II
82 CANTO SETTIMO.
^ 0 gloria de 'Latin, disse, per cui Mostro cio che potea la lingua nostra : 0 pregio eterno del loco ond' io fui ,
Quai merito o quai grazia mi ti mostra? S'io son d'udir le tue parole degno, Dimini se vien d' Inferno , e di quai chiostra.
8 Per tutti i cerchi del dolente regno , Rispose lui , son io di qua venuto :
Virtù del ciel mi mosse , e con lei vegno :
^ Non per far, ma per non fare, ho perduto Di veder l' alto Sol che tu disiri , E che fu tardi da me conosciuto.
^^ Luogo è laggiù non tristo da martiri , Ma di ténèbre solo, ove i lamenti Non suonan corne guai , ma son sospiri.
^^ Quiyi sto io co' parvoli innocenti, Da' denti morsi délia morte, avante Che fosser dall' umana colpa esenti.
^2 Quivi sto io con quei che le tre santé Virtù non si vestiro, e senza vizio Conobber l'altre, e seguir tutte quante.
** Ma se tu sai e puoi, alcuno indizio Dà noi , perche venir possiam piii tosto Là dove il Purgatorio ha dritto inizio.
«0 gloire des Latins, dit-îl, par qui notre langue montra ce qu'elle pouvait, honneur étemel du lieu d'où je fus,
A quel mérite ou à quelle grâce dois-je de te voir? Si je suis digne d'entendre tes paroles , dis-moi si tu viens de l'Enfer, ou de quelle demeure. »
— A travers tous les cercles du royaume douloureux , répondit Virgile , je suis ici venu : une vertu du Ciel me mut , et avec elle je vais.
Non pour ce que j'ai fait, mais pour ce que je n'ai pas fait, suis -je privé de voir le haut Soleil que tu désires , et qui trop tard de moi fut connu.
L'a, en bas, est un lieu qu'attristent non les tourments , mais les ténèbres seules , où les lamentations ne résonnent point comme des hurlements , mais sont des soupirs.
Là suis-je avec les petits innocents, que de ses dents mordit la mort, avant qu'ils fussent délivrés de la coulpe humaine ^ ;
Là suis-je avec ceux qui ne se revêtirent point des . trois saintes vertus ^, et qui , exempts de vice , connurent les autres et les pratiquèrent toutes.
Mais, si tu le sais et le peux, indique-nous par où nous pourrons le plus tôt venir là où commence vraiment le Purgatoire.
84 CANTO SETTIMO.
^^ Rispose : Luogo certo non c' è posto : Licito m'è andar suso ed intorno : Per quanto ir posso, a guida mi t'accosto.
*5 Ma vedi già corne dichina il giorno, E andar su di notte non si puote ; Per6 è buon pensar di bel soggiorno.
*^ Anime sono a destra qua remote :
Se '1 mi consenti , menerotti ad esse, E non senza diletto ti fien note.
*7 Com' è ciô ? fu nsposto : chi volesse Salir di notte , fora egli impedito D' altrui ? ovver saria che non potesse ?
*^ E il buon Sordello in terra fregô '1 dito Dicendo : Vedi , sola questa riga Non varcheresti dopo '1 Sol partito :
^^ Non perô che altra cosa desse briga, Che la notturna tenebra , ad ir suso : Quella col non poter la voglia intriga.
20 Ben si poria con lei tomare in giuso, E passeggiar la costa intorno errando, Mentre che l' orizzonte il di' tien chiuso.
2^ Allora il mio Signer, quasi ammirandp : Menane, disse, dunque là 've dici .
Ch'aver si puo dîletto dimorando.
11 répondit : « Nul lieu particulier ne nous est assigné ; il m'est pennis d'aller là -haut et alentour; aussi loin que je le pourrai , je serai ton guide.
« Mais vois déjà comme le jour décline , et monter de nuit ne se peut ; ainsi il est bon de penser à un gîte commode.
« A droite sont des âmes là retirées : si tu y consens jeté conduirai vers elles, et non sans plaisir les connaîtras-tu. »
— Comment cela? fut-il répondu. Qui voudrait monter de nuit , l'en empêcherait -on ? ou ne le pourrait-il?
Le bon Sordello traça du doigt une ligne à terre , disant : a Vois, seulement cette ligne, tu ne la franchirais pas , après le départ du soleil :
« Non qu'autre chose t'empêchât de monter que les ténèbres de la nuit : avec la puissance elles ôtent le vouloir.
