‹ La Divine comédie de Dante Alighieri (volume 4)Chapitre 10 sur 109 · III. "ii · texte numérisé non relu

III. "ii

338 CANTO VENTBSIMOQUINTO.

*^ Poichè per grazia vuoi che tu t'affronti Lo nostro Iinperadore, anzi la morte, Nell'aula piii segreta, co' suoi Conti,

*^ Si che, veduto il ver di questa Corte, La Speme, che laggiù bene innamora , In te e in altrui di ciô conforte :

** DI quel che ell'è, e corne se ne infiora La mente tua, e di onde a te venne : Cosl seguio M secondo lume ancora.

*7 E quella Pia, che guidô le penne Délie mie ali a cosl alto volo , Alla risposta cosl mi prévenue :

*^ La Chiesa militante alcun figliuolo Non ha cou più speranza , com' è scritto Nel Sol che raggia tutto nostro stuolo ;

** Pero gli è conceduto che d' Egitto Vegna in Gerusalemme per vedere, Anzi che M militar gli sia prescritto.

20 Gli altri duo punti , che non per sapere Son dimandati, ma perch'ei rapporti Quanto questa virtù t'è in piacere,

2* A lui lasc' io , chè non gh saran forti , N(> di jattanzia ; ed egli a cio risponda: E la grazia di Dio ciô gli comporti.

«Puisque, par grâce, notre empereur** veut que tu te rencontres dans la plus secrète salle avec ses comtes,

« Afin qu'ayant vu ce qu'est vraiment cette cour, par là en toi et en autrui tu fortifies l'espérance, de laquelle en bas naît l'amour,

« Dis ce qu'elle est, et comme s'en fleurit ton esprit, et d'où elle t'est venue. » Ainsi encore parla la seconde lumière.

Et cette pieuse Dame qui de mes ailes guida les pennes à un si haut vol , en cette sorte prévint ma réponse:

« L'Église militante n'a point de fils plus rempli d'espérance comme il est écrit dans le Soleil*^ qui rayonne sur toute notre troupe.

« Ce pourquoi il lui est accordé de venir d'Egypte en Jérusalem, pour voir, avant qu'il ait atteint le terme de la milice.

«Les deux autres points, demandés, non pour savoir, mais pour qu'il rapporte combien cette vertu te plaît ,

« A lui je laisse , parce qu'ils ne lui seront ni difficiles, ni sujet de vaine gloire : qu'il y réponde luimême, et que l'y aide la grâce de Dieu. »

340 CANTO VENTESIMOQUINTO.

22 Corne discente , ch' a dottor seconda Pronto e libente in quel ch'egli è esperto, Perché la sua bontà si disasconda ;

^ Speme , diss' io , è uno attender certo Délia gloria futura, il quai produce Grazia divina e précédente merto.

2^ Da moite stelle mi vien questa luce ; Ma quel la distillô nel mio cor pria , Che fu sommo cantor del sommo duce.

25 Sperino in te, nell'alta Teodia Dice, color che sanno il nome tuo :

E chi nol sa, s'egli ha la fede mia?

2« Tu mi stillasti con lo stillar suo Nella pistola poi , si chMo son pieno , E in allrui vostra pioggia repluo.

2^ Mentr'io diceva, dentro al vivo seno Di quello incendio tremolava un lampo Subito e spesso, a guisa di baleno.

2^ Indi spirô : L'amore ond'io avvampo Ancor ver la virtù che mi seguette Infin la palma , ed alF uscir del campo ,

29 VuoI ch'io respiri a te, che ti dilette Di lei , ed enimi a grato che tu diche <Juell() che la Speranza ti promette.

Comme un disciple qui au maître promptement et volontiers obéit en ce dont il est expert, afin que se montre son habileté :

— L'espérance, dis^je, est une attente certaine de la gloire future, que produit la grâce divine et le précédent mérite*^.

De plusieurs étoiles^* me vient cette lumière; mais la versa le premier dans mon cœur celui qui fut le suprême chantre du chef suprême ^7.

« Qu'espèrent en toi, » dit-il dans sa haute Théodie ^^, t ceux qui connaissent ton nofn*^ ; et qui ne le connaît, s'il a ma foi?»

Ce qu'il m'avait instillé, tu me l'instillas ensuite tellement dans ton épitre, que j'en suis plein, et fais sur d'autres pleuvoir votre pluie.

Tandis que je parlais , dans le sein vivant de cet incendie ^^ scintillait coup sur coup une lueur soudaine comme d'un éclair :

Puis il dit : « L'amour dont je brûle encore pour la vertu qui m'accompagna jusqu'à la palme et au sortir du champ **,

€ Veut que je te parle encore, à toi qui te délectes d'elle; et agréable il me sera que tu dises ce que l'espérance te promet »

342 CANTO VENTESïMOQUINTO.

^^ Ed io : Le nuove e le scritture antiche Pongono il segno , ed esso Io mi addita. Deir anime che Dio s' ha fatte amiche ,

** Dice Isaia , che ciascuna vestita Nella sua terra fia di doppia vesta ; E la sua terra è questa doice vita.

** E il tuo fratello assai vie più digesta , Là dove tratta délie bianche stote , Questa rivelazion ci manifesta.

** E prima , presse il fin d' este parole , Sperenl in te di sôpra noi s'ucU ; A che risposer tutte le carole ;

** Poscia tra esse un lume si schiarl ,

Si che , se il cancro avesse un tal cristallo , Il verno avrebbe un mese d*un sol dl.

*^ E come surge , e va , ed entra in ballo Vergine lieta sol per fare onore Alla novizia , non per alcun fallo :

*• Cosl vid'io Io schiarato splendore Venire a' due , che si volgeano a ruota , Quai conveniasi al loro ardente amore.

^7 Misesi li nel canto e nella nota ,

E la mia Donna in lor tenue V aspetto , Pur come sposa tacita ed immota.

Et moi : — Les nouvelles Écritures et les anciennes montrent, et se montre lui-même à moi le terme ^^ où tendent les âmes que Dieu s'est faites amies.

Isaïe dit que chacune en sa terre sera revêtue d'un double vêtement 2^, et sa terre est cette douce vie 2^ ;

Et ton frère ^^ beaucoup plus clairement, là où il parle des blanches robes ^*, nous manifeste cette révélation.

Et, d'abord après la fin de ces paroles 2^, Sperent tn, te^^ au-dessus de nous s'ouït, à quoi répondirent tous les chœurs :

Ensuite parmi eux une lumière resplendit tellement, que si le Cancer possédait un pareil cristal 2», l'hiver aurait un mois d'un seul jour *®.

Et comme se lève , et va , et entre en danse une vierge joyeuse, seulement pour faire honneur à la nouvelle épouse , et non par aucune faute ** ;

Ainsi vis -je la brillante splendeur venir vers les deux*2, qui tournaient tels qu'une roue, comme il convenait à leur ardent amour.

Elle se mêla au chant et à la mélodie : et ma Dame sur eux tint ses yeux comme une épouse silencieuse et inmiobile.

3U CANTO VENTESIMOQUINTO.

*^ Questi è colui che giacque sopra il petto Del nostro Pellicano, e questi fue Di su la croce al grande ufBcio eletto.

** La Donna mia cosl ; ne perô piue Mosser la vista sua da stare attenta Poscia, che prima, le parole sue.

*^ Quale è colui ch'adocchia , e s'argomenta Di vedere eclissar lo Sole un poco, Che per veder non vedente diventa ;

^* Tal mi fecMo a queirultimo fuoco , Mentrechè detto fu : Perché f abbagli Per veder cosa , che qui non ha loco ?

** In Terra è terra il mio corpo, e saragli Tanto con gli altri, che il numéro nostro Con Tetemoproposilos'agguagli.

** Con le due stole nel beato chiostro Son le duo luci sole che saliro ; E questo appointerai nel mondo vostro.

^^ A questa voce l'infiammato giro Si quietô con esso il dolce mischio , Che si facea del suon nel trino spiro ,

^^ Si corne , per cessar fatica o rischia, Gli remi , pria ncU'acqua ripercossi , Tutti si posan al sonar d'un fischio.

