III. iC
i02 CANTO VENTESIMONONO.
^^ La prima luce, che tutta la raia , Per tanti raodi in essa si recepe, Quanti son gli splendori a che s'appaia.
*7 Onde, perô che air atto che concepe Segue Taffetto, d'araor ladolcezza Diversamente in essa ferve e tepe.
^ Vedi Teccelso omai e la larghezza DeU'eterno Valor, poscia che tanti Speculi fatti s' lia , in che si spezza ,
Uno manendo in se, corne davanti.
t La première lumière qui l'illumine toute, d'autant de manières en elle est reçue, qu'il y a de splendeurs*^ auxquelles elle apparaît.
tD'où, puisque l'affection suit l'acte qui reçoit ^<>, l'amour en elle ^* diversement bout et tiédît ^2.
€ Vois maintenant la hauteur et la largeur de l'éternelle vertu, puisqu'elle s'est fait tant "de miroirs où elle se brise ^*,
€ Demeurant une en soi comme auparavant. »
CANTO TRENTESIMO
* Forse semila miglia di lontano
Ci ferve l'ora sesta, e questo mondo China già l'ombra quasi al letto piano,
2 Quando il mezzo del cielo a noi profondo Comincia a farsi tal, che alcuna Stella Perde il parère infino a questo fonde ;
* E corne vien la chiarissima ancella Del Sol più oltre, cosl il ciel si chiude Di vista in vista infino alla più bella ;
^ Non altrimenti il trionfo , che lude Sempre dintorno al punto che mi vinse, Parendo inchiuso da quel ch' egli inchiude ,
^ A poco a poco al mio veder si stinse ; Perché tornar con gli occhi a Béatrice Nulla vedere ed amor mi costrinse.
A six mille milles peut-être loin de nous bouillonne la sixième heure ^ , et déjà ce monde abaisse son ombre presque au lit plane 2,
Lorsque le milieu du ciel, pour nous le plus élevé, commence à devenir tel que quelques étoiles cessent d'apparaître en cette basse région ,
Et à mesure que s'avance la brillante servante du Soleil *, le ciel se ferme d'étoile en étoile jusqu'à la plus belle* :
Ainsi le triomphe ^, qui toujours se joue autour du 'Point qui me vainquit ^, et paraît renfenné dans ce qu'il renferme 7,
Peu à peu à ma vue s'éteignit ; ce pourquoi de tourner les yeux vers Béatrice, le rien voir^ et l'amour me forcèrent.
406 CANTO TRENTESIMO.
^ Se quanto infino a qui di lei si dice Fosse conchiuso tutto in una loda , Poco sarebbe a fornir questa vice.
7 La bellezzach' io vidi si trasmoda
Non pur di là da noi, ma certo io credo, Che solo il suo Fattor tutta la goda.
^ Da questo passo vinto mi concedo , Piii che giammai da punto di suo tema Suprato fosse comico o tragedo.
9 Ghè, conie Sole il viso che piii tréma ^ Cosi Io ri.membrar del dolce riso La mente mia da se medesma scema.
^^ Dal primo giorno ch' io vidi il suo viso In questa vita , insino a questa vista, Non è il seguire al mio canlar précise ;
** Ma or convien che il mio seguir désista Piii dietro a sua bellezza, poetando, . Corne air ultimo suo ciascuno artista.
*2 Cotai, quai io la lascio a maggior bando Che quel délia mia tuba, che deduce L' ardua sua materia terminando,
*^ Con atto e voce di spedito duce Ricominciô : Noi semo usciti fuore Del maggior corpo al ciel ch'è pura luce;
CHANT THENTIËME. 407
Si tout ce qui a été dit d'elle jusqu'ici en unB seule louange était rassemblé, peu serait-ce près de ce qu'il faudrait cette fois.
La beauté que je vis, non -seulement surpasse notre portée , mais je crois fermement que son seul auteur jouit d'elle tout entière.
ici je m'avoue vaincu, plus que jamais ne le fut en aucun point de son sujet un poëte comique ou tragique.
Comme le Soleil, l'œil le plus débile®, ainsi le souvenir du doux ris prive mon esprit d'une partie de lui-même ^^
Du premier jour où je vis son visage en cette vie, jusqu'à cette vision, sans s'interrompre se suit mon chant ;
Mais il faut maintenant que, comme un artiste après son dernier effort, je renonce à suivre davantage sa beauté *^ en poétisant.
Telle c{ue je la laisse à célébrer à une plus éclatante trompette que la mienne, qui conduit au terme son sujet ardu *'^,
Avec la voix et le geste d'un guide diligent, elle recommença : « Nous sommes sortis du plus grand corps ^^, et entrés dans le ciel de la pure lumière :
408 CANTO TRENTESIMO.
^^ Luce intellettual piena d'amore, Amor di vero ben pien di letizia, Lelizia che trascende ogni dolzore.
^5 Qui vederai V una e Y altra milizia Di Paradiso, e V una in quegli aspetti Che tu vedrai air ullima giustizia.
