‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 3)Chapitre 4 sur 86 · II · texte numérisé non relu

II

98 CANTO OTTAVO.

22 L'uno a Virgilio, e Taltro ad un si volse Che sedea li, gridando : Su, Currado, Vieni a veder che Dio per grazia volse.

2* Poi volto a me : Per quel singular grado, Che tu dèi a colui , che si nasconde.

Lo suo primo perché, che non gli è guado,

2A Quando sarai di là dalle larghe onde, D\ a Giovanna mia, che per me chiami Là dove agl'innocenti si risponde*

25 Non credo che la sua madré più m* ami , Poscia che trasmutô le blanche bende, Le quai convien che misera ancor brami.

2« Per lei assai di lieve si comprende, Quanto in femmina fuoco d'amor dura, Se r occhio o il tatto spesso nol raccende.

27 Non le farà si bella sepoltura La vipera che il Milanese accampa, Com'avria fatto il gallo di Gallura.

2S Cosi dicea, segnato délia stampa Nel suo aspetto di quel dritto zelo, Che misuratamente in core avvampa.

2^ Gli occhi miei ghiotti andavan pure al ciélo, Pur là dove le stelle son più tarde, Si come ruota più presso allô stelo.

L'un vers Virgile, et l'autre vers une ombre assise là, se tourna, criant : «Debout, Conrad ^1 viens voir ce que Dieu par sa grâce a voulu. »

Puis vers moi se tournant : «Par cette gratitude singulière que tu dois à celui qui tellement cache son motif premier, qu'on ne le saurait atteindre,

«Quand tu seras de l'autre côté des larges ondes, dis à ma Giovanna ^ qu'elle demande pour moi là où aux innocents on répond.

«Je crois que plus ne m'aime sa mère, depuis qu'elle a quitté le blanc bandeau ^ qu'elle devra , malheureuse , désirer encore.

« Par elle, on comprend aisément combien peu dans la femme dure le feu d'amour, si l'œil ou le tact souvent ne le rallume.

« Ne lui fera si belle sépulture la vipère en champ ^ des Milanais, que la lui aurait faite le coq de Gallura ®. »

Ainsi disait-il , portant sur son visage l'empreinte de cette pure flamme qui dans le cœur brûle avec mesure.

Mes yeux avides parcouraient le ciel, là où plus lentes sont les étoiles , comme une roue plus près de Taxe.

400 CANTO OTTAVO.

*^ E il Duca mio : Figliuol, che lassù guarde? Ed io a lui : A quelle tre facelle, Di che il polo di qua tutto quanto arde.

*^ Ed egli a me : Le quattro chiare stelle Che vedevi staman, son di là basse, E queste son salite ov' eran quelle. '

*2 Com'ei parlava, e Sordello a se M trasse Dicendo : Vedi là '1 nostro avversaro ; E drizzô '1 dito, perché in là guatasse.

^^ Da quella parte , onde non ha riparo La picciola vallea, era una biscia, Forse quai diede ad Eva il cibo amaro.

*^ Tra l'erba e i fior venia la mala striscia, Volgendo ad or ad or la testa, e il dosso Leccando corne bestia che si liscia.

** Io nol vidi, e perô dicer nol posso, Corne raosser gli astor celestiali, Ma vidi bene e l'uno e l'altro mosso.

*® Sentendo fender Taere aile verdi ali, Fuggio'l serpente, e gli Angeli dier volta Suso aile poste rivolando iguali.

*7 L'ombra che s' era al giudice raccolta, Quando chiamô, per tutto qucU'assalto Punto non fu da me guardare sciolta.

CHANT HUITIÈME. loi

Et le Guide : — Mon fils, que regardes- tu là-haut? Et moi à lui : — Ces trois flambeaux , par lesquels le pôle est tout en feu.

Et lui à moi : — Les quatre brillantes étoiles que tu voyais ce matin sont là en bas, et où elles étaient celles-ci ont monté.

Comme il parlait , Sordello à soi le tira , disant : « Vois là notre adversaine. » Et il leva le doigt pour diriger son regard.

Du côté où n'a point de rempart la petite vallée était une couleuvre, celle peut-être qui oflrit à Eve la nourriture amère.

Entre l'herbe et les fleurs venait le méchant reptile , ramenant de fois à autre la tète sur le dos, comme une bête qui se lisse.

Je ne vis point , et partant ne puis dire comment se murent les autours célestes *^ ; mais bien vis-je l'un et l'autre en mouvement.

Oyant les vertes ailes fendre l'air, le serpent prit la fuite, et, d'un vol égal, en haut à leur poste, les Anges revinrent.

L'ombre qui s'était approchée du juge lorsqu'il l'appela, pendant tout cet assaut ne cessa point de me regarder.

102 CANTO OTTAVO.

^^ Se la lucerna che ti mena in alto Trovi ne! tuo arbitrio tanta cera, Quant' è mestiero infino al sonuno smalto,

^^ Comincio ella , se novella vera Di Valdimagra, o di parte vicina • I • Sai, dilla a me, che già grande là era.

^^ Chiamato fui Gurrado Malaspina :

I Non son Y antico , ma éii lui discesi :

A'miei portai l'amor che qui raffina.

^* 0 ! dissi lui, per li vostri paesi Giammai non fui ; ma dove si dimora Per tutta Europa, ch'ei non sien palesi?

^2 La fama che la vostra casa onora, Grida i signori , e grida la contrada , Si che ne sa chi non vi fu ancora.

^^ Ed io vi giuro, s' io di sopra vada, Ghe vostra gente onrata non si sfregia Del pregio délia borsa e délia spada,

' ^^ Uso e natura si la privilégia ,

Ghe, perché il capo reo Io monde torca , Sola va dritta, e il mal cammin dispregia.

I • ^^ Ed egli : Or va, chè il Sol non si ricorca.