CHANT VINGT-CINQDIÈME. 345

« Cette splendeur est celui qui reposa sur la poitrine de notre Pélican**, et qui fut de dessus la croix élu au grand office *^ »

Ainsi ma Dame ; et cependant^ pas plus qu'avant, sa vue ne cessa de demeurer attentive après ces paroles.

Tel que celui qui regarde , s'attendant ^^ à voir le soleil s'éclipser un peu , et qui pour voir non voyant devient *^ ;

Tel devins -je, regardant ce dernier feu, jusqu'à ce qu'il fut dit: «Pourquoi t'éblouis-tu pour voir une chose qui point n'a lieu ici*^?

« En terre , terre est mon corps , et avec les autres corps il y sera, tant que notre nombre n'égalera pas celui marqué par l'éternel décret.

« Avec les deux vêtements sont dans notre cloître les deux seules lumières qui ont monté *^: et tu rapporteras ceci dans votre monde. »

A cette voix , le mouvement de ces flammes, uni au doux mélange du son qu'émettaient les trois souffles, cessa,

Comme, pour éviter ou la fatigue ou un danger, les rames, qui auparavant frappaient l'eau, s'arrêtent toutes au son d'un sifflet.

346 CANTO VENTESIMOQUINTO.

*^ Ahi quanto nella mente mi commossi , Quando mi volsi per veder Béatrice , Per non poter vederla , ben ch'io fossi

Presso di iei , e nel mondo felice !

CBANT VINGT-CINQUIÈMB. 347

Ah! combien fus -je ému en mon esprit, quand je me tournai pour voir Béatrice, de ne pouvoir la voir, bien que je fusse

Près d'elle, et dans le monde heureux!

CANTO VENTESIMOSESTO

* Mentr'io dubbiava per lo viso spento, Dellâ fulgida fiamma che lo spense Usci uno spiro che mi fece attento ,

2 Dicendo : Intanto che tu ti risense Délia vista che hai in me consunta , Ben è che ragionando la compense.

^ Comincia dunque, e di ove s'appunta L'anima tua, e fa ragion che sia La vista in te smarrita e non defunta ;

^ Perché la Donna, che per questa dia Région ti conduce , ha nello sguardo La virtù ch'ebbe la man d'Anania.

^ lo dissi : AI suo piacere e tosto e tardo Vegna rimedio agli occhi che fur porlo, Onand'ella entrf) col fuoco ond'io sempr'ardo.

Tandis qu'en doute j'étais, à cause de ma vue éteinte par la vive flamme , il en sortit un souffle qui me rendit attentif,

Disant : « Jusqu'à ce que tu recouvres la vue qu'en moi tu as consumée^, il est bon que le discourir la compense.

« Commence donc et dis ce qui occupe ton esprit, et sois assuré que la vue en toi est troublée , non morte ,

« Parce que la Dame qui te conduit par cette divine région, a dans le regard la vertu qu'eut la main d'Ana-

Je dis: — \ son plaisir, ou tôt ou tard, vienne le remède à mes yeux, qui furent les portes par où elle entra ^ avec le feu dont toujours jr brûle.

CANTO VENTESIMOSKSTO.

5 Lo Ben, che fa contenta questa Corte , Alfa ed Oméga è di quanta scrittura Mi legge amore o lievenûente o forte.

Quella medesma voce , che paura Tolta m'avea del subito abbarbaglio, Di ragionare ancor mi mise in cura ;

* E disse : Certo a più angusto vaglio Ti conviene schiarar ; dicer convienti Chi drizzô Tarco tuo a tal bersaglio.

^ Ed io : Per filosofici argomenti , E per autorità che quinci scende, Cotale amor convien che in me s'imprenti;

^^ Chë il bene, in quanto ben, corne sMntende» Cosi accende amore, e tanto maggio, Quanto più di bontate in se comprende.

^* Dunque ail' essenzia , o v' è tanto avvantaggio, Che ciascun ben che fuor di lei si trova Altro non è che di suo lume un raggio ,

^2 Più che in altra convien che si muova La mente , amando , di ciascun che cerne Lo vero, in che si fonda questa prova.

^* Ta! vero allô intelletto mio sterne Colui che mi dimostra il primo amore Di tutte le sustanzie sempi terne.

Le Bien qiii rend heureuse cette cour est V alpha et Yomega de tout ce qu'écrit en moi l'amour ou légèrement ou profondément K

Cette même voix qui m'avait délivré de la peur du soudain éblouissement, me disposa encore à discourir,

Et dit: « Certes, il convient qu'à travers un tamis plus serré ta pensée s'épure * ; il convient que tu dises qui dirigea ton arc à ce but. »

Et moi : — Par des arguments philosophiques et par l'autorité qui vient d'ici ^, il convient qu'en moi un tel amour s'imprime.

Le bien, en tant que bien, au degré où il est connu, allume l'amour, et d'autant plus qu'en soi il contient plus de bonté.

Donc vers l'Essence, si supérieure que tout bien hors d'elle n'est qu'un rayon de sa lumière ,

Plus que vers nulle autre, il convient que se meuve en aimant l'esprit de quiconque voit le vrai^ sur qui se fonde cette preuve.

A mon entendement découvre cette vérité celui qui me démontre que l'amour est la première des substances éternelles^.

35i CANTO VENTESIMOSESTO.

*^ Sternel la voce del verace Autore, Che dice a Moisè , di se parlando :

lo ti farô vedere ogni valore.

*^ Sternilmi tu ancora , incoininciando L'alto preconio, che grida Tarcano Di qui laggiii, sovra ad ogni altro bando.

**» Ed io udi' : Per intellelto umano, E per autoritade a lui concorde , De' tuoi amori a Dio guarda il sovrano.

*7 Ma di aiicor, se tu senti altre corde Tirarti verso lui, si che tu suone Con quanti denti quest'amor ti morde.

^^ Non fu latente la santa intenzione Dell'aquila di Cristo, anzi m'accorsi Ove menar volea mia professione.

^9 Perô ricominciai : Tutti quei morsi, Chaposson far lo cuor volger a Dio, Alla mia caritate son concorsi ;

20 Chè l'essere del «monde , e l'esser mio , La morte ch'el sostenne perch'io viva E quel che spera ogni fedel, com'io,

2^ Con la predetta conoscenza viva ,

Tratto m'hanno del mar dcU'amor torto, E del diritto m' han posto alla riva.

Me la découvre la voix du Vrai lui-même, qui dit à Moïse, parlant de soi : « Je te ferai voir toute vertu ^. »

Tu me la découvres encore en commençant la haute promulgation*^, qui, plus qu'aucun autre ban, proclame en bas l'arcane d'ici**.

Et j'ouis : « Par Thumaine raison et par l'autorité concordante avec elle, de tes amours tu gardes à Dieu le plus grand ;

« Mais dis encore si tu sens d'autres cordes te tirer vers lui, de sorte que tu déclares avec combien de dents cet amour te mord*^. »

Ne fut point cachée la sainte intention de l'aigle du Christ; je compris même où il voulait conduire ma profession **.

Je recommençai donc : — Toutes ces morsures*^ qui peuvent faire que le cœur se tourne vers Dieu , ont concouru à ma charité :

L'être du monde et mon propre être, la mort qu'il souffrit *5 pour que je vive, et ce Paradis que tout fidèle espère comme moi.

Avec la vive connaissance précédemment dite, m'onf tiré de la mer de l'amour dépravé, et m'ont amené au Hvage du droit *^.

:m CANTO VENTKSIMOSESTO.

— Le fronde, onde s' infronda tutto Torlo DeirOrtolano elerno, am'io cotanto Quanto da lui a lor di bene è porto.

