco che gli affina.

Je m'avançai un peu vers celui qu'il m'avait montré y et dis que mon désir préparait à son nom une gracieuse demeure.

Il commença libéralement à dire ^* :

« Tan m'aèbvUis vostre cortois d^man , Chi eu no me puous , ne vueil à vos cobrire;

Jeu sui Arnaut^ che ptor e vai cantan Con si iost vei la spassada folor, E vei jauzen lojoi, che sper denan.

Ara os prec per aquella valor, Cfu^ os guida al sont délia scalina , Sovigna os a temps de ma dolor. »

Puis il se capba dans le feu qui les épuFe.

CANTO VENTESIMOSETTIMO

* Siccome quando i primi raggi vibra

Là dove il suo Fattore il sangue sparse, Cadendo Ibero sotto Talta Libra,

* E r onde in Gange da nona riarse ,

Si stava il Sole ; onde '1 giorno sen giva, Quando TAngel di Dio lieto ci apparse,

* Fuor della fiamma stava in su la riva , E cantava Benti mundo corde ^

In voce assai più che la nostra viva.

* Poscia : Più non si va , se pria non morde, Anime santé, il fuoco ; entrate in esso, Ed al cantar di là non siate sorde.

* Si disse, corne noî gli fummo presso; Perch'io divenni tal, quando lo'ntesi, Qal è celui che nella fossa è messo.

Comme lorsqu'il vibre ses premiers rayons Jà où son créateur versa son sang ^, TÈbre coulant sous la haute balance ,

Et qu'à none il réchauffe les eaux du Gange : ainsi était le Soleil, de sorte que le jour baissait, quand resplendissant de joie TAnge de Dieu nous apparut.

Hors de la flamnie, sur le bord il se tenait, et chantait : « Beati mundo corde^^ » d'une voix beaucoup plus vivante que la nôtre.

Ensuite : «Plus loin ne va-t-on, âmes saintes, si auparavant on ne sent la morsure du feu : entrez-y, et au chant d'au delà ne soyez pas sourdes. »

Ainsi dit-il quand nous fûmes près de lui : par quoi je devins, en l'entendant, tel que celui qu'on met dans- la fosse ^.

9«4 CÀNTO VBNTBSIMOSBTTIMO.

* In SU le man commesse mi protesi , Guardando il fuoco, e immaginando forte Umani corpi già veduti accesi.

^ Yolsersi verso me le buone scorte ; E Yirgilio mi disse : Figliuol mio.

Qui puote esser tormento, ma non morte»

* Ricordati, ricordati... e, se io Sovr'esso Gerion ti guidai salvo , Che farô or che son più presse a Dio?

* Credi per certo che , se dentaro air alvo Di questa fianmia stessi ben miiranni , Non ti potrebbe far d'un capel caIvo«

*<^ E se tu credi forse ch' io t' inganni , Fatti ver lei, e fatti far credenza Gon le tue mani al lembo de' tuoi panni.

^^ Pon giù omai, pon giù ogni temenza; Volgiti in qua, e vieni oltre sicuro.

Ed io pur ferme, e contra coscienza.

** Quando mi vide star pur ferme e dure, Turbato un poco , disse : Or vedi , iiglio » Tra Béatrice e te è questo muro*

^^ Com*al nome di Tisbe aperse il ciglio Piramo in su la morte, e riguardollat Aller che il gelso diventô vermigUo ;

Je tendis en avant les mains jointes, et m^atlongeai, regardant le feu^ et vivement me représentant les corps humains que déjà j'avais vu brûl^.

Vers moi se tournèrent mes bons Guides , et Virgile me dit : — Mon fils, souffrir ici Ton peut^ mais non mourÙTé

Souviens-toi, souviens-toi! Si sur Géryon même, sauf je te guidai , que ferai -je maintenant que je suis plus près de Dieu?

Tiens pour certain que, fusses-tu mille ans dans le sein de cette flamme, elle ne pourrait te dépouiller d'un cheveUé

Et si peut-être tu crois que je te trompe , approchetoi d'elle , et que tes mains en fassent l'épreuve avec le bord de ta robe.

Dépose désormais, dépose toute crainte; avance, et vas avec confiance. Et moi cependant je m'arrête, contre ma conscience^

Lorsqu'il me vit obstinément demeurer immobile , un peu troublé il dit : — Mon fils , entre Béatrice et toi est ce mur.

Commet au nom de Thisbé, Pyrame, près de la mort, ouvrit les yeux et la regarda « alors que le mûrier devint vermeil^;

356 CANTO VENTBSIMOSETTIMO.

^^ Cosi , la mia durezza fatta solla , Mi Yolsi al savio Duca,*udendo il nome Che nella mente sempre mi rampoUa.

^^Ond'ei croUô la testa, e disse : Corne ! Volemci star di qua? indi sorrise, Corn' al fanciul si fa ch'è vinto al pome.

*® Poi dentro al fuoco innanzi mî si mise, Pregando Stazio che venisse rétro, Che pria per lunga strada ci divise.

^7 Corne fui dentro, in un bogliente vetro Gittato mi sarei per rinfrescarmi ; Tanto er'ivi lo incendio senza métro.

*® Lo dolce Padre mio, per confortarmi, Pur di Béatrice ragionando andava , Dicendo : Gli occhi suoi già veder parmi.

*^ Guidavaci una voce che cantava Di là ; e noi attenti pure a lei , Venimmo fuor là ove si montava.

*® Venite , benedicli patris mei , Sonô dentro da un lume , che 11 era Tal, che mi vinse , e guardar nol potei.

*^ Lo Sol sen va, soggiunse, e vien la sera ; Non v'arrestate, ma studiate il passo , Mentre che Toccidente non s'annera.

Ainsi, ma dureté s' étant amollie, je me tournai vers le sage Guide, lorsque j'ouïs le nom qui toujours germe en ma mémoire.

Sur quoi il secoua la tête , et dit : — Comment voulons-nous rester ici? Ensuite il sourit, comme on sourit à l'enfant que séduit une pomme.

Puis, devant moi il entra dans le feu, priant Stace , qui auparavant nous avait longtemps séparés', de venir derrière.

Quand je fus dedans, je me serais jeté dans du verre bouillant pour me rafraîchir, tant Tardeur était là sans mesure.

Cependant le doux Père, pour me conforter, en allant parlait de Béatrice , disant : — Il me semble déjà voir ses yeux.

Nous guidait une voix qui au delà chantait ; et nous, attentifs à la voix» dehors nous vînmes, là où Ton montait.

t Venite, benedicti patris md • » résonna au dedans d'une lumière, qui était là d'un éclat tel qu'elle m'éblouit, et que je ne pus la regarder.

t Le Soleil descend, » ajouta-t-elle, « et le soir vient : ne vous arrêtez point , mais hâtez le pas , tandis que rOccident ne se noircit pas encore. »

35S GANTO VENTESIMOSETTIMO.

^^ Dritta salia la via per entro il sasso , Verso tal parte, ch*io toglieva i raggi Dinanzi a me del Sol ch' era già lasso,

9^ E di pochi scaglion levammo i saggi , Che il Sol corcar, per V ombra che si spense, Sentimmo dietro ed io e gli miei Saggi.

^ E pria che in tutte le sue parti immense Fusse orizzonte fatto d' un aspetto, E Notte avesse tutte sue dispense ,

^ Giascun di noi d^un grado feœ ietto ; Ghè la natura del monte ci affrapse La possa del salir più che il diletto»

^^ Qiiali si &Dno rwininando manse Le câpre, state rapide e. proterve Sopra le cime, prima che sienpranse,

'^' Tacite alF ombra, menjtre che '1 Sol ferye , Guar^ate dal pastor che in su la verga Poggiato s' è , e lor di posa serve ;

^ % quale il Bâandrian, che ftiori alberg^ , Lungo il peculio suo qpiieto peiçnotta , Guardando p^^à fiec^ non Ip spfdrga ;

^^ ToJi eravanxa tutti e tre aUptta , lo.çoipi^, capra, ed ei corne pastori , Fasciati quinci ^ qmàk ^alla gix>tta«

CHANT VINGT-SËPTIÊME. 359

Le chemin montait droit à travers le rocher, se dirigeant de manière que par devant je recevais les rayons du Soleil déjà las.

Et peu de degrés nous avions monté, lorsque, par Fombre qui derrière îious s^allongeait, moi et mes Sages nous nous aperçûmes que le Soleil se couchait.