Sette volte nel letto che il Montone Gon tutti quattro i piè copre ed inforca ,

CHANT HUITIËME. 103

« Que la lampe qui te conduit en haut trouve en ton libre arbitre autant de cire qu'il en est besoin ^*, pour que tu parviennes jusqu'au sommet du céleste émail ^2, »

Commença-t-elle. « Si de Valdimagra*^ ou des lieux voisins tu sais quelque nouvelle vraie , dis-la-moi ; car jadis là je fus grand.

« On m'appelait Conrad Malaspina ; je ne suis pas l'ancien , mais de lui je descendais : j'eus pour les miens l'amour qui s'épure ici. »

— Oh ! lui dis -je , dans votre pays je n'allai jamais ; mais de qui , en Europe , n'est-il point connu ?

La renommée qui célèbre votre maison, a porté le nom des seigneurs et le nom de la contrée à ceux mêmes qui n'y furent jamais.

Et, par le désir que j'ai d'aller là-haut, je vous jure I qu'en votre race honorée se perpétue le lustre de la 1 bourse ^^ et de l'épée.

De coutume et de nature tellement est- elle privilégiée, que, lorsque le monde vers le mal tourne la tète, seule elle va droit, et méprise le mauvais chemin.

Et lui : «Le soleil ne se couchera pas sept fois dans le lit que de ses quatre pieds le Bélier couvre et enserre *^,

104 CANTO OTTAVO.

^6 Che cotesta cortese opinione Ti fia chiavata in mezzo délia testa Con maggior chiodi che d'altrui serraone;

Se corso di giudicio non s' arresta.

« Qu'en ton chef cette courtoise opinion ne soit clouée avec un plus fort clou que les discours d'autrui*«,

• Si ne s'arrête point le cours du jugement. •

CÂNTO NONO

^ La concubina di Titone antico Già s'imbiancava al balzo d'orienté, Fuor délie braccia del suo dolce amico :

2 Di gemme la sua fronte era lucente, Poste in figura del freddo animale, Che con la coda percuote la gente :

^ E la notte de' passi , con che sale , Fatti avea duo nel loco ov' eravamo , E il terzo già chinava in giuso l'aie;

^ Quand' io che meco avea di quel d'Adamo, Vinto dal sonno, in su l'erba inchinai Là 've già tutti e cinque sedevamo.

^ Neir ora che comincia i tristi lai La rondinella presso alla mattina , Forse a memoria de' suoi primi guai ,

La concubine de l'antique ïiton ^, sortant des bras de son doux ami 2, blanchissait déjà le faîte de rOrient.

Son front resplendissait de gemmes * disposées selon la forme du froid animal qui avec sa queue frappe l'homme ,

Et la nuit en montant avait , au lieu où nous étions, déjà fait deux pas, et, pojur achever le troisième, elle abaissait ses ailes ^,

Lorsque moi, qui avais encore ce que je tenais d'Adam^, vaincu par le sommeil, je m'inclinai sur l'herbe où tous cinq nous étions assis.

A l'heure où , près du matin , l'hirondelle commence ses tristes lais, peut-être au souvenir de ses premières plaintes ^,

^ E che la mente nostra pellegrina

Più dalla carne, e men da'pensier presa, Aile sue vision quasi è divina ;

7 In sogno mi parea veder sospesa Un'aquila nel ciel con penne d'oro, Con r aie aperte , ed a calare intesa :

^ Ed esser mi parea là dove foro Abbandonati i suoi da Ganimede , Quando fu ratto al somme concistoro.

^ Fra me pensava : forse questa fiede Fur qui per uso, e forse d'^altro loco Disdegna di portarne suso in piede.

^^ Poi mi parea che , più rotata un poco , Terribil come folgor discendesse, E me rapisse suso infino al foco.

1^ Ivi pareva ch'ella ed io ardesse, E si r incendie immaginato cosse, Che.convenne che il sonno si rompesse.

*2 Non altrimente Achille si riscosse, Gli occhi svegliati rivolgendo in giro, E non sapendo là dove si fosse ,

^^ Quando la madré da Chirone a Schiro Trafugô lui dormendo in le sue braccia , Là onde poi gli Greci il dipaHiro;

Et OÙ l'âme plus loin de la chair voyage, et moins entravée par le penser, dans ses visions est presque divine ,

En songe il me semblait voir un aigle suspendu dans le ciel avec des pennes d'or, les ailes déployées , et se préparant à descendre ;

Et il me paraissait être là où Ganymède abandonna les siens 7, quand il fut ravi au suprême consistoire.

Et moi je pensais : Peut-être d'habitude giboie-t-il ici, et d'un autre lieu dédaigne-t-il d'enlever sa proie dans ses serres.

Puis il me semblait qu'après avoir décrit quelques cercles , terrible comme le foudre il descendait , et me ravissait en haut jusqu'au feu.

Là je me figurais que lui et moi brûlions , et si cuisante était l'ardeur imaginée , qu'il fallut que le sommeil se rompît.

Comme Achille à soi revint , portant tout autour ses yeux réveillés , et ne sachant où il était ,

Lorsque, endormi dans les bras deChiron, sa mère le fit transporter à Scyros, d'où ensuite les Grecs l'emmenèrent ;

^^ Che ira acofis'io, si corne dalla faccia Mi fuggi M sonno, e diventai smorto, Come fa Tuoin che spaventato agghiaccia.

^^ Da lato m*era solo il mio Conforto, E il Sole er*alto già più di due ore, E il viso m'era alla marina torto.

^^ Non àver tema, disse il mio Signore : Fatti sieur, chè noi siamo a buon punto : Non stringer ma rallarga ogni vigore.

^^ Tu se' ornai al Purgatorio giunto : Vedi là M balzo che il chiude d'intorno ; Vedi Tentrata là 've per disgiunto.

*8 Dianzi, nell'alba che précède al giorno, Quando l'anima tua dentro donnia Sopra li fiori, onde laggiù è adorno,

*® Venue una donna, e disse : l'son Lucia ; Lasciatemi pigliar costui che dorme, Si r agevolero per la sua via.