-* Si com'io tacqui, un dolcissimo canto Risono per lo cielo, e la mia Donna Dicea con gli altri : Santo , Santo , Santo.

2^ E coine al lume acuto si disonna Per !o spirto visivo che ricorre AIlo splendor che va di gonna in gonna ,

2^ E lo svegliato ciù che vede abhorre , Si nescia è la sua subita vigilia , Fin che la stimativa noi soccorre ;

2« Cosi degli occhi iniei ogni quisqùilia Fugô Béatrice col raggio de'suoi, Che rifulgeva più di mille milia ;

27 Onde , me' che dinanzi , vidi poi , E quasi stupefatto dimandai D'un quarto lume, ch'io vidi con noi.

^^ E la niia Donna : Dentro da que' rai Vagheggia il suo fattor l'anima prima, Che la prima Virtù créasse mai.

-9 Comc lii IVoiida, che flctte la cima N(»l transito (Ici vonto, o poi si leva P(*r la propria virtù che la .sublima.

CHANT VINGT-SIXIÈME. 3!fô

Les feuilles dont se revêt le jardin du jardinier éternel ^7, je les aime autant que de lui dérive de bien en elles.

Sitôt que je me tus, un très-doux chant résonna dans le ciel, et ma Dame disait avec les autres : Sainte Saint, Saint!

Et comme une vive lumière dissipe le sommeil, à c^use de la vertu visuelle que ranime la splendeur qui va de robe en robe ^® ;

Et réveillé abhorre ce qtfil voit^®, si peu discerne la première veille, jusqu'à ce que la secoure le jugements^ ;

Ainsi toute ordure chassa de mes yeux Béatrice, par un rayon des siens , qui resplendissait plus que des milliers de mille :

De sorte que je vis mieux qu'auparavant, et, plein d'étonnement, je demandai ce qu'était une quatrième lumière que je vis avec nous.

Et ma Dame : « Au dedans de ces rayons contemple avec amour son créateur la première âme que créa jamais la première vertu s*. »

Comme la feuille dont la cime fléchit au vent qui passe , et puis se redresse par la propre vertu qui

56 CANTO VËNTESIMOSESTO.

^^ Fec io in tanto quanto ella diceva , Stupendo ; e poi mi rifece sicuro Un disio di parlare ondMo ardeva ;

^* E cominciai : 0 pomo, che maturo Solo prodotto fosti, o Padre antico, A cui ciascuna sposa è filia e nuro ;

•^2 Devoto, quanto posso, a te supplico Perché mi parli ; tu vedi mia voglia , E, per udirti tosto, non la dico.

** Tal volta un animal coverto broglia SI, che Taffetto convien che si paia Per Io seguir che face a lui Tinvoglia ;

^^ E similmente F anima primaia Mi facea trasparer per la coverta Quant' ella a compiacermi venia gaia.

*^ Indi spiro : Senz' essermi profferta Da te la voglia tua, discerno meglio Che tu qualunque cosa t'è più certa ;

^* Perch'io la veggio nel verace speglio Che fa di se pareglie V altre cose , R nulla face lui di se pareglio.

'^" Tu voi udir quant' è che Dio mi pose ^el^eccelso giardino, ove costri A cosi lunp;a scala ti dispose ;

CHANT VINGT-SIXlfeME. 357

Ainsi fis-je pendant qu'elle disait, stupéfait, et puis rassuré par un désir de parler dont je brûlais ;

Et je commençai : — 0 fruit qui seul fus produit mûr, ô antique Père, de qui toute épouse est fille et bru:

Dévotement , autant que je peux, je te supplie de me parler; tu vois mon désir, et, pour t'ouïr plus tôt, point ne le dis.

Quelquefois un animal couvert s'agite tellement, que son affection se manifeste par le mouvement qu'il imprime à l'enveloppe ;

Pareillement, l'âme primordiale me faisait paraître à travers ce qui la recouvrait, combien pour me complaire elle venait joyeuse.

Ensuite elle dit : « Sans que tu me Taies exprimé, je discerne ton désir, mieux que toi la chose qui t'est la plus certaine,

« Parce que je le vois dans le véridique miroir, qui des parhélies de soi fait les antres choses, et aucune ne le fait de soi un parhélie 22.

« Tu veux ouïr combien il y a de temps que Dieu me mit dans le haut jardin" ou celle-là^^ t'a conduit par la longue échelle ;

1!^ CANTO VBNTESIMOSESTO.

^® E quanto fu diletto agli occhi miei , E la propria cagion del gran disdegno, E ridioma ch'usai e ch'io fei.

^® Or, figliuol mio, non il gustar del legno Fu per se la cagion di tanto esilio»

Ma solamente il trapassar del segno.

^^ Quindi , onde mosse tua Donna Yirgilie , Quattromila trecento e duo volumi Di Sol desiderai questo concilio ;

^^ E vidi lui tomar^ a tutti i lumi Delta sua strada Bovecento trenta Fiate, mcntre ch' io in terra fu'im.

^2 La lingua chMo parlai fu tutta speata Innanzi che aU'ovra inconsuma bile Fosse la gente di Nembrotte attenta ;

^^ Chè nullo effetto mai razionabiie , Per lo piacere uman, che rinnovella Seguendo il cielo, sempre fu durabile.

** Opéra naturale è ch'uom favella ; Ma, cosl 0 cosl, natura lascia Poi fare a voi secondo che v'abbella.

*^ Pria ch'io scendessi alF infernale anr / s'appellava in terra il sommo Ben/ Onde vien la lelizia che mi fascia :

« Et combien de temps il fut délectable à mes yeux^^, et la vraie cause du grand courroux • et quel était ridiome dont j'usai et que je me fis.

« Or, mon fils, non le goûter du fruit fut par soi la cause d'un tel exil, mais seulement d'avoir dépassé la limite ^s.

« lii d'où ta Dame mut Virgile, durant quatre mille trois cent et deux révolutions du Soleil, je désirai cette assemblée 27:

• Et je le vis parcourir tous les signes lumineux de sa routées neuf cent trente fois, pendant que je fus sur la terre.

« La langue que je parlais était tout à fait éteinte avant que la gent de Nembrod entreprît l'œuvre interminable 2»;

« Aucun effet de la raison, à cause du plaisir humain qui change suivant le ciel, n'étant toujours durable *^.

«C'est un acte naturel que l'homme parle; mais ainsi, ou ainsi, la nature vous laisse faire selon qu'il vous plaît**.

« Avant que je descendisse dans l'infernale angoisse, El *2 s'appelait sur la terre le souverain Bien, de qui vient la joie*-^ qui m'enveloppe :

360 CANTO VENTKSIMOSESTO.

^* Eli si chiamo poi : e cio convicne ; Chè Tuso de' mortali è corne fronda In ramo, che sen va, ed altra viene.

*^ Ne! monte, che si leva più dall'onda , Fu'io, con vita pura e disonest<i.

Dalla prim'ora a quella ch'è seconda ,

Corne il Sol muta quadra, all'ora sesta.

« Puis il s'appela Eli, et cela est dans l'ordre*^ ; car l'usage des mortels est comme sur le rameau la feuille qui s'en va, et une autre vient

« Sur le mont qui le plus s'élève au-dessus de l'onde*^, je fus, en une vie pure et impure *®, depuis la première heure ^^ jusqu'à celle qui est la seconde ,

«Alors que le soleil change de quadrant, à la sixième heure ^®. »

CANTO VENTESIMOSETTIMO

* Al Padre, al Figlio, allô Spirito Santo Cominciô gloria tutto il Paradiso , SI cho m'inebriava il doice canto.

2 Gif) ch'io vedeva, mi sembravaun rifto Deiruniverso, perché mia ebbrezza Kntrava per l'udire e per lo viso.

^ O gioia ! o ineffabile allegrezza !

0 vita intera d'amore e di pace!

0 senza brama sicura ricchezza !