Et avant qu'en toute son étendue inunense, fhorizon eût pris une seule teinte , et que partout la nuit se fût épandue,

Chacun de nousd*un degré se fit un lit, la nature du mont nous ôtant le pouvoir plutôt que le désir de monter.

Telles les chèvres, indociles et vagabondes sur les hauteurs avant d^étre repues, paisibles deviennent en ruminant

. Silencieuses à Tombre, tandis que le Soleil darde ses feux, gardées par le pasteur qui, appuyé sur sa houlette , veille à leur sûreté ;

Et tel te berger qui loge dehors, tranquille passe la nuit près de son troupeau , attentif à ce que point ne le disperse la bête féroce :

Tels tous* trois étions-nous alors, moi comme la chèvre, et eux comme les pasteurs, d'ici et de là serrés par les bords.

360 CANTO VENTESIMOSETTIMO.

^ Poco potea parer 11 del di fuori ; Ma per quel poco, vedev'io le stelle Di lor solere e più chiare e inaggiori.

^ Si ruminando , e si mirando in quelle , Mi prese '1 sonno : il sonno che so vente , Anzi che T fatto sia , sa le novelle.

** Neirora credo, che delF oriente Prima raggiô ne! monte Citerea , Che di fuoco d'amor par sempre ardente, j

** Giovane^e bellain sogno mi parea Donna veder andar per una landa Cogliendo fiori ; e cantando dicea :

*^ Sappia, qualunque il mio nome dimanda, Ch'io mi son Lia, e vo movendo intorno Le belle mani a farmi una ghirlanda.

** Per piacermi allô specchio qui m'adorno ; Ma mia suora Bachel mai non si smaga Dal suo miraglio , e siede tutto giorno.

*« Eirè de' suoi begli occhi veder vaga, Com' io deir adornarmi colle mani ; Lei lo vedere, e me l'ovrare appaga.

*7 E già, per gli splendori antelucani, Che tanto ai peregrin surgon più grati , Quanto tornando àlbergan men lontani ,

Là peu du dehors était à découvert, mais par ce peu je voyais les étoiles plus brillantes et plus grandes que d'ordinaire elles ne le paraissent.

Ainsi ruminant, et ainsi les regardant, me prit le sommeil, le sommeil qui souvent, avant qu'il soit, sait ce qui sera.

A rheure, je crois, où, sur le mont, commença à luire Cythérée, qui du feu d'amour toujours! paraît ardente ,

Il me semblait en songe voir une Dame jeune et belle se promener dans une prairie, cueillant des fleurs; et chantant, elle disait :

f Sache quiconque demande mon nom, que je suis Lia, et je vais niouvant à Tentour mes bellei» mains pour me faire une guirlande.

€ Pour me plaire au miroir, ici je me pare ; ma sœur Rachel, du miroir, elle, jamais ne s'éloigne, et tout le jour elle est assise.

t A voir ses beaux yeux elle se complaît , comme moi à m' orner avec les mains ; le voir est sa joie , et

l'agir, la mienne. »

Déjà , devant les lueurs de l'aube , d'autant plus douces aux voyageurs que moins loin ils sont de la patrie où ils reviennent ,

36t CÀNTO VENTESIMOSETTIMO.

M Le ténèbre fuggian da tutti i lati, E il sonno mio con esse ; ondMo teva'mi , Yeggendo i graB Maestii già levati.

*• Quel dolce pome, che per tanti rami G^»cando va la cura de* mortali , Oggi porrà in pace le tue fami :

*® YirgîHo inverso me queste cotali Parole usô, e mai non furo streime Che fosser di piacere a queste iguali.

** Tanto voler sovra voler mi venue Deir esser su , eh' ad ogni passe poi Al volo mi sentia crescer le penne.

** Come la seala tutta sotto noi

Fu eorsa, e fummo iri su^l ^ado superao , In me ficcô Yirgilio gli occM suoi,

^ E (fisse î H temporat fuoco e Tetemo Veduto haï, flglio , e se^ venuto in parte OvMo per me più oltre non discerne.

** Tratto t' ho qui con ingegno e con arte; lo tuo pîacere omai prendi per duce ; Fuor se* dell* erte vie , fuor se' delF arte.

^ Vedî là il Soî , che in fronte tî riluce ; Vecfi V erbetta , î flort e gli arbosceHi , Che questa terra sol da se produce.

Fuyaient de tous côtés les ténèbres, et avec elles mon sommeil : par quoi je me levai, voyant les grands Maîtres déjà debout.

— Ce doux fruit que sur tant de rameaux va cherchant le souci des mortels, aujourd'hui apaisera ta faim.

Ces paroles m'adressa Vnrgile , et |amais don ne fit un plaisir égal.

Tant désir sur désir il me vint d'être en haut, qu'à chaque pas, ensuite, pour voler je me sentais croître les ailes.

Lorsque tout l'escalier, au-dessous de nous, eut été parcouru, et que nous fûmes sur la dernière marche, Virgile sur moi fixa ses yeux ,

Et dit : — Tu as vu, mon fils, le feu temporel et l'étemel, et tu es parvenu en un lieu où par moimême plus rien je ne discerne.

Par industrie et par art ici je t'ai amené ; prends maintenant ton bon plaisir pour guide : tu es hors des routes escarpées, hors des voies étroites.

Vois le Soleil qui reluit devant toi ; vois l'herbe, les fleurs et les arbustes que cette terre produit d'ellemême.

364 CANTO VENTESIMOSBTTIMO.

** Mentre che vegnon lieti gli occhi belli , Che lagrimando a te venir mi fenno , Seder ti puoi , e puoi andar tra ellL

*7 Non aspettar mio dir più , ne mio cenno Libero^ dritto , sano è tuo arbitrio , E fallo fora non fare a suo senno ;

Perch'io te sopra te corono e mitrio.

CHANT VINGTSEPTIÈHB. 366

Tandis que pleins de joie viennent les beaux yeux dont les larmes me firent venir à toi , tu peux f asseoir, et ensuite aller à travers ces campagnes.

N'attends plus mon dire, ni mon signe : droit et sain est ton libre arbitre , et ce serait une faute que de ne pas agir suivant son jugement;

Ce pourquoi, souverain de toi-même, je te couronne et te mitre.

CANTO VENTESIMOTTAVO

* Vago già di cercar dentro e dintorno La divina foresta spessa e viva, Gi'agli occhi temperava il nuovo giorno ,

Senza più aspettar lasciai la riva, Prendendo la campagna lento lento Su per lo suol che d' ogni parte oliva.

Un' aura dolce, senza mutamento Avère in se , mi feria per la fronte Non di più colpo che soave vento ;

^ Per cui le fronde, tremolando pronte, Tutte quante piegavano alla parte U' la prim* ombra gitta il santo monte ;

* Non perô dal lor esser dritto sparte Tanto che gli augelletti per le cime Lasciasser d* operare ogni lor arte ;

Désireux de reconnaître, au dedans et autour, la divine forêt épaisse et verdoyante qui , aux yeux , tempérait le jom: nouveau ,

Sans plus attendre je laissai le sentier, et lentement, lentement je pris par la campagne qui allait s' élevant, et d'où s'exhalait une suave srateur»

Un léger soufHe , toujours le même, me frappait le front , pas plus qu'un doux vent ;

Par lequel les rameaux agités se courbaient tous du côté où le saint mont projette sa prraûère ombre :

Tant néanmoins ne s'inclinaient-ils, que les petits oiseaux cessassent d'exercer tous leurs arts sur les cimes;

^68 CANTO VENTESIMOTTAVO.

• Ma con piena letizia Tore prime , Cantando, ricevieno intra le foglie, Che tenevan bordone aile sue rime ,

Tal, quai di ramo in ramo si raccoglie Per la pineta, in sul lito di Chiassi , Quand' Eolo Scirocco fuor discioglie.

• Già m'avean trasportato i lenti passi Dentro aU'antica selva tanto, ch'io Non potea rivedere ondM m'entrassi :

^ Ed ecco più andar mi toise un rio , Che in ver sinistra con sue piccioronde Piegava Terba che in sua ripa uscio.

^^ Tutte l'acque che son di qua più monde, Parrieno avère in se mistura alcuna , Verso di quella che nulla nasconde ;

^^ Avvegna che si muova bruna bruna Sotto l'ombra perpétua, che mai Raggiar non lascia sole ivi, ne luna.

** Co' piè ristetti, e con gli occhi passai Di là dal fiumicello , per mirare La gran variazion. de' freschi mai :

** E là m'apparve, si com'egli appare Subitamente co§a che disvia Per maraviglia tutt'altro pensare,

Mais , avec des chants de joie , ils recueillaient les premiers souffles entre les feuilles, qui tenaient le bourdon dans leurs concerts,

Tel que celui qui §e forme de rameau en rameau , dans la forêt de pins sur le rivage de Chiassi *, quand le scirocco se déchaîne au dehors.