2<> Sordel rimase, e l'altre gentil forme: Ella ti toise, e come il di'fu chiaro, Sen venue suso , ed io per le sue orme.

21 Qui ti posô : e pria mi dimostraro Gli occhi suoi belli quell'entrata aperta ; Poi ella e il sonno ad una se n'andaro.

Ainsi revins-je à moi , lorsque de ma face s'enfuit le sommeU , et je devins pâle conmie Thomme glacé de peur.

Seul, près de moi était mon Confort, et déjà le soleil avait monté plus de deux heures, et j'avais le visage tourné vers la mer.

— Ne crains point, dit mon Seigneur : sois sur que pour nous tout va bien ; ne resserre pas en toi , mais dilate toute ta force.

Te voici arrivé maintenant au Purgatoire ; vois là le rempart qui le clôt tout autoup, et vois l'entrée là où il paraît disjoint

Avant l'aube qui précède le jour, quand ton âme au dedans dormait sur les fleurs dont la vallée d'en bas est ornée ,

Une dame vint, et dît : « Je suis Lucia ; laissez-moi prendre celui-là qui dort, ainsi je lui rendrai sa route facile. »

Sordello demeura , et les autres gentilles formes : elle te prit , et quand le jour fut clair, vint en haut, et moi sur ses traces.

Ici elle te posa, et ses beaux yeux me montrèrent cette entrée ouverte; puis elle et le sommeil s'évanouirent.

2* A guisa d'uom che in dubbio si raccerta, E che muti in conforto sua paura , Poi che la verità gli è discoverta,

2* Mi cambia'io : e corne senza cura Videmi il Duca mio, su per lo balzo Si mosse, ed io diretro in ver l'altura.

2^ Lettor, tu vedi ben com' io innalzo La mia materia , e perô con più arte Non ti maravigliar s'io la rincalzo.

25 j>foi ci appressammo , ed eravamo in parte, Che là, dove pareami in prima un rotto, Pur com'un fesso che muro diparte,

26 Vidi una porta, e tre gradi di sotto, Per gire ad essa, di color diversi,

Ed un portier che ancor non facea motto.

27 E corne Tocchio più e piii v'apersi, Vidil seder sopra '1 grade soprano, Tal nella faccia, ch'io non lo solfersi :

28 £(j ujja spada nuda aveva in mano Che rifletteva i raggi si ver noi , Ch'io dirizzava spesso il viso invano.

2^ Ditel costinci : che voleté voi ?

Cominciô egli a dire : ov' è la scorte ? Guardate che M venir su non vi noi.

Comme un homme qui doutait et se rassure, et dont la peur se change en confiance , quand il découvre la vérité ,

Ainsi je changeai ; et mon Guide , me voyant sans crainte, monta par le rempart, et moi derrière lui , vers la hauteur.

Lecteur, tu vois bien comme j'élève mon sujet , et partant ne t' étonne point si avec plus d'art je le rehausse ^.

Nous nous approchâmes, et déjà nous étions en un lieu où d'abord il m'avait paru qu'était une brèche , comme la fente d'un mur.

Là je vis une porte, et au-dessous, pour y monter, trois degrés de couleurs diverses, et un portier qui ne disait rien encore.

A mesure que l'œil davantage j'ouvris , je le vis assis sur le plus haut degré, tel de visage que je ne le pouvais supporter.

Il avait à la main une épée nue , qui tellement réfléchissait vers nous les rayons , qu'en vain souvent j'y dirigeais mes regards.

«D'où vous êtes, dites, que voulez- vous? commença-t-il : où est l'escorte ? Prenez garde que monter ne vous nuise. »

ni CANTO NONO.

*^ Donna del Ciel, di queste cose accorta, Rispose il mio Maestro a lui, pur dianzi Ne disse : Andate là , quivi è la porta.

** Ed ella i passi vostri in bene avanzi, Ricominciô il cortese portinaio :

Venite dunque a' nostri gradi innanzi.

*2 Là ne venimmo ; e lo scaglion primaio Bianco marmo era si pulito e terso , Ch'io mi specchiava in esso quale i'paio.

^^ Era il secondo , tinto più che perso , D'una petrina ruvida ed arsiccia, Crepata per lo lungo e per traverso.

*^ Lo terzo che di sopra s' ammassiccia , Porfido mi parea si fiammeggiante, Come sangue che fuor di vena spiccia.

^5 Sopra questo teneva ambo le piante L' Angel di Dio, sedendo in su la soglia , Che mi sembiava pietra di diamante.

*^ Per li tre gradi su di buona voglia Mi trasse il Duca mio, dicendo : Chiedi Umilemente che M serrame scioglia.

^7 Divoto mi gittai a' santi piedi :

Misericordia chièsi , e ch' ei m'aprisse ; Ma pria nel petto tre fiate mi diedi.

— Une DuDP du cki . qui de c«s ch»>?e< « rexpêrieoce, lui rép:4»d:t iix»n Maju>e. tout à Theuiv iXHts ;!i d'A : « Aiiei- là <st ]a porte, »

«Et qu'elle continue de guider vos pas veis le bien! rq>rit le portier courtois;. Venet donc à uiv< degrés. »

Là nous xlnmes. La première marche t^ait de martHie blanc si poli et si lisse, que je m\ vo\ai$ comme en un miroir.

La seconde, plus noire que pourpre, était d'une pierre raboteuse et grillée, brisée en long et en ti*«vers. .

La troisième , qui au-dessus se durcit , me paraissait de porph\Te aussi rouge que le sang qui jaillit ch» la veine.

Sur celle-ci tenait les deux pieds PAnge do Dieii assis sur le seuil , qui me semblait de dianiant.

Par les trois degrés , mon Guide , que volontiers jo suivais , en haut me tira , disant : — Demande humblement qu'il X)uvre la serrure.