^^ Corne subito lampe che discetti Gli spiriti visivi, si che priva Deir atto r occhio di più forti obietti ;
^7 Cosi mi circonfulse luce viva , E lasciommi fasciato di tal vélo Del suo fulgor, che nulla m'appariva.
*® Sempre l' Amor, che quieta questo cielo , Accoglie in se con si fatta salute, Per far disposto a sua fiamma il candelo.
^^ Non fur più tosto dentro a me venute Queste parole brevi , ch' io compresi Me sormontar di sopra a mia virtute ;
20 E di novella vista mi raccessi , Taie, che nulla luce è tanto mera, Che gli occhi miei non si fosser difesi.
24 E vidi lume in forma di riviera Fluido di fulgori, intra duo rive Dipinte di mirabil primavera.
«Lunnère intellectuelle pleine d'amour, amour du vrai bien plein de joie, joie qui surpasse toute suavité.
*Ici tu veiTas l'une et l'autre milice du Paradis*^, et l'une sous la forme où tu la verras au jour de la dernière justice *^ »
Comme un subit éclair, qui dissipe les esprits visuels , tellement que l'œil ne perçoit plus les plus fortes impressions des objets.
Ainsi autour de moi brilla une vive lumière, qui m'enveloppa d'un voile de splendeur, tel que rien ne m'apparaissait.
«Toujours l'amour*^ dont se rassasie ce ciel, accueille en soi avec cette lueur salutaire, afin de disposer la chandelle à sa flamme *^. »
Ne furent pas plus tôt venues au dedans de moi ces brèves paroles, que je me sentis élevé au-dessus de ma vertu;
Et en moi se ralluma nouvelle vue, telle qu'il n'est point de lumière si pure, que mes yeux ne l'eussent supportée.
Et je vis une lumière en forme de fleuve , éclatante de splendeur, entre deux rives peintes d'un merveilleux printemps.
4<0 CANTO TUENTKSIMO.
22 Di tal fiumana uscian faville vive, E d' ogni parte si raettean ne' fiori.
Quasi rubin che oro circonscrive.
2* Poi, corne inebbriate dagli odori , Riprofondavan se nel miro gurge, E s' una entrava, un' altra n' uscia fuori.
2^ L'alto disio che mo t' infiamma ed urge D' aver notizia di ciô che tu vei , Tanto mi piace più quanto più turge.
25 Ma di quest' acqua convien che tu bei , Prima che tanta sete in te si sazi :
Cosi mi disse il Sol degli occhi miel,
2^ Anche soggiunse : Il fiume, e li topazi Ch' entrano ed escon, e il rider delP erbe Son di lor vero ombriferi prefazi :
27 Non che da se sien quesle cose acerbe , Ma è difetto dalla parte tua, Che non hai viste ancor tanto superbe.
2*^ Non è fantin che si subito rua Col volto verso il latte, se si svegli Molto tardato dall' usanza sua ,
2*^ Conie tec' io , per far migliori spegli Âncor degli occhi , chinandomi ail' onda Che si dériva , perché vi s' immegU.
CHANT ÏKENTIÈMK. 4M
De ce fleuve soilaient de vives étincelles, et elles venaient se poser dans les fleurs, semblables à des rubis enchâssés dans de l'cJr.
Puis , comme enivrées de parfums , elles se. replongeaient dans le brillant gouffre, et quand Tune y entrait, une autre en sortait.
«L'ardent désir qui maintenant t'enflamme, et te presse de connaître ce que tu vois, me plaît d'autant plus, que plus il s'ouvre ^^
« Mais de cette eau il convient que tu boives, avant qu'une si grande soif en toi se désaltère. » Ainsi me dit le Soleil de mes yeux.
Il ajouta encore : « J^e fleuve et les topazes qui entrent et qui sortent, et le ris de l'herbe, sont des ombres transparentes de leur être véritable.
« Non que de soi ces choses soient acerbes ^^ ; mais le défaut vient de toi, qui n'as pas encore une vue assez superbe '^^K »
Point n'est d'enfant qui, s' éveillant beaucoup plus tard que d'ordinaire, se précipite, le visage tourné vers le lail , aussi vite
Que je lis, pour de mes yeux faire encore de meilleurs miroirs, m'inclinajit vers l'onde, qui coule afin qu'on s'y améliore.
4f2 CANTO TRENTESIMO.
^^ E si corne di lei bewe la gronda Délie palpebre mie, cosl mi parve Di sua lunghezza diVenuta tonda.
*^ Poi corne gente stata sotto larve, Che pare altro che prima , se si sveste La sembianza non sua in che disparve :
*2 Cosi mi si cambiaro in maggior feste Li fiori e le faville, si ch' io vidi Ambo le corti del ciel manifeste.
** O isplendor di Dio, per cui io vidi L'alto trionfo del regno verace, Dammi virtù a dir com' io Io vidi.
^^ Lume è lassù, che visibile face Lo Creatore a quella creatura , Che solo in lui vedere ha la sua pace ;
*5 E si distende in circular figura In tanto , che la sua circonferenza Sarebbe al Sol troppo larga cintura.