Déjà mes pas lents m'avaient porté si avant dans l'antique forêt, que je ne pouvais plus voir par où j'étais entré,

Quand voilà que d'aller plus loin m'empêcha un ruisseau dont, vers la gauche, les petites ondes ployaient l'herbe croissant sur ses bords.

Toutes les eaux ici les plus pures paraîtraient altérées par quelque mélange , près de celle-là , qui ne cache rien^

Quoiqu'un peu brune , elle coule sous l'ombre perpétuelle, qui jamais rie laisse pénétrer un rayon de Soleil ou de Lune.

J'arrêtai mes pieds, et des yeux je passai au delà du ruisseau, pour admirer la grande variété des frais mais ^.

Là, comme apparaît subitement une chose qui, émerveillant, détourne de toute autre pensée, m'apparut

370 CANTO VBNTBSIMOTTAVO.

*^ Una Donna soletta^ che sigia

Cantando, ed iscegliendo fior da fiore » Ond' era pinta tutta la sua via.

** Deh, bella Donna, ch'a' raggi d'amore Ti scaldi , s'i' vo' credere a' sembianti , Che soglion esser testimon del cuore y

*^ Vegnati voglia di trarreti avanti , Diss'io a lei, verso questa riviera, Tanto chMo possa intender che tu canti.

*7 Tu mi fai riraembrar dove e quai era Proserpina nel tempo che perdette La madré lei , ed ella primavera.

^® Conae si volge , co» le plante strette A terxa ed intra se, donna che balli , E piede innanzi piede appena mette }

*^ Volsesi in su' vermigli ed in su' gialli Fioretti verso me, non altrimenti Che vergine che gli occhi onesti tvvalli ;

2^ E fece i prieghi miel esser contenti. Si appressàndo se, che '1 dolce suono Veniva a me co' suoi intendimenti.

** Tosto che fu là dove l'erbe sono Bagnate già dall' onde del bel fiume , Di levar gli occhi suoi mi fece dono.

Une Dame ^ qui, seulette, allait chantant et cueillant çà et là les ùeurs dont était diapré tout son chemin.

— O belle Dame qu*enflai»inent le^ rayons d'amour, si j'en crois la semblance qui d'iHxlifiaire rend témoignage du cœur.

Qu'il te plaise y ki dia-je, t' approcher assez de ce ruisseau pour cpue j^entende ce que tu chantes.

Tu me rappelles où et quelle était Proserpine, quand sa mère 1» perdit, et qu'elle perdit, elle, le printemps K

Comme, sans s'élever de terre et toute &^ soi, glisse une Dame qui danse , mettant à peine un pied devant l'autre ;

Ainsi, sur les fleurs vermeilles et jaunes» vers moi glissa -t- elle 9 comme une vierge qui baisse^ ses yeux modestes;

Et elle satisfit mes prières» s'approchant asses pour que le doux son vint à moi , avec le sens^ qu'il contenait.

Dès qu'elle fut là où de ses ondes le beau fleuve baigne l'herbe, de lever les yeux elle me fit la faveur.

372 CANTO VENTESIMOTTAVO.

*2 Non credo che splendesse tanto lume Sotto le ciglia a Venere trafitta Dal figlio y fuor di tutto suo costume.

** Ella ridea daU'altra riva dritta, Trattando più color con le sue mani , Che Talla terra senza semé gitta.

** Tre passi ci facea M fiume lontani ; Ma EUesponto, là 've passé Serse , Ancora freno a tutto orgogli umanî',

** Più odio da Leandro non sofferse , Per mareggiare intra Sesto ed Âbido , Che quel da me, perché allor non s'aperse.

*• Voi siete nuovi, e forse perchMo rido , Cominciô ella , in questo luogo eletto Air umana natura per suo nido ,

*7 Maravigliando tienvi alcun sospetto ; Ma luce rende il salmo Delectasti Che puote disnebbiar vostro intelletto.

*® E tu che se* dinanzi, e mi jH^egasti, Dl s'altro vuoi udir, ch'io venni presta Ad ogni tua question, tanto che basti.

*^ L'acqua, dissMo, e il suon délia foresta, Impugnan dentro a me novella fede Di cosa , ch' io udi* contraria a questa.

Je ne crois pas que tant de lumière brillât sôus les cils de Vénus blessée par son fils, hors de toute sienne coutume^.

Sur l'autre rive, à droite, elle souriait, cueillant de ses mains les fleurs que la profonde terre produit sans semence.

De trois pas nous séparait le fleuve ; mais l'Hellespont, là où passa Xercès, qui refrène encore tout orgueil humain ,

Ne fut pas plus en haine à Léandre , à cause de ses flots épandus entre Sestos et Abydos^, que ne me rétait celui-là , pour ne point s'être ouvert alors.

«Vous êtes nouveaux ici,» commença-t-elle ; «et peut-être parce que je ris en ce lieu choisi pour nid à la race humaine ®,

« Quelque doute vous tient-il en étonnement ; mais le psaume Delectasti • répand une lumière qui peut éclairer votre intelligence.

« £t toi qui vas devant, et qui m'as priée, parle, si plus tu veux entendre ; car je suis venue pour répondre à toutes tes questions , autant qu'il sufiit. »

— L'eau , dis-je , et le bruit de la forêt combattent en moi la foi récente en une chose qu'on m'a dite contraire à celle-ci.

374 CANTO VENTESIMOTTAVO.

^ Ond'ella : F dicerô corne procède Persua cagio» , ciô ch'aminîrar *i foce ; E purgherô la nebbia che ti fiede.

^ Lo sotthuo Bene, cbe solo a se piaœ , Feoe r^iom buoDO ; e il ben di questo loco Diede per arra a lui d' eterna pace.

^ Per aia diffalta tfui diBU»p5 coco ; P^ soa diffalta iiii pianto b in jaffaimo

Cambiô onesto riso e dolce giuocb.

^ Per<*è il turbar, che sotto da se fantio L'esalazion delFaequa^ deUa Éerra, Che, quanto poason, dietroal<calor vanno,

^ Airuomoîion feeesse alcima gnerra^ Questo monte satio ver lo ciel tanto ^ E libero è da indi , ove si serra*

^^ Or, perché in ciccuito tidlo quanto L'uer si Yolge icon la prima voita.

Se non gli è rotto il cerchio d'alcun canto ;

M lin qnefijta altezza,^ die totta è dteciotta Neirwr vivo , tal ^mpto peromte , E fa sonar ia scAvapercb'è folta ;

^7 E te percossa ipianta tante puote, Che delta SQa virtote V aura impreg^ , E quella poi girando intomo scuote :

D'où elle : « Je dirai de quelle cause procède ce qui t' étonne , et je dissiperai le brouillard qui t'offusque.

« Le souverain Bien, qui se complaît en soi seul , créa l'homme apte au bien , et U lui donna ce lieu pour arrhes d'étemelle f&a.

« Par sa faute , peu ri demeura ici ; par sa faute , en pleurs et labeurs il changea un vertueux rire et un doux jeu,

«Afin que le trouble qu'engendrent au-dessous de ce lieu les exhalaisons de l'eau et de la terre, qui suivent autant qu'elles «peuvent la chaleur *®,

«Ne nuisît point à Phomme, Ce mont vers le ciel s'est tant élevé , et de ce trouble est exempt depuis l'endroit où il se ferroe*^.

«Or, parce que tout l'air se meut çîrculairement avec le premier mobile, si d'aucun côté ce cercle n'est rompu,

« Sur cette hauteur que de toute part environne l'air pur, ce mouvement frappe et fait résonner l'épaisse forêt ;

« Et tel est le pouvoir de la plante frappée , que de sa vertu elle imprègne le souffle , lequel ensuite en circulant la répand autour :

376 CANTO VENTESIMOTTAVO.

*^ E i'altra terra, seconde ch'è degna Per se 0 per suo ciel, concepe e figlia Di diverse virtù diverse legna,

*^ Non parebbe di là poi maraviglia , Udito questo , quando alcuna pianta Senza semé palese vi s' appiglia.

^ E saper dèi che la campagna santa , Ove tu se', d'ogni semenza è piena, E frutto ha in se che di là non si schianta.

*^ L'acqua che vedi non surge di vena Che ristori vapor che giel converta , Corne fiume ch'acquista o perde lena ;

^* Ma esce di fontana salda e certa , Che tanto dal voler di Dio riprende , Quant' ella versa da duo parti aperta.