Dévotement à ses pieds je me jetai ; par miséricorde je demandai qu'il m'ouvrît; mais, auparavatii, trois fois je me frappai la poitrine.

*s Sette P nella fronte mi descrisse

Col punton délia spada, e : Fa che lavi, Quando se' dentro, queste piaghe, disse.

, *^ Cenere o terra che secca si cavi, D'un color fora col suo vestimento , E di sotto da quel trasse duo chiavi.

^^ V una era d'oro, e l'altra era d'argento : Pria con la bianca, e poscia con la gialla Fece alla porta si ch'io fui contente.

^* Quantunque l'una d'esté chiavi falla, Che non si volga dritta per la toppa, Diss'egli a noi, non s' âpre questa calla.

^2 Più cara è l'una; ma l'altra vuol troppa, D'arte e d'ingegno avanti che disserri, Perch'eirè quella che il nodo disgroppa.

^^ Da Pier le tengo ; e dissemi , ch' io erri Anzi ad aprir, ch'a tenerla serrata, Pur che la gente a' piedi mi s' atterri.

^^ Poi pinse l'uscio alla porta sacrata, Dicendo : Intrate ; ma facciovi accorti Che di fuor torna chi indietro si guata.

^5 E quando fur ne' cardini distorti Gli spigoU di quella regge sacra, Che di métallo son sonanti e forti ,

Sept P^ sur mon front il traça avec la pointe de répée , et : t Quand tu seras au dedans , aie soin de laver ces plaies, i dit-il.

La cendre, ou la teiTe sèche qu'en creusant on retire , serait de même couleur que son vêtement : de dessous il tira deux clefs.

L'une était d'or, et l'autre d'argent *^^ La blanche d'abord, ensuite la jaune il approcha de la porte, de manière que je fus content ^*.

« Lorsqu'une de ces clefs s'embarrasse et ne tourne point dans la gâche , nous dit-il, ce sentier ne s'ouvre point.

« L'une est plus précieuse , mais l'autre exige beaucoup d'art et d'industrie pour ouvrir , parce que c'est elle qui délie le nœud.

« De Pierre je les tiens ; et il me dit d'errer plutôt en ouvrant la porte qu'en la tenant fermée , pourvu qu'à mes pieds on se prosternât ^2. >

Puis il poussa l'huis vers la partie sacrée *^, disant : « Kntrez ; mais je vous avertis que dehors retourne qui regarde en arrière. »

Et lorsque, sur les gonds de métal solide et sonore, eurent roulé les vantaux de cette porte sainte ,

^^ Non ruggio si , ne si mostrô si acra Tarpeia, corne tolto le fu il buono Metello, per che poi rimase macra.

^^ lo mi rivolsi attento al primo tuono , E , Te Deum laudamus, mi parea Udir in voce mista al dolce suono.

^ Taie imagine appunto mi rendea Ci6 ch'i'udiva, quai prender si suole Quando a cantar con organi si stea :

Ch'or si or no s' intendon le parole.

Tant ne rugit, ni si aigre ne se montra Tarpeia, quand lui fut enlevé le bon Métellus , d'où ensuite elle demeura maigre ^^.

Attentif au premier tonnerre , il me semblait ouïr Te Deum laudamus , chanté par des voix mêlées au doux son ^^.

Ce que j'entendais , tout à fait ressemblait à ce qui advient lorsqu'on chante avec l'orgue :

Tantôt oui , tantôt non , l'on distingue les paroles.

* Foi fummo dentro al soglio délia porta Che il malo amor dell' anime disusa, Perché fa parer dritta la via torta ,

2 Sonando la senti' esser richiusa :

E s' io avessi gli occhi volti ad essa , Quai fora stata al fallo degna scusa ?

^ Noi salivain per una pietra fessa , Che si moveva d'una e d'altra parte, Si corne Tonda che fugge e s'appressa.

^ Qui si conviene usare un poco d' arte , Coininciô 'l Duca mio, in accostarsi Or quinci or quindi al lato che si parte.

» E ciô fece li nostri passi scarsi Tanto , che pria Io scemo délia luna Rigiunse al letto suo per ricorcarsi ,

Lorsque nous eûmes passé le seuil de la porte , dont le mauvais amour ferme aux âmes l'accès , parce que droite il fait paraître la voie tortueuse ,

Au son je m'aperçus qu'elle se refermait : et si j'avais eu les yeux tournés vers elle , quelle eût été de cette faute la suffisante excuse?

Nous montâmes par un rocher fendu , qui se mouvait de l'un et de l'autre côté , comme la mer qui fuit et revient.

— Ici, commença le Guide, il faut user de. quelque art, en te rapprochant , ores d'ici , ores de là , du côté qui s'éloigne.

Ceci rendit nos pas si rares, que la lune en décours rejoignit le lit où elle se couche ,

^ Che noi fossimo fuor di quella cruna. Ma quando fummo liberi ed aperti Su dove '1 monte indietro si rauna,

^ lo stancato , ed ambedue incerti Di nostra via, ristemrao su in un piano Solingo piii che strade per diserti.

s Dalla sua sponda, ove confina il vano, Appiè deU'alta ripa, che pur sale, Misurrebbe in tre volte un corpo umano :

9 E quanto l' occhio mio potea trar d' aie Or dal sinistro ed or dal destro fianco, Questa cornice mi parea cotale.

*o Lassù non eran mossi i piè nostri anco , Quand' io conobbi quella rîpa intorno, Che dritto di salita aveva manco ,

^* Esser di marmo candido e adorno D'intagli si, che non pur Policleto, Ma la natura gli averebbe scorno.

*2 L'angel che venne in terra col decreto Délia molt' anni lagrimata pace , Ch'aperse il Ciel dal suo lungo divieto,

*^ Dinanzi a noi pareva si verace Quivi intagliato in un atto soave, Che non sembiava imagine che tace.

Avant que nous fussions hors de ce chas; mais quand nous fûmes libres et au large , là où le mont se resserre*.