^ Dinanzi agli occhi miel le quattro face Stavano accese, e quella che pria venne Incominciô a farsi più vivace ;

.5 E tal nella sembianza sua divenne, Quai diverrebbe Giove, s'egli e Marte Fossero angelli, e cambiassersi penne.

« Au Père, au Fils, à l'Esprit Saint, gloire ! » commença tout le Paradis ; tellement que je m'enivrais de ce doux chant.

Ce que je voyais me semblait un ris de l'univers, parce que l'ivresse entrait en moi pai* l'ouïe et par la vue.

O joie ! ô ineffable allégresse ! ô vie entière d'amour et de paix ! ô sans désir rirheswî assurée!

Devant mes yeux se tenaient les quatre flambeaux allumés*, et celui qui le premier était venu^ commença à se faire plus brillant ;

Et en sa semblance il devint tel que deviendrait Jupiter, si lui et Mars étaient des oiseaux, et qu'ils échangeassent leurs pennes*^.

364 CANTO VENTESIMOSETTIMO.

^ La provedenza, che quivi comparte • Vice ed ufficio, nel beato coro

Silenzio posto avea da ogni parte ,

^ Quand' io udi' : Se io rai trascoloro. Non ti maravigliar ; chè , dicend' io , Vedrai trascolorar tutti costoro.

8 Quegli ch' usurpa in terra il luogo mio , Il luogo mio, il luogo mio, che vaca Nella presenza del Figliuol di Dio ,

* Fatto ha del cimiterio mio cloaca

Del sangue e délia puzza, onde il perverse, Che cadde di quassù, laggiù si plaça.

*^Di quel color, che, per Io sole avverso , Nube dipinge da sera e da mane, Vid'io allora tutto il ciel cosperso :

** Fi come donna onesta che permane Di se sicura, e, per l'altrui fallanza. Pure ascoltando, timida si fane,

*2 Cosi Béatrice trasmutô sembianza ; E tal eclissi credo che in ciel fue , Quando pat! la suprema Possanza.

^* Poi procedetter le parole sue Con voce tanto da se trasmutata, Che la sembianza non si mut6 piue :

La Providence, qui à chacun assigne là son office et le règle, avait de toute part imposé silence au bienheureux chœur,

Lorsque j'ouïs : « Si je me trauscolore , ne t'en étonne point; à mon dire, tu verras tous ceux-là se transcolorer.

«Celui qui sur terre usurpe ma place, ma place, ma place, vacante devant le Fils de Dieu,

« A fait de njon cimetière ^ un cloaque d'immondices et de sang ; par quoi en bas tressaille de joie le pervers qui tomba de là -haut 5».

De cette couleur dont, le matin et le soir, le soleil opposé peint une nuée, je vis tout le ciel couvert.

Et, comme une dame honnête, qui, tranquille sur soi, pour la faute d'autrui, seulement en écoutant, devient craintive.

Ainsi Béatrice changea de visage ; et une pareille» éclipse eut lieu, je crois, dans le ciel, quand souffrit la suprême Puissance ®.

Puis, d'une voix si changée, que plus n'a\ ait changé l'aspect, il continua de parler :

366 CANTO VENTESIMOSKTTIMO.

*^ Non fu la Sposa di Cristo allevata

Del sa ligue mio, di Lin, di quel dî Cleto, Per essere ad acquisto d' oro usata ;

** Ma per acqUisto d*esto viver lieto E Sisto e Pîo e Calisto e Urbano Sparser lo sangue dopo molto fleto.

*• Non fu nostra intenzion ch'a destra mano De' nostri successor parte sedesse.

Parte dall'altra, del popol cristiano ;

*^ Ne che le chiavi , che mi fur concesse , Divenisser segnacolo in vessillo , Che contra i batlezzati combattesse ;

*s Ne ch'io fossi figura di sigillo A privilegi venduti e mendaci , Ond'io sovente arrosso e disfavillo.

*® In vesta di pastor lupi rapaci

Si veggion di quassù per tutti i paschi : 0 difesa di Dio, perché pur giaci !

20 Del sangue nostro Caorsini e Guaschi S' apparecchian di bere : o buon principio, A che vil fine convien che tu caschi !

2* Ma Talta providenza, che con Scipio Difese a Roma la gloria del mondo, Soccorrà tosto, si com'io concipio.

€ Ne fut répoùse du Christ allaitée de mon sang, et de celui de Lin et de Clet, afin que d*elle on se servît pour acquérir de l'or;

«Mais pour acquérir cette vie joyeuse, et Sixte, et Pie , et CaKxte, et Urbain versèrent leur sang après beaucoup de pleurs.

« Ce ne fut pas notre intention qu'à la droite de nos successeurs s'assît une partie du peuple et l'autre à la gauche ^ ;

« Ni que les clefs qui me furent confiées, devinssent sur un étendâfd un signe de combat contre les baptisés;

« Ni que mon image fût le sceau de privilèges vendus et mensongers^, d'où souvent je rougis et m'indigne.

« Sous l'habit de pasteur, des loups rapaces d'icihaut se voient dans tous les pâturages. 0 défense de Dieu®, pourquoi dors-tu?

« Les Cahorsins et les Gascons*® s'apprêtent à boire notre sang : ô bon principe, en quelle vile fin faut-il que tu tombes !

•< Mais la haute Providence, qui, avec Scipion, défendit à Rome la gloire du monde**, viendra, je le IHMisi», bientôt au secours *2.

368 CANTO VENTESIMOSETTIMO.

22 E tu, figliuoi, che per lo inortal pondo Ancor giù tornerai, apri la bocca , E non asconder quel ch' io non ascondo.

2* Si conie di vapor gelati fiocca

In giuso Taer nostro, quando il corno Della capra del ciel col Sol si tocca ;

2^ In su vid'io cosi fetere adorno Farsi, e fioccar di vapor trionfanti, Che fatto avean con noi quivi soggiorno.

-^ Lo \ iso niio seguiva i suoi sembianti , E segui, fin che il mezzo, per lo molto, Gli toise il trapassar del più avanti.

26 Onde la Donna, che mi vide asciolto Delfattendere in su, mi disse : Adima Il viso, e guarda come tu se' volto.

27 DalFora ch'io avea guardato prima, r vidi mosso me per tutto Tarco Che fa dal mezzo al fine il primo cliraa ;

2» Si ch'io vedea di là da Gade il varco Foll^ d' misse, e di qua presso il lito Nel quai si fece Europa dolce carco.

2^ E più mi fora discoverto il sito Di questa aiuola; ma il Sol procedea, Sotto i miei piedi, un segno e più partito.

CHANT VINGTSEPTIEME. 3e9

« Et toi , moi) fils , qui en bas encore , à cause du poids mortel **, retourneras , ouvre la bouche , et ne cache point ce que je ne cache pas moi-même. »

Comme des flocons de vapeur gelée tombent de notre air, quand la corne de la Chèvre céleste et le Soleil se touchent *^,

Ainsi vis-jc l'éther en haut s*orner de flocons de vapeur triomphants *5, qui là s'étaient arrêtés avec nous.

Ma vue les suivait , et les suivit jusqu'à ce que la distance par sa longueur l'empêcha d'aller plus avant.

D'où la Dame , voyant que j'avais cessé d'être attentif en haut, me dit : « Abaisse ta vue, et regarde comment tu as tourné. »

Depuis l'heure où j'avais regardé d'abord, je vis que j'avais parcouru tout l'arc que forme , du milieu à la fin *®, le premier climat;

De sorte que je vis au delà de Gadès la route où Ulysse s'engagea follement *^, et à l'opposite le rivage où Europe devint une douce charge *^ :

Et j'aurais de cette aire découvert un plus grand espace, si le Soleil qui, sous mes pieds ^^ allait en avant, n'eût été éloigné d'un signe et plus^o. m. u

370 CANTO VENTESIMOSETTIMO.

^0 La mente innamorata, che donnea Con la mia Donna sempre, di ridure Ad essa gli occhi più che mai ardea.