• *5 Da questa parte con virtù discende , Che toglie altrui memoria del peccato ; DaU'altra, d'ogni ben fatto la rende.

*^ Quinci Letè, cosl dall'altro lato Eunoè si chiama , e non adopra , Se quinci e quindi pria non è gustato.

^^ k tutt'altri sapori esto è di sopra, Ed avvegna ch'assai possa esser sazia La sete tua , perché- più non ti scopra.

« Et l'autre terre ^^^ selon qu'elle y est apte par ellemême ou par son climat, conçoit et produit de diverses vertus des arbres divers.

tfCela entendu, on cesserait dé s'étonner quand quelque plante y pousse sans semence apparente.

« Et tu dois savoir que la campagne sainte où tu es, est pleine de toutes semences , et qu'elle a en elle un fruit qui là ne se cueille point ^*.

\ « L'eau que tu vois ne jaillit point d'une source que

renouvellent des vapeurs que le froid condense, comme

un fleuve qui perd et reprend haleine ^^ ;

«Mais elle sort d'une fontaine perpétuellement du- I rable qui, ouverte de deux côtés par le vouloir de Dieu , recouvre autant qu'elle verse.

« De ce côté de son cours, elle possède une vertu qui ôte la mémoire du péché; de l'autre, elle rend celle du bien qu'on a fait.

« Ici elle s'appelle Léthé , et là Eunoé ^^ : et point elle n'opère, si auparavant d'ici et de là on n'a goûté ^^.

« La saveur surpasse toute autre ; et , bien qu'il se se puisse qu'apaisée soit ta soif ^^, sans que je te découvre rien de plus ,

W« CANTO VENTESïMOTTAVO.

^ J)«ro!tti w corollario ancor per graiia ; Ne cv^Q che il vm dir ti aia men cairo , Se oltre promission tecj9 m sp^^.

^ Quellî «h' anticjiinîfiBte poetoro L'etè deU' wo e suc «tato felice , Forse in Parnaso esto loco sognaro.

'^ Qui Al ;iniM^«Qte d'umani^ radioe :

Qui piÉDaaYiera sçH^e ed ^gai frutto ; Nettare è questx) di ch^ cift«Min<lice.

^ temi iQvolsi addietro jalloFa tutto A'iBiei Poati , e vidi .ebe <c«p riso Uditoavevan TinHÂiDo postnitto :

ftd alla heHa Donm toraai *1 vMo.

«Je te gratifierai encore d*un corollaire, et je ne crois pas que moins de prix ait pour toi mon dire , s'il s^étend au delà de ma promesse.

« Les antiques poètes qui chantèrent l'âge d'or et ses félicités, sur le Parnasse songèrent peut-être de ce lieu,

« Innocente ici fut l'humaine racine : ici un printemps perpétuel et toutes les sortes de fruits : ce fleuve est le nectar dont tous parlent. »

Je me retournai aflors vers mm Poètes , et je vis qu'ils avaient souri à ees dernières paroles :

Puis sur la beîlè Dame je ramenafi me& yeuît.

CANTO VENTESIMONONO

^ Cantando corne donna innamorata, Continué col fin di sue parole :

Beali, quorum tecta sunl peccata.

^ E corae ninfe che si givan sole Per le selvatich' ombre , disiando Quai di fuggir, quai di veder lo sole ,

A.llor si mosse contra '1 fiuine , andando Su per la riva , ed io pari di lei , Picciol passe con picciol seguitando.

^ Non eran cento tra' suoi passi e i miei , ' Quando le ripe igualmente dier volta , Per modo ch* a levante mi rendei.

5 Ne anche fu cosi hostra via molta , Quando la Donna tutta a me si torse , Dicendo ; Frate mio , guarda ed ascolta.

CHANT VmGT-NEUVlÈME

Chantant comme une femme éprise d'amour, elle continua , après la fin de ses paroles ^ : « Beati quorum tecta $unt peccata ^.

Et comme, à travers les on^res sauvages, s'en allaient seules des nymphes, désirant l'une de fuir, l'autre de voir le soleil ,

Lors elle se mut, remontant le fleuve le long de la rive , et moi comme elle , à petits pas suivant ses petits pas;

Et entre les siens et les miens il n'en était pas cent , lorsque les bords également se courbèrent, de sorte que je marchai vers le Levant.

Longtemps ainsi nous n'avions pas cheminé , quand la Dame vers moi se tourna , disant : « Mon frère , regarde et écoute. »

38« CANTO VENTESIMONONO.

^ Ed ecco un iustro subito trascorse Da tutte parti per la gran foresta , Tal che di balenar rai mise in forse.

^ Ma perché 'l balenar, corne vien , resta , K (|Qd duranda pHr e più arplendeva , Nel mio pensar dicea : Che cosa è questa?

® Ed una melodia dolce correva Per Taer luminoso ; onde buon zelo Mi fe riprender Tardimento d'Eva ,

* Che j là dove ubbidia la terra e ii cieto , Femmina sola , e par testé f(Hrraata, Non sofferse di star sotto alcun vvk>;

^^ Sotto '1 quai , se divota fosse stata , Avrei quelle iineffabili delizie Sentite prima , e poi lunga liata.

** Mentr'io m* andava tra tante prin^îtf Deir etemo piacer , tutto sospeso ^ E disioso ancora a più letizie ,

^ Dinanzi a noi, tal quale un fuoco acceso , Ci si fe V aer, sotto i verdi rami , E il dolce suon per canto era già iiileso.

** 0 sacrosante Vergini, se fan», Freddî , o vigilie mai per voi soffersi , Cagion rai sprona ch'io raercè fie chiami.

CHANT VINGT-NEUVIÈMB. 8»3

£t voilà que soudaki traversa de toutes parts la grande forêt une lueur telle , que je doutai si ee n'était point un édair.

Mais , comme Téclair briUe et s'éteint au même instant, et puisque cette lueur durait, resptaiMËssant de plus en plu0, en n^en peiner je disais- : « Qti'eBt ceci? »

£t dans^ Taif lumineux s'épâAdait une dooce mélodie , d'où , pris d'un juste zàle , je g^urmiandai la hardiesse d'Eve 4 pensttBt

Que 14 où obéîssaiient la^terre et lé ciel , une femmelette seule» et qui venait d'être créée, ne souffrit point d'être enveloppée d'un. vaUe*v

Sous lequel si , ^use, elle était restée , je jouirais de ces ineffables délices , goûtées une première fois et bien d'autre» fois.

Tandis que ravi j'allais à travers tant de prémices du plaisir éternel , et désirant plus dt j(ttes encore ,

Devant nous l'air devint tel qu'un feu arddnt , sous les verts rameaux ; et déjà , eomine un chant , le doux son était entendu :

O Yi^ges sacro-sadntes^, si jamais pour vous je souffris la faim , le froid , les veilles , l'occasion me sollicite d'en demander la récompense^

384 CANTO VENTESIMONONO.

** Or convien ch' Elicona per me versi , E Urania ui'aiuti col suo coro , Forti cose a pensar, mettere in versi,

^s Poco più oltre sette alberi d* oro Falsava nel parère il hingo tratto Del mezzo , ch' era ancor tra noi e loro ;

^^ Ma quando i* fui si presso di lor fatto , Che Tobbietto tomun, che '1 senso inganna, Non perdea per distanza aicun suo atto ;

^^ La virtù ch' a ragiorî discorso ammanna Siccom' egli eran candelabri apprese , E nelle voci del cantare , Osanna.

^8 Di sopra fiammeggiava il bello arnese Più chiaro assai, che luna per sereno Di mezza notte nei suo mezzo mese.

*^ lo mi rivolsi d'ammirazion pieno Al buon Virgilio , ed esso mi rispose Con vista carca di stupor non meno.

2® Indi rendei Taspetto aU'alte cose, Che si movieno incontro a noi si tardi , Che foran vinte da noyelle spose.

*2 La Donna mi sgridô : Perché pur ardi SI neU'affetto délie vive luci, E ciô che vien diretro a lor non guardi ?

Que THélicon pour moi maintenant verse ses eaux, et qu'avec son chœur Uranie m'aide à penser et à mettre en vers des choses grandes !

Un peu plus loin apparaissaient sept arbres d'or, selon le faux aspect que leur donnait le long espace qui était encore entre eux et nous ;

Mais , lorsque j'en fus assez près pour que l'objet, dégagé de la vague apparence qui trompe le sens, ne perdît par la distance aucun trait de sa forme ,

La vertu 5 qui à la raison prépare le discours®, reconnut ^ue c'étaient des candélabres, et, dans les paroles du chant, distingua Hozannah.