Moi fatigué , et tous deux incertains de notre route, nous nous arrêtâmes sur un terrain plan plus solitaire que les sentiers à travers les déserts.

De ses bords qui confinent au vide , au pied de la haute rive qui monte , un corps hiimain mesurerait en trois fois la distance.

Et aussi loin qu'à gauche et à droite le regard pouvait voler, telle me paraissait cette corniche.

En haut nos pieds ne s'étaient pas mus encore , quand je reconnus que cette rampe , qu'on ne pouvait appeler, une montée ,

Était de marbre blanc, et ornée de sculptures telles qu'à mépris là serait non -seulement Polyclète, mais la nature même.

L'Ange qui vint sur la terre, apportant le décret de la paix durant tant d'années implorée avec larmes , et qui ouvrit le ciel si longtemps fermé 2,

Etait là devant nous si vrai, le ciseau si bien avait reproduit sa douce contenance , que point il ne semblait une image qui se tait.

*^ Giurato si saria ch'ei dicessMve ; Perché quivi era iminaginata Quella, Ch'ad aprir l'alto amor volse la chiave.

^^ Ed avea in atto impressa esta f avella , Ecce Ancilla Lki^ si propriamente, Corne figura in cera si suggella.

^^ Non tener pure ad un luogo la mente , Disse il dolce Maestro, che m' avea Da quella parte, onde il core ha la gente :

^7 Per ch' io mi volsi col viso , e vedea Diretro da Maria, per quella costa , Onde m' era colui che mi movea,

^^ Un'altra istoria nella roccia imposta : Per ch'io varcai Virgilio, e fe' mi presso, Acciocchè fosse agli occhi miei disposta.

^^ Era intagliato li nel marmo stesso Lo carro e î buoi traendo Y arca santa, Per che si teme ufficio non commesso.

20 Dinanzi parea gente ; e tutta quanta , Partita in sette cori , a duo miei sensi Facea dicer l'un No, l'altro Si canta.

2* Similemente al fumo degl'incensi,

Che v' era immaginato , e gli occhi e il naso Ed al si ed al no discordi fensi.

On eût juré qu'il disait Ave y là étant représentée celle qui tourna la clef pour ouvrir au suprême Amour*. , ^

En sa contenance était imprimée cette parole : Ecce ancilla Dei ^, aussi parfaitement >que d'une figure la cire reçoit l'empreinte.

— N'arrête pas ta pensée en un seul lieu, dit le doux Maître, près de qui j'étais de ce côté où l'homme a le cœur.

Lors, ailleurs je portai mes regards, et de l'autre côté, où était celui qui me conduisait, je vis, derrière Marie,

Une autre histoire gravée dans le rocher; par quoi je passai à droite de Virgile, et m'approchai afin qu'elle fût bien à ma vue.

Là, dans le même marbre, étaient ciselés le char et les bœufs tirant l'arche sainte ^, d'où se craint un office non commis^.

Devant apparaissait line foule divisée en sept chœurs, laquelle, de deux de mes sens, à l'un faisait dire : elle chante, et à l'autre : non ^.

Pareillement, la fumée de l'encens, dont on voyait l'image, du oui ou non rendaient discords le nez et les yeux.

22 Li precedeva al benedetto vaso, Trescando alzato, Tumile Salmista, E più e men che refera in quel caso.

I 23 Di contra effigiata, ad una vista

D'un gran palazzo, Micol ainmirava.

Si corne donna dispettosa e trista.

24 lo mossi i piè del loco dov'io stava, Per avvisar da presso un' altra storia Che diretro a Micol mi biancheggiava.

I 25 Quivi era storiata l'alta gloria

1^ Del roman prince, lo cui gran valore

Mosse Gregorio alla sua gran vittoria :

I 26 lo dico di Traiano imperadore :

Ed una vedovella gli era al freno, Di lagrime atteggiata e di dolore.

27 Dintorno a lui parea calcato e pieno Di cavalieri , e l' aquile dell' oro

I Sovresso in vista al vente si movieno.

28 La miserella infra tutti costoro Parea dicer : Signer, fammi vendetta

Del mio figliuol ch' è morto, ond' io m' accoro.

2« Ed egli a lei rispondere : Ora aspetta j Tanto ch'io torni.- Ed ella : Signer mio ,

Come persona in cui dolor s' affretta ,

Là précédait le vaisseau béni ^, exultant et dansant, l'humble Psalmiste , alors plus et moins que roi.

En ftice, représentée à tme fenêtre d'un grand palais, Michel regardait, dédaigneuse et triste.

Je quittai le lieu où j'étais pour voir de plus près une autre histoire, qui, derrière Michel, à mes yeux blanchissait. \

Là était sculptée la haute gloire du Principat romain, dont la vertu mut Grégoire à sa grande victoire ®.

Je dis l'empereur Trajan; et près de lui, tenant le frein, une pauvre veuve baignée de larmes et de douleur.

Autour de lui des cavaliers couvraient et foulaient le sol , et sur eux on voyait les aigles d'or flotter au vent.

Au-dessous de ceux-là, la pauvrette semblait dire : t Seigneur, venge-moi de la mort de mon fils, dont j'ai le cœur brisé ;

Et lui, répondre : « Attends que je revienne » Et celle-là, comme quelqu'un dont la douleur est impatiente : « Seigneur,

^^ Se tu non torni ? Ed ei : Chi fia dov' io , «S

La ti farà. Ed ella : L' altrui bene suis •

A te che fia , se' '1 tuo metti in obblio ? ^era-^

** Ond'eglî : Or ti fonforta, chè conviene D'i

Ch' io solva il mîo dovere, anzi ch' io mupva : ?artii Giustizia vuole, e pietà mi ritiene. apié

^2 Colui, che mai non vide cosa nuova, Ce

Produsse esto visibile parlare -A

Novello a noi, perché qui i\on si truova. rou^

** Mentr'io mi dilettava di guardare P

Le inunagini di tante umilitadi , Tia

E per Io Fabro loro a veder care ; ^e

^^ Ecco di qua, ma fanno i passi radi, Mormorava il Poeta, moite genti : jm

Questi ne invieranno agli alti gradi. ï,

*5 Gli occhi miei ch'a mirar erano intenti,

Per veder novitadi, onde son vaghi, j

Volgendosi ver lui non furon lenti. I

^^ Non vo'perô, lettor, che tu ti smaghi Di buon proponimento, per udire Come Dio vuol che il debito si paghi.