^^ E se natm^a o arte fe pastmre Da pigliar occhi par aver la mente, In carne mnana, o nelle sue pinture»

*2 Tutte adunate parrebber niente Ver lo piacer divin che mi rifulse , Quando mi volsi al suo viso ridente,

^^ E la virtù, che lo sguardo m'induise, Dçl bel nido di Leda mi divelse , E nel ciel velocissimo m' impulse.

^^ Le parti sue vivissime ed eccelse Si uniformi son, ch'io non so dire Quai Béatrice per luogo mi scelse.

*5 Ma ella, che vedeva il mio disire, Incominciô, ridendo, tanto lieta, Che Dio parea nel suo volto gloire :

^^ La natura del moto che quieta

Il mezzo , e tutto l' altro intorno muove , (Juinci comincia come da sua meta.

•^'^ E questo cielo non ha altro dove Che la mente divina, in che s'accende L'amor che il volge e la virlù cirei plove.

Mon esprit, toujours plein de Tamour de ma Dame, plus que jamais brûlait de ramener les yeux sur elle.

Et si la nature ou Tart, en humaine chair, ou dans ses peintures, prépare aux yeux des appâts, afin par eux de s'em^aret- de l'esprit ,

Tous ensemble ne paraîtraient rien, près du divin plaisir où me plongea sa splendeur, quand je ihe tournai vers son riant visage.

Et la vertu que je puisai dans ce regard, m'arracha du doux nid de Léda 2*, et impétueusement riie poussa dans le ciel.

Si uniformes en soht les parties les pliis voisines et les plus hautes ^^, que je ne puis dire laquelle Béatrice me choisit pour lieu.

Mais elle, qui voyait mon désir, connnença, si joyeuse et si riante, qu'en son visage il scinblait que Dieu jouît :

«La nature du monde 2^, qui tient en repos le milieu^^, et autour meut tout le reste, commence ici comme de son terme ^5.

« Et ce ciel n'a d'autre lieu que rentcnd(Miient divin dans lequel s'allume l'amour ([ui le meut, ol la vertu qu'il v(M'se-^.

372 CANTO VENTESIIIOSETTIMO.

^® J^uce ed amor d' un cerchio lui comprende , Si corne questo gli altri ; e quel precinto Colui che il cinge solainente intende.

^^ Non è suo moto per aitro distinto ; Ma gli altri son misurati da questo , Si come diece da mezzo e da quinto,

^^ E come il tempo tenga in cotai testo Le sue radici , e negli altri le fronde , Ornai a te puot' esser manifesto.

^* O cupidigia , che i mortali affonde Si sotto te , che nessuno ha podere Di trarre gli occhi fuor delle tue onde !

^2 Ben fiorisce negli uomini il volere ; Ma la pioggia continua converte In bozzacchioni le susine vere^

^* Fede e innocenzia son reperte Solo ne' parvoletti ; poi ciascuna Pria fugge , che le guance sien coperte.

^* Taie , balbuziendo ancor, digiuna , Che poi divora, con la lingua sciolta , Qualunque cibo per qualunque luna ;

^5 E tal balbuziendo, ama ed ascolta La madré sua, che con loquela intera, Disia poi di vederla sepolta.

« Autour de lui la lumière et l'amour forment un cercle, comme lui autour des autres, et cette ceinture, celui qui le ceint la connaît seul.

« Son mouvement n'est point mesuré par un autre, mais les autres le sont par le sien, comme dix par la moitié et le cinquième,

« Et comment le temps a dans ce vase ses racines, et dans les autres ses feuilles, peut t'être clair désormais ^7.

€ O convoitise, qui tellement submerges les mortels, qu'aucun n'a le pouvoir d'élever les yeux au-dessus de tes ondes 1

« Bien dans les hommes fleurit le vouloir, mais une pluie continuelle fait avorter les fruits^».

« La foi et l'innocence se trouvent seulement chez les enfants; puis toutes deux fuient avant que les joues soient couvertes de duvet.

« Tel, encore bégayant, jeûne, qui, lorsque la langue est déliée dévore un mets quelconque en une lune quelconque 2» ;

• Et tel, bégayant, aime et écoute sa mère, lequel, jouissant du plein parler, désire ensuite la voir ensevelie.

374 CANTO VKNTESIMOSETTIMO.

^^ Posi si fa la pelle bianca nera Nel primo aspetto délia bella fjglia Di quel che apporta ifîane e lascia sera.

^^ Tu, perché nqn ti farci maraviglia , Pepsa che in terra non è chi governi ; Onde si svia Tumana famigUa. *

^^ Ma prima che gennaio tutto si s verni , Per la centesipa ch'è laggiù negletta, Ruggcran si questi cerchi superni,

^^ Che la fprtHpa, che jtanto s'aspetta. Le poppe volgerà u' son le prore , SI che la classe correrà diretta ;

E vero frulto verra dopo il flore.

CHANT VINGTSEPTIÈME. 375

« Ainsi de blanche qu'elle était d'abord devient noire la peau de la belle fille de celui qui apporte le matin et laisse le soir *^.

« Toi, pour ne te point étonner, sache qu'il n'est sur la terre personne qui gouverne; par quoi dévie l'humaine famille.

«Mais avant que tout janvier sorte de l'hiver^*, à raison du centième qu'en bas on néglige, tellement rugiront ces cercles supérieurs,

« Que la Fortune, si longtemps attendue *2, tournera les poupes où sont les proues, en sorte que la flotte courra dans la voie droite ,

« Et un vrai fruit viendra après la fleur. »

CANTO VENTESIMOTTAVO

* Poscia che incontro alla vita présente De' miseri mortali aperse il vero Quella che imparadisa la mia mente ;

2 Corne in ispecchio fiamma di doppiero Vede colui che se n' alluma dietro , Prima che F abbia in vista od in pensiero ,

^ E se rivolve, per veder se il vetro Gli dice il vero, e vede ch'el s'accorda Con esso, corne nota con suo métro ;

* Cosl la mia memoria si ricorda

Ch'io feci, riguardando ne' begli occhi, Onde a pigliarmi fece Amor la corda.

5 R com' io mi rivolsi, e furon tocchi Li miei da ci6 che pare in quel volume , ij^uandunque nel suo giro ben s'cidocchl.

Après que la vie présente des misérables mortels eut justement repris celle qui emparadise mon âme,

Comme celui qui dans un miroir voit la flamme d'une torche allumée derrière lui , avant qu'elle se soit peinte dans l'œil ou dans la pensée,

Se retourne pour voir si le verre lui dit le vrai, et voit qu'il s'accorde avec lui comme la note avec le mètre* ;

Ainsi ma mémoire se rappelle ce que je fis, regardant les beaux yeux desquels l'amour fit le lacet pour me prendre :

Et quand, me retournant, les miens furent frappés par ce qui apparaît dans ce ciel, lorsque bien dans son cours on l'observe.

378 CANTO VENTESIMOTTAVO.

^ Un punto vidi che raggiava lume Acuto si, che il viso, ch'egli affoca, Chiuder conviens!, per lo forte acume :

7 E quale Stella par quinci più poca , Parrebbe luna, locata con esso , Corne Stella con Stella si collèca.

^ Forse cotanto, quanto pare appresso Alo cinger la luce che il dipigne, Quando il vapor che il poila più è spesso ,

9 Distante iqtorno al punto uo cerdûo d'igne Si girava si r^tto, c^i'avm vinfo Quel iTîoto che più tosto il monde cigne ;

*^ E questo era d'un altro circuncinto, E quel dal terzo, e il terzo poi dal quarto , Dal quinto il quarto, e poi dal sesto il quinte.

** Sovra seguiva il settimo si sparto Già di larghezza, che il messo di Juno Intero a contenerlo sarebbe arto.

*2 Cosl r ottavo e il nono : e ciascheduno Più tarde si movea, secondo ch'era Il numéro distante più dalFuno.