En haut flamboyait le beau lustre ^, plus brillant de beaucoup que, dans un ciel serein, la Lune à minuit, au milieu de son mois^.

Je me tournai , plein d'admiration , vers le bon Virgile ; et il me répondit par un regard non moins plein de stupeur.

Puis je reportai mes yeux sur ces choses splendides, qui vers nous se mouvaient si lentement, que les eussent vaincues des épouses nouvelles ^.

La Dame me gourmanda : « Pourquoi t'enflammestu ainsi à l'aspect das vives lumières, et ce qui vient derrière elles ne regardes- tu point?»

Ji. 85

386 CANTO VENTKSIMONONO.

*2 Genti vid'io allor, corn' a lor duci, Venire appresso vestite di bianco ; E tal candor gîammai di qua non fuci.

2* L'acqua splendeva dal sinistro fianco , E rendea a me la mia sinistra costa , S' io riguardava in lei , come specchio anco.

2^ Quand' io dalla mia riva ebbi tal posta , Che solo il (iume mi facea distante , Per veder meglio a' passi diedi sosta ;

*5 E vidi le fiammelle andare avante , Lasciando dieto a se l' aer dipinto , ^ E di tratti pennelli avean sembiante ;

2^ Si che di sopra rimanea distinto Di sette liste , tutte in quei colon , Onde fa l'arco il Sole , e Délia il cinto.

2^ Questi stendali dietro eran maggiori Che la mia vista ; e , quanto a mio avviso , Dieci passi distavan quei di fuori.

2s Sotto cosl bel ciel , com'io diviso , Ventiquattro seniori , a due a due , Coronati venian di fiordaliso.

^^ Tutti cantavan : Benedetta tue Nelle figlie d'Adamo , e benedette Sieno in eterno le bellezze tue.

Alors, les suivant comme leurs guides, je vis venir des gens vêtus de blanc; et ici jamais ne fut de blancheur aussi éclatante.

L'eau brillait à gauche ^ et quand je la regardais, elle me renvoyait, comme un miroir, mon image senestre.

Lorsque je fus sur ma rive en un endroit où je n'étais plus distant que de la largeur du fleuve, je suspendis mes pas pour mieux voir :

Et je vis les petites flammes, semblables à des banderolles flottantes, ^Uer devant, laissant, derrière, l'air coloré ,

De sorte qu'au-dessus il présentait sept bandes distinctes , toutes de ces couleurs dont le Soleil fait son arc, et Délia, sa ceinture.

Ces étendards se prolongeaient en arrière, au delà de ma vue, et, à mon jugement, ceux d'en dehors étaient l'un de l'autre distants de dix pas.

Sous ce beau ciel que je décris, venaient, deux à deux , vingt-quatre vieillards couronnés de lis.

Tous chantaient : « Bénie sois-tu entre les filles d'Adam ! et que bénies éternellement soient tes beautés!»

388 CANTO VENTESIMONONO.

•^ Poscia che i fiori e Taltre fresche erbette, A rimpetto di me dalPaltra sponda, Libère fur da quelle genti elette ,

*^ Si corne luce luce in ciel seconda , Vennero appresso lor quattro animal! , Coronato ciascun di verde fronda.

•2 Ognùno era pennuto di sei ali ,

Le penne piene d' occhi ; e gli occhi d' Argo, Se fesser vivi, sarebber cotali.

*^ A descriver lor forma piii non spargo Rime , lettor ; ch'altra spesa mi strigne Tanto , che in questa non posso esser largo.

•* Ma leggi Ezechiel , che li dipigne Come li vide dalla fredda parte Venir con vento, con nube e con igné;

** E quai li troverai nelle sue carte , Tali eran quivi , salvo ch' aile penne Giovanni è meco, e da lui si diparte.

•® Lo spazio dentro a lor quattro contenne Un carro, in su duo rote, trionfale, Che al collo d'un grifon tirato venne,

*^ Ed essô tendea su Tuna e Taltr'ale Tra la mezzana e le tre e tre liste , Si ch' a nulla , fendendo , facea maie.

Lorsque les fleurs et les autres fraîches herbes, qui devant moi ornaient l'autre rive , cessèrejit d'être foulées par ces élus.

Comme dans le ciel une lumière suit une autre lumière , vinrent après eux quatre animaux couronnés de vert feuillage.

Chacun d'eux avait six ailes, dont les plumes étaient pleines d'yeux ; et tels, s'il vivait, seraient les yeux d'Argus.

A décrire leurs formes, plus, lecteur, ne dépenserai-je de rimes; car tant me presse une autre dépense, qu'en celle-ci je ne puis être prodigue.

Mais lis Ézéchiel, qui les dépeint comme il les vit venir de la froide région, avec le vent, avec la nuée, dî avec le feu :

Et tels que tu les trouveras dans son livre ^^, te!s étaient- ils ici, hors (fu'à l'égard des ailes, Jean est avec moi, et se sépare de lui ^K

L'espace entre eux contenait un char sur deux roues triomphales, qu'avec le cou tirait un griffon ^K

Et celui-ci en haut étendait ses deux ailes entre la bande du milieu et les trois de chaque côté ; de sorte qu'en agitant l'air, il n'en touchait aucune ^*,

390 CANTO VENTESIMONONO.

^ Tanto salivan, che non eran viste ;

Le membra d'oro avea quanto era uccello, E bianche l'altre di vermiglio miste,

•• Non ch3 Roma dî carro cosi bello Rallegrasse Africano , ovvero Augusto ; Ma quel del Sol saria pover con ello ;

^ Quel del Sol che sviando fu combusto , Per l'orazîon délia Terra devota, Quando fu Giove arcanaraente giusto.

** Tre donne in giro dalla destra ruota, Tenian danzando ; Tuna tanto rossa , Ch' a pena fora dentro al f uoco nota :

*2 L'altr'era, corne se le cami e Tossa Fossero state di smeraldo fatte ; La terza parea neve testé mossa :'

^ Ed or parevan dalla bianca tratte , Or dalla rossa , e dal canto di questa L'altre toglién l'andare e tarde e ratte.

^ Dalla sinistra quattro facean festa , In porpora vestite dietro al modo D'una di lor , ch'avea tre occhi in testa

^ Appre^so tutto il pertrattato nodo , Vidi duo vecchi in abito dispari , Ma'pari in atto ed onestato e sodo.

Tant elles s'élevaient , qu'on les perdait de vue ; ses membres d'oiseau étaient de couleur d'or, les autres mélangés de blanc et de vermeil.

Non-seulement Rome ne réjouit point d'un aussi beau char l'Africain ou Auguste ; mais auprès serait pauvre celui du Soleil ,

Celui du Soleil, qui, s' égarant, fut brûlé, à la prière fervente de la Terre, quand Jupiter secrètement fut juste ^K

Trois Dames ^^ venaient, dansant en rond du côté de la roue droite : l'une si rouge, que dans le feu à peine la discernerait- on;

L'autre, comme si les chairs et les os eussent été d'émeraude ; la troisième , semblable à de la neige qui vient de tomber.

Elles paraissaient conduites tantôt par la blanche , tantôt par la rouge, et les autres sur son chant réglaient leur aller lent ou vif.

A gauche, quatre autres ^^, vêtues de pourpre, menaient leur danse à la suite de l'une d'elles ^^, qui à la tête avait trois yeux.

Après ce groupe, je vis deux vieillards dissemblables de vêtement, mais de contenance pareille, tous deux modestes et graves.

392 CANTO VENTESIMONONO.

*^ L'un si mostrava alcun de' famigliari Di quel sommo Ippocràte , che natura Agli animali fe ch'eU' ha piii cari.

*7 Mostrava Taltro la contraria cura Con una spada lucida ed acuta , Tal che di qua dal rio mi fe paura.

*^ Poi vidi quattro in umile paruta , E diretro da tutti un veglio solo Venir, dormendo , con la faccia arguta,

*^ E questi sette col primaio stuolo Erano abituati ; ma di gigli Dintorno al capo non facevan brolo ;

^ Anzi di rose e d' altri fior vermigli : Giurato avria poco lontano aspetto , Che tutti ardesser di sopra da' cigli :

** E quando il carro a me fu a rimpetto , Un tuon s' udi ; e quelle genti degne Parvero aver Tandar più interdetto,

Fermandos'ivi con le prime insegne.