« Elles pennettraient cependant de redescendre et de parcourir la côte , en errant çà et là , pendant que l'horizon est fermé au jour. »
Alors mon Seigneur, comme étonné : — Conduisnous donc, dit -il, là où tu dis qu'avec plaisir on peut séjourner.
86 CANTO SETTIMO.
22 Poco allungati c'eravam di lici,
Quand' io m'accorsi che '1 monte era scemo, A guisa che i valloni sceman quici.
2* Cola, disse quell' ombra, n'anderemo Dove la costa face di se grembo , E quivi '1 nuovo giorno attenderemo.
2^ Tra erto e piano era un sentiero sghembo , Che ne condusse in fianco délia lacca , Là dove più ch' a mezzo rauore il lembo.
25 Oro ed argento fine e cocco e biacca , I Indico legno lucido e sereno,
Fresco smeraldo in l'ora che si fiacca,
2« Dall'erba e dalli fior dentro a quel seno > Posti , ciascun saria di color vinto ,
* Come dal suo maggiore è vinto il meno.
27 Non avea pur natura ivi dipinto, Ma di soavità di mille odori Vi faceva un incognito indistinto.
28 Salve Regina in sul verde e in su' fiori Quindi seder cantando anime vidi , Che per la valle non parean di fuori.
29 Prima che '1 poco sole omai s'annidi, Cominciô '1 Mantovan che ci avea volti , Tra color non vogliate ch'io vi guidi.
Peu loin de là nous étions, quand je m'aperçus que le mont était creusé, comme sont ici creusés les vallons.
tNous irons, dit l'ombre, là où la côte forme un enfoncement , et nous y attendrons le jour nouveau. »
Entre la montée et le terrain uni était un sentier tortueux , qui nous conduisit au flanc du vallon , là où plus d'à moitié le limbe meurt ^.
L'or et l'argent fin, et la pourpre, et la céruse, le bois d'Inde poli et brillant, la fraîche émeraude, alors qu'elle se brise ^,
Près de l'herbe et des fleurs de cette enceinte seraient vaincues d'éclat , comme par une chose plus grande est vaincue une moindre.
La nature ici n'avait pas seulement peint , mais de mille odeurs suaves s'y formait un parfum vague et inconnu.
Salve Regina , je vis chantant , assises sur la verdure et sur les fleurs, des âmes que, d'en dehors de la vallée , on ne découvrait pas.
«Avant que se cache le peu de soleil qui reste, commença le Mantouan qui nous avait conduits, ne veuillez pas que parmi ceux-là je vous guide.
88 CANTO SETTIMO
*^ Da questo balzo meglio gli atti e i volti Conoscerete voi di tutti quanti , Che nella lama giii tra essi àccolti.
** Colui che più sied' alto, ed ha sembianti D'aver negletto ci6 che far dovea, E che non muove bocca agli altrui canti ,
*2 Ridolfo imperador fu , che potea Sanar le piaghe c'hanno Italia morta.
Si che tardi per altri si ricrea.
** L'altro, che nella vista lui conforta, Resse la terra dove V acqua nasce , Che Molta in Albia, ed Albia in mar ne porta :
*^ Ottachèro ebbe nome, e nelle fasce Fu raeglio assai che Vincislao suo figlio Barbuto, cui lussuria ed ozio pasce.
*^ E quel Nasetto, che stretto a consiglio Par con colui c'ha si benigno aspetto, Mori fuggendo e disfiorando il giglio :
*^ Guardate là, come si batte il petto. L'altro vedete c'ha fatto alla guancia Délia sua palma, sospirando, letto.
*7 Padre e suocero son del mal di Francia : Sanno la vita sua viziata e lorda , E.quindi viene il duol che si li lancia.
« De ce tertre mieux discernerez-vous la contenance et le visage de tous ceux qui, en bas, dans le vallon sont rassemblés.
c Celui qui est assis le plus haut, et paraît avoir négligé ce qu'il devait faire , et dont la bouche est muette au chant des autres ,
• Fut l'empereur Rodolphe ^, lequel pouvait guérir les plaies qui ont tué l'Italie , tellement que tard par d'autres sera-t-elle ranimée.
t Celui qui du regard le conforte , régit la terre ® d'où sortent les eaux qui wse jettent dans l'Elbe, et l'Elbe les porte à la mér.
t Ottocar fut son nom , et dans les langes il valut mieux de beaucoup que, barbu, son fils Venceslas ^, qui s'engraisse dans la luxure et l'oisiveté.