** E quelle avea la fiamma più sincera . Cui men distava la favilla pura ; Credo pero che più di lei s'invera.

Je vis u« point d'où rayonnait une lumière si brillante, que l'œil qu'elle illumine est contraint de se fermer, à cause de son vif éclat :

Et rétoile qui d'ici parait la plus prtite, paraîtrait une I.une placée près de ce point comme une étoile près d'une autre étoile?.

Peut-être d'aussi près que le balo parait ceindre la lumière qui le peint, alors que la vapeur où il se forme est le plus épaisse,

Autour du poifA un cercle de feu tournait d'une telle vitesse, qu'elle aurait vaincu le mouvement qui le plus tôt ceint 1^ monde ^.

Et celui-ci était entouré d'un autre, et celui-là d'un troisième, et le troisième ensuite id'un quatrième, d'un cinquième le qu9.trièmç, et puis le cinquième d'un sixième.

Au-dessus suivait l<e septième, si élargi déjà, que le messager de Junon ^ serait trop étroit pour le contenir tout entier :

Ainsi le huitième et le neuvième ; et chacun d'eux se mouvait plus lentement selon qu'il était en nombre plus distant de l'un ^ ;

Et d'une flamme plus vive brillait celui qui était le moins éloigné de la pure étincelle^, parce que plus, -je crois, il se pénètre d'elle.

380 CANTO VENTESIMOTTAVO,

*^ La Donna mia, che mi vedeva in cura Forte sospeso disse : Da quel punto Dépende il cielo e tutta la natura.

** Mira quel cerchio che più gli è congiunio ; E sappi che il suo movere è si tosto Per raffocato aroore, ond'egli è punto.

^^ fid io a iei : Se il mondo fosse posto Con Tordine chMo veggio in quelle ruote , Sazio m' avrebbe ciô che m' è proposto.

^^ Ma nel mondo sensibile si puote Veder le volte tanto più divme.

Quant' elle son dal centro più remote.

*^ Onde, se il raio disio dee a ver fine In questo miro ed angelico templo, Che solo amore e luce ha per confine,

^^ Udir conviemmi ancor come Tesemplo E l'esemplare non vanno d'un modo ; Chè io per me indarno a ci6 contemplo.

î® Se li tuoi diti non sono a tal nodo Sufficienti, non è maraviglia :

Tanto per non tentare è fatto sodo.

2* CosJ la Doima mia ; poi disse :^ Piglia QuqI ch'io ti dicerô , se vuoi saziarti , E intorno da esso fassottiglia.

CHANT VlNGT-llUITIfiME. 381

Ma Dame, qui me vit suspendu en un grand souci, dit : « De ce point dépend le ciel et toute la nature.

« Regarde ce cercle qui en est le plus prodbe, et sache qu'il se meut avec tant de vitesse, à cause du brûlant amour qui raiguilloone. »

£t moi à elle : — Si le mondie était dispcNSié selon Tordre que je vois dans ces roues, m'aurait rassasié ce qui m'est présenté^ ;

Mais dans le monde sensible d'autant plus divines sont les choses qu'on peut voir, qu'elles s'éloignent plus du centre®.

Si donc mon désir doit être pleinement satisfait dans ce merveilleux et angélique tenjple, qui n'a de confms que le seul amour et la lumière,

11 faut que j'oie encore, pourquoi Timage et le modèle diffèrent; car je le cherche en vain par moimême.

« Si tes doigts ne suffisent pas pour délier un tel nœud, point n'est-ce merveille, tant par le non-essayer il est devenu dur. »

Ainsi ma Dame; puis elle dit: « Si tu veux te rassasier, prends'-^ ce que je te dirai, et t'y applique bien.

38i CVNTO VENTESIMOTTAVO.

22 Li cerchi corporali eiino ampj cd arti, Secondo il più e il inen délia virtute, Che si distende per tutte lor parti.

2* Maggior boiltà vuol far maggior saiute ; Maggior saiute maggior corpo cape , S'egli ha le parti ugualmente complote,

2* Dunque costal, che tutto quanto râpe L'alto aniverso seco, corrisponde Al cerchio che più ama, e che più sape.

25 Perché, se tu alla virtù circonde La tua misura, non alla parvenza Délie sustanzie che t'appaion tonde,

2^ Tu vederai mirabil convenenza , Di maggio a più, e di minore a nieno, In ciascun cielo, a sua intelligenza.

27 Corne rimane splendido e sereno L'cniisperio deU'aere quando soffîa Borea da quella guancia, ond'è più leno ,

2» Perché si purga e risolve la roflia

Che pria 'I turbava , si che il ciel ne ride Con le bellezze d'ogni sua paroffia ;

2^ Cosi frc'io, poi che mi provvidi?

lit! DoiHia mia del suo risj)onder chiaro , K, conie stella in cielo, il ver si vide.

CHANT VINGTHUITIÈME. 383

« Les cercles corporels ^^ sont larges ou étroits , selon le plus et le moins de la vertu qui se répand dans toutes leurs parties :

« Une plus grande bonté veut que tf elle émane plus de bien*^; plus de bien contient un plus grand corps, si ses parties sont également parfaites :

« Donc celui-ci, qui emporte avec soi tout le haut univers, correspond au cercle qui le plus aime et le plus sait *2 ;

« Par quoi, si à la vertu tu appliques ta mesure, non à l'apparence des substances que tu vois disposées en cercle ,

« Tu reconnaîtras une convenance merveilleuse, de plus à plus et de moins à moins, entre chaque ciel et son intelligence**. »

Comme clair et serein demeure l'hémisphère de l'air ^^, quand Borée souffle de la joue où il est le plus doux *^,

Parce qu'il chasse et dissipe les nuées qui auparavant le troublaient, de sorte que le Ciel rit avec toutes les beautés qui forment son cortège ;

Ainsi devins-je après que ma Dame m'eut gratifié de sa claire réponse, et comme une étoile dans l(; ciel je vis le vrai.

384 CANTO VENTESIIIOTTAVO.

^^ E poi che le parole sue restaro.

Non altrimenti ferro disfavilla Che bolle, corne i cerchi sfavillaro.

^* Lo incendio lor seguiva ogni scintilla ; Ed eran tante, che il numéro loro Piii che il doppiar degli scacchi s'immilla.

^2 lo sentiva osannar di coro in coro Al punto fisso che gli tiene air ubi , E terra sempre, nel quai sempre foro ;

*^ E quella, che vedea i pensier dubi Nella mia mente, disse : I cerchi primi T' hanno mostrato i Serafi e i Cherubi.

*^ Cosi veloci seguono i suoi vimi

Per simigliarsi al punto quanto ponno, E posson quanto a veder son sublhni.

*^ Quegli altri amor, che dintorno gli vonno, Si chiaman Troni del divino aspetto , Perché il primo ternaro terminonno.

^^ E dèi sa ver che tutti hanno diletto, Quanto la sua veduta si profonda Nel vero , in che si quêta ogn' intelletto.

^7 Quinci si pu6 veder come si fonda L'esser beato neU'atto che vede , Non in quel ch'ama, che poscia seconda ;

Et lorsque ses paroles s'arrêtèrent, comme étincelle le fer bouillant, ainsi les cercles étincelèrent.

Leur embrasement se reproduisait en chaque étincelle*^, et tant elles étaient, que leur nombre en mille surpasse le doubler des échecs *7,

J'entendais de chœur en chœur chanter hosanna au Point fixe *^, qui les tient et les tiendra toujours aux ubi^^ où toujours ils furent ;

Et celle-là 2^ qui voyait dans mon esprit les pensers douteux , dit : « Les premiers cercles t'ont montré les Séraphins et les Chérubins.