L*un ^^ paraissait des familiers de ce grand Hîppocrate, que la nature fit pour le salut des animaux qui lui sont le plus chers;

L'autre *® paraissait avoir le soin contraire , portant une épée brillante et aiguë, telle qu'au delà du ruisseau j'en eus peur.

Puis j'en vis quatre ^o d'humble apparence, et, derrière tous, un vieillard seul venir donnant, le visage animé ^i.

Et ces sept étaient vêtus de la première robe 22, mais autour de la tête ils n'avaient point de couronne de lis ,

Mais de roses et d'autres fleurs vermeilles. D'un peu loin, on aurait juré qu'au-dessus des sourcils tous étaient en feu.

Et quand le char fut vis-à-vis de moi, un tonnerre fut ouï : et il sembla qu'à ces dignes personnes d'aller outre il fût interdit ,

S' étant arrêtées là avec les premières enseignes ^\

CÀNTO TRENTESIMO

* Quando il settentrion del primo cielo , Che ne occaso mai seppe ne orto ,

Ne d'altra nebbia, che di colpa vélo ,

2 E che faceva 11 ciascuno accorto Di suo dover, corne il più basso face Quai timon gira per venire a porto ,

* Fermo si affisse , la gente verace , Venuta prima tra il grifone ed esso , Al carro volse se , come a sua pace :

É un di loro , quasi dal ciel messo , Veniy sponsay de Libano^ cantando, Gridô tre volte, e tutti gli al tri appresso.

* Quale i beati al novissimo bando Surgeran presti ognun di sua cavema, La rivestita voce alleluiando ;

Lorsque le septentrion du premier cieM, qui ne connut jamais ni coucher ni lever, que ne voilent aucuns nuages que ceux du péché ,

Et qui instruisait là chacun de son devoir, comme celui d'en bas dirige le timonier pour arriver au port,

Se fut arrêté, la gent vraie 2, venue la première entre le Griffon et lui 5, se tourna vers le char, comme vers sa paix :

Et Tun d'eux, comme envoyé du cîel, Veni, sponsa, de Libano ^ chantant, cria trois fois, et tous les autres après.

Tels qu'au dernier appel, soudain se lèveront, chacun de sa tombe , les bienheureux revêtus d'une chair plus légère ^';

396 CANTO TRENTESIMO.

^ Cotali , in su la divina basterna , Si levar cento , ad vocem tanti senis , Ministri e inessaggier di vita etcrna,

^ Tutti dicean : Benedictus , qui venis; E, fior gittando di sopra e d'intorno , Manibus o date liliaplenis.

® lo vidi già nel cominciar del giorno La parte oriental tutta rosata , E Taltro ciel di bel sereno adorno,

^ E la faccia dal Sol nascere ombra ta, SI che per temperanza di vapori L'occhio lo sostenea lunga fiata :

*o Cosl dentro una nuvola di fiori, Che dalle mani angeliche saliva , E ricadeva giù dentro e di fuorî ,

*^ Sovra candido vel cinta d'oliva

Donna m'apparve, sotto verde manto, Vestita di color di fiamma viva.

^2 E lo spirito mio , che già cotanto Tempo era stato, ch'alla sua presenza Non era di stupor tremando affranto,

^* Sanza degli occhi aver piii conoscenza , Per occulta virtii che da lei mosse , D'antico amor senti la gran potenza.

Tels au-dessus de la divine basterne *, ad vocem tanti senis 7, se levèrent cent ministres et messagers de vie éternelle.

Tous disaient : € Benedictus ^ qui venis^»; et d'en haut et d'autour, jetant des fleurs : Manibus ô date liliu plenis ^

J'ai vu, au point du jour, TOrient tout rose, et le reste du ciel orné d'une douce sérénité ,

Et le Soleil naître voilé d'ombres, de sorte que l'œil pouvait longtemps en soutenir l'éclat tempéré par les vapeurs:

Ainsi , dans une nuée de fleurs qui s'épanchaient des mains angéliques , et retombaient en bas , dedans et dehors ^^

Sous un voile blanc, couronnée d'olivier, m'apparut une Dame , revêtue d'un vert manteau et d'une robe couleur de flamme vive.

Et mon esprit, qui depuis si longtemps déjà n'avait, tremblant, éprouvé la stupeur que me causait sa présences^.

Sans davantage la reconnaître des yeux , par une vertu occulte qui d'elle émana, de l'ancien amour sentit la grande puissance.

398 CANTO TRENTESIMO.

^ Tosto che nella vista mi percosse L'alta virtù, che già ra'avea trafitto Prima ch'io fuor di puerizia fosse,

^5 Volsimi alla sinistra col rispitto

Col quale il fantolin corre allaraamma, Quando ha paura , o quando egli è afflitto,

^^ Per diceré a Virgilio : Men che dramma Di sangue m' è rimasa, che non tremi : Conosco i segni dell'antica fiamma.

^7 Ma Yirgilio n'avea lasciati scemi Di se , Virgilio dolcissîmo padre , Virgilio , a cui per mia salute die' mi :

^® Ne quantunque perdeo l'antica madré, Valse aile guance nette di rugiada, Che lagrimando non tomassero adre.

^® Dante , perché Virgilio se ne vada,. Non pianger anco , non pianger ancora ; Chè pianger ti convien per altra spada,

2® Quasi ammiraglio, che in poppa ed in prora Viene a veder la gente che ministra Per gli altri legni , ed a ben far la incuora ,

24 In su la sponda del carro sinistra, Quando mi volsi al suon del nome mio , Che di nécessita qui si registra ,

Sitôt que frappa mon regard la haute vertu, qui déjà m'avait transpercé avant que je fusse hors de Tenfance,

Je me tournai à gauche, de l'air suppliant avec lequel le petit enfant court à sa mère , lorsqu'il a peur ou qu'il est affligé ,

Pour dire à Virgile : — Il ne m'est pas resté une dragme de sang qui ne frémisse; de l'ancienne flamme je reconnais les signes.

Mais Virgile noua avait laissés, Virgile, très- doux père , Virgile à qui , pour mon salut , elle me confia :

Et tout ce que perdit l'antique mère ^2 ne put empêcher que mes joues, qu'avant nulle rosée n'humectait , se mouillassent de larmes.

«Dante, parce que Virgile s'en va, ne pleure pas, ne pleure pas encore ; il convient que tu pleures par une autre épée ^*. »

Comme un amiral qui, de la poupe à la proue, vient inspecter ceux qui manœuvrent les autres navires , et à bien faire les encourage ;

A la gauche du char, quand je me tournai au son de mon nom , qu'ici de nécessité je registre ,

400 CANTO TRENTESIMO.

22 Vidi la Donna, che pria itf appario Ve!ata sotto l'angelica festa , Drizzar g!i occhi ver nie di qua dal rîo.

2* Tuttochè il vel che le scendea di testa , Cerchiato dalla fronde di Minerva , Non la lasciasse parer manifesta ;

2* Regalmente, nell'atto ancor proterva, Continuf) , corne colui che dice , E il più caldo parlar dietro riserva :

2* Guardami ben : ben son , ben son Béatrice : Corne degnasti d^accedere al monte?

Non sapei tu, che qui è l'uom felice?

26 Gli occhi mi cadder giù nel chiaro fonte ; Ma veggendomi in esso io trassi aU'erba : Tanta vergogna mi gravô la fronte.

27 Cosi la madré al figlio par superba , Com'ella parve a me ; perché d'amaro Sente il sapor délia pietate acerba.

28 Ella si tacque , e gli angeli cantaro Di subito lin te ^ Domine , spcravi; Ma oltre pedei meos non passaro,

2« Si come neve tra le vive travi Per lo dosso d' Italia si congela Soffiata e stretta dalli venti Schiavi ,

CHANT TBENTIÈMB. 404

Je vis la Dame qui m'était apparue voilée par les fleurs que répandaient les anges, diriger vers moi les yeux d'au delà du ruisseau.

Quoique le voile qui descendait de sa tète, ceinte du feuillage de Minerve , ne permit pas de la voir à découvert.

D'une contenance royalement altière elle continua , comme celui qui, disant, réserve pour la fin les paroles les plus vives :

« Regarde-moi ; bien suis-je, bien suis-je Béatrice. Comment as- tu daigné t'approcher du mont? Ne savais-tu point qu'ici Thomme est heureux ^^î »

Mes yeux baissés tombèrent sur la claire fontaine , et en m'y voyant, je les reportai sur l'herbe , tant de honte se chargea mon front

Comme envers son fils la mère se montre sévère, ainsi se montra-t-ellé envers mdi; parce qu'un peu amère est la saveur de la pitié acerbe ^^.