« Et ce nez court; ^^ en conseil étroit avec celui d'aspect si doux^*, mourut en fuyant et déflorant le lis.
« Regarde comme il se frappe la poitrine , et vois l'autre qui, en soupirant, a fait de sa main une couche à sa joue.
« Père et beau -père ils sont du mal de la France ^^ ; ils connaissent leur vie corrompue et souillée , et de là vient la douleur qui les poind.
90 CANTO SETTIMO.
*8 Quel che par si membruto, e che s'accorda Cantando con colui dal maschio naso, D'ogni valor porto cinta la corda.
*^ E se re dopo lui fosse rimaso Lo giovinetto che rétro a lui siede, Bene andava il valor di vaso in vaso ;
^^ Che non si puote dir deiraltre rede, Jacomo e Federigo hanno i reami :
Del retaggio miglior nessun possiede.
^^ Rade volte risurge per li rami L'umana probitate : e questo vuole Quei che la dà , perché da lui si chiami.
^2 Anco al Nasuto vanno mie parole
(Non men ch' ail' altro, Pier, che con lui canta) Onde Puglia e Proenza già si duole.
^* Tant' è del semé suo minor la pianta , f Quanto, più che Béatrice e Margherita,
Costanza di marito ancor si vanta,
^ Vedete il re délia semplice vita Sederlà solo, Arrigo d' Inghilterra ; Questi ha ne' rami suoi migliore uscita.
^5 Quel che più basso tra costor s'atterra, Guardando in suso, è Guglielmo marchese, Per cui e Alessandria e la sua guerra
Fa pianger Monferrato e il Canavese.
t Celui qui paraît si robuste de membres ^*, et qui en chantant*^ s'accorde avec l'autre au nez mâle ^^, fut ceint de toute valeur,
« Et si roi après lui fût demeuré l'adolescent assis derrière lui ^^, la valeur se serait transmise de vase en vase :
« Ce qui ne peut se dire des autres héritiers. Jac- I ques et Frédéric possèdent les royaumes: aucun de l'héritage n'a la meilleure part ^'^.
« Rarement se reproduit dans les rameaux l'humaine L vertu ; et ainsi le veut celui qui la donne , afin qu'à lui I on la rapporte.
« Au grand nez ^^, aussi bien qu'à Pierre qui avec lui chante , s'appliquent mes paroles : de lui déjà se i plaignent la Fouille et la Provence ^^
« La plante née de sa semence est autant inférieure à lui , que plus que Béatrice et Marguerite , de son ^ époux se glorifie Constance ^^.
« Voyez le roi de la vie simple, Henri d'Angleterre 2^, assis là seul : celui-ci a dans ses rameaux une meilleure issue 22.
«L'autre qui plus bas, entre ceux-là, gît à terre, regardant en haut, est Guillaume le marquises, pour qui Alexandrie et sa guerre
\ « Font pleurer Montferrat et le Canavese.
CANTO OTTAVO
^ Era già l' ora che volge il disio Ai naviganti e intenerisce il core, Lo di'c'han detto a'dolci amici addio ;
2 E che lo novo peregrin d' amore Punge, se ode squilla di lontano, Che paia il giorno pianger che si muore :
^ Quand' io incominciai a render vano L' udire , ed a mirare una dell' aime Surta, che Tascoltar chiedea con mano.
^ Ella giunse e levô ambo le palme , Ficcando gli occhi verso l'oriente, Come dicesse a Dio : D'altro non calme.
^ Te lucis ante si divotamente
Le usci di bocca , e con si dolci note, Che fece me a me uscir di mente.
11 était déjà l'heure qui des navigants attendrit le cœur, et tourne le désir vers le jour où ils dirent à leurs- doux anais adieu ,
Et d'amour aiguillonne le voyageur nouveau, si dans le lointain il entend la cloche qui semble pleurer le jour mourant.
Lorsque je commençai à tendre vainement l'ouïe , et je vis une des âmes qui , debout , de la main demandait qu'on r écoutât.
Elle vint et leva les deux mains , fixant les yeux vers l'Orient, comme si elle eût dit à Dieu : «De toi seul j'ai souci. »
« Te lucis anle ^, » si dévotement proféra sa bouche, et avec une si douce mélodie , que j'en fus hors de moi.
94 CANTO OTTAVO.
• E Taltre poi dolcemente e divote Seguitar lei per tutto l'inno intero, Avendo gli occhi aile superne ruote.