« Si rapidement ils suivent leurs liens 21, afin de se rendre, autant qu'ils peuvent, semblables au Pointas ; et ils le peuvent autant que pour voir ils s'élèvent plus.

a Ces autres amours qui vont autour d'eux, s'appellent Trônes de la face divine, parce qu'ils terminent le premier ternaire ,

« Et tu dois savoir que tous jouissent au degré où leur vue pénètre dans le vrai , en qui se repose toute intelligence.

« De là l'on peut entendre comment l'être heureux a son fondement dans l'acte de voir, non dans l'acte d'aimer, qui vient après ;

386 CANTO VENTESIMOTTAVO,

38 E del vedere è misura mercede, Che grazia partorisce e buona voglia ; Cosl di grado in grado si procède.

*® L'allro ternaro, che cosl gerraogUa In questa priniavera sempiterna , Che nottumo ariète non dispoglia ,

^^ Perpetualemente Osanna sverna Con tre melode, che suonano in tree Ordini di letizia onde s'interna^

^* In essa gerarchia son le tre Dee, Prima Dominazioni , e poi Virtudi ; L' ordine terzo di Podestadi ee.

*2 Poscia ne' duo penultimi tripudi Principati ed Arcangeli si girano ; L' ultimo è tutto d'angelici ludi,

^3 Questi ordini di su tutti rimirano , E di giii vincon si, che verso Dio Tutti tirati sono, e tutti tirano.

^^ E Dionisio con tanto disio

A contemplar questi ordini si mise , Che li nomô e distinse, com'io.

^^ Ma Gregorio da lui poi si divise ; Onde, si tosto corne gli occhi aperse In questo ciel, di se medesmo rise.

« Et du voir est la mesure le mérite qu* enfantent la grâce et la bonne volonté ; et ainsi on avance de degré en degré.

«L'autre ternaire, qui ainsi germe dans ce printemps étemel , que ne dépouille point le nocturne Bélier 2*,

« Perpétuellement gazouille ^^ hosanna^ avec trois mélodies, qui résonnent en trois ordres de joie ^s dont il se compose.

« En cette hiérarchie sont les trois Déesses 2«, la première les Dominations, et ensuite les Vertus; le troisième ordre est celui des Puissances ;

« Puis, dans les deux pénultièmes exultent les Principautés et les Archanges ; le dernier, les Anges le remplissent tout entier de leurs fêtes.

« Ces ordres en haut regardent tous^^, et en bas ils agissent avec une telle puissance, que tous sont tirés et tous tirent ^^ ;

« Et avec un si grand désir s'appliqua Denis à contempler ces Ordres, qu'il les nomma et les distingua conmie moi.

«Mais Grégoire ensuite se sépara de lui 2»; d'où, sitôt que dans le ciel il ouvrit les yeux, il rit de luimême.

388 CANTO VENTESIIIOTTAVO.

^^ E se tanto segreto ver profferse Mortale in terra, non voglio ch'ammiri ; Chè chi '1 vide quassù gliel discoverse

Con altro assai del ver di questi giri.

CHANT VINGT-HUITIËMB. 389

« Et si un vrai si secret révéla sur la terre un mortel, je ne veux pas que tu t'en étonnes : celui qui le vit là-haut*<> le lui découvrit ,

« Avec beaucoupd'autres vérités touchant ces chœurs. »

CANTO VENTESIMONONO

^ Quando amboduo li figli di Latona , Coverti del montone e délia libra , Fanno dell' orizzonte insieme zona ,

2 Quant' è dal punto che il zenit i libra, Infin che Tuno e l'altro da quel cinto, Cambiando Temisperio, si dilibra ;

* Tanto , col volto di riso dipinio , Si tacque Béatrice, riguardando Fiso nel punto che m' ave va vinto,

* Poi cominciô : lo dico, e non dimando Quel che tu vuoi udir, perch' io V ho visto Ove s'appunta ogni ubi ed ogni quando.

^ Non per avère a se di bene acquisto , Ch'esser non puo, ma perché suo spjendore Pote.sse, risplendendo, dir : sussisfo;

Lorsque les deux fils de Latone, couverts du Bélier et de la Balance, se font ensemble de l'horizon une ceinture*,

Autant qu'en équilibre le Zénith ^ les tient de temps, jusqu'à ce que l'un et l'autre, changeant d'hémisphère, hors de cette ceinture se déséquilibrent * ;

Autant, avec un visage riant, Béatrice se tut, le regard fixé sur le Point qui m'avait vaincu^ ;

Puis elle commença : « Je dis, et ne demande pas ce que tu veux ouïr 5, parce que je le vois dans le Point où aboutit tout ubi^ et tout temps:

« Non pour qu'il acquière quelque bien , ce qui ne peut être, mais pour que, resplendissant, sa splendeur puisse dire : Je suis^,

392 CANTO VENTESIMONONO.

® In sua eternità , di tempo fuore ,

Fuor d'ogni altro comprender, corne i piacque, S'aperse in nuovi amor Teterno Amore.

Ne prima, quasi torpente, si giacque; Chè ne prima ne poscia precedette Lo discorrer di Dio sovra quest' acque.

^ Forma e materia congiunte e purette Usciro ad atto che non avea fallo , Come d'arco tricorde trè saette ;

® E come in vetro, in ambra od in cristallo Raggio risplende si, che dal venire Air esser tutto non è intervallo ;

^^ Cosi il triforme effetto dal suo sire Neir esser suo raggiô insieme tutto, Senza distinzion nell' esordire.

** Concreato fu ordine e costrutto Aile sustanzie , e quelle furon cima Del mondo, in che puro atto fu produtto.

*2 Pura potenzia tenue la parte ima ; Nel mezzo strinse potenzia con atto Tal vime , che giammai non si divima.

** Jeronirao vi scrisse lungo tratto Di secoli, degli angeli, creati Anzi che Taltro mondo fusse fatto;

« Dans son éternité, hors du temps, hors de tout ce qu'un autre peut comprendre, comme il lui plut, en neuf amours® s'épanouit l'éternel amour.

€ Et point ne gît^il auparavant comme engourdi, car ne précéda ni ne suivit le cx>urir de Dieu sur ces eaux ®.

« La forme et la matière unies et pures sortirent*^ par un acte infaillible**, comme trois flèches d'un arc à trois cordes :

« Et comme dans le verre, dans l'ambre, ou dans le cristal, un rayon resplendit de telle manière qu'entre le venir et l'être entier, il n'est point d'intervalle,

« Ainsi de son Auteur le triforme effet*^ resplendit à la fois en tout son être , sans distinction dans le commencer.

« Un ordre créé en même temps qu'elles, fut établi entre les substances, et celles-là furent la cime du monde, en qui fut produit l'acte pur**.

« La pure puissance *^ occupa la partie la plus basse : au milieu, unit la puissance et l'acte *s un lien tel, que jamais il ne se délie.

« Jérôme vous dit dans ses écrits que les anges furent créés des longs siècles avant que l'autre monde fût fait :

3î^4 CANTO VENTESIMONONO.

*^ Ma questo vero è scritto in molti lati Dagli scrittor dello Spirito Santo ; E tu lo vederai, se ben ne guati :

^^ E anche la ragion lo vede alquanto , Chè non concederebbe che i motori Sanza sua perfezion fosser cotanto.

*• Or sai tu dove e quando questi amori Furon creati, e corne ; si che spenti Nel tuo disio già sono tre ardori.

*7 Ne giugneriesi, numerando, al venti Si tosto, corne degli angeli parte Turbo il suggetto de' vostri elementi.

^® L'altra rimase, e corainciô quesf arte Che tu discerni, con tanto diletto , Che mai dal circuir non si diparte.

** Principio del cader fu il roaladetto Superbia di colui , che tu vedestî Da tutti i pesi del mondo costretto.

*® Quelli, che vedi qui, furon raodesti A riconoscer se délia bontate , Che gli avea fatti a tanto intender presti ;

2* Perché le viste lor furo esaltate

Con grazia illuminante, e con lor merto , Si c' hanno piena e ferma volontate.

iMais ce vrai*^ est écrit en beaucoup d'endroits par les écrivains qu'inspira l' Esprit-Saint*^; et tu le verras, si bien tu regardes.