Elle se tut, et soudain les Anges chantèrent ; cIa te^ Domine^ speram^^. » Mais outre pedes meos ils ne passèrent point.

Comme la neige qu'ont poussée et entassée les vents slaves, entre les poutres vivantes ^^ sur le dos de l'Italie se congèle,

u. te

402 CANTO TUENTESIMO,

^ Pôi Hquèfeittà in éè stéfeë ti'apàla ,

PUr che la terra, che perde ombr'à, spitt, Si che par fuoco fonder la Cândela }

'^ Cosl fui senza lagrime e sospiri

kntl il cantar di que* che notan sempfe Dietro aile note degli eterni giri.

•^ Ma pôîché intesi nèlle dolci tempfe 1M éoihpatiré â me , più Chô se dettô Avesser : Donna, perché si lo stempfôt

^* Lo giel che m* era ihtorno al cuor rîstretto , Spirito ed acqua fessi , e con angoécia Per là bocca e per gli occhi uscl del petto.

** Ella , pur ferma in su la detta coscia Del carro stando, aile sustanzie pie Yolse le sue parole cosi poscia î

»^ Vtai vigilate neirëtefno die ,

Si che noite ne sonno a voi non ftira Passo, che faccia il secol per sue vîé;

•^ Oflde la ttfîia risposta è con più cura , Che m' intendà colui che di là piagne , Perché sia colpa e duol d'una miâUM,

«7 Non pur pef ôvra délie rotô magne , Che drizzan ciascun semé ad alcun fine , Sccondo che le stclle son compagne ;

CUÂNT TRENTIËME. iOS

Puis, liquéfiée, coule à travers d'elle- mâm^, au souffle de la terre où Tombre se perd^®, comme on voit le feu fondre la chandelle ;

Ainsi fus -je sans larmes ni soupirs, avant le chant de ceux dont T harmonie accompagne toujours celle des sphères éternelles ;

Mais après qu'en leurs doux accorda j'entendis qu'à moi ils compatissaient plus que s'ils eussent dit : 1 0 Dame , pourquoi l'affliges- tu ? »

La glace qui s'était amassée autour de mon oœur, se fit eau et souffle , et avec angoisse par la bouche et par les yeux sortit de la poitrine.

Elle, cependant, debout du même côté du ehar, se tournant vers les pieuses substances ^ leur parla en cette sorte :

«Vous veillez dans l'étemel jour tellemmt, que ni la nuit, ni le sommeil ne vous dérobe uo seul des pas que le temps fait en ses voies ^^.

« Plus étendue est donc ma réponse , afin que celui qui pleure là m'entende , et que la coulpe et le repentir soient d'une même mesure.

« Non par l'influence des grands orbes qui dirigent chacun vers une certaine fin, selon que l'accompagnent les étoiles.

iOI CANTO TRENTES1M0.

^ Ma per largbezza di grazie divine , Che si alti vapori hanno a lor piova » Che nostre viste là non van vicine ;

w Questi fu tal nella sua vita nuova Virtualmente , ch'ogni abito destro Fatto averebbe in lui mirabil pruova.

^ Ma tanto più maligno e pîù silvestro Si fa il terren col mal semé, e non colto, Quant' egli ha più di buon vigor terrestre.

*^ Alctin tempo il sostennî col mio volto ; Mostrando gli occhi giovinetti a lui;, Meco il menava in dritta parte volto.

** SI tosto corne in su la soglîa fui Di mia seconda elade e mutai vita, Questi si toise a me, e diessi altrui.

^ Quando di came a spirto era salita , E bellezza e virtù cresciuta m' era , Fu'io a lui men cara e men gradita ;

^ E volse i passi suoi per via non vera , Immagini di ben seguendo false, Che nulla promission rendono intera.

** Ne rimpetrare spirazion mi valse, Con le quali e in sogno ed altrimenti Lo rivocai ; si poco a lui ne calse.

CHANT TRENTIEME. lOS

« Mais par le don des grâces divines, dont la pluie a sa source dans des vapeurs si élevées que notre vue n'en approche point »

« Celui-ci dans sa vie nouvelle ^^ fut virtuellement ** tel , que de toute bonne habitude il eut été un modèle admirable :

« Mais en plantes malignes et sauvages d'autant plus est fertile le sol non cultivé , que la terre a plus de vigueur.

c Avec mon vidage quelque temps je le soutins ; lui montrant ses jeunes yeux, avec moi il le conduisait dans la voie droite.

«Mais, dès qu'au seuil de mon second âge j'eus changé de vie**, il me quitta pour se donner à d'autres. * ^

« Lorsque de la chair à l'esprit j'eus monté , et que ma vertu et ma beauté se furent accrues **, je lui plus moins et lui fus moins chère :

«Il engagea ses pas dans une route trompeuse, poursuivant de fausses images du bien, qui ne tiennent pas ce qu^elles promettent ;

c Et point ne me senit d'obtenir les inspirations par lesquelles, et en songe et autrement, je le rappelai; tant il en eut peu de souci.

486 CANTO TRENTESIMO.

*® Tanto gîù cadde, che tutti argomenti Alla Balute sua eran gîà corti , Fuor che mostrargli le perdule gentl.

^ Per questo visitai V uscio de' raorti , E a colui che Y ha quassù condotto, Li prieghi miei, piangendo , furon pmiL

^^ L* alto fato dî Dio sarebbe rotto , S@ Lete si passasse , e tal vivanda Fosse gustata senz' alcuno scotto

Di pentiinento che lagrime spanda.

«Si bas il tomba, que, pour le sauver, nul autre moyen ne restait que de lui montrer la race perdue.

«Pour cela, je visitai la demeure des morts, et ù celui qui ici-haut l'a conduit, pleurant je fis porter mes prières. .

«De Dieu serait rompu le suprême décret, si Ton passait le Léthé , et que l'on goutàt d'une telle nourriture 2^, sans avoir, en paiement,

€ Versé des larm3s de repentance. »

CANTO TRENTESIMOPRIMO

0 tu , che se' di là dal fmme sacro

( Volgendo suo parlare a me per punta,

Che pur per taglio m' era parut' acre) ,

Bicominciô , seguendo senza cunta, Di , dl , se quest' è vero : a ianta accusa .Tua confession conviene esser congîunta.

* Era la mia virlù tanto confusa ,

Che la voce si mosse, e pria si spense Che dagli organi suoi fosse dischiusa.

* Pôco sofferse ; poi disse : Che pense? Rispondi a me ; chè le memorie triste In te non sono «ncor dalFaçqua offense.

* Confusîone e paura insieme miste

Mi pinsero un tal si fuor délia bocca , Al quale intender fur mestier le viste.

Tournant vers moi la pointe de son parler^ dont le tranchant même m'avait paru poignant ^ : c O toi qui es au delà du fleuve sacré , »

Poursuivit-elle sans retard, «dis, dis, si cela est vrai ; à une si grave accusation , il convient que ta confession se joigne. »

Tellement confus étais-je en moi-même, qu'essayant de parler, ma voix s'éteignit avant de passer mes lèvres.

Elle attendit un peii, pds elle dit : « Que.penses-tu? Réponds^moi. Les eaux ^ n'ont pas encore effacé en toi les tristes souvenirs. »

La honte et la pemr, ensemble mêlées, poussèrent hors de mÀ bouche un « oui » tel , que, pour l'entendre» il fut besoin de la vue K

410 CANTO TRENTESIMOPRIMO.

® Corne balestro frange , quando scocca Da troppa tesa la sua corda e Tarco , E con men foga l'asta il segno tocca;

^ Si scoppiaMo sott'esso grave carco , Fuori sgQfgando lagrime e i^spiri , E la voce allentô per lo suo varco.

® Ond'ella a me : Per entro î miei disiri , Che ti menavano ad amar lo bene Di là dal quai non è a che s' aspiri ,

^ Q^ai fosse attraversate , o quai catew Trovasti, perché del passare innanzi Dovessiti cosi spogliar la spene ?

*^ E quali agevolezzie, o quali avanzi NçUa fronte degU altri si mostriaro ^ Perché dovessi lorpasseggjare au^i?

^4 Dopo la tratta d' un sospiro amaro, A pena efcbi la voce chp rispose , E le labbra a fatica la formaro.

^* Piangendp dis^ ; Le presep'jl çose Colfale^ lor pifteep vo]$pr niiçi p.wsi, Tosto che 'I vostro vi3Q si nft^KîOiSQ* .