^7 Non attender la forma del martire : Pensa la succession ; pensa che, a peggio , Oltre la gran sentenzia non puo ire.

« Si tu ne reviens pas? » Et lui : « Qui sera où je suis ^^ te vengera. » Et elle : « Le bien d' autrui, que sera-ce pour toi , si tu oublies le tien ^^ ? »

D'où lui : « Console-toi ; il convient qu'avant de partir s'accomplisse mon devoir; la justice le veut, et la piété me retient. »

Celui qui jamais ne vit chose nouvelle ^2, ouvra ce parler visible, nouveau pour nous parce qu'il ne se trouve point ici ^^.

Pendant que je me complaisais à regarder les images de tant d'humilité, et aussi par l'art de l'ouvrier délectables à voir :

— Voilà de ce côté, mais à pas tardifs se mouvant, une troupe nombreuse, murmura le Poète; ceux-ci nous indiqueront le chemin des hauts degrés.

Mes yeux, attentifs à regarder pour voir des choses nouvelles dont ils sont avides, à se tourner vers lui ne furent pas lents,

I Je ne veux pas, lecteur, que se décourage ton bon

propos, par l'ouïr comment Dieu veut que la dette se paie.

Ne regarde pas à la forme de la peine , mais pense à ce qui la suit ; pense qu'au pis elle ne peut durer que jusqu'à la grande sentence *^. *

430 CANTO DEGIMO.

*^ r cominciai : Maestro, quel ch'io veggîo Muovere a noi, non mi sembran persone, E non so che : si nel veder vaneggio.

^® Ed egli a me : La grave condizione Di lor tormento a terra gli rannicchia Si, che i miei occhi pria n'ebber tenzione.

^^ Ma guarda fiso là, e disviticciiia

Col viso cpiel che vien sotto a cpiei sassi : Già scorger puoi corne cîascun si picchia.

** 0 superbi Cristian miseri lassi, Che, délia vista délia mente infermi, Fidanza avete ne'ritrosi passi ;

^2 Non v'accorgete voi, che noi siam vermi Nati a formar l'angelîca farfalla, Che vola alla giustizia senza schermi.?,'

. *^ Di che r animo vostro in alto galla ? Voi siete quasi entomata in difetto.

Si corne verme, in cui formazion falla.

*^ Come, per sostentar solaio o tetto, Per mensola talvolta una figura Si vede giunger le ginocchia al petto,

^^ La quai fa del non ver vera rancura Nascere a chi la vede ; cosi fatti Vid'io color, quando posi ben cura.

CHANl" DIXIÈME. 131

Je commeoçai : — Maître , ce que je vois se mouvoir vers nous ne me parait pas des personnes , mais un je ne sais quoi, tant ma vue s'y perd.

Et lui à moi : — Le« genre du tourment qui sur eux pèse, les blottit à terre, tellement que mes yeux d'abord étaient en doute.

Mais regarde fixement, et que ta vue déroule ce qui vient sous ces pierres : déjà tu peux voir comme chacun est puni.

0 chrétiens superbes, malheureux, débiles, qui, infirmes de la vue de l'esprit, vous fiez aux pas rétrogrades ,

Ne savez -vous donc point que nous sommes des vers nés pour devenir l'angélique papillon qui , sans que rien l'en défende, vole devant la Justice *^?

De quoi gonflée, votre âme en haut flotte-t-elle? Qu'êtes- vous que d'informes insectes ^^, semblables au ver en qui avorte la transformation !

Comme, pour soutenir un plafond ou un toit, à la place d'une console se voit quelquefois une figure ^^ joindre les genoux à la poitrine ,

Laquelle, de ce qui n'est pas vrai, fait naître en qui la voit une vraie douleur, ainsi vis-je faits ceuxlà , quand je fus bien attentif.

^* Ver è che più e meno eran contratti, Seconde ch'avean più e meno addosso ; E quai più pazienza avea negli atti ,

Piangendo parea dicer : Più non posso.

A la vérité, ils étaient plus ou moins contractés, selon leur charge plus ou moins grande ; et qui , en sa contenance , paraissait le plus patient,

Pleurant semblait dire : « Je n'en peux plus. »

CANTO DECIMOPRIMO.

1 O Padre nostro , che ne' cieli stai , Non circonscritto , ma per più amore Ch'a' primi effetti di lassù tu hai ,

Laudato sia il tuo nome e il tuo volore Da ogni creatura , com' è degno Di render grazie al tuo dolce vapore.

^ Vegna ver noi la pace del tuo regno, Chè noi ad essa non potem da noi, S'ella non vien, con tutto nostro ingegno.

^ Corne del suo voler gli angeli tuoi Fan sacrificio a te, cantando Osanna, Cosi facciano gli uomini de' suoi.

^ Dà oggi a noi la cotidiana manna, Senza la quai per questo aspro diserto A rétro va chi più di gir s'affanna.

« 0 notre Père, qui es dans les deux, non circonscrit, mais par plus d'amour pour ceux de là-haut que les premiers tu fis *,

« Que soit loués de toute créature ton nom^ et ta vertu , et que de dignes grâces soient rendues à ta suprême émanation 2.

« Vers nous vienne la paix de ton royaume ; car, si elle ne vient, nous ne pouvons de nous-mêmes, par aucune industrie , aller à elle.