« Le voit auasi un peu la raison, qui ne omcéderait point que si longtemps aient été les moteurs sans leur perfection **.

« Maintenant tu sais où et quand ces amours furent créés, et comment ; de sorte qu'en ton désir déjà sont éteintes trois ardeurs*®.

«Mais, en comptant, tu n'arriverais pas à vingt, sitôt qu'une partie des anges troubla le sujet de vos éléments 2®.

«L'autre demeura 2* et avec tant de plaisir commença cet art 22 qy^ tu discernes, que jamais elle ne cesse de touraer.

< La cause de la chute fut l'orgueil maiidit de celui que tu as vu étareint sous tous les poids du monde 2^.

« Ceux que tu vois ici se reconnurent humblement l'œuvre de la Bonté, qui les fit aptes à tout connaître :

« Ce pourquoi si haut leurs vues ont été élevées par la grâce illuminante et par leur mérite, qu'ils ont une pleine et ferme volonté.

396 CANTO VENTESIMONONO.

22 E non voglio che dubbi, ma sie certo, Che ricever la grazia è meritorio , Seconde che Y affetto l' è aperto.

2* Ornai dintorno a questo consistorio Puoi contemplare assai, se le parole Mie son ricolte, senz'altro aiutorio.

2^ Ma, perché in terra per le vostre scuole Si legge che l' angelica natura È tal, che intende, e si ricorda, e vuole,

25 Ancor dirô, perché tu veggi pura La verità che laggiù si confonde^ Equivocando in si fatta lettura.

26 Queste sustanzie, poichè fur gioconde Délia faccia di Dio , non volser viso Da essa, da cui nuUa si nasconde ;

27 Perô non hanno vedere interciso

Da nuovo obbietto, e perô non bisôgna Rimemorar per concetto diviso.

28 SI che laggiù non dormendo si sogna , Credendo e non credendo dicer vero ; Ma neir uno è più colpa e più vergogna.

25 Voi non andate giù per un sentiero Filosofando ; tanto vi trasporta L' amor dell' apparenza e il suo pensiero.

c Et je ne veux pas que tu doutes, mais que tu sois certain que recevoir la grâce est méritoire, selon qu'à elle s'ouvre Taffection 2^.

« Maintenant, si mes paroles ont été recueillies^^, tu peux, sans autre secours, découvrir beaucoup d'autres choses touchant ce consistoire 2« ;

« Mais parce que sur la terre, dans vos écoles, on enseigne que l'angélique nature est telle , qu'elle entend, et se souvient, et veut,

« Je dirai encore, pour que tu voies la vérité pure, qu'en enseignant ainsi on s'embrouille dans des équivoques.

• Ces substances, dès qu'elles jouirent de la face de Dieu, ne détournèrent plus leurs regards d'elle, à qui rien n'est caché.

« Ainsi leur voir n'est pas interrompu par un nouvel objet, et ainsi elles n'ont pas besoin de se ressouvenir par concept divisé 27 :

« De sorte que parmi vous non dormant on rêve, croyant et ne croyant pas cet enseignement vraies ; mais dans l'un est plus de faute et plus de honte.

« Vous, en bas, vous ne suivez point le même chemin en philosophant, tant vous emporte l'amour et la pensée de l'apparence :

398 CANTO VENTESIMONONO.

*^ E ancor questo quassù si comporta

Con men disdegno, che quando è posposta La divina scrittura, o quando è torta.

** Non vi si pensa quanto sangue costa Seminarla nel mondo, e quanto piace Chi iirnilmente con essa s'accosta.

" Per apparer ciascun s'ingegna e face Sue invenzioni , e quelle son trascorse Da' predicanti, e il Vangelio si tace.

^^ Un dice che la Luna si ritorse

NeHa passion di Cristo, e s'interpose, Perché M luine del Sol giù non si porse :

^^ E altri che la luce si nascose Da se ; per6 agi' Ispani e agi' Indi , Com'a' Giudei, taie eclissi rispose.

** Non ha Firenze tanti Lapi e Bindi, Quante si fatte favole per anno In pergamo si gridan quinci e quindi;

^^ SI che le pecorelle, che non sanno, Tornan dal pasco pasciute di vento , E non le scusa non veder lor danno.

^7 Non disse Cristo al suo priino convento : Andate, e predicate al mondo efance ; Ma diede lor verace fondamento :

CHANT VINGT-NEUVIÈMK. 399

« Et encore ici-haut ceci se souffre avec moins de colère , que de mépriser la divine Écriture, ou de la tordre.

« On ne pense pas là 2» combien il a coûté de sang pour la semer dans le monde , et combien plaît celui qui humblement s'approche d'elle.

c Chacun pour paraître s'ingénie et s'abandonne à ses inventions, et sur celles-ci s'étendent les prédicateurs, et on se tait de l'Évangile.

c L'un dit que la lune rétrograda lors de la passion du Christ, et s'interposa de sorte qu'en bas point ne s'épandît la lumière du soleil ;

« Un autre que la lumière se cacha de soi-même; qu'ainsi pour les Espagnols et pour les Indiens, comme pour les Juifs, eut lieu cette éclipse.

« N'a point Florence autant de Lapi et de Bindi^^, que chaque année de pareilles fables, d'ici et de là, en chaire on publie :

« En sorte que les brebis qui point ne savent, reviennent de la pâture repues de vent ; et ne les excuse point de ne pas voir leur dommage.

« Le Christ ne dit point à ses disciples : t Allez et prêchez des sornettes; » mais il leur donna un vrai fondement ^^ ;

400 CANTO VENTliSIMONONO.

^^ E quel tanto sonô nelle sue guance, SI ch'a pugnar, per accender la Fede , Deir Evangelio fero scudi e lance.

*^ Ora si va con motti e con iscede A predicare, e pur che ben si rida, Gonfla il cappuccio, e piii non si richiede.

^^ Ma taie uccel nel becchetto s'annida, Che se il vulgo il vedesse, vederebbe La perdonanza di che si confida ;

** Per cui tan ta stoltezza in terra crebbe , Che, sanza pruova d'alcun testimonio.

Ad ogni promission si converrebbe.

*2 Di questo ingrassa il porco Sanf Antonio , Ed altri assai, che son peggio che porci, Pagando di inoneta senza conio.

^* Ma perché sem digressi assai , ritorci

Gli occhi oramai verso la dritta strada , • SI che la via col tempo si raccorci.

^^ Questa natura si oltre sMngrada In numéro, che mai non fu loquela. Ne concetto mortal, che tanto vada.

^^ E se tu guardi quel che si rivela Per Daniel , vedrai che in sue migliaia Determinato numéro si cela.

tEt dans leur bouche celui-ci tant résonna qu'en combattant pour allumer la foi, ils firent de l'Évangile des lances et des boucliers ^

€ Maintenant avec des arguties et des bouffonneries on s'en va prêcher, et pourvu seulement que bien on rie, se gonfle le capuce, et on ne demande rien de plus.

«Mais dans le capuchon** se niche un oiseau** tel que si le vulgaire le voyait, il ne prendrait point les indulgences auxquelles on se confie.

« Par quoi tant a cru la sottise sur la terre, que, sans la preuve d'aucun témoignage, à toute promesse on se tournerait *5.

«De cela s'engraisse le porc de saint Antoine, et beaucoup d'autres pires que des porcs, payant en monnaie falsifiée.

« Mais nous nous sonmies écartés beaucoup ; ramenons à cette heure les yeux sur le droit chemin , de manière que la route avec le temps s'abrège *^.

« De degré en degré cette nature *7 s'élève tellement en nombre , que jamais ne fut langue ni conception mortelle qui aille si loin.

«Et si tu regardes ce qui est révélé par Daniel, tu verras que sous ces mille *s se cache un nombre déterminé.

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