Aguzza qui, lettor, ben gli occhi al vero, Chè il velo è ora ben tanto sottile, Certo, che '1 trapassar dentro è leggiero.
® l'vidi quelle esercito gentile Tacito poscia riguardar in sue , Quasi aspettando pallido ed umile :
^ E vidi uscir deiralto, e scender giue Due angeli con duo spade affocate, Tronche e private délie punte sue.
*^ Verdi, corne fogliette pur mo nate, Erano in veste, che da verdi penne Percosse traén dietro e ventilate,
*^ L'un poco sovr'a noi a star si venue, E r altro scese nell' opposta sponda , SI che la gente in mezzo si contenne.
^2 Ben discerneva in lor la testa bionda ; Ma nelle facce Y occhio si smarria , Corne virtù ch'a troppo si confonda.
** Aiiabo vegnon del grembo di Maria, Disse Sordello, a guardia délia valle, Per lo serpente che verra via via.
Et d'autres ensuite , avec la même douceur et la même dévotion, la suivirent durant l'hymne entière, les yeux élevés vers les sphères célestes.
Ici , lecteur, arrête bien ta vue sur le vrai ; si mince est le voile, qu'aisé certes est-il de pénétrer au dedans 2.
Je vis cette noble troupe, silencieuse regarder en haut, comme en attente , pâle et humble ;
Et d'en haut je vis sortir et descendre deux Anges, avec deux épées de feu , tronquées et sans pointe.
Comme des feuilles tendres qui viennent de naître , verts étaient leurs vêtements, qui, frappés par de vertes pennes , derrière eux se déroulaient et flottaient au vent.
L'un vint se poser un peu au-dessus de nous , et l'autre descendit sur le bord opposé ; de sorte qu'entre eux étaient les ombres.
Bien distinguait-on leur tête blonde, mais les faces éblouissaient l'œil , comme le trouble un trop vif éclat.
tTous deux, dit Sordello, viennent du sein de Marie , pour garder la vallée , à cause du serpent qui bientôt va venir. »
96 CANTO OTTAVO.
*^ Ond'io che non sapeva per quai calle. Mi volsi intorno, e stretto m'accostai Tutto gelato aile fidate spalle.
^^ E Sordello anche : Ora awalliamo omai Tra le grandi ombre, e parleremo ad esse : Grazioso fia lorvedervi assai.
^6 Solo tre passi credo ch'io scendesse, E fui di sotto, e vidi un che mirava Pur me , corne conoscer mi volesse.
*^ Tempo era già che Taer s'annerava, Ma non si , che tra gli occhi suoi e' miei Non dichiarasse ciô che pria serrava :
^^ Ver me si fece , ed io ver lui mi fei : Giudice Nin gentil , quanto mi piacque , Quando ti yidi non esser tra' rei !
*^ Nullo bel salutar tra noi si tacque : Poi dimandô : Quant' è che tu venisti Appiè del monte per le lontane acque ?
20 Oh ! dissi lui, per entro i luoghi tristi Venni stamane, e sono in prima vita, Ancor che l' altra si andando acquisti.
2^ E come fu la mia risposta udita , Sordello ed egli indietro si raccolse , Come gente di subito smarrita.
Sur quoi; moi qui ne savais par quel sentier, je regardai autour, et tout glacé me serrai contre le Guide fidèle.
Et Sordello reprit : « Descendons maintenant parmi les grandes ombres, et nous leur parlerons : trèsagréable il leur sera de vous.voir. »
Lorscpie j'eus descendu trois pas seulement, je crois , je fus en bas , et j'en vis un qui me regardait , comme cherchant à me reconnaître.
C'était le temps où l'air déjà s'obscurcissait, mais non tant qu'il ne me laissât voir ce qu'il cachait auparavant ^
Vers moi il s'avança, et je m'avançai vers lui : Noble juge Nino^, quelle joie ce me fut quand je vis que point tu n'étais parmi les criminels !
Nul salut honorable entre nous ne fut omis ; puis il me dit : « Depuis combien de temps es -tu venu au pied du mont , par les lointaines eaux ?
— Oh ! lui dis-je , à travers les lieux tristes ce matin je suis venu , et je suis dans la première vie , encore que l'autre ainsi allant j'acquière. »
A peine ma réponse fut- elle ouïe, que Sordello et lui se murent en arrière, comme celui qui subitement se trouble.