« Comme de leur vouloir tes Anges, en chantant Hosannaj te font un sacrifice , que des leurs ainsi fassent les hommes,

« Donne- nous aujourd'hui la manne quotidienne, sans laquelle, dans cet âpre désert, en arrière va celui qui plus se fatigue pour avancer.

136 CANTO DECIMOPRIMO.

6 E corne noi lo mal ch'avem sofferto Perdoniamo a ciascuno , e tu perdona Benigno , e non guardare al nostro merto.

^ Nostra virtù che di leggier s' adona , Non spennentar con Tantico avversaro^, Ma libéra da lui , che si la sprona ,

^ Quesf ultima preghiera , Signor caro , Già non si fa per noi, chè non bisogna. Ma per color che dietro a noi restaro.

^ Cosi a se e noi buona ramogna

Queir ombre orando, andavan sotto il pondo, Simile a quel che talvolta si sogna ,

^î Disparmente angosciate tutte a tondo , E lasse su per la prima cornice , Purgando le caligini del mondo.

** Se di là sempre ben noi si dice, Di qua che dire e far per lor si puote Da quei , c' hanno al voler buona radice ?

^2 Ben si dee loro aitar lavar le note, Che portar quinci, si che mondi e lievi Possano uscire aile stellate rote.

*^ Deh ! se giustizia e pietà \i disgrevi Tosto, si che possiate mover V ala, Che secondo il disio vostro vi levi ,

« Et comme à chacun nous pardonnons le mial que nous avons souffert, toi aussi pardonne, dans ta bonté, et ne regarde point à notre mérite.

« Ne mets point notre vertu , qui si aisément succombe, aux prises avec l'antique adversaire, mais délivre-nous de lui, qui tant l'assaille.

« Cette dernière prière, cher Seigneur, point n'est faite pour nous, qui n'en avons pas besoin^, mais pour ceux qui derrière nous sont demeurés. »

Ainsi implorant, pour elles et pour nous, un heureux voyage, sous un poids semblable à celui que quelquefois l'on songe ^, ces âmes,

En des degrés divers de fatigue et d'angoisse , en tournant montaient toutes ensemble par la première corniche , se purifiant de la fumée du monde ^. •

Si là toujours pour notre bien l'on prie, que ne peuvent ici pour le leur les prières et les œuvres de ceux dont le vouloir a une bonne racine ^ ?

Bien les doit- on aider à laver les taches qu'ils apportèrent d'ici, afin que, purs et légers, ils puissent monter aux cercles étoiles.

— Que la justice et la pitié bientôt vous soulagent, de sorte que vous puissiez mouvoir l'aile qui, selon votre désir, vous élèvera !

438 CANTO DECIMOPRIMO.

^^ Mostrate da quai mano in ver la scala Si va più corto ; e se c' è piii d' un varco , Quel ne insegnate che men erto cala ;

*^ Chè questi che vien meco, per Tincarco Délia carne d'Adamo, onde si veste, Al montar su, contra sua voglia, è parco.

*« Le lor parole, che rendero a queste, Che dette avea colui eu' io seguiva , Non fur da cui venisser manifeste ;

^7 Ma fu detto : A man destra per la riva Çon noi venite, e troverete il passo Possibile a salir persona viva.

*s E s'io non fossi impedito dal sasso, Che la cervice mia superba doma, Onde portar conviemmi il viso basso,

*^ Cotesti che ancor vive, e non si noma, Guardere' io , per veder s' io M conosco , E per farlo pietoso a questa soma.

20 r fui Latino, e nato d'un gran Tosco : Guglielmo Aldobrandeschi fu mio padre :

Non so se '1 nome suo giammài fu vosco.

2* L' antico sangue e l' opère leggiadre De' miei maggior mi fer si arrogante , Che non pensando alla comune madré,

Montrez-nous de quel côté est le plus court chemin pour aller aux dégrés; et s'il est plus d'un passage, enseignez- nous celui doçt la pente est le moins rapide :

Car celui qui vient avec moi , à cause du poids de la chair d'Adam dont il est revêtu , est lent à monter, contre son vouloir.

Les paroles qui répondirent à celles de celui que je suivais^, de qui elles venaient point ne discernait-on.

Mais il fut dit : « A main droite, par la rampe, avec nous venez, et vous trouverez le passage par où peut monter une personne vivante.

a Et si je n'en étais empêché par la pierre qui courbe ma tête superbe, et me force de baisser le visage,

« Celui-là qui vit encore et qui ne se nomme point , regarderais-je , pour voir si je le connais, et pour que cette charge excitât sa pitié.

« Je suis Latin ^, et fiïs d'un grand Toscan : Guillaume Aldobrandeschi fut mon père. Je ne sais si son nom vint jamais à vous.

« L'antique sang et les belles actions de mes ancêtres si arrogant me rendirent, que, ne pensant point à la commune mère.

UO CANTO DECIMOPRIMO.

22 Ogni uomo ebbi in dispetto tanto ayante, Ch'io ne mori\ corne i Senesi sanno, E sallo in Campagnatico ogni fante.

2* lo sono Omberto : e non pure a me danno Superbia fe , chè tutti i miei consorti Ha ella tratti seco nel malanno.

2A E qui convien che questo peso porti Per lei, tanto ch'a Dio si soddisfaccia , Poi ch'io noi fei tra'vivi, qui tra' morti.

2ô Ascoltando, chinai in giù la faccia; Ed un di lor (non questi che parlava) Si torse sotto M peso che lo impaccia : -

2^ E viderai e conobbeml , e chiamava , Tenendo gU occhi con fatica fisi A me che tutto chin con loro andava.

27 0, dissi lui, non se tu'Oderisi, L'onor d' Agubbio, e Tonor di qucU'arte

' Che alluminare è chiamata in Parisi?

28 Frate, diss'egli, più ridon le carte Che pennelleggia Franco Bolognese :

L'onore è tutto or suo, e mio in parte.

2^ Ben non sare' io stato si cortese Mentrexh'io vissi, per lo gran disio Deir eccellenza , ove mio core intese.