^^ Ed ella : Se tacessî, 0 8$ oeg^ssti CÎ6 ch© çonfessi, npnforanoennç^t^ .

La colpa tua : da tal giudice ^s^i.

CHANT TRENTB-UNfÈMB. «I

Comme Tarbalète trop tendue , quand part la déj tente, rompt ta owia et Tare, et avw moine de force

le trait touche le 1^ ; . .

Ainsi éclatai -je sous cette pesante charge , épanchant au dehors larmes et ^upirs , et la voix s'arrêta au passage.

D:où elle à moi i «A inea 4é«ifP, qui te eoiîduisaient à Tamour du hm \ mx ^qW duquel il n'e^t rien à quoi Ton aspire ,

« Qu'as- tu trouvé qui s'opposât, quels fossés, quelles chaînes, pour quoi d'aller plus avant tu dusses ainsi refiOBcer à l'e^péra^pe?

« Et quels charmes ou que)£^ av^nt^geç t'ont montrés les autre!if>, que» par eux» tu dusse» être attiré? »

Après avoir pouwé un SQupîr amer, h peine eus -je assez de voix peur répopdre, et avec fatigue les lèvres la forn^ferept

Pleurait, je 4i9 ; -^ ^^^ «hoaoB présentes, avec leur faux pl^fs^F, attirèrent m^a pa# « ^itôt que se cacha votre visage.

Et elle : « $Hu (ivaî$ tu ou nié ce que tu eonfesses , ta coulpe n'^ serait pa9 moins connue : la sait le souverain Juge.

44S CANTO TRENTESIMOPRIMO.

^^ Ma quando scoppia dalla propria gota L' accusa del peccato , in nostra corte , Rivolge se contra il taglio la rota.

** Tattavia, perché me* vergogna porte Del tuo erfore, e perché altra volta Udendo le sirène sle più forte,

*• Pon gîù il semé del piangere , ed ascolta ; Si udirai corne in contraria parte Muover doveati mia carne sepolta.

^7 Mai non f appresentô natura ed arte Piacer, quanto le belle membra in chMo Rinchiusa fui, e che son terra sparte :

^* E se il sommo piacer si ti fallio Per la mia morte, quai cosa mortale Dovea pw trarre te nel suo disio î

^* Ben ti dovevi, per lo primo strale Délie cose fallaci, levar suso Diretr'a me che non era più taie.

*• Non ti dovea gravar le peftne in giuso, Ad aspettar più colpi, o pargoletta, O altra vanità con si brev'uso.

*^ Nuovo augeletto due o tre aspetta ; Ma dinanzi dagli occhi de' pennuti Rete si spiega indarno, o si saetta.

CHANT TRENTE-UKlfiME. 413

«Mais quand, de sa propre boudie, le pécheur s'accuse, en notre cour la roue tourne contre le tranchant •.

«Mais pour que tu rougisses maintenant de ton erreur, et pour qu'une autre fois tu sois plus fort contre la voix de la Sirène,

« Mets bas la semence de tes pleurs^, et écoute : tu entendras comment, dans la voie contraire, devait te faire entrer ma chair ensevelie.

c Jamais la nature ou Tart ne t'offrit un plaisir égal à celui que te causait la vue des beaux membres dans lesquels je fus renfermée, et qui, dispersés, ne sont que terre.

c Et si, par ma mort, ce plaisir suprême te trompa , quelle chose mortelle devait désormais t'inspirer du désir?

«Bien devais-tu, blessé une première fois parles choses trompeuses, t'élever plus haut derrière moi, qui n'étais plus telle :

c Point ne devais-tu abaisser tes ailes pour attendre d'autres coups, ou d'une jeune fille, ou de quelque autre vanité d'un si court usage.

c Le petit oiseau, nouvellement éclos, attend ^ deux ou trois fois ; mais à ceux emplumés déjà , en vain tend-on des rets, et lance-t-on des flèches. »

ili CANTO TRENTE5IM0PRIM0.

" Quale i fanciulli vergognando muti , Con gli occhi a terra, stannosi ascoltando« E se riconoscendo, e ripent uti ;

'* Tal mijstav'io. Ed ella disse : Quando Perudir se' dolente ^ alza la barba ^ E^renderai più doglia riguardanda*

'* Con men di resistenza si dibarba Robusto cerro, ovvero a nostrai vento, Ovvero a quel délia terra di larba»

2ô ChMo non levai al suo comando il msnto : E quando per la barba il viso chiese , Ben conobbi il velen dell' argomentû.

^^ E corne la mia faccia si distese , Posarsi quelle prime créature Da loro aspersion l' occhio comprese.

27 E le mie luci , ancor poco sicure , Vider Béatrice volta in su la fiera , Ch'è sola una persona in duo nature*

28 Sotto suo vélo, ed oltre la riviera Verde, pareami più se stessa antica Vincer, che Taltre qui quand' ella c'era*

P Di penter si mi punse ivi l'ortica, Che di tutt' altre cose , quai mi torse Più nel suo amor, più mi si fe nimica.

Tels qu'écoutant, les enfants se tiennent, honteux et muetè, les yeiiX à terre, se reconnaissant et se repentant ;

Tel me tenais-je, et elle in3 dit : « Puisque entendre seulement t'afflige, lève la barbe, et plus encore tu t* affligeras en regardant. »

Avec moins de résistance déracine • un chêne robuste ou notre vent, Ou celui de la terre d'Iarbe,

Qu'à son commandement je ne levai le menton : et quand par la barbe elle désigna le visage, bien connus-je le venin ^^ dé rargumeilt.

Et lorsque ma face se releva, Tœil comprit ^^ que

ces premières créatures avaient suspendu leur aspersion ^2 ;

Et mes yeux, encore peu assurés, virent Béatrice tournée vers l'animal qui est une seule personne en deux natures**.

Au delà du vert ruisseau*^, sous son voile, elle se vainquait elle-même, dans sa beauté présente, plus qu'autrefois ici les autres.

Là tellement me piqua l'ortie du repentir, que de toutes les autres choses, celle qui me détourna le plus dans son atnour, je h pris le plus en haine.

146 CANTO TRENTESIlfOPRIlfO.

^ Tanta riconoscenza il cuor mi morse , Ch'io caddi vioto , e quale allora femmi , Saisi colei che la cagion mi porse.

•4 Poi , quando il cor virtù di fuor rendemmi • La Donna ch'io avea trovata sola, Sopra me vidi , e dicea : Tiemmi, tiemmL

** Tratto m' avea nel fiurae infinp a gola, E, tirandosi me dietro, sen giva Sovresso Tacqua, lieve corne spola.

** Quando fui presso alla beata riva » Asperges me si dolcemente udissi , Ch'io nol so rimembrar, non ch*io lo scriva.

** La bella donpa nelle braccia aprissi , Abbracciommi la testa, e mi sommerse, Ove convenne ch'io Tacqua inghiottissi :

** Indi mi toise, e bagnato m'offerse Dentro alla danza délie quattro belle , E ciascuna col braccio mi coperse.

^ Noi sem qui ninfe, e nel ciel semo stelle ; Pria che Béatrice discendesse al mondo , Fummo ordinale a lei per sue ancelle.

•^ Menrenti agli occhi suoi ; ma nel giocondo Lume ch'è dentro, aguzzeran li tuoi Le tre di là, che miran più profondo.

Un remords si vif me déchira le cœur, que je tombai vaincu; et ce qu'alors je devins, le sait celle de qui en venait la cause.

Puis, lorsqu'une vertu du dehors m'eut ranimé le cœur, je vis au-dessus de moi la Dame que j'avais trouvée seule *5 ; elle disait : « Tiens-moi, tiens-moi. »

Elle m'avait amené dans le fleuve jusqu'à la gorge, et me tirant après elle dessus l'eau, elle allait légère comme une navette.

Quand je fus près de l'heureuse rive. Asperges me^^ si doucement j'entendis chanter, que non-seulement le peindre, mais me le remémorer même je ne saurais.

La belle dame ouvrit les bras, et m'embrassant la la tête, me plongea où il convenait que je busse l'eau :

Ensuite elle me retira, et tout humide m'introduisit dans la danse des quatre belles ^7; et chacune d'un bras m'enlaça.

«Nymphes ici nous sommes, et dans le ciel nous sommes étoiles; avant que Béatrice descendît du ciel, nous lui fûmes destinées pour servantes.

« Nous te mènerons devant ses yeux; mais aiguiseront les tiens, pour qu'ils pénètrent dans la lumière qui en eux brille, les trois de l'autre côté^^, qui voient plus avant. »

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