^** Fassi di raggio tutta sua parvenza Reflesso al sommo del mobile primo , Che prende quindi vivere e potenza.
^7 E conie clivo in acqua di suo imo Si specchia quasi per vedersi adorno, Quando è nel verde e ne' fioretti opinio ;
Et lorsque j'en mouillai le bord de mes paupières , de longue qu'elle était, elle, me sembla devenue ronde.
Puis, comme une personne sous un masque paraît autre qu'auparavant, si elle dépouille le visage emprunté qui la cachait,
Ainsi pour moi se changèrent en de plus grandes fêtes 2^ les fleurs et les étincelles, de sorte que je vis clairement les deux cours du ciel 22.
0 splendeur de Dieu, par qui je vis le haut triomphe du royaume véritable, donne-moi la puissance de dire comment je le vis !
Une lumière est là -haut, qui rend visible le Créateur à cette créature qui dans sa vue seule trouve sa paix :
Elle s'étend en forme de cercle, autant qu'il faudrait pour que du soleil elle fût une trop large ceinture.
Elle tire tout son éclat d'un rayon réfléchi au sommet du Premier mobile, qui reçoit de là sa vie et sa vertu ;
Et ainsi qu'un coteau se mire dans l'eau qui baigne son pied, comme pour se voir orné de toutes les richesses des herbes et des fleurs.
411 CANTO TRBNTBSIMO.
*^ Si soprastando al lume intorno întorno Vidi specchiarsi in più di mille soglie , Quanto di noi lassii fatto ha ritorno.
*^ E se 1* infimo grado in se raccoglie Si griiinde lume, quant' è la largheîEa Di questa rosa nelP estreme foglie?
*® La vista mia nell' arapio e nell' altez2a Non si smarriva, ma tuttô prendeva Il quanto e il quale di quella allegrezza.
*^ Presso e lontano li ne pon ne leva, Chè dove Dio senza mezzo govema , La legge natural nulla rilieva.
^2 Nel giallo délia rosa sempiterna Che si dilata ,rigrada e redole Odor di Iode al Sol che sempre verna.
^* Quai è colui che tace e dicer vuole , Mi trasse Béatrice, e disse : Mira Quant' è il convento délie bianche stole !
^* Vedi nostra città quanto ella gira ! Vedi li nostri scanni si ripîeni , Che poca gente ornai ci si disira.
^^ In quel gran seggio, a che tu gli occhi tieni. Per la corona che gih v'è su posta , Prima che tu a questa nozze ceni ,
Ainsi, au-dessus de la lumière, tout autour, je vis, sur plus de mille gradins, se mirer tous ceux de nous qui là-haut sont retournés :
Et si le dernier gradin recueille en soi tant de lumière, quelle doit être la largeur de cette jose dans ses extrêmes feuilles 2»?
Ma vue ne se perdait ni dans Tampleur ni dans la largeur, mais elle embrassait selon tout ce qu'elle est 24 cette allégresse.
Le près et le loin ne donne ni n'ôte^* ; parce qu'où Dieu gouverne sans milieu, de la loi naturelle rien ne relève 26.
Dans le jaune *^ de la rose étemelle, qui se dilate en gradins^», et exhale un parfum de louange au soleil qui engendre un perpétuel printemps,
Tel que celui qui se tait et voudrait parler, Béatrice me tira, et dit : « Regarde comme est grand le couvent des Robes blanches*® ;
« Vois notre cité, quel en est le circuit ; vois nos sièges si remplis, que peu désormais y manque.
« Sur ce grand siège ou tu tiens les yeux, à cause de la couronne déjà posée dessus*^®, avant que tu ne t'asseves au festin de ces noces ,
416 CANTO TRENTESIMO.
^6 Sederà l'aima, che fia giù agosta, Dell' alto Arrigo, ch'drizza are Italia Verra in prima ch'ella sia disposta.
*7 La cieca cupidigia, che v'ammalia, Simili fatti v' ha al fantolino , Che muor di famé e caccia via la balia ;
^ E fia Prefetto nel foro divino Allora tal, che palese e coverto Non anderà con lui per un cammino.
^^ Ma poco poi sarà da Dio sofl*erto Nel santo ufficio ; ch' el sarà detruso Là dove Simon mago è per suo merto »
E farà quel d' Alagna andar pifi giuso.
« Siégera l'âme, qui en bas sera auguste;' du grand Henri, qui pour redresser l'Italie viendra avant qu'elle y soit disposée ^^
« L'aveugle cupidité qui vous fascine , vous a faits semblables au petit enfant qui meurt de faim, et chasse la nourrice**:
« Et sera Préfet alors dans le tribunal divin **l, tel qui, à découvert ou en secret, ne marchera point avec lui par le même chemin.
« Mais peu de temps sera-t-il, après, souffert de Dieu dans le saint office : il sera plongé là où, pour son mérite, est Simon le Magicien,
« Et plus bas il fera descendre celui d'Alagna *C