« J'eus tant à mépris tous les hommes , que j'en mourus, comme les Siennois le savent, et le sait toute gent à Gampagnatico.

« Je suis Omberto; et non pas moi seulement perdit l'orgueil , mais il a entraîné tous les miens dans la ruine ;

« A cause duquel il faut que je porte ce poids , jusqu'à ce qu'ici parmi les morts , puisque je ne le fis point parmi les vivants, j'aie satisfait à Dieu. »

Pour écouter je baissai la tête; et l'un d'eux j non celui qui parlait , se tordit sous le poids qui le pressait;

Et il me vit , et me reconnut , et m'appelait , tenant avec fatigue les yeux fixés sur moi , en se traînant avec les autres tout courbé.

— Oh ! lui dis- je , n'es -tu pas Oderisi^, l'honneur d'Agobbio , et l'honneur de cet art qu'enluminure on appelle à Paris?

t Frère , dit-il , plus sourient les cartons que peint Franco de Bologne : maintenant l'honneur est tout sien , et mien seulement en partie.

t Point n'eus-je été aussi courtois, tandis que je vécus, par le grand désir d'excellence où aspirait mon cœur.

us CANTO DECIMOPRIMO.

*® Di tal superbia qui si paga il fio : Ed ancor non sarei qui , se non fosse Che, possendo peccar, mi volsi a Dio.

** O vana gloria deile umane posse , Gom' poco verde in sulla cima dura, - Se non è giunta dall' etati grosse !

?2 Credette Cimabue nelia pintura

Tener lo campo , ed ora ha Giotto il grido, Si che la fama di colui oscura,

^* Gosi ha tolto Tuno aU'altro Guido La gloria délia lingua; e forse è nato Ghi r uno e Y altro caccerà di nido.

^^ Non è il mondan rumore altro che un fiato Di vento, ch'or vien quinci ed or vien quindi E muta nome , perché muta lato

^^ Che fama avrai tu più, se vecchia scindi Da te la came, che se fossi morto Innanzi che lasciassi il pappo e il dindi,

^^ Pria che passin mill' anni ? ch' è più corto Spazio aU'etemo che un mover di ciglia Al cerchio che più tardi in cielo è torto.

*7 Golui, che del cammin si poco piglia Dinanzi a me, Toscana son6 tutta, E ora appena in Siena sen pispiglia ,

«D'une telle superbe se paie ici la dette, et ici même ne serais-je point, n'était que, pouvant encore pécher ^^^ je me tournai vers Dieu.

* 0 vaine gloire du génie humain , combien peu de temps verdit la cime , si ne surviennent des âges grossiers *^ !

«Cimabuë crut, dans la peinture, être maître du champ ; et aujourd'hui Giotto a pour lui le cri public , en sorte que la renommée de celui-là est obscurcie.

* Ainsi l'un des Guido a ravi à l'autre la gloire de la langue ^2, et peut-être est né celui qui tous deux les chassera du nid ^*.

« N'est autre chose la mondaine rumeur qu'un souffle de vent qui vient ores d'ici , ores de là , et change de nom en changeant de côté*^

« Que vieux tu te dépouilles de la chair, ou que tu meures balbutiant encore pappo et dindi ^^, qu'importera pour ta renommée ,

« Avant que soient mille ans? durée plus courte près de l'étemelle, qu'un mouvement des sourcils près du cercle qui dans le ciel le plus lentement tourne,

«Celui qui si peu de terrain gagne là devant moi, toute la Toscane retentit de son nom , et maintenant à peine le murmure-t-on dans Sienne ,

ai CANTO DECIMOPRIMO.

^ Ond'era sire, quando fu distrutta La rabbia fiorentina, che superba Fu a quel tempo, si com'ora è putta.

*^ La vostra nominanza è color d'erba, Che viene e va, e quei la discolora, Per ciii eiresce délia terra acerba,

^^ Ed io a lui : Lo tuo ver dir m' incuora Buona umiltà , e gran tumor m' appiani Ma chi è quei di cul tu parlavi ora ?

^^ Quegli è, rispose, Provenzan Salvani; Ed è qui, perché fu presuntuoso A recar Siena tutta aile sue mani.

^2 Ito è cosi , e va senza riposo , ' Poi che mori : cotai moneta rende A soddisfar, chi è di là tropp'oso*

^3 Ed io : Se quello spirito ch' attende, Pria che si penta , Y orlo délia vita , Laggiii dimora, e quassù non ascende,

^^ Se buona orazion lui non aita , Prima che passi tempo quanto visse, Come fu la venuta a lui largita?

^5 Quando vivea più glorioso, disse, Liberamente nel campo di Siena , Ogni vergogna deposta, s'affîsse :

« Où il était seigneur, quand fut brisée la rage florentine *^, superbe alors comme à présent vénale.

«Votre renommée ressemble à l'herbe, dont la couleur vient et s'en va, et que flétrit celui *^ par qui fraîche elle sort de la terre. »

Et moi à lui : — Tes paroles vraies me mettent au cœur une salutaire humilité , et en moi dégonflent une grande tumeur; mais qui est celui dont tu me parlais tout à l'heure ?

«C'est, répondit-il, Provenzan Salvani^^, et il est ici, parce que, dans sa présomption, il courba Sienne tout entière sous sa main.

«Ainsi est- il allé, et ainsi va-t-il sans repos depuis sa mort : en telle monnaie acquitte sa dette, qui là est trop osé. »

Et moi : — Si l'esprit qui , pour se repentir, attend l'extrémité de la Vie, en bas demeure, et là haut ne monte pas,

A moins que ne l'aide une bonne prière, avant qu'ait passé un temps égal à celui de sa vie , comment la venue lui a-t-elle été accordée?

«Lorsqu'il vivait le plus glorieux, dit-il, résolument, dans le champ de Sienne, toute honte déposée , ferme il se tint